Isaac Comnène (frère d'Alexis Ier)

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Sceau d'Isaac détenant les titres de protoproèdre et de Domestique des Scholes d'Orient dans les années 1070.

Isaac Comnène (en grec : Ἰσαάκιος Κομνηνός, vers 1050 - 1102/1104) est un général byzantin notable dans les années 1070 et l'un des principaux partisans de l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène, qui est son plus jeune frère. En récompense, Alexis crée pour lui le titre de sébastokrator.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant l'accession au trône de son frère[modifier | modifier le code]

Isaac est le deuxième fils et le troisième enfant du domestique des Scholes Jean Comnène et Anne Dalassène. Il est donc membre de la plus haute aristocratie de l'Empire byzantin du milieu du XIe siècle en tant que neveu de l'empereur Isaac Ier Comnène[1]. En 1071 ou 1072, l'empereur Michel VII Doukas le marie à Irène, une princesse géorgienne et une cousine de Marie d'Alanie, la femme de l'empereur[2].

Dans les années 1070, après la désastreuse bataille de Mantzikert, Isaac sert comme commandant militaire en Anatolie contre les Seldjoukides. En 1073, comme Domestique des Scholes d'Orient (soit commandant en chef des armées de campagne d'Orient), il est capturé par les Turcs avant d'être relâché seulement après le paiement d'une rançon. L'année suivante, il est encore envoyé en Orient comme doux d'Antioche. Là, il réprime une révolte locale mais est de nouveau capturé par les Turcs avant d'être libéré contre le paiement d'une rançon par les habitants de la ville[2].

Sous le règne de Nicéphore III Botaniatès, il jouit des faveurs impériales et complote au sein de la cour impériale, se servant de son influence sur l'impératrice Marie pour améliorer la position des Comnènes, notamment celle de son plus jeune frère Alexis. Ce dernier est directement lié à la famille régnante des Doukas du fait de son mariage avec Irène Doukas[2]. Quand Alexis finit par se rebeller contre Nicéphore III, Isaac le soutient dans cette action. Au début de la rébellion, il l'accompagne alors qu'il quitte Constantinople pour éviter d'être arrêté par les hommes de l'empereur. Une fois en-dehors de la capitale, les deux frères rallient plusieurs hauts personnages à leur cause comme Georges Paléologue, ce qui leur confère une force suffisante pour défier Nicéphore. Ils se trouvent à Schiza quand les partisans de la rébellion décident de confier le trône à Alexis plutôt qu'à Isaac. En effet, si celui-ci est l'aîné, son frère jouit du soutien de la puissante famille des Doukas. Isaac accepte ce choix et il lui chausse les bottes pourpres impériales[3].

Un personnage important sous le règne de son frère[modifier | modifier le code]

Par la suite, il démontre qu'il est son partisan le plus loyal et enthousiaste. En retour, Alexis le récompense en lui conférant le nouveau titre de sébastocrator, ce qui fait presque de lui l'égal de l'empereur (le sébastocrator est la deuxième dignité dans la hiérarchie impériale, directement après l'empereur et avant le César). Selon Anne Comnène, c'est un « empereur sans pourpre »[2]. L'importance de son action, quoique discrète, se mesure lors des premières années du règne d'Alexis. En effet, ce dernier, pressé par les nombreuses menaces extérieures aux frontières de l'Empire, est contraint de se tenir éloigné de Constantinople pour combattre. De ce fait, ce sont sa mère, Anne Dalassène, et son frère Isaac qui gouvernent l'Empire en son nom dans la capitale[4]. Ainsi, dès 1081, il entreprend de répondre à la demande de son frère de trouver un moyen d'abonder les finances de l'Empire pour soutenir l'effort militaire face aux Normands de Robert Guiscard. Il décide alors de convoquer un synode lors duquel il annonce son intention de saisir les biens ecclésiastiques. Malgré quelques oppositions, la mesure est mise en œuvre[5].

Du début du règne de son frère à sa mort, Isaac dirige la police de l'Empire, participant au démantèlement de la conjuration des Anemas au début du XIIe siècle. Il joue un rôle important dans la lutte contre les différentes hérésies présentes à l'époque (notamment le bogomilisme). Particulièrement versé dans les affaires théologiques, il se voit confier les enquêtes lors des procès de Jean Italos et de Basile le Bogomile. Toutefois, il s'est opposé à son frère quand son fils, Jean, a conspiré contre le trône. Persuadé de l'innocence de Jean, il critique Alexis et surtout son autre frère Adrien, qui a révélé à Alexis les plans de Jean, mais l'empereur décide finalement d'abandonner les poursuites pour mettre un terme aux tensions familiales[6]. Après sa mort en 1104, les enfants d'Isaac sont pris en charge par Alexis qui prend soin de les marier avec des partis importants de l'aristocratie byzantine[7]. Plus fondamentalement, l'importance de la place occupée par Isaac lors du règne de son frère témoigne de la volonté d'Alexis de baser le pouvoir impérial sur la puissance des liens familiaux, conférant certains des postes et des dignités les plus importants de l'Empire à ses plus proches parents[8].

Au sein de la capitale, Isaac dispose de son propre palais près du port Julien[9] ainsi que d'importantes propriétés dans la région de Thessalonique.

Famille[modifier | modifier le code]

Isaac Comnène est marié avec une princesse géorgienne du nom d'Irène, cousine de l'impératrice Marie d'Alanie[10]. Avec elle, il a sept enfants[11],[12] :

  • Jean Comnène, protosébaste et gouverneur (doux) de Dyrrachium de 1092 à après 1105/1106 ;
  • Alexis Comnène, pansébaste et doux de Dyrrachium après 1105/1106 ;
  • Constantin Comnène, pansébaste et doux de Béroia avant de devenir megas droungarios ;
  • Adrien Comnène devient moine puis archevêque de Bulgarie sous le nom de Jean IV ;
  • Sophia Comnène se marie avec Nicéphore Dokéianos ;
  • Eudocie Comnène se marie avec Nicéphore Botaniatès ;
  • Deux filles dont les noms sont inconnus. L'une d'elle est engagée avec Grégoire Gabras.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Kazhdan 1991, p. 1143, 1145
  2. a, b, c et d Kazhdan 1991, p. 1144
  3. Malamut 2007, p. 55-59.
  4. Malamut 2007, p. 143.
  5. Malamut 2007, p. 194.
  6. Malamut 2007, p. 143-144.
  7. Malamut 2007, p. 270.
  8. Malamut 2007, p. 268.
  9. Malamut 2007, p. 184.
  10. Lynda Garland, « Anna Dalassena, Mother of Alexius I Comnenus (1081-1118) », An Online Encyclopedia of Roman Rulers (consulté le 30 novembre 2012)
  11. Kazhdan 1991, p. 1145
  12. Skoulatos 1980, p. 125

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Alexander P. Kazhdan, The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-504652-6)
  • Basile Skoulatos, Les personnages byzantins de I'Alexiade: Analyse prosopographique et synthese, Louvain, Nouwelaerts,
  • Elisabeth Malamut, Alexis Ier Comnène, Paris, Ellipses, (ISBN 978-272-983-310-7)
  • Denise Uranie Papachryssanthou, « La Date de la mort du sébastocrator Isaac Comnène et de quelques événements contemporains », Revue des études byzantines, vol. 21,‎ , p. 250-255 (lire en ligne)