Bathilde d'Orléans

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Bathilde d’Orléans
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Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon.

Titre

Princesse de Condé


(3 ans, 7 mois et 28 jours)

Prédécesseur Marie-Catherine Brignole
Successeur Disparition du titre
Biographie
Titulature Duchesse d’Enghien
Duchesse de Bourbon
Princesse de Condé
Princesse du sang
Dynastie Maison d’Orléans
Nom de naissance Louise Marie Thérèse Bathilde d'Orléans
Surnom « Mademoiselle »
« Citoyenne vérité »
Naissance
Saint-Cloud (France)
Décès (à 71 ans)
Paris (France)
Sépulture Chapelle royale de Dreux
Père Louis-Philippe d’Orléans
Mère Louise-Henriette de Bourbon
Conjoint Louis VI Henri de Condé
Enfant Louis-Antoine de Condé,
duc d’Enghien
Résidence Hôtel d’Évreux

Signature

Signature de Bathilde d’Orléans

Louise Marie Thérèse Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon et princesse de Condé, est une princesse du sang, née le à Saint-Cloud et décédée le , à Paris.

Sœur de Louis-Philippe d'Orléans (1747-1793) – futur Philippe Égalité –, elle épouse le dernier prince de Condé, qui l'abandonne peu après leur mariage. Elle est la mère du duc d'Enghien, fusillé par ordre de Bonaparte, et la tante de Louis-Philippe Ier, roi des Français. Elle habite le palais de l'Élysée avant la Révolution française et l'hôtel de Matignon durant la Restauration.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Les Enfants du duc d’Orléans par François-Hubert Drouais, huile sur toile, 1762.

Fille du duc d'Orléans et de Louise-Henriette de Bourbon, Bathilde descend de Louis XIII par son grand-père et de Louis XIV par sa grand-mère. Louis-Philippe endossa la paternité malgré le doute sérieux qui pesait sur cette naissance du fait de la liberté de mœurs des deux époux[1].

Orpheline de mère à l'âge de neuf ans, elle n'a que son père qui, accaparé par une maîtresse jalouse, la fait élever chez les religieuses.

La duchesse de Bourbon par Carmontelle (1770).

Le mariage malheureux[modifier | modifier le code]

Proposée en vain par le duc de Choiseul pour épouser l'empereur Joseph II du Saint-Empire puis, en 1770, au duc de Parme, petit-fils de Louis XV, alors âgé de vingt ans, on lui fait finalement épouser Louis-Henri de Bourbon-Condé, son cousin, âgé de quinze ans.

Louis-Henri étant jugé trop jeune pour consommer cette union, Bathilde est renvoyée dans son couvent ; si dans un moment d'exaltation romantique, le jeune duc l'enlève, il finit par l'abandonner au bout de six mois.

Leurs rapprochements épisodiques permettent tout juste au couple de donner naissance à un fils Louis-Antoine, duc d'Enghien (1772-1804), ainsi prénommé en l'honneur du dauphin et de la dauphine ;

En 1779, au cours d'un bal, une altercation oppose la duchesse au comte d'Artois, frère du roi. Au mépris du scandale et de l'autorité du roi, les deux jeunes princes du sang se battent en duel, ce qui n'empêcha pas l'épouse bafouée d'écrire et de faire représenter deux ans plus tard une pièce dans laquelle elle se moque ouvertement de sa belle-famille. L'adultère de son mari éclate au grand jour en 1781, le scandale est immense et retombe entièrement sur la duchesse. Le duc demande la séparation de corps.

En tant qu'épouse séparée, la duchesse de Bourbon n'est guère reçue à la Cour et doit réorganiser sa vie dans la solitude dorée du château de Chantilly.

Elle donne discrètement le jour à une fille, Adélaïde-Victoire, née d'une liaison passionnée avec le chevalier Alexandre-Amable de Roquefeuil, lieutenant de vaisseau, un des héros du combat de la Surveillante contre le HMS Québec, qui mourra peu de temps après, à l'âge de 28 ans, noyé en rade de Dunkerque (), et fait passer cette enfant pour celle de son secrétaire, afin de la garder auprès d'elle. Cette fille illégitime est l'ancêtre de l'aviateur Georges Guynemer.

La mystique de l'Élysée[modifier | modifier le code]

Portique du palais de l'Élysée.

En 1787, Bathilde d'Orléans achète à Louis XVI le palais de l'Élysée, où elle fait construire des hameaux, comme la reine Marie-Antoinette au Trianon.

Elle reste profondément pieuse tout en s'adonnant aux sciences occultes, au mysticisme des chiromanciennes, astrologues, interprètes de songes et magnétiseurs dans son palais, tel Mesmer. Elle devient l'amie et la pupille spirituelle de Saint-Martin[2] qu'elle rencontre à Paris, à Strasbourg et chez la duchesse de Wurtemberg née Frédérique-Dorothée de Brandebourg-Schwedt, dans sa résidence d'été au château d'Étupes[3]. Elle peint et idolâtre son fils. Son salon est connu dans toute l'Europe pour sa liberté de pensée et les esprits brillants qu'on y rencontre.

« Citoyenne Vérité »[modifier | modifier le code]

À la Révolution, Bathilde d'Orléans se découvre animée d'une foi en la République, comme son frère, Philippe Égalité. Elle devient propriétaire du château de Petit-bourg où elle continue dans le mysticisme en devenant une adepte de Catherine Théot. Elle se fâche avec son mari et avec son fils, qui choisissent l'émigration. Quand les choses se gâtent pour ces princes et pour la noblesse avec lesquels elle ne sent plus rien de commun, elle prend le nom de « citoyenne Vérité ». Menacée, elle offre ses biens à la République avant de se les voir confisquer.

La malédiction familiale continue de la poursuivre. En , son neveu Louis-Philippe, duc de Chartres, âgé de vingt ans, vaincu en Allemagne et risquant la guillotine, déserte et passe dans le camp autrichien. Par mesure de rétorsion, la Convention décrète l'emprisonnement à Marseille de tous les membres de l'ex-famille royale restés en France. Mal récompensée de sa fidélité à la République, elle survit un an et demi dans une cellule sinistre. En novembre de la même année, son frère est guillotiné.

Miraculeusement réchappée de la Terreur, Bathilde d'Orléans est libérée après Thermidor et retourne s'installer au palais de l'Élysée. Manquant d'argent pour l'entretenir, elle se voit forcée de louer le rez-de-chaussée à des commerçants, les Horvyn, qui en font un bal public[4].

L'exil en Espagne[modifier | modifier le code]

Portrait de Napoléon Ier.

En 1797, le Directoire décide d'exiler les derniers Bourbons. On la fait monter dans un vieux carrosse où l'on entasse ses derniers biens, et on l'envoie en Espagne[5]. À quarante-sept ans, durant le mois que dure ce voyage, elle noue une intrigue amoureuse avec Michel Ruffin, un gendarme de vingt-sept ans chargé de la surveiller. Ils entretiendront une correspondance jusqu'à son retour en France.

Reléguée près de Barcelone, Bathilde d'Orléans fonde, malgré ses petits moyens, une pharmacie et un dispensaire à l'usage des nécessiteux, dont sa maison devient le rendez-vous, et qu'elle soigne elle-même. Elle devient alors tout à fait républicaine, ce qui ne met pas fin pour autant à son exil.

En 1804, elle apprend que Bonaparte, qu'elle admirait, vient de faire enlever et de fusiller son fils dans les fossés du château de Vincennes. Pendant dix ans, l'empereur refuse que sa mère revienne en France. Bathilde reçoit sa revanche en 1814, quand le peuple, voyant en elle la mère du « fusillé de Vincennes », l'acclame tout au long du trajet qui la ramène à Paris.

Le retour à Paris[modifier | modifier le code]

Louis XVIII lui permet de s'installer à l'hôtel de Matignon, bien qu'elle ait d'abord voulu se réinstaller au palais de l'Élysée. Sa famille, dans l'ordre moral qui caractérise la Restauration, voudrait la voir reprendre avec son mari une vie commune interrompue depuis quarante ans ; ce qu'elle refuse. Elle retrouve en revanche sa relation avec le gendarme de 1797, mais c'est pour le voir mourir de maladie trois ans plus tard.

En 1818 en hommage à son fils, elle fonde dans le village de Reuilly près de Paris, l'hospice d'Enghien, destiné à accueillir les vieillards pauvres notamment les anciens domestiques de la maison d'Orléans et où œuvrera Catherine Labouré (visionnaire qui sera plus tard canonisé).

En 1822, alors qu'elle prend part à une procession en marche vers le Panthéon, Bathilde d'Orléans perd connaissance et pousse son dernier soupir sur le canapé d'un professeur de droit de la Sorbonne.

Louis-Philippe fait brûler le manuscrit de ses mémoires, ainsi que le dossier du jeune gendarme aux archives de la Guerre, pour tenter de donner un air de respectabilité bourgeoise à celle dont la vie fut un combat entre ses aspirations et le poids de sa naissance. Elle repose à la Chapelle royale de Dreux.

Enfant[modifier | modifier le code]

  1. Louis-Antoine-Henri de Bourbon, duc d'Enghien Vincennes, ) Il est le 10e et dernier duc d'Enghien il est le dernier descendant de la Maison de Condé.


Galerie[modifier | modifier le code]

Titres[modifier | modifier le code]

Blason de la duchesse de Bourbon
  •  : Son Altesse Sérénissime Mademoiselle, princesse du sang,
  •  : Son Altesse Sérénissime Madame la duchesse d'Enghien, princesse du sang,
  •  : Son Altesse Sérénissime Madame la duchesse de Bourbon, princesse du sang,
  •  : Son Altesse Sérénissime Madame la princesse de Condé, princesse du sang.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Evelyne Lever, Philippe Égalité, Fayard 1996, p. 39
  2. Richard Raczynski, Un dictionnaire du Martinisme, Paris, Dualpha éd., 2009, p. 111-122.
  3. Jacques Matter, Saint-Martin, le philosophe inconnu : sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits, Didier et cie, (lire en ligne)
  4. Juliette Benzoni, Le roman des châteaux de France, Perrin (lire en ligne).
  5. Le récit du voyage est publié en tête de sa correspondance avec Ruffin sous le titre « Voyage tragique et tendrement burlesque pour servir d'introduction ». De larges extraits sont reproduits dans Honoré Bonhomme, Le dernier abbé de cour (deuxième partie), Revue contemporaine, 74, 1870, p. 42-46 numérisé

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Opuscules ou Pensées d'une âme de foi, sur la religion chrétienne pratiquée en esprit et en vérité, Barcelone, 1812, 2 vol..
  • Correspondance entre Mme de B. et Mr R. [Ruffin] sur leurs opinions religieuses, Barcelone, 1812. [d'octobre 1799 à janvier 1812]
  • Suite de la correspondance de Mme de B. et divers petits contes moraux, 1813.
  • Des extraits de ces lettres de la duchesse sont reproduits dans la notice que lui consacre l'Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, 1823, p. 41-45. En ligne.

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Cure d'une névrose compliquée, opérée à Petit-Bourg, en 1786, par Madame la duchesse de Bourbon », publiée dans L'Hermès, journal du magnétisme animale, tome 3, 1828, p. 309. En ligne.

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Honoré Bonhomme, « Le dernier abbé de cour (deuxième partie) (abbé de Saint-Farre] », Revue contemporaine, 74, 1870, p. 28-47. Numérisé
  • Théodore Paul Emile Ducos, La Mère du duc d'Enghien, 1750-1822, Paris, Editions Plon, 1900.
  • Charles Hénin, Bathilde d'Orléans (1750-1822), Paris, Éditions Les trois Colonnes, 2019.
  • Jacques Longuet, Un destin révolutionnaire à Evry. Madame de Bourbon, Citoyenne Vérité, suivi de La Garde nationale d’Evry-sur-Seine sous la Révolution, Paris, ADEF, 1989.
  • Francisco Javier Ramón Solans, « Le mesmérisme à la rencontre de la prophétie : Le cercle de la duchesse de Bourbon », in Annales historiques de la Révolution française, 2018/I (no 391), p. 153-176 (Présentation en ligne).
  • « BOURBON (Louise-Marie-Thérèse-Bathilde, duchesse de) », Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, 1823, p. 36-46. En ligne. (avec de nombreux extraits de ses écrits et d'autres sources)
  • Jacques-Alphonse Mahul, Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, 3e année, 1822, Paris : Ponthieu, 1823, pp. 36-46 [1].

Liens externes[modifier | modifier le code]