Isaac Ier

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Isaac Ier
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Isaac Ier
Monnaie d'Isaac Comnène.
Règne
-
2 ans, 5 mois et 14 jours
Période Comnène
Précédé par Michel VI
Suivi de Constantin X
Biographie
Naissance vers 1007
Décès 1061 (~54 ans)
(Constantinople)
Père Manuel Erotikos Comnène
Épouse Catherine de Bulgarie
Descendance Manuel Comnène
Marie Comnène
Empereur byzantin

Isaac Ier (grec : Ισαάκιος Aʹ Κομνηνός), né vers 1007 et mort en 1061, est un empereur byzantin qui régna du au et est le fondateur de la dynastie Comnène.

Fils du général Manuel Erotikos Comnène et devenu orphelin en bas âge, il fut confié avec son frère aux bons soins de l'empereur Basile II qui les fit instruire au monastère du Stoudion. Il se lança ensuite dans la carrière militaire et servit comme commandant en chef de l'armée d'Orient vers 1042 et 1054. En 1057, il se retrouva à la tête d'une conspiration des généraux de l'armée d'Orient contre le nouvel empereur Michel VI. Proclamé empereur le 8 juin 1057 par ses partisans, il réussit à défaire les forces loyales à l'empereur lors de la bataille de Petroe, dans la plaine de l'Hadès[N 1] le 20 août suivant. Dans les négociations qui suivirent, Isaac aurait accepté d'être adopté par l'empereur avec droit de succession, mais cette proposition fut rejetée par ses troupes. Au même moment, dans la capitale, une faction de la population conduite par le patriarche Michel Ier Cérulaire contraignit Michel VI à abdiquer le 30 août. Entré à Constantinople, Isaac fut couronné par le même patriarche le 1er septembre 1057.

Son premier objectif fut de restaurer les finances publiques. Après avoir récompensé ses partisans et les haut-gradés militaires, il prit très rapidement une série de mesures qui s'avérèrent impopulaires : baisse des salaires, hausse des taxes, abolition de privilèges fiscaux. Mais surtout, il confisqua certaines propriétés de l'Église, ce qui lui valut l'opposition du patriarche dont la volonté de puissance le portait à se présenter comme l'égal de l'empereur. En novembre 1058, l'empereur ordonna son arrestation et son exil avant de convoquer un synode pour le démettre. Toutefois celui-ci mourut avant la tenue du procès. Isaac nomma alors un ancien premier ministre, Constantin Leikoudès, pour lui succéder.

Sur le plan extérieur, la situation demeura relativement calme durant son court règne. En Asie mineure, les Turcs tentèrent sans succès en 1058 d'attaquer le fort de Mormrans ; un autre raid contre Taron n'eut pas plus de succès. Au nord-ouest des Balkans, les raids des Magyars prirent fin avec la signature d'un traité en 1059, alors que le même été, Isaac conduisit avec succès une campagne contre les Petchenègues au nord-est.

Peu de temps après son retour de la campagne contre les Petchenègues, l'empereur tomba malade. Épuisé physiquement et mentalement, il se résolut à abdiquer sur les conseils de Michel Psellos, devenu un conseiller influent à la cour. Il se retira alors au monastère du Stoudion où il mourut quelques mois plus tard.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

L'Empire byzantin en 1025 à la mort de Basile II.

Le règne de Basile II (r. 960-1025) avait été marqué, à l'extérieur par l'expansion des frontières de l'Empire byzantin, et à l'intérieur par une grande stabilité politique et une gestion prudente des ressources de l'État basées sur la prospérité des petits propriétaires-fermiers de province. Le quart de siècle qui suivit fut marqué par une rapide succession d'empereurs venus au trône en épousant ou en étant adoptés par la dernière représentante de la dynastie macédonienne, l'impératrice Zoé Porphyrogénète (r. 1028-1050), puis par la sœur de celle-ci, Théodora (1042 ; 1055-1056). Durant ce quart de siècle, les grands propriétaires fonciers profitèrent de l'appauvrissement des petits pour agrandir leurs domaines alors qu'à Constantinople, les grandes familles de l'administration bureaucratique virent leur influence croître au détriment des familles de l'aristocratie militaire. Les empereurs utilisèrent largement le Trésor public pour des constructions de prestige ou pour s'assurer la fidélité de leurs partisans si bien que sous Constantin IX (r. 1042-1055) la situation financière le força à dévaluer le nomisma[N 2],[1].

Origine et jeunesse[modifier | modifier le code]

Ruines de l'église du monastère du Stoudion où fut éduqué Isaac Comnène.

Isaac naquit dans la famille des Comnène, notables (dynatoi, δυνατοί = puissant) de l'Empire byzantin. On croit généralement que la famille était originaire de Komne, que l'on situe près de Philippopolis en Thrace[2].

Né vers 1007 [3], il était le fils aîné de Manuel Erotikos Comnène, commandant militaire qui défendit la ville de Nicée contre le général rebelle Bardas Sklèros en 978[N 3],[2],[4]. De sa mère, on sait seulement qu’elle s'appelait Maria[5].

Sa mère est morte alors qu'il était encore enfant ; son père devait suivre en 1020. Sur son lit de mort, il confia ses deux fils, Isaac et Jean aux bons soins de l'empereur Basile II qui, selon Nicéphore Bryenne le Jeune, les fit éduquer au monastère du Stoudion où on leur donna les meilleurs enseignants, sans négliger la chasse et l'instruction militaire[6]. Dès qu'ils furent en âge, Isaac et son frère furent enrôlés dans la garde impériale (hetaireia)[7].

Vers 1025, Isaac épousa Catherine de Bulgarie (née vers 1010), fille d'Ivan Vladislav (r. 1015-1018), dernier tsar du Premier Empire bulgare[3],[8]. Vers 1042, il détient le poste de stratopedarches d'Orient[N 4] avec rang de magister et de vestès[N 5]. Il fut démis de cette fonction en 1054 par l'impératrice Théodora[3] et remplacé par un eunuque, homme de confiance de celle-ci, du nom de Théodore[9].

Accession au pouvoir[modifier | modifier le code]

Conflit entre Michel VI et l'armée d'Orient[modifier | modifier le code]

Tetarteron d'or de Michel VI.

D'une valeur constante jusqu'au règne de Constantin VII, la monnaie byzantine se mit à perdre régulièrement de sa valeur par la suite[10]. Ceci affectait inévitablement les salaires annuels viagers (roga) des hauts dignitaires de l'État. Si Michel VI compensa en accordant des promotions de plusieurs grades aux hauts fonctionnaires civils, il ne fit rien pour les soldats[11]. Or ceux-ci s'attendaient d'autant plus à un traitement au moins équivalent que le nouvel empereur avait été jusque-là « logothetēs toū stratiōtikou », c'est-à-dire ministre responsable de la paie et de l'approvisionnement de l'armée[12]. Très vite le mécontentement grandit au sein de l'aristocratie militaire qui voyait avec colère augmenter l'influence des eunuques et fonctionnaires civils[13],[14]. Début 1057, éclata une première révolte de mercenaires normands sous la conduite d'un certain Hervé Frankopoulos qui fut vite réprimée[12].

À Pâques, moment où l'empereur distribuait les montants d'argent correspondant au rang des hauts fonctionnaires civils et militaires, une délégation des principaux officiers se rendit au Palais. Présidée par Isaac Comnène, relevé trois ans plus tôt de ses fonctions de stratopédarque d'Orient par Théodora, elle comprenait entre autres Katakalôn Kékauménos, qui venait d'être remercié comme doux (gouverneur) d'Antioche, Michel Bourtzès dont le grand-père avait capturé Antioche pour Constantinople un siècle plus tôt, Constantin Doukas qui avait épousé la nièce du patriarche Michel Ier Cérulaire et son frère Jean grand ami de Psellos, tous membres d'influentes familles militaires qui avaient participé aux grandes campagnes de Basile II[15],[16]. Selon Psellos, témoin oculaire de la scène, bien loin de les féliciter, l'empereur se mit à les injurier en bloc et, après avoir fait avancer Isaac Comnène et Katakalôn Kékauménos, accusa le premier d'avoir pratiquement abandonné Antioche, détruit son armée et s'être approprié l'argent du peuple[17]. Écrivant plus tard au même siècle, Jean Skylitzès affirme plutôt que l'empereur reçut les généraux courtoisement, mais s'accorde avec Psellos pour dire qu'il leur refusa les honneurs et la promotion que les deux généraux s'attendaient à recevoir au rang de proedros [15],[18].

L'effet de ces paroles sur le haut-commandement militaire fut immédiat et les généraux présents prirent le parti de leurs collègues. Une deuxième approche auprès de l'empereur ou de son premier ministre, le protosynkellos Leo Paraspondylos, n'eut guère plus de succès et il s'en fallu de peu que les militaires ne se précipitent sur l'empereur pour le destituer. Selon Psellos, ce fut Isaac lui-même qui retint ses compagnons d'armes[19]. Les généraux retournèrent alors dans leurs domaines et contactèrent le général Nicéphore Bryenne que ses troupes avaient déjà voulu proclamer empereur sous Théodora Porphyrogénète[12],[20]. Rappelé par Michel VI, il avait été mis à la tête des troupes de Macédoine. Il semble que celui-ci aurait accepté de se joindre à la conjuration, mais il fut presque aussitôt envoyé avec ses troupes combattre les Turcs en Asie mineure. Rendu là, il se querella avec le trésorier des armées qu'il fit jeter en prison après s'être approprié les fonds pour payer ses soldats comme il l'entendait. Il fut alors arrêté par un autre commandant local, jugé pour rébellion et aveuglé [21],[22].

Bataille de Petroe et proclamation d'Issac Comnène[modifier | modifier le code]

Carte montrant les sites de Nicomédie (aujourd’hui Izmit) et de Nicée dans le nord de la Bithynie.

Craignant alors que leur complot ne soit découvert, les généraux qui habitaient l'Anatolie dont Romain Skléros, Michel Bourtzès, Nicéphore Botaniatès et les fils de Basile Argyros se réunirent et proclamèrent Isaac Comnène empereur le 8 juin 1057 à Gounaria en Paphlagonie[23]. Laissant sa famille sous la protection de son frère dans la forteresse de Pemolissa sur le fleuve Halis (aujourd'hui appelé Kızılırmak), Isaac se mit en route pour Constantinople [24].

L'armée était divisée. Michel VI pouvait compter sur les forces de Macédoine dont il se hâta de transporter certains régiments en Asie mineure ainsi que sur celles du thème d'Anatolie et de Charsianon en Cappadoce, alors que les forces d'Isaac, outre celles de Nicéphore Bryenne, venaient essentiellement d'Asie mineure. Aux dires de Skylitzès, Kékauménos dut forger des ordres impériaux pour mobiliser les régiments des Arméniaques [25]. Réalisant un peu tard que son maintien au pouvoir dépendait de l'appui de ses généraux, Michel VI se hâta de les combler d'honneurs et nomma à la tête de ses troupes Théodore, le nouveau domestique des scholes d'Orient que Théodora avait fait proèdre, assisté du magister Aaron, officier d'origine bulgare et frère de la femme d'Isaac Comnène [26]. L'armée loyaliste se rassembla à Nicomédie d'où elle pouvait contrôler la route donnant accès à la capitale ; pour sa part Isaac, après avoir fait une manœuvre par le sud, s'empara de Nicée où il établit son commandement[27],[28].

Pendant plusieurs jours, les deux armées se firent face dans la plaine de Petroe. La bataille sembla d'abord avantager les forces loyalistes, mais Isaac Comnène tint ferme et la bataille fut finalement remportée par Katakalôn Kékauménos qui parvint à entrer dans le camp adverse et à mettre l'armée impériale en déroute, ouvrant ainsi le chemin de Constantinople [29],[30],[31].

La nouvelle de cette défaite causa une grande émotion à Constantinople où Théodore revenu de la bataille après avoir conclu secrètement la paix avec Isaac Comnène, déconseilla à l'empereur de lever une seconde armée[32]. Après avoir distribué honneurs et largesses pour se gagner des partisans et avoir obligé les sénateurs à signer un document dans lequel ceux-ci s'engageaient à ne pas reconnaître Isaac, l'empereur se résolut à négocier avec son rival et lui envoya une délégation comprenant Psellos, Leon Alopos et Constantin Leichoudès, ancien premier ministre de Constantin IX[33]. Son offre était de nommer Isaac Comnène « césar », devenant à toute fin pratique son successeur. Selon Psellos, Isaac aurait été enclin à accepter cette offre, mais celle-ci fut rejetée lors d’une réunion publique des troupes galvanisées par la rumeur qu'un coup d'État avait renversé l'empereur[34]. Les ambassadeurs retournèrent donc à Constantinople avec une contre-proposition : Isaac deviendrait co-empereur, serait adopté par Michel VI avec qui il partagerait le pouvoir, pouvant faire de nouvelles nominations et récompenser adéquatement ceux qui l'avaient suivi[27],[35].

Michel VI se hâta d'accepter ces propositions : le premier ministre Paraspondylos (le même eunuque qui avait proposé à Théodora mourante le choix de Michel VI comme successeur et qui avait eu maille à partir avec la délégation de généraux) fut limogé ; le pardon impérial fut accordé à Isaac et à ses partisans, ce dernier devenant non pas « césar » mais « co-empereur » (symbasileus). Isaac à son tour accepta ces propositions et se prépara à entrer dans la capitale où les événements se précipitaient[36].

Réuni à Hagia Sophia, un groupe de hauts-fonctionnaires protestèrent qu'en acceptant les propositions d'Isaac, l'empereur les obligeait à violer la déclaration de non-reconnaissance qu'il leur avait fait signer : « Leurs voix s'élevaient pour réclamer que l'on coupe l'empereur en morceaux et que l'on donne le trône à celui qui avait gagné la bataille[37] ». Quelques jours plus tard, le 30 août, le patriarche Michel Ier Cérulaire et l'ensemble du clergé se ralliaient à ce groupe, ce qui alimenta les rumeurs à l'effet que cette « réunion spontanée » avait été planifiée par l'ambitieux patriarche dont les démêlés avec l'empereur étaient bien connus.

Sous la pression du patriarche et voulant éviter un bain de sang dans la capitale, Michel VI accepta d'abdiquer et de se faire moine[38],[22],[39]. Le lendemain, le 31 août, Isaac accompagné des ambassadeurs du monarque déposé, traversait le Bosphore et faisait son entrée dans la capitale. Le 1er septembre 1057, il était couronné empereur par le patriarche à Hagia Sophia[40]. C'était la première révolte militaire suivie d'une révolution populaire à renverser un régime depuis celle de Nicéphore II Phocas en 963[41].

Le règne[modifier | modifier le code]

Arrivé au pouvoir, Issac Ier se hâta de récompenser ses partisans : son frère Jean fut nommé domestique des Scholes (armée d'Occident) et reçut le titre de curopalate, titre qui fut également accordé à Katakalôn Kékauménos et Nicéphore Bryenne[42],[43].

Le patriarche, pour sa part, fut récompensé pour sa participation au coup d'État en recevant seule autorité sur tout ce qui touchait le personnel et les finances de Sainte-Sophie, domaine réservé jusque-là à l'empereur, pendant que ses neveux qui avaient participé au complot recevaient des positions importantes dans l'administration[44],[45]. Après avoir reçu un donativum[N 6], les troupes qui l'avaient suivi furent promptement retournées en Asie mineure pour éviter tout trouble avec la population de la capitale[46],[44],[47].

Réformes financières à l'intérieur[modifier | modifier le code]

Histamenon d'or frappé sous Isaac Ier et montrant d'un côté le Christ, de l'autre l'empereur tenant une épée nue, ce qui fut considéré comme un signe d'arrogance.

L’arrivée au pouvoir d'Isaac Ier marquait la fin de la dynastie macédonienne inaugurée par Basile Ier en 867. Curieusement, c'était une alliance entre l'Église et l'aristocratie civile qui portait un militaire au pouvoir comme le montre l'histamenon frappé sous son règne montrant Isaac tenant une épée nue, ce qui fut interprété par certains comme le signe que le nouvel empereur entendait régner par droit de conquête et non par la grâce de la volonté divine[48],[44],[47]. Il soulignait certainement la détermination du nouvel empereur de s'attaquer aux profondes réformes que réclamait l'administration civile et militaire : « Entré le soir au palais, avant même d'avoir secoué la poussière du combat et changé de vêtement […] il s'attache au règlement des affaires militaires et civiles, consacrant ce qui restait encore de jour et toute la nuit aux soins impériaux[49]".

La tâche qui l'attendait était effectivement colossale : au cours des trente années précédentes, Zoé et Théodora avaient dilapidé sans vergogne le trésor impérial alors que les empereurs-époux ou adopté avaient distribué les titres et les émoluments qui y étaient rattachés (roga) pour obtenir l'appui de la haute fonction publique[47],[44]. Pour faire face à la crise économique qui s'annonçait, Constantin IX (r. 1042-1045) avait eu recours à la dévaluation de la monnaie, mais Isaac fut le premier empereur depuis Basile II qui dut faire face à un déficit budgétaire[44]. Pour payer les troupes, Isaac dut rétrograder un certain nombre de hauts fonctionnaires, réduisant du même coup leurs émoluments, et cesser de payer une roga à ceux dont le titre n'était qu'honoraire. Il nomma de nouveaux inspecteurs des impôts qui reçurent l'ordre non seulement d'être fermes dans la perception de ceux-ci, mais aussi de réclamer les arriérés accumulés. Considérant sans doute les armées thématiques comme obsolètes, il ne fit rien pour mettre en œuvre les lois protégeant les terres concédées à ces militaires ; bien plus il fit reprendre les domaines impériaux indûment concédés à des particuliers et abolit les exemptions fiscales consenties par Constantin IX et Michel VI, y compris celles concédées à des monastères et des églises, utilisant pour ce faire une loi de Nicéphore II Phocas datant de 964[47],[50]. Enfin, il réduisit les salaires des hauts fonctionnaires, y compris ceux des sénateurs[2]. À terme, ceci devait lui valoir la haine de cette même bureaucratie et de l'Église qui l'avaient porté au pouvoir.

Psellos convient que depuis la disparition de Basile II, l'empire ne cessait de dégénérer, « ici gonflé d'hydropisie et là fondant de consomption »[51] et que des réformes en profondeur s'imposaient. En même temps, il reproche à Isaac un zèle excessif et sa volonté de tout réformer en même temps : « En voulant tout transformer et en se hâtant de rogner sur-le-champ la frondaison de l'Empire romain […] cet empereur non seulement ne suffit pas à la tâche, mais encore et par suite ne parut pas égal à lui-même [52] ».

La chute de Michel Ier Cérulaire[modifier | modifier le code]

Michel Ier Cérulaire sur le trône patriarcal d'après le manuscrit Madrid de Jean Skylitzès.

Patriarche depuis 1043, Michel Ier Cérulaire avait consacré dès le début de son patriarcat toutes ses énergies à exalter le prestige et le pouvoir de sa fonction[53]. Habitué des intrigues de la cour, il avait fait et défait quelques empereurs et entendait imposer sa volonté à Isaac qu'il avait contribué à mettre sur le trône. Si les sources ne précisent pas que l'annulation des exemptions de taxes pour l'Église, voire la confiscation de bien ecclésiastiques, aient été à l'origine des tensions entre les deux hommes, celles-ci se manifestèrent très rapidement. Le patriarche menaça de faire tomber l'empereur de la même manière qu'il l'avait porté au pouvoir[54],[2] et commença à porter les bottines de pourpre réservées à l'empereur, voulant sans doute affirmer par là, comme le pape commençait à le faire à Rome, que le pouvoir spirituel était égal, sinon supérieur au pouvoir impérial[54].

Mais Isaac était d'une autre trempe que ses prédécesseurs et pouvait compter sur le soutien inconditionnel de l'armée. Le 8 novembre 1058, alors que le patriarche visitait une église hors des murs de la cité, Isaac le fit arrêter par la garde varangienne qui lui était totalement dévouée et le fit mener au Prokonnesos dans l’île de Marmara où il fut tenu en garde à vue [55]. L'empereur fit pression sur le patriarche pour l’amener à se démettre de ses fonctions : sans résultat. De guerre lasse, l'empereur convoqua un synode, quelque part en Thrace donc loin de la capitale et des foules qui auraient pu apporter leur appui au patriarche. Psellos, qui avait eu dans le passé maille à partir avec le patriarche et qui était maintenant moine, fut chargé de la poursuite qui accuserait Cérulaire d'hérésie, de blasphème et de vice. Toutefois, Michel Ier Cérulaire, mourut le 21 janvier 1059 avant que le procès ne se tienne. L'empereur désigna alors son ancien premier ministre, Constantin III Lichoudès, comme son successeur[56],[54],[2].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Le château de Melfi qui devint le fief de la famille de Hauteville en Apulie.

Selon Psellos, la renommée militaire d'Isaac fut telle qu'elle suffit à faire cesser les attaques des « Turcs » et des « Égyptiens »[57], en Asie mineure, ce qui lui permit de tourner son attention vers les peuples du nord de l'empire [58]. En réalité, la situation en Asie mineure ne fut pas si paisible.

D'après l'historien arménien Aristakès Lastivertsi (1002-1080), le général et gouverneur Jean I de Kldekari en Géorgie profita de la guerre civile qui mena Isaac au pouvoir et du départ des troupes byzantines d'Asie mineure pour s'emparer de deux forteresses byzantines, Olnout et Khabtzitzin, arrêtant le préposé au trésor impérial de cette dernière ville et s'appropriant ledit trésor avant de mettre le siège devant Theodosiopolis ; il dut cependant se retirer lorsque le gouverneur byzantin d'Ani envoya une armée au secours de la ville. Jean conclut alors une entente avec les Turcs qui menèrent des raids d'abord vers Chaldée, puis vers Keltzène. Environ un mois après l'arrivée d'Isaac au pouvoir ils arrivèrent devant Mélitène que les habitants purent évacuer avant que la ville ne soit prise et pillée par les Turcs. On en revenait à une guerre d'embuscades et de guérilla qui avait suivi l'abolition par Constantin IX des obligations militaires imposées aux troupes thématiques d'Arménie en échange de paiement comptant. Isaac ne semble pas avoir voulu rétablir ces troupes puisqu'il ne fit aucun effort pour protéger les terres qui leur avaient appartenu. Quoi qu'il en soit, Mélitène fut reprise, ses murailles renforcées et la ville devint le siège d’un gouverneur [47],[59].

Préoccupé par les problèmes financiers, Isaac ne se soucia guère des possessions byzantines d'Italie. Arrivés en Italie vers 1035, les frères de la maison normande de Hauteville, Guillaume, Drogon et Robert (dit Robert Guiscard) se mirent à conquérir l'Apulie et la Calabre. Grâce à une entente avec le pape en 1059, ils purent se diriger vers le sud de l'Italie conquérant progressivement l'ensemble des possessions byzantines de la région[47].

Isaac Ier ne conduisit lui-même qu'une expédition militaire durant son règne et ce fut dans les Balkans à la fin de l'été 1059 alors que les provinces du nord de l'empire étaient en proie aux attaques des Magyars et des Petchenègues qui semblaient avoir conclu une sorte de pacte. Les sources restent vagues au sujet de cette campagne. On sait seulement qu'Isaac se dirigea d'abord vers Sardica (aujourd’hui Sofia en Bulgarie) où il conclut un traité avec les Magyars. Puis il se tourna vers les Petchenègues établis en Mésie (au sud du Danube ; aujourd’hui parties de la Serbie, de la Bulgarie et de la Macédoine). Ceux-ci se soumirent à nouveau à l'empire, sauf un de leurs leaders du nom de Selte dont le château-fort en haut d'un promontoire fut capturé[60],[47],[61].

Mineure en soi, cette victoire ne mériterait pas d'être mentionnée si elle n'avait tourné à la tragédie : sur le chemin du retour, le 24 septembre, l'armée fut frappée par une violente tempête. Dans les inondations et les orages de grêle qui l'accompagnèrent, nombre de soldats périrent et les approvisionnements furent perdus. L'empereur lui-même échappa de justesse à la mort lorsqu'un arbre frappé par la foudre tomba près de lui[47],[61]. Immédiatement après, une rumeur circula à l'effet qu'une révolte grondait dans les provinces de l'Est menée par un collecteur de taxes ; Isaac se hâta alors de revenir dans la capitale [62].

La fin du règne[modifier | modifier le code]

En apparence, l'empereur était sorti victorieux de son conflit avec Michel Ier Cérulaire. Cependant, la population de Constantinople laissa éclater sa colère lorsqu'elle apprit l'arrestation et le décès de son patriarche vénéré. Des révoltes s'ensuivirent et même si Isaac réussit à reprendre le contrôle de la situation, il ne put jamais retrouver la popularité qui l'avait porté sur le trône. De retour de la campagne des Balkans, l'empereur devant l'ampleur de la tâche encore à accomplir, l'isolement de sa position face à la bureaucratie et au nombre de ses opposants commença à changer son comportement : « Il devint plus hautain et […] il se mit à traiter tout le monde avec mépris [63]

Passionné de chasse au faucon, Isaac passait ses moments de loisirs dans un pavillon de chasse en dehors de Constantinople[64],[65]. Se donnant sans compter à son sport favori, il prit froid une journée et la fièvre s'empara de lui le lendemain[66]. Après plusieurs jours, et craignant une issue fatale, l'empereur fit venir les siens et, son fils Manuel étant mort, nomma le 22 novembre 1059 contre l'avis de l'impératrice Catherine, laquelle aurait voulu qu'il garde le pouvoir, son compagnon des premiers jours, Constantin Doukas, pour lui succéder [67],[68],[69].

Toutefois, Isaac Ier devait reprendre assez de force après avoir nommé Constantin Doukas pour douter de la sagesse de sa décision et s'en serait ouvert à son ministre et confident Psellos, lequel aurait alors décidé de mettre fin aux hésitations de l'empereur, en faisant asseoir Constantin sur le trône dès le lendemain, le chaussant des bottines de pourpre, signe de l'autorité impériale, avant de le présenter au Sénat et aux officiers de l'armée [70],[N 7]. Isaac, dont la santé s'était à nouveau dégradée dans les heures qui suivirent se serait alors résigné à son sort, abdiqua définitivement et se fit moine au monastère du Stoudion où il vécut encore quelques mois avant de s'éteindre vers la fin de 1060 ou au début de 1061[71],[72]. Son épouse, l'impératrice Catherine, continua à vivre au Palais et son nom était même acclamé avant celui de Constantin Doukas. Ce règne conjoint ne dura cependant que quelque temps après quoi elle se retira avec sa fille, Marie, au monastère du Myrelaion sous le nom de Xénè (Hélène)[73]. Isaac et son épouse furent inhumés au monastère du Stoudion qu'ils avaient tous deux contribué à embellir et où Isaac avait été élevé avec son frère alors qu'il était encore adolescent [74].

Dynastie Comnène[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

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  • (en) Treadgold, Warren, A History of the Byzantine State and Society, Stanford, (California), Stanford University Press, 1997, (ISBN 978-0-8047-2630-6).
  • (he) Varzos, Konstantinos, Η Γενεαλογία των Κομνηνών, [The Genealogy of the Komnenoi], (PDF), A. Thessaloniki : Centre for Byzantine Studies, University of Thessaloniki, 1984, OCLC 834784634.
  • (en) Walsh, Christine. The Cult of Saint Katherine of Alexandria in Early Medieval Europe, Ashgate Publishing Limited, 2007, (ISBN 0754658619).
  • (en) Wortley, John, ed. John Skylitzes : A Synopsis of Byzantine History, 811-1057, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, (ISBN 978-0-521-76705-7).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La bataille de Petroe est aussi appelée « bataille de l’Hadès » du nom de la plaine près de Nicée où elle se déroula
  2. Le nomisma (pluriel : nomismata) est une monnaie d'or, héritière du solidus romain et frappée dans l'empire byzantin jusqu'à la réforme monétaire d'Alexis Ier Comnène en 1092. Sa stabilité en avait fait la monnaie internationale pendant des siècles
  3. Dans l’Alexiade, Anne Comnène mentionne qu’il aurait été « strategos autokrator » c.à.d. commandant en chef des armées de l’Est et aurait été envoyé avec pleins pouvoirs pour écraser la rébellion.
  4. Indiquant probablement qu’il était domestikos ton scholon ou commandant en chef des armées d’Orient; ce titre n’est toutefois pas explicitement attesté (Guiland (1967), p. 500).
  5. Voir pour l'explication des titres « Glossaire des titres et fonctions dans l’Empire byzantin ».
  6. Récompense exceptionnelle accordée à un corps de troupe, généralement équivalente à plusieurs années de solde.
  7. Psellos, dont l’humilité n’était pas la plus grande qualité, est le seul à rapporter cet épisode qui le présente, tel son grand rival Michel Cérulaire, comme « faisant et défaisant les empereurs »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pour un résumé plus complet, voir Ostrogorsky (1983) pp. 344-360
  2. a b c d et e Kazdhan (1991) "Komnenos" vol. 2, pp. 1143–1144; Attaleiates (Attal. 58.11 – 13) situe plutôt l’endroit « à l’Est » c.a.d. en Asie mineure
  3. a b et c Varsos (1984), p. 41
  4. Varsos (1984) pp. 38-39
  5. Varsos (1984), pp. 39, 41
  6. Gautier (1975), pp. 74, 76
  7. Gautier (1975), p. 76
  8. Kazdhan (1991), « Isaac I Komnenos » vol. 2, pp. 1011 -1112
  9. Guilland (1967), pp. 452 – 453
  10. Voir sur cette question « L’expansion du XIe siècle » (dans) Cheynet (2007) pp. 306-308
  11. Psellos, Chronographie, VII, 2
  12. a b et c Treadgold (1997) p. 597
  13. Psellos, Orationes Funebres, I. 49
  14. Kaldellis (2017) p. 217
  15. a et b Sewter (1953), p. 210
  16. Kaldellis (2017) pp. 216-217
  17. Psellos, Chronographie, VII, 3
  18. Wortley (2010), pp. 450-451
  19. Psellos, Chronographie, VII, 4- 5
  20. Kaldelis (2017), p. 215
  21. Wortley (2010) pp. 454-455
  22. a et b Kaldellis (2017), pp. 217-218
  23. Psellos, Chronographie, VII, 5-14; Orationes funebres, 2, II; Attaliatès 56-59
  24. Wortley (2010), p. 458
  25. Wortley (2010) pp. 456-458
  26. Psellos, Chronographie, VII, 11; Zonaras, III, 660
  27. a et b Kaldelis (2012), p. 218
  28. Wortley (2010), pp. 458-459
  29. Kaldellis & Krallis (2012) pp. 99 et 101
  30. Wortley (2010), pp. 459-461
  31. Sewter (1953) pp. 214-215
  32. Psellos, Chronographie, VII, 14
  33. Psellos a rédigé une description circonstanciée de cette ambassade [et du rôle qu’il y joua], Chronographie, VII, 15-42
  34. Psellos, Chronographie, VII, 35
  35. Sewter (1953, pp. 215-224
  36. Sewter (1953), pp. 224-226
  37. Psellos, Orationes funebres, I, 50.
  38. Psellos, Chronographie, VII, 43
  39. Sewter (1953), pp. 226-227
  40. Psellos, Chronographie, VII, 42
  41. Kadellis (2017), p. 219
  42. Cheynet (1996), p. 70
  43. Kadellis (2017) pp. 219-220
  44. a b c d et e Kaldellis (2017), p. 220
  45. Norwich (1994) p. 333
  46. Psellos, Chronographie, VII, 45
  47. a b c d e f g et h Treadgold (1997) p. 599
  48. Treadgold (1997) p. 598
  49. Psellos, Chronographie, VII, 44
  50. Kaldellis (2017), pp. 220-221
  51. Psellos, Chronographie, VII, 51
  52. Psellos, ibid.
  53. Likoudis (2014) para 6
  54. a b et c Kaldellis (2017), p.  221
  55. Norwich (1994) p. 334
  56. Psellos, Chronographie, VI, 65-66
  57. Psellos, Chronographie, VII, 63
  58. Psellos, Chronographie, VII, 67
  59. Kaldellis (2017) p. 222
  60. Psellos, Chronographie, VII, 68-70
  61. a et b Kaldellis (2017) pp. 222-223
  62. Attaliatès, 66-68; Psellos, Chronographie, VII, 67-70; Skylitzès continué, 107
  63. Psellos, Chronographie, VII, 71
  64. Psellos, Chronographie, VII, 72.
  65. Sewter (1953) pp. 244-245)
  66. Psellos, Chronographie, VII, 73
  67. Psellos, Chronographie, VII, 82-83, 89.
  68. Kaldellis (2017) p. 223
  69. Varzos (1984) pp. 42-43, 44-45
  70. Psellos, Chronographie, VII, « Constantin Doukas », 10.
  71. Varsos (1984), p. 43
  72. Diehl (1922), p. 247
  73. Varsos (1984), pp. 46-47
  74. Walsh (2007), p. 33

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]