Pharisiens

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Les pharisiens sont l'un des partis juifs en activité en Judée pendant la période du Second Temple (IIe siècle av. J.-C. - Ier siècle). Leur courant de pensée est appelé « pharisaïsme » ou « pharisianisme ». De nombreux enseignements des pharisiens sont incorporés à la tradition rabbinique. Ils se distinguent notamment par le recours à la Torah orale pour fixer la loi juive. Les sources principales décrivant les pharisiens sont Flavius Josèphe, le Nouveau Testament, les sources rabbiniques et, peut-être, certains manuscrits de la mer Morte.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le mot « pharisiens » apparaît pour la première fois dans les récits de Flavius Josèphe[1] dans un épisode qui décrit la rupture de Jean Hyrcan d'avec ce parti au profit des sadducéens[2].

Il apparaît dans les évangiles probablement écrits par des nazôréens, à peu près où moment où Flavius Josèphe écrivait la trentaine de livres que nous lui connaissons[réf. nécessaire]. C'est la tradition chrétienne qui a popularisé ce mot. Le terme français est la traduction du latin, qui est lui-même la translittération du grec « pharisaioi », provenant lui-même de la forme intensive de la racine du verbe hébreu prš (« parash »), qui signifie « déclarer », « distinguer », « séparer », « éclaircir », puis « expliquer ».

L'origine de cette dénomination demeure cependant obscure et a donné lieu à de nombreuses hypothèses[3]. Si l'on admet que les pharisiens sont les lointains successeurs des scribes des périodes royale et perse qui interprètent la « loi écrite »[4], cette épithète peut signifier que ce groupe s'est « séparé » pour des raisons de pureté rituelle du reste du peuple, moins soucieux des prescriptions de la loi. Dans ce sens, le terme a pu avoir originellement une connotation négative[5]. Mais si l'on considère l'importance que les pharisiens accordent à la « loi orale », c'est la notion d'« explication » qui pourrait être retenue, sans qu'aucune des significations ne s'impose ; elles peuvent même traduire une interprétation interne ou externe au mouvement, selon l'acception retenue[4]. Dans la littérature rabbinique, il est fait mention des perûšîm, généralement identifiés aux pharisaioi des sources grecques, bien que ce point soit débattu[6].

Flavius Josèphe, qui dans les années 90 se déclare lui-même Pharisien, présente ces derniers comme proches du peuple, commentateurs maîtres en exégèse vivant suivant des règles de pureté imposées aux prêtres et qui ont une grande influence non par leur nombre – pas plus de six mille, suivant Josèphe –, mais par leur influence parmi leurs nombreux disciples[2]. Au XIe siècle, le rabbin Maïmonide donne une autre interprétation dans son commentaire de la mishna Haguiga 2:7 : « Ceux qui se gardent de l’impureté en toute circonstance, y compris lorsqu’ils réalisent des activités ordinaires – ne nécessitant pas d’être nécessairement en état de pureté ou de sainteté – sont appelés “peroushim”. »

« Dans le Talmud, les descendants des Pharisiens, si c'est bien d'eux dont il s'agit, se désignent eux-même collectivement comme les “sages d'Israël”, n'utilisant jamais l'appellation de Flavius Josèphe[1]. »

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine du mouvement[modifier | modifier le code]

Selon la tradition rabbinique, les pharisiens sont les descendants des Sages de la Grande Assemblée. L’origine de leur courant de pensée remonterait à Simon le Juste (probablement le grand prêtre Simon II) et à Antigone de Sokho.

Cependant, leur origine, tout comme celle des sadducéens, est obscure[7]. Les pharisiens émergent en tant que groupe après la révolte des Maccabées et l'accession au pouvoir de la dynastie hasmonéenne en Judée. Certaines hypothèses les font descendre des hassidéens (les pieux) qui ont refusé d'adopter les mœurs grecques sous le règne d'Antiochos Épiphane IV[8].

Il est difficile de déterminer précisément la période où le mouvement s'est formé[9]. Dans le premier ouvrage de Flavius Josèphe, la Guerre des Juifs, la première mention des pharisiens est en lien avec le règne de la reine Salomé Alexandra (76-67 av. J.-C.). Dans les Antiquités juives, Flavius Josèphe présente une division de la société juive en trois groupes : les pharisiens, les sadducéens et les esséniens[10]. Cette notice intervient lors de la description du règne de Jonathan (152-142 av. J.-C.). Elle ne permet pas réellement de dater la formation du mouvement. Contrairement à la Guerre des Juifs, les Antiquités juives décrivent une activité des pharisiens dès le règne de Jean Hyrcan (134-104 av. J.-C.)[11]. Cette différence peut s'expliquer soit par le recours de Josèphe à de nouvelles sources pour composer les Antiquités juives, soit par la volonté de donner artificiellement aux pharisiens une importance plus grande dans les faits que Josèphe prétend décrire[12].

« Parti politico-religieux sous les Hasmonéens, les Pharisiens deviennent un mouvement d'esprit par la suite : celui des disciples des “sages” et/ou des “rabbis” d'affinité pharisienne[1]. » Les pharisiens s'appuient sur la classe moyenne des villes. Les classes moyennes sont en pleine expansion économique depuis le début de la domination des Ptolémées. Cette nouvelle tranche de la population dispose d'un niveau de vie suffisant pour conduire une activité économique tout en se ménageant du temps pour l'exégèse de la Torah. Cette situation contribue à répandre l'étude au-delà des cercles traditionnels en lien avec le culte du Temple de Jérusalem. Le développement économique rend aussi nécessaire le travail de scribes ayant des connaissances en matière de législation, mais qui ne sont plus nécessairement des scribes attachés au Temple[13].

Influence sur la société juive de la période du Second Temple[modifier | modifier le code]

Le réajustement opéré par les pharisiens leur permet d'accepter l'accession à la grande prêtrise de l'hasmonéen Simon, bien qu'il ne soit pas d’ascendance sadocide. Sous la domination hasmonéenne, les pharisiens sont en compétition avec les saduccéens et les autres groupes pour la direction spirituelle de la Judée et du peuple juif. Ils semblent être un mouvement possédant une forte assise populaire[7] constituée de fermiers et de citadins pieux. Au contraire, les saduccéens semblent représenter les intérêts de la caste sacerdotale traditionnellement associée au pouvoir politique.

Sous le règne de Jean Hyrcan, les pharisiens ont non seulement une influence sur la population, mais ils sont aussi proches du souverain. Ils sont cependant réservés face à la politique expansionniste de Jean Hyrcan et à son coût humain et économique. Certains s'opposent aussi à la concentration entre les mains d'une même personne des pouvoirs politique et religieux[14]. Ils perdent alors leur place à la cour hasmonéenne et leur influence politique. Sous le règne d'Alexandre Jannée le conflit atteint son paroxysme, d'autant que ce dernier « s'appuie ouvertement sur les sadducéens[15]. » « Le mouvement pharisien, représentant dans le peuple une certaine influence, n'est alors plus disposé à tolérer davantage “la tyrannie grecque”[15] » d'Alexandre Jannée[15]. Celui-ci « emploie des moyens radicaux pour venir à bout de la révolte pharisienne[15] », ce qui contraint à l'exil en Égypte de très nombreux membres du mouvement[15]. Après six ans de guerre civile, les Pharisiens font appel à Démétrios III Philopator (roi séleucide de 95 à 88 av. J.-C.) qui en profite pour lancer une expédition en Judée contre Alexandre[16]. Après sa victoire contre Démétrios, Alexandre fait crucifier[16] 800 Pharisiens « accusés de s'être ligués avec Démétrios et de l'avoir incité à envahir la Judée[17]. » Toutefois, par la suite Alexandre se réconcilie avec le plus célèbre des maîtres pharisien de cette époque, Shimon ben Shetah, sous l'influence de la reine[15], Salomé Alexandra. Shimon, « dont la mémoire est attestée dans maintes légendes rabbiniques » a même été chef (nasi-Prince) du sanhédrin dont la plupart des membres sont sadducéens (TB Berakhot 29a)[15].

Salomé Alexandra, dont on dit qu'elle est très pieuse[18], la veuve d'Alexandre Jannée, lui succède avec le titre de reine. Dès son arrivée au pouvoir, elle nomme grand-prêtre son fils Jean Hyrcan II, « qui passe pour avoir été un disciple ou un partisan des Pharisiens[18]. » Si l'on en croit Flavius Josèphe, c'est sur les conseils de son mari défunt que Salomé Alexandra décide d'un grand revirement en politique intérieure en s'accordant avec les Pharisiens aux dépens de celui avec les Sadducéens (Ant. XIII, § 408-418)[18]. Elle s'appuie sur Shimon ben Shetah, toujours nasi du sanhédrin et « considéré comme son frère selon une légende rabbinique[18]. » Toutefois, dans sa lutte pour le pouvoir contre son frère Jean Hyrcan, soutenu par les Pharisiens, Aristobule II est de plus en plus soutenu par les Sadducéens[18].

Les pharisiens sont décrits par Josèphe comme recherchant le pouvoir politique. Sous le règne de la reine Salomé Alexandra, ils semblent effectivement avoir exercé un contrôle sur le pouvoir politique et sur le culte du Temple. Il n'existe cependant pas d’élément décisif pour affirmer qu'ils représentaient le parti dominant durant les périodes hasmonéenne et romaine[19].

Les Pharisiens acceptent l'arrivée au pouvoir d'Hérode Ier le Grand malgré ses origines iduméennes, car celui-ci garantit la paix et l'autonomie religieuse[20]. En retour, Hérode gagne le respect du peuple en tolérant les pharisiens.

Conflits et divergences avec les autres groupes[modifier | modifier le code]

Selon Josèphe, les controverses entre pharisiens, sadducéens et esséniens reposent sur des principes de foi. Bien qu'il mette en avant les différences théologiques, il apparaît que les querelles entre pharisiens et sadducéens reposent d'abord sur des questions pratiques, sur la manière de se comporter dans la vie courante, c'est-à-dire sur la halakha[21]. Face aux changements socio-économiques en Judée pendant la période du Second Temple, les pharisiens choisissent d'innover dans la pratique de la halakha pour rester en phase avec les nouvelles conditions de vie[22]. Ils adaptent les vieux codes aux situations nouvelles. Ils admettent la validité d'une approche évolutive de l’interprétation de la Loi. Celle-ci peut être appliquée en conformité avec les standards des maîtres de chaque génération. Ils s'appuient pour cela sur la « Loi orale », comme l'appelle la littérature rabbinique, ou sur la « tradition des pères », selon la terminologie de Flavius Josèphe. Ce concept de Torah orale, qui se développe à partir de la période perse, est un élément distinctif de la pensée pharisienne.

Méthode d'investigation juridique[modifier | modifier le code]

« Dans leurs écoles ou maisons, les Pharisiens, mais surtout leurs successeurs d'après 70, encouragent les débats dont ils mettent au point une méthode d'investigation juridique sous forme de “questions disputées” entre “maîtres” ou “docteurs”. Cette méthode est la suivante : après consultation des “maîtres” ou “docteurs” et ratification par une majorité qualifiée, les décisions des “sages” font jurisprudence, développant ainsi une “loi orale” à côté de la “loi écrite” – ce qui constitue une source de conflit avec les Sadducéens qui ne reconnaissent pas cette dernière[1]. »

Divergences avec le Yahad[modifier | modifier le code]

Une trentaine de manuscrits de la mer Morte mentionnent le « Yahad » (« Unité », « Alliance »), un mouvement religieux derrière lequel bon nombre de chercheurs reconnaissent les Esséniens ou tout au moins une de leur quatre tendances. Dans d'autres manuscrits qui ne mentionnent pas le Yahad, on repère un vrai système de mots ou de formules qui les font classer également parmi les écrits dits « sectaires ». Ils sont à eux tous une bonne centaine[23].

Parmi eux, le texte 4QMMT (Miqsat Maaseh ha-Torah) détaille par exemple des points de halakha sur lesquels la secte de la mer Morte et les pharisiens divergent[9]. Ces points concernent notamment la pureté rituelle, les fêtes, la gestion du Temple et les prêtres. Les pharisiens et les esséniens ont une approche différente de la Loi. Les pharisiens acceptent que la Loi puisse s'adapter aux conditions de la vie réelle, alors que les esséniens suivent une interprétation plus stricte, et préfèrent s'astreindre à des pratiques difficiles, plutôt que de risquer une impureté rituelle.

Place dans le judaïsme rabbinique[modifier | modifier le code]

Lors de la destruction de Jérusalem et de son Temple par les Romains (70 ap. J.-C.), les tannaïm réorganisent ce qui reste du judaïsme et font émerger le judaïsme rabbinique. Le point de vue pharisien y devient dominant, même si les avis d’autres groupes sont aussi représentés[24]. La tradition pharisienne est la seule en effet à être en mesure de s'accommoder de la disparition du Temple et à disposer d'une structure alternative pour s'adapter aux situations nouvelles. Dès lors, le terme de « pharisaïsme » tombe en désuétude, puisqu'il se confond avec le judaïsme tannaïtique.

Les « Sages » de la littérature talmudique n’y sont pourtant jamais décrits comme pharisiens. Cependant, deux sources non rabbiniques qualifient de « pharisiens » deux tannaïm membres de la famille de Gamliel[25] : rabban Gamliel l'Ancien, cité dans les Actes des Apôtres (Ac 5. 34) et Shimon ben Gamliel I, cité dans l'Autobiographie de Flavius Josèphe (chapitre 38).

Les « Chercheurs de flatteries »[modifier | modifier le code]

Dans les document dits « sectaires » des manuscrits de la mer Morte, des pseudonymes symboliques désignent les principaux acteurs du mouvement et leurs adversaires[26],[27]. Chez le « Maître de Justice » certains critiques reconnaissent le fondateur du groupe vers la moitié du IIe siècle av. J.-C. ou même un peu plus tôt si on en croit l'Écrit de Damas[28]. D'autres critiques, constatant l'existence de Maître de Justice durant une longue période depuis sa fondation jusqu'au moins « 40 ans » avant la fin de la dynastie hasmonéenne (-37), estiment que cette désignation recouvre plusieurs « Maîtres de Justice » successifs[29]. Il en est de même pour son adversaire, le « Méchant prêtre » ou « Prêtre Impie »[27] et pour le second ennemi du groupe, le « Cracheur de mensonges » aussi appelé « l'Homme du Mensonge »[26],[27].

Ce dernier est le chef d'une « clique sinistre » appelée « Chercheurs de flatteries » ou « Chercheurs des choses flatteuses » derrière laquelle un grand nombre de chercheurs reconnaissent les Pharisiens[16]. Il est par exemple fait référence à eux dans un passage du « Pesher de Nahum » (4Q169)[16], dans lequel, comme dans de multiples autres textes dits « sectaires », l'auteur scrute les anciemmes prophéties de la Bible hébraïque pour y chercher les présages de l'histoire qui lui est contemporaine[30]:

« 2 [Cela renvoie à Démé]trios, roi de Grèce, qui chercha à entrer dans Jérusalem à l'incitation des Chercheurs de flatterie.
[...]
6 Cela renvoie au lion de la colère 7 [...] vengeance contre les Chercheurs de flatterie, car il avait coutume de pendre les hommes vivants, 8 (comme on faisait) jadis en Israël[31]. »

Ce passage fait référence à Démétrios III Philopator (roi séleucide de 95 à 88 av. J.-C.) et à son intervention en Judée contre Alexandre Jannée[16], favorable aux Sadducéens[32]. Démétrios avait répondu à l'appel des Pharisiens, qui ici sont appelés les « Chercheurs de flatteries » comme dans plusieurs autres manuscrits[16]. Le « lion de la colère » est Alexandre Jannée qui après sa victoire contre Démétrios avait fait crucifier un grand nombre de Pharisiens, « pendus vivants » pour se venger de leur trahison[16].

Si l'identification des personnages désignés par les pseudonymes symboliques est l'objet de multiples propositions incompatibles, en revanche l'identification des « Chercheurs de flatteries » aux Pharisiens semble désormais faire consensus parmi les chercheurs.

Croyance[modifier | modifier le code]

« Les Pharisiens se distinguaient en particulier par leur « loi orale », adjonction non écrite aux Écritures qui prétendait apporter l'interprétation du Livre sacré[7]. » Ainsi Flavius Josèphe écrit : « Les Pharisiens imposèrent au peuple de nombreuses lois issues de la tradition de leurs pères non inscrites dans la loi de Moïse[33],[34]. »

Leur capacité à faire évoluer le dogme juif tient au rôle qu'ils accordent à la Loi orale. En effet, ils vont au-delà du texte écrit et, au nom de la tradition orale révélée à Moïse, en même temps que la Loi écrite selon eux, ils le précisent et l’enrichissent. Leur soumission à la Loi orale les place en opposants des sadducéens, qui ont leur propre exégèse orale, et qui ne reconnaissent pas son autorité. Elle impliquera le développement de la synagogue comme lieu où l'on interprète la Loi. Le pharisaïsme est ainsi à l'origine du rabbinisme et de la mise par écrit de la Loi orale dans le Talmud.

La Loi orale devient donc un objet d'étude plus important encore que le Pentateuque, puisque celle-ci condense et réunit tous les écrits du Tanakh au moyen d'études de la Guémara sur ces versets.

Les pharisiens se définissent comme un mouvement de stricte observance religieuse. Flavius Josèphe, « pour l’emporter sur les autres Juifs par la piété et, par une interprétation plus exacte de la Loi ». Ils font ainsi de la surenchère par rapport à la pratique commune. Leur objet c’est, selon la formule d’un de leurs docteurs, « de faire une haie à la Torah ».

Selon Flavius Josèphe[modifier | modifier le code]

Dans les Antiquités judaïques, Flavius Josèphe indique que les Pharisiens vivent simplement, respectent les anciens et prête attention à l'enseignement traditionnel[35]. « L'analyse de Josèphe se concentre sur leur position sur la question de la destinée et de l'âme[35]. » Il note finalement que « toutes les prières à Dieu et tous les sacrifices se règlent d'après leurs interprétations[36] » et que même les Sadducéens exerçant de hautes fonctions doivent se conformer aux coutumes pharisiennes[35].

Jésus et les pharisiens[modifier | modifier le code]

Récits des évangiles[modifier | modifier le code]

Jésus critique à de nombreuses reprises les pharisiens, notamment au sujet de l'importance qu'ils donnent à la loi rituelle et aux pratiques de pureté. Les évangélistes lui attribuent des paroles de malédiction à leur encontre, par exemple dans Matthieu 23 : "Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le Royaume des Cieux ! Vous n'entrez pas vous-mêmes, et vous ne laissez pas entrer ceux qui le voudraient" (Mt 23, 13) ; "Malheur à vous guides aveugles" (Mt 23, 16), Il les traite également de "sépulcres blanchis", etc.

Dans l'évangile selon Luc, la parabole du pharisien et du publicain illustre la supériorité morale du « publicain » (collecteur d'impôts juif, au service de l'occupant romain, détesté par la population locale) qui se reconnait pécheur et implore la pitié de Dieu sur celle du pharisien qui se prévaut de son observance des règles pour se juger supérieur aux autres hommes[37].

Analyses modernes[modifier | modifier le code]

De nombreux historiens s'accordent à considérer que les évangélistes projettent sur l'époque de Jésus la situation de la polémique opposant pharisiens et chrétiens dans les années 70 (années de rédaction des évangiles).

John P. Meier écrit à ce sujet : "Il en va donc de Jean comme de Matthieu : la situation du judaïsme d'après 70 colore fortement la présentation que ces deux évangélistes font des pharisiens. Les pharisiens de Matthieu et de Jean sont en grande partie des pharisiens d'après 70 [...]. Aussi doit-on faire très attention si l'on veut de servir des pharisiens de Matthieu et de Jean pour reconstituer les pharisiens historiques qui ont été au contact de Jésus vers les années 28-30 de notre ère"[38]

Les invectives contre les pharisiens dans Mt 23 sont à interpréter comme une conséquence de l'exclusion des judéo-chrétiens (dont l'évangéliste faisait partie) de la synagogue, selon W.D Davies (en)[39].

Pendant longtemps on a pu considérer, avec Calvin, que la religion de Jésus s'était constituée en réaction contre le pharisaïsme, mais il semble que ce soit plutôt l'inverse : les rédacteurs tardifs des évangiles auraient imaginé d'opposer « violemment les pharisiens "hypocrites" à Jésus, parce qu'eux-mêmes se heurtaient à la résistance de l'orthodoxie pharisienne dans leur effort pour conquérir l'assentiment des Juifs » [40].

Jésus était-il issu des milieux pharisiens ?[modifier | modifier le code]

La question de l'appartenance de Jésus au mouvement des pharisiens fait débat. Christian Amphoux affirme que "Jésus a fréquenté l'école des pharisiens : c'est là qu'il entend pour la première fois le principe éthique fondamental de son enseignement : l'amour du prochain" pris dans son sens le plus étendu, "où le prochain n'est plus le proche, comme on l'enseigne à l'école du temple, mais tout être qui s'approche de vous, autrement dit potentiellement tout être humain, proche ou non". Ainsi, bien que Jésus puisse être critique à leur égard sur certains points, il a retenu d'eux ce grand principe "établi une génération avant par Hillel", qu'il illustre par la parabole du Bon Samaritain[41] lorsqu'on l'interroge sur la règle du « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Si Schalom ben-Chorin et David Flusser "assimilaient [déjà] Jésus au mouvement pharisien, et le voyaient débattre des points de la halakha à la manière pharisienne et avec des pharisiens, d'autres voix se font entendre, tel Géza Vermes ou Shmuel Safrai, pour le ranger dans la mouvance des hassidim, ces laïcs pieux aux talents charismatiques. Heinrich Graetz et Israël Knohl le situent dans le cadre du mouvement essénien[42]".

Paul, un Juif pharisien ?[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas d'autre sources indiquant l'appartenance de Paul de Tarse (Saul de Tarse, saint Paul pour les chrétiens) à la branche pharisienne du judaïsme que les Lettres de Paul[43] et les Actes des Apôtres[44]. Selon Michel Trimaille, "nous ne possédons pas de preuves certaines de l'existence, avant la ruine de Jérusalem, de groupes pharisiens hors des territoires peuplés en majorité de Juifs (Judée, Galilée, Pérée)" ; mais s'il est vrai que la famille de Paul était originaire de Galilée, comme le dit Jérôme de Stridon, et qu'elle ait été déportée à Tarse en Cilicie en 4 avant l'ère chrétienne, ou 6 après l'e.c., depuis une génération seulement, alors il devient plus vraisemblable que Paul ait gardé des attaches en Palestine, et fait des études à Jérusalem (Actes, 22/3). C'est là, à l'école de Gamaliel, qu'il aurait pu devenir un fervent pharisien[45].

Les pharisiens dans la culture chrétienne[modifier | modifier le code]

De nombreux auteurs, considérant le texte des évangiles comme le reflet fidèle d'une réalité historique, ont fait des pharisiens et du pharisaïsme des symboles d'hypocrisie et de formalisme excessifs dans le domaine religieux ainsi que de mépris pour les autres considérés comme inférieurs moralement.

En littérature, le pharisaïsme en est venu à désigner la piété ostentatoire, le formalisme hypocrite chez un dévot ou un religieux, ainsi que l'attitude de celui qui, croyant incarner la perfection morale, porte des jugements sévères sur l'attitude ou le comportement d'autrui[46] à l'exemple du célèbre roman de François Mauriac, La Pharisienne paru en 1941.

Pharisiens célèbres[modifier | modifier le code]

Wikisource[modifier | modifier le code]

Heinrich Graetz, Histoire des Juifs (trad. Lazare Wogue, Moïse Bloch), A. Lévy, 1884. Chap. « Les Institutions et les Sectes » : tome 2, p. 163-178.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Mimouni 2012, p. 235
  2. a et b Mireille-Hadas Lebel, Le contexte historique des débuts du Talmud : Le conflit entre pharisiens et saducéens, conférence pour Akadem, campus numérique juif, 28/05/2007, conférence en ligne
  3. Encyclopedia Universalis
  4. a et b Mimouni 2012, p. 234
  5. Schiffman 2003, p. 156
  6. Pour certains chercheurs, le terme perûšîm est peut-être plutôt utilisé dans le sens de « séparés », « abstinents » ou « ascètes », plutôt que pour désigner le groupe des pharisiens ; au sujet de ce débat, voir Grabbe 2000, p. 194-195
  7. a, b et c Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte, Paris, éd. Perrin, 2003, p. 29.
  8. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, 2012, Paris, éd. PUF, p. 234
  9. a et b CHJ 1999, p. 406
  10. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIII, (171).
  11. Grabbe 2000, p. 185
  12. Grabbe 2000, p. 188
  13. CHJ 1999, p. 405
  14. CHJ 1999, p. 412
  15. a, b, c, d, e, f et g Mimouni 2012, p. 365.
  16. a, b, c, d, e, f et g Christian-Georges Schwentzel, Juifs et nabatéens: Les monarchies ethniques du Proche-Orient hellénistique et romain, Presses Universitaires de Rennes, 2013, Rennes (France), p. 97.
  17. Wise, Abegg et Cook 2003, p. 39.
  18. a, b, c, d et e Mimouni 2012, p. 366.
  19. Grabbe 2000, p. 199
  20. CHJ 2002, p. 417
  21. CHJ 1999, p. 407
  22. CHJ 1999, p. 409
  23. Paul 2008, p. 26
  24. CHJ, p. 427
  25. Grabbe 2000, p. 194
  26. a et b Christian-Georges Schwentzel, Juifs et nabatéens: Les monarchies ethniques du Proche-Orient hellénistique et romain, Presses Universitaires de Rennes, 2013, Rennes (France), p. 95.
  27. a, b et c Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte, Paris, Perrin, 2003, p. 28.
  28. Jean Starcky, Le Maître de Justice et Jésus, in Pierre Geoltrain (Dir.), Aux origines du christianisme, Paris, Éd. Gallimard et Le Monde de la Bible, 200, p. 143.
  29. Jean Starcky, Le Maître de Justice et Jésus, in Pierre Geoltrain (Dir.), Aux origines du christianisme, Paris, Éd. Gallimard et Le Monde de la Bible, 200, p. 146-150.
  30. Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte, Paris, Perrin, 2003, p. 39.
  31. Traduction d'Edouard Cook dans Wise, etc. p. 257-262, cité par Schwentzel 2013, p. 97.
  32. Wise, Abegg et Cook 2003, p. 30.
  33. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIII, (297).
  34. Cité par Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, op. cit.", p. 29.
  35. a, b et c Grabbe 1992, p. 470.
  36. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, I, 2.
  37. Roger Martin du Gard, Les Thibault, 1922, page 732[réf. nécessaire].
  38. John Paul Meier, Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire, 2005, t.3, p.245 ; ce passage de J.P. Meier, exégète et prêtre catholique, est cité par Dan Jaffé dans Jésus sous la plume des historiens juifs du XXe siècle, préf. de Daniel Marguerat, Ed. Du Cerf, "Patrimoines Judaïsme", 2009, p.240.
  39. W.D. Davies (en), The Setting of the Sermon of the Mount, Atlanta, 1989, p.256-315 ; cité par D. Jaffé dans Jésus sous la plume des historiens juifs du XXe siècle, préf. de Daniel Marguerat, Ed. du Cerf, 2009,p.240.
  40. Charles Guignebert, Le Monde juif vers le temps de Jésus, Paris, éditions Albin Michel, 1950, p. 215
  41. Christian Amphoux, Sous le voile du sens apparent : le Jésus de l'histoire, éd. Encretoile, 2015, p.54.
  42. Daniel Marguerat, in Dan Jaffé, Jésus sous la plume des historiens juifs du XXe siècle, Éd. du Cerf, 2009, préface p.15.
  43. Philippiens, 3/5 ; et aussi Galates 1 / 14.
  44. Paul serait "Pharisien, fils de Pharisiens", Actes 23/6, et 22/3, 26/5.
  45. Michel Trimaille, "Que sait-on de Paul aujourd'hui ?", dans P. Geoltrain, Aux origines du christianisme, Gallimard / Le Monde de la Bible, 2000, p.311-312.
  46. Pharisaïsme sur le site du CNRTL.

Bibliographie[modifier | modifier le code]