Château de Gaillon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Château de Gaillon
Image illustrative de l'article Château de Gaillon
Le Châtelet, en 2008
(Entrée du site)
Période ou style Renaissance, XVIIIe et XIXe siècles
Type Château
Architecte multiples intervenants
Début construction 1453 : redressement de la forteresse
Fin construction ca 1700 : pavillon Colbert
Propriétaire initial Archevêché de Rouen
Destination initiale Résidence d'été
Propriétaire actuel État
Destination actuelle Monument historique
Protection Logo monument historique Classé MH (1862, 1965)
 Inscrit MH (1996)[1],[2],[3]
Coordonnées 49° 09′ 40″ nord, 1° 19′ 48″ est
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Normandie
Département Eure
Commune Gaillon

Géolocalisation sur la carte : Eure

(Voir situation sur carte : Eure)
Château de Gaillon

Le château de Gaillon est un château de la Renaissance, bâti sur l'emplacement d'un château médiéval, situé sur la commune de Gaillon dans le département français de l'Eure et dans la région Normandie. Il fait l’objet de plusieurs protections au titre des monuments historiques[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Soffite de porte - sauvegarde par Alexandre Lenoir

Les enjeux d'une forteresse[modifier | modifier le code]

En 1192, au terme d'un accord conclu entre Philippe Auguste, roi de France, et Jean sans Terre, roi d'Angleterre et duc de Normandie, Gaillon passe sous le contrôle du roi de France, au même titre que le Vexin normand et quelques autres places fortes, dont Évreux. Jean sans Terre n'est qu'un roi suppléant pendant la captivité de son frère Richard Cœur de Lion.

Dès sa libération et son retour en terre normande en 1194, ce dernier défait le Capétien à Fréteval et récupère quelques-unes de ses possessions dans le Vexin. Mais il perd Gaillon et Vernon, au terme du traité de 1196 avec Philippe. Ce dernier confie la défense du château de Gaillon au chef mercenaire Lambert Cadoc et à ses troupes. Il lui en fait don en 1197 pour le remercier de ses faits de guerre.

C'est pourquoi Richard Cœur de Lion doit consolider ses positions sur la frontière normande en faisant construire Château-Gaillard aux Andelys, sur l'autre rive de la Seine presque en face de Gaillon. Le château entre définitivement dans le domaine royal en 1200, par le traité du Goulet[4]. Elle précède en cela la chute de la place forte des Andelys, la prise de Rouen et la conquête de toute la Normandie qui s'ensuit en 1204.

Lambert Cadoc, quant à lui, est seigneur de Gaillon de 1197 à 1220[5],[6]. À cette date, Philippe Auguste reprend le château par la force et jette Lambert Cadoc en prison[7], à cause des plaintes qu'il reçoit, motivées par la rapine pratiquée par ce dernier à Pont-Audemer, dont il est le bailli.

La métamorphose en résidence d'été[modifier | modifier le code]

En 1262, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, obtient le château du roi Louis IX en échange des moulins de Rouen et de 4 000 livres. Le château devient alors la propriété perpétuelle des archevêques et leur résidence d'été

La métamorphose en marche intéresse assez tôt plusieurs autorités au point qu'on mentionne le retour de Louis IX dès le 16 décembre 1263, le séjour de deux personnages proches du pape en 1265 et 1269 (dont Raoul de Grosparmy, cardinal-évêque d'Albane, qui se trouva être aussi évêque d'Évreux et fut garde du sceau de Louis IX) et la visite du roi Philippe V le Long en 1320.

Les troubles incessants entre rois de France et d'Angleterre portent un coup d'arrêt aux projets épiscopaux. En effet, les jours suivant le 17 août 1424, le duc de Bedford, vainqueur de la bataille de Verneuil ordonne la démolition de toutes les fortifications, épargnant uniquement, à la demande des autorités ecclésiastiques, l'hôtel gaillonnais de l'archevêque.

C'est dans ces conditions que les Amboise, archevêques de Rouen, feront de ces ruines le tout premier palais de la Renaissance française.

Un château Renaissance[modifier | modifier le code]

Il faut attendre 1454 pour que l'archevêque Guillaume d'Estouteville embellisse le château, par la construction de l'« Ostel Neuf »[8].

Georges d'Amboise, deuxième archevêque à réaliser d'importants travaux sur le château, va le transformer jusqu'à ce qu'il devienne un château Renaissance. Émerveillé par l'art et l'architecture en Italie, il choisit Gaillon pour réaliser son « palais italien ». La transformation s'opère en deux étapes.

De 1502 à 1506, Georges d'Amboise a recours à des constructeurs du Val de Loire, tels Guillaume Senault et Colin Byard [9].

De 1506 à 1509, le château de Gaillon devient le premier château de la Renaissance en France. Georges d'Amboise fait appel à de nombreux artistes italiens, parmi lesquels Andrea Solari (décembre 1507), et rouennais. Ainsi, en 1509, une fontaine monumentale en marbre de Carrare sculpté est acheminée d'Italie par Honfleur pour être placée dans la cour d'honneur. Cette fontaine avait été commandée le 14 septembre 1506 aux sculpteurs génois Agostino Solari, Antonio della Porta et Pasio Gaggini, en remerciement de la République de Venise à l'égard du cardinal d'Amboise qui était parvenu à évincer les Sforza de Milan.

Un neveu de Georges d'Amboise, Georges II, continue son œuvre en terminant la chapelle[10].

Les constructions continuent pendant de nombreuses années, visant à embellir le château. En 1508, une correspondance écrite comporte une appréciation flatteuse à l'endroit de l'édifice, désigné comme « le plus beau et le plus superbe lieu qu'il y ait dans toute la France [11] ».

Jacques Nicolas Colbert fait construire par Jules Hardouin Mansart le pavillon qui porte son nom, orangerie de style classique, tandis qu'André Le Nôtre s'intéresse aux jardins en 1691. Au XVIIIe siècle, la fontaine italienne étant en mauvais état en raison d'un manque d'entretien, le cardinal de Saulx-Tavannes la fait démonter. Son bassin (quatre mètres de diamètre) et son socle sont alors transportés au château de Liancourt, propriété des La Rochefoucauld en Picardie ; puis transférés [12] dans le château de La Rochefoucauld, en Angoumois, dont ils ornent l'esplanade sud.

Les vingt-six carrés du Jardin de Haut créés par Pacello da Mercogliano à partir de mars 1506
Les vingt-six carrés du Jardin de Haut créés par Pacello da Mercogliano à partir de mars 1506, dont deux figures de labyrinthes végétaux

Le dernier archevêque résidant à Gaillon est Dominique de La Rochefoucauld, député du clergé aux États généraux de 1789.

Louis XII - sauvegarde de la Porte de Gênes par Alexandre Lenoir
Louis XII (partie)
par Lorenzo da Mugiano
sauvegarde de la Porte de Gênes
par Alexandre Lenoir

Une maison centrale[modifier | modifier le code]

Gaillon, un outil de politique carcérale[modifier | modifier le code]

En 1793, le château est pillé. Par décret du , il devient propriété de l'État à la suite de son achat par l'administration de Napoléon Ier pour 90 000 francs.

Le préfet de l'Eure Barthélémy François Rolland de Chambaudoin [13] propose de faire transformer l'ancien château pour y établir la maison centrale "régionale" (acté par décret du 3 janvier 1812).

Les architectes Louis-Ambroise Dubut et Croust sont appelés pour transformer le château en centre pénitentiaire. Il est alors détruit aux trois quarts. La maison centrale, inaugurée le , voit ses travaux d'aménagement terminés en 1824. De 1824 à 1868, le château de Gaillon ne cesse d’accueillir des délinquants, et notamment des mineurs. La nouvelle centrale s’affirme rapidement comme l’un des plus grands centres de détention de France[14]. L’explosion du nombre de mineurs incarcérés est particulièrement sensible à partir de 1840 et l’envoi d’une circulaire du ministre Duchâtel. À cette époque, la centrale accueille plus d’une centaine de jeunes délinquants par an, souvent originaires de Paris et de sa banlieue, ainsi que de Rouen[15]. Le château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[1]. À partir du , la prison sépare les enfants des adultes.

En 1876, à l'emplacement des Jardins Hauts, est construit le premier établissement de France destiné aux déficients mentaux et aux épileptiques (il en subsiste la Maison grise). En 1901, la centrale est fermée, les détenus sont transférés dans d'autres établissements.

Gaillon, un patrimoine carcéral[modifier | modifier le code]

Le XXIe siècle est propice à la valorisation des traces du passé carcéral du château. Les graffitis sont l'objet de travaux de recensement et de protection. Ils touchent au château mais aussi à la Maison grise, témoignage d'un long bâtiment créé pour l'hébergement des jeunes prévenus puis, après le transfert de ceux-ci aux Douaires, celui des aliénés.

Une garnison militaire[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative du CISLA
Plaque commémorative du CISLA

Un détachement du 74e régiment d’infanterie caserné à Rouen (quartier Pélissier) occupe l'ancienne maison centrale. Les hommes de la 8e compagnie du 28° régiment d'infanterie assurent le défilé du 14 juillet 1903 dans un uniforme "prototype" proposé pour supplanter la tenue comportant le pantalon "Garance". À partir du 24 décembre 1914, un centre d’instruction d’officiers sous-lieutenants auxiliaires, infanterie (CISLA I) y est organisé, ayant pour objet la réorganisation de l’armée belge, de la ré-équiper et de former les cadres, après les ravages provoqués par les premiers mois de la Première guerre mondiale. Son directeur était le commandant Neuray. Le comte Pierre Ryckmans fait un passage par Gaillon. En juillet 1917, René Glatigny sollicite et obtient son passage à l'infanterie. Le premier octobre 1917, il est envoyé à Bayeux (Calvados) pour y suivre les cours du centre d'instruction des sous-officiers d'infanterie (CISOI) de l'armée belge. Le 24 février 1918, il est nommé sous-officier et est envoyé au CISLA. La session de Gaillon se termine le 31 juillet. Sorti breveté, René Glatigny retourne au front où il décède des suites de blessures les jours suivant le 28 septembre 1918. Une plaque commémorative témoigne de ce centre de formation militaire historique; elle est visible à l'entrée du château. Par ailleurs, la tombe d'un soldat belge est incorporée au carré militaire du cimetière communal.

La « Renaissance » du château[modifier | modifier le code]

En 1925, le château est vendu aux enchères. Le terrain au nord-ouest, partie de l’ancien parc, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [1]. L'État le rachète le . Une longue procédure judiciaire s'engage[16]. Le , l'acquisition est officialisée. Georges Duval, architecte en chef des monuments historiques, commence une étude pour la restauration de l'édifice. Les travaux commencent en 1977. Les éléments conservés à l'École des Beaux-Arts de Paris reviennent au château.

Les parcelles des anciens jardins, les restes de la clôture, ainsi que les vestiges archéologiques présents ou futurs font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [1].

En septembre 2009, naît l'Association pour la Renaissance du Château de Gaillon (ARC). Dès sa fondation, avec à son côté la municipalité de Gaillon, elle se donne pour objectif la réouverture du château au public et le rayonnement du monument.

À l'été 2011, le château ouvre ses portes au public, renforcé d'une nouvelle exposition, réalisée par l'ARC, et d'une maquette du château tel qu'on aurait pu le voir au XVIe siècle.

Architecture[modifier | modifier le code]

Il s'agit du premier château de style Renaissance en France (1500-1509), suivi du château de Blois. Il est notamment un exemple majeur de la transition entre le gothique flamboyant (dit aussi « tardif ») et le style Renaissance. Aujourd'hui l'aspect du château résulte en grande partie de son passé pénitentiaire, cependant le Pavillon d'entrée, illustration d'accueil du présent article, reste un exemple remarquable de l'architecture de la Renaissance française.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Élisabeth Chirol (pref. de Marcel Aubert), « Un premier foyer de la Renaissance : le château de Gaillon » dans Bulletin monumental, 1952, vol. 110, p. 197-200 lire sur Persée.
  • Alexandre de Lavergne (1808-1879) (illustrations de Charles-Théodore Frère), « Châteaux et ruines historiques de France », édition C. Warée (Paris), 1845, vol. 396, p. 312-340 lire sur Gallica.
  • Abbé F. Blanquart, « La chapelle de Gaillon et les fresques dAndrea Solario » dans Bulletin de l'année 1898, Société des amis des arts du département de l'Eure, p. 28-53, lire sur Gallica
  • Flaminia Bardati, Il bel palatio in forma di castello. Gaillon tra Flamboyant e Rinascimento, Campisano Editore, Roma, 2009.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Notice no PA00099427 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. « Notice no PA27000001 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. « Notice no IA00017666 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  4. André Châtelain, Châteaux forts et féodalité en Île de France du XIeme au XIIIeme siècle, Nonette, Créer, coll. « Patrimoine » (no 1), , 507 p. (ISBN 978-2-902-89416-1, lire en ligne), p. 213.
  5. Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, Société des amis de la Bibliothèque nationale et des grandes bibliothèques de France, 1860, lire en ligne
  6. Marie Casset, Evêques aux champs (Les), Publication Univ Rouen Havre (ISBN 978-2-877-75692-1, lire en ligne), p. 316.
  7. Deville, Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon, 1850, lire en ligne
  8. De cet hôtel sont aujourd'hui conservés le Pavillon d'Estouteville et la Tourelle d'Estouteville.
  9. Histoire du Berry: depuis les temps les plus anciens jusqu'en 1789 [1]
  10. Aujourd'hui ne subsiste que la "chapelle basse", la "chapelle haute" ayant été détruite à la Révolution
  11. Extrait d'une lettre rédigée par un envoyé du duc de Ferrare, Bonaventura Mosti en 1508 in Yves Bottineau-Fuchs, Georges 1er d'Amboise (1460-1510) : un prélat normand de la Renaissance, Rouen, Éd. PTC, , 158 p. (ISBN 978-2-906-25890-7 et 2-906-25890-3, notice BnF no FRBNF39954973, lire en ligne), p. 98
  12. « The Dawn of the French Renaissance », sur https://books.google.fr/ (consulté le 12 mai 2016)
  13. « La maison centrale de Gaillon », sur https://criminocorpus.hypotheses.org/61,‎ (consulté le 21 juillet 2016)
  14. "Les mineurs en Justice à la centrale pénitentiaire de Gaillon au XIXe siècle", Antoine Vlastuin, 2003.
  15. "Jeunes, déviances et identité : 18e-20e siècle", Jean-Claude Vimont (sous la direction de), 2009.
  16. « Le château de Gaillon », sur ville-gaillon.fr, 2015.
  17. « Musée de sculpture antique et moderne ou Description historique et graphique ... - tome II - seconde partie - p 820 - », sur https://books.google.fr (consulté le 3 juin 2016)
  18. « Peinture italienne représentant le château de Gaillon », sur http://www.persee.fr,‎ (consulté le 3 juin 2016)