Constantin VII Porphyrogénète
| Constantin VII Porphyrogénète | |
| Empereur byzantin | |
|---|---|
Représentation de Constantin VII sur un ivoire conservé au musée Pouchkine. | |
| Règne | |
| - 46 ans, 5 mois et 3 jours |
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| Période | Macédonienne |
| Précédé par | Alexandre |
| Co-empereur | Romain Ier Lécapène (920-944) Christophe Lécapène (921-931) Étienne Lécapène (924-945) Constantin Lécapène (924-945) |
| Suivi de | Romain II |
| Biographie | |
| Naissance | Constantinople |
| Décès | (à 54 ans) |
| Père | Léon VI le Sage |
| Mère | Zoé Carbonopsina |
| Épouse | Hélène Lécapène |
| Descendance | Romain II Zoé Agathe Théophano Anne Théodora |
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Constantin VII Porphyrogénète (en grec : Κωνσταντίνος Ζʹ Πορφυρογέννητος, Kōnstantinos VII Porphyrogennētos), né le à Constantinople et mort le dans la même ville, est empereur byzantin de 913 jusqu'à sa mort, bien qu'il n'exerce effectivement le pouvoir qu'à partir de 944. Il appartient à la dynastie macédonienne.
Né dans un contexte de polémique religieuse sur la légitimité de l'union entre sa mère et son père, il est très tôt associé au trône. Seulement, la mort de son père intervient alors qu'il est encore enfant, ce qui favorise la compétition pour la régence et le pouvoir. C'est l'amiral Romain Ier Lécapène qui s'impose et met en place une tutelle étroite sur le jeune Constantin. Même parvenu à la majorité, il ne peut gouverner et est cantonné à un rôle largement symbolique. Un temps concurrencé par le fils aîné de Romain, Christophe Lécapène, il finit par obtenir le pouvoir en janvier 945, après une révolution de palais qui expulse les deux autres fils de Romain, parvenus eux-mêmes au pouvoir par un coup d'état.
Durant son règne effectif, il contribue à la consolidation d'un Empire alors prospère. A l'extérieur, il s'appuie sur des généraux de premier ordre, en particulier en Orient, qui permettent à l'Empire d'envisager l'extension de ses frontières au détriment des puissances musulmanes. En Occident, il s'efforce de garder de bonnes relations avec le Saint-Empire romain germanique et avec les Bulgares. A l'intérieur, il légifère dans différents domaines, en particulier celui du régime de la propriété foncière, un sujet primordial dans l'équilibre social et politique byzantin.
Surtout, son règne est souvent associé à la renaissance macédonienne, un mouvement de grande production culturelle, dont il est lui-même l'un des principaux instigateurs. Parfois dépeint comme un amoureux des arts et de la culture, au détriment de l'exercice politique du pouvoir, il est à l'origine de plusieurs ouvrages fondamentaux dans la compréhension de la civilisation byzantine, en matière d'organisation administrative, de pratiques politiques mais également de relations avec les peuples extérieurs à l'Empire. De ce fait, il est régulièrement vu comme l'incarnation de ce moment d'épanouissement intellectuel, même si les historiens modernes estiment que Constantin, tout en étant le commanditaire ou l'auteur de ces ouvrages, n'en oublie pas pour autant de gouverner l'Empire et que ces deux objectifs ne sont d'ailleurs pas incompatibles dans sa manière d'être empereur.
Sources
[modifier | modifier le code]Sources anciennes
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Le règne de Constantin VII est l'un des mieux documentés de l'histoire byzantine du Xe siècle. Les historiens disposent à la fois de chroniques narratives, de textes administratifs et diplomatiques, d'actes législatifs, de sceaux, de monnaies ainsi que d'un ensemble exceptionnel d'ouvrages produits sous le patronage direct de l'empereur et qui éclairent en partie sur sa personnalité autant que sur son règne[1].
Parmi les sources narratives, le recueil connu sous le nom de Théophane Continué occupe une place centrale. Composé au milieu du Xe siècle dans l'entourage impérial, il couvre l'histoire de l'Empire depuis le règne de Léon V jusqu'aux premières années du gouvernement personnel de Constantin VII. Son dernier livre, consacré à Basile Ier, constitue un véritable panégyrique dynastique destiné à légitimer la dynastie macédonienne. Cette orientation idéologique impose une lecture critique car elle implique une faible objectivité à l'égard de Constantin et de ses parents[2].
Le Synopsis historiarum de Jean Skylitzès, rédigé à la fin du XIe siècle, fournit un récit détaillé des événements politiques et militaires du règne. Bien que postérieur de plus d'un siècle, il demeure l'une des principales sources narratives pour la période. Les chroniques de Jean Zonaras et de Georges Cédrène apportent également des informations complémentaires, souvent issues de traditions aujourd'hui perdues. Manifestement, ces auteurs sont plus hostiles celles-ci sont plus hostiles. Ainsi, Skylitzès le décrit comme faible dans l'exercice du gouvernement mais également sévère dans sa répression, tout autant que porté sur la boisson et renonçant au mérite dans la nomination aux plus hautes fonctions[3],[4]. En revanche, toutes les sources s'accordent à mettre en valeur sa haute culture[5].
Parmi les sources extérieures à l'Empire, Liutprand de Crémone, évêque et ambassadeur italien à Constantinople, est de premier ordre[2]. Il reprend d'ailleurs l'image de l'empereur cultivé, toujours plongé dans ses livres[5]. Les sources orientales jouent également un rôle important. Les chroniqueurs arabes, notamment al-Masʿūdī, Ibn Hawqal, Yahyā d'Antioche ou encore les auteurs liés aux cours hamdanides, permettent d'éclairer les relations diplomatiques et militaires entre Byzance et le monde musulman. Pour les Balkans et la Rus' de Kiev, plusieurs informations proviennent de traditions slaves et de la Chronique des temps passés, rédigée au début du XIIe siècle.
Perspectives contemporaines
[modifier | modifier le code]De manière générale, Constantin VII a retenu l'attention des historiens, en raison tant de l'abondance des sources utilisables pour appréhender son règne et ses réalisations que par son statut, parfois quelque peu exagéré, d'incarnation d'un âge d'or byzantin, en lien avec la renaissance macédonienne et l'expansion plus générale de l'Empire tout au long du Xe siècle[6],[7]. Cette association de Constantin à l'efflorescence culturelle de son siècle doit en bonne partie à l'ouvrage fondateur d'Alfred Nicolas Rambaud, l'un des premiers byzantinistes modernes, qui fait paraître L'Empire grec au dixième siècle, Constantin Porphyrogénète en 1870.
L'historiographie moderne a longtemps opposé Constantin VII aux grands empereurs soldats du Xe siècle. Edward Gibbon voyait en lui un prince studieux, plus à l'aise parmi les livres qu'à la tête de l'État. Dans son Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, il écrit qu'« Il manquait de cette énergie qui eut pu le pousser à une vie active et glorieuse ; les études qui avaient amusé et honoré ses loisirs n’étaient plus compatibles avec les devoirs sérieux d’un souverain »[8]. Cette interprétation est reprise, avec des nuances, par plusieurs historiens du XIXe siècle, jusqu'au début du XXe siècle, qui font de Constantin l'archétype du souverain érudit mais peu disposé à l'exercice du pouvoir. Georg Ostrogorsky affirme ainsi que « l'importance historique de Constantin VII n'est pas dans son action insignifiante d'homme d'État : elle est dans l'activité extrêmement intense et féconde qu'il déploya dans le domaine de la culture et de la science ». Il dit de lui qu'il vit plus dans le passé que dans le présent, n'ayant d'autre passion que l'étude et la composition d'ouvrages, ce qui expliquerait pourquoi il aurait aussi facilement accepté d'être tenu à l'écart si longtemps du gouvernement de l'Empire[9]. Quant à Louis Bréhier, il est assez critique, y compris sur l'entreprise culturelle de l'empereur : « A la différence de Lécapène, il était peu propre à l’action et il ne pouvait d’ailleurs renoncer subitement à la vie solitaire et stu-dieuse qu’il menait depuis si longtemps au Grand Palais [...] Un savoir aussi dispersé était forcément superficiel, comme le montrent les erreurs qu’il a commises et les fables qu’il a acceptées sans aucun sens critique », même s'il lui reconnaît son œuvre de compilation et de préservation de savoirs dispersés[10].
Les recherches menées depuis la seconde moitié du XXe siècle ont profondément renouvelé cette lecture. Sans remettre en cause son exceptionnelle culture, Romilly Jenkins, Arnold Toynbee, Jonathan Shepard, Paul Magdalino ou Anthony Kaldellis soulignent que son intérêt pour les lettres ne saurait être interprété comme un désengagement politique.
Les historiens insistent désormais davantage sur la cohérence de son action gouvernementale. Son attachement à la mémoire historique, à la codification des pratiques administratives et à la mise en scène de la légitimité impériale apparaît comme une manière originale d'exercer le pouvoir. Dans cette perspective, Constantin VII ne se distingue pas tant par une opposition entre activité intellectuelle et gouvernement que par la volonté de faire du savoir un instrument de l'autorité impériale.
Cette réévaluation contribue aujourd'hui à faire de Constantin VII l'une des figures les plus singulières de l'histoire byzantine : un souverain dont l'influence durable tient autant à sa conception du pouvoir qu'à la prospérité et au rayonnement retrouvés de l'Empire sous la dynastie macédonienne.
Naissance et légitimation
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Constantin naît à Constantinople les 17 ou 18 mai 905. Il est le fils de l'empereur Léon VI le Sage et de Zoé Carbonopsina, sa maîtresse puis épouse. L'origine de cette dernière est incertaine et elle est souvent apparentée à Théophane le Confesseur[11]. Néanmoins, ce lien de filiation pourrait avoir été créé par Constantin pour la rattacher à une grande figure de l'orthodoxie byzantine, d'autant que sa naissance intervient dans un contexte politique et religieux particulièrement délicat, car elle résulte de la quatrième union de Léon VI, situation sans précédent pour un empereur byzantin[12],[13].
À la fin du IXe siècle, la question de la succession préoccupe fortement Léon VI. Ses trois premiers mariages n'ont pas permis d'assurer durablement la continuité dynastique. Son union avec Théophanô Martinakia, conclue vers 883, ne lui donne qu'une fille, Eudocie. Après la mort de Théophano, il épouse Zoé Tzaoutzina, qui meurt à son tour sans lui laisser d'héritier masculin survivant. Son troisième mariage avec Eudocie Baïana se solde également par un échec lorsque celle-ci décède peu après avoir donné naissance à un fils mort en bas âge[14],[15],[16].

L'absence d'héritier menace alors la stabilité de la dynastie macédonienne. Léon VI entretient depuis plusieurs années une relation avec Zoé Carbonopsina, membre d'une famille aristocratique de Constantinople, dont est seulement connu son oncle, Himérios[17]. La naissance de Constantin en mai 905 apporte enfin au souverain le fils qu'il attend depuis longtemps. D'autant que Léon a pris la précaution de faire accoucher Zoé dans la Porphyra, la chambre impériale du Grand Palais, donnant au jeune Constantin la qualité de porphyrogénète, « né dans la pourpre », susceptible de consolider sa légitimité[18]. En effet, celle-ci est susceptible d'être remise en cause car l'enfant naît alors que ses parents ne sont pas mariés[19].
Le droit canonique byzantin tolérait difficilement les remariages successifs. Même un troisième mariage se heurte généralement au droit canonique. Léon VI rappelle d'ailleurs cette interdiction dans les propres lois qu'il édicte[20]. Malgré tout, soucieux de légitimer son héritier, Léon VI cherche à épouser Zoé Carbonopsina après la naissance de leur fils. Cette décision provoque une grave crise religieuse et politique connue sous le nom de « controverse de la tétragamie »[18]. Le patriarche Nicolas Mystikos s'oppose fermement au projet impérial. Bien qu'il accepte de baptiser Constantin afin d'éviter une rupture ouverte avec le souverain, il refuse de reconnaître pleinement le quatrième mariage de Léon[21]. Le conflit s'envenime rapidement et aboutit à la déposition du patriarche en 907. Léon VI lui substitue Euthyme, plus favorable à sa politique matrimoniale, ce qui permet une normalisation provisoire de la situation[14].
Malgré ces mesures, la naissance de Constantin demeure entourée d'une ambiguïté juridique et religieuse durable. L'enfant est reconnu comme héritier légitime par son père et par les institutions impériales, mais les circonstances de sa conception et du mariage de ses parents continuent d'alimenter les critiques de certains milieux ecclésiastiques et aristocratiques. Cette fragilité contribue à expliquer les contestations auxquelles il est confronté après la mort de Léon VI. Afin de renforcer sa position dynastique, le jeune prince est associé au trône dès le 15 mai 908[N 1]. Ce couronnement le jour de la Pentecôte permet d'associer sa venue sur le trône à la descente de l'Esprit Saint. Dans l'ordre politique byzantin, cette association des événements forts de la vie d'un souverain à des dates religieuses de premier ordre traduit l'origine divine du pouvoir[22]. Par ailleurs, cette élévation précoce vise à rendre incontestable son statut d'héritier légitime et à garantir la continuité de la dynastie macédonienne, instaurée par Basile Ier le Macédonien en 867 et donc encore relativement jeune. Lorsque Léon VI meurt en mai 912, Constantin est ainsi déjà revêtu de la dignité impériale depuis plusieurs années, même si son jeune âge l'empêche encore d'exercer le pouvoir[14],[23].
L'ascension de Romain Lécapène (920-944)
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La crise politique de l'après-régence
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La mort de Léon VI en mai 912 puis celle de son frère et successeur Alexandre en juin 913 laissent l'Empire entre les mains d'un enfant âgé d'à peine huit ans[24]. Constantin VII demeure l'unique souverain légitime, mais son jeune âge rend indispensable l'exercice d'une régence. Durant les années qui suivent, plusieurs groupes tentent de s'imposer à Constantinople, provoquant une instabilité politique durable[25].
Le patriarche Nicolas Mystikos, qui a retrouvé son siège sous Alexandre, exerce une influence déterminante sur le gouvernement. Placé à la tête du conseil de régence, il est accompagné d'autres dignitaires comme Jean Eladas, désigné par Alexandre comme tuteur du jeune Constantin. Pour autant, la situation est loin d'être stabilisée. Peu de temps après la mort d'Alexandre, Constantin Doukas manque de peu de prendre le pouvoir[26]. De manière générale, l'autorité du patriarche est contestée par une partie de l'aristocratie et par l'impératrice-mère Zoé Carbonopsina, qui cherche à préserver les droits de son fils. Les rivalités de cour se développent alors que la situation extérieure se dégrade[25]. Ainsi, Nicolas Mystikos est prêt à négocier le mariage du jeune Constantin avec une fille du tsar Siméon Ier de Bulgarie. Or, l'union d'un empereur avec une princesse étrangère est alors considérée comme une concession bien trop grande à un ennemi de l'Empire[27]. Finalement, avec l'aide de Jean Eladas, Zoé parvient à neutraliser l'encombrant patriarche pour prendre la tête de la régence de son fils, entourée de plusieurs dignitaires, dont Léon Phocas l'Ancien ainsi que plusieurs eunuques[28].
Dans un premier temps, la régence de Zoé obtient d'importants résultats, notamment la paix avec les Bulgares ou en Orient. Toutefois, en 916-917, une importante campagne militaire est décidée contre Siméon Ier de Bulgarie. L'armée, conduite par Léon Phocas, soutenue par une flotte dirigée par l'amiral Romain Lécapène est écrasée à la bataille d'Anchialos en 917, ce qui fragilise considérablement le régime en place[29].
L'arrivée au pouvoir de Romain Lécapène
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C'est alors que l'amiral Romain Lécapène gagne en influence. Bénéficiant d'une solide carrière militaire, il profite de la crise politique. Malgré la défaite d'Anchialos, sa flotte est intacte et il dispose donc d'un important moyen de pression. Si Constantin et ses alliés ont cherché ensuite à dénigrer Romain Ier, le brocardant comme un individu de basse extraction, les historiens modernes rappelent que les Lécapènes sont une famille relativement bien installée dans l'Empire byzantin[30].
Paradoxalement, c'est au nom du jeune Constantin que Romain Lécapène prétend prendre le pouvoir[31]. Ce dernier est alors en disgrâce auprès de Zoé et de la régence mais il conserve d'importants soutiens. En face, c'est Léon Phocas qui apparaît comme l'autre homme fort de l'Empire. Proche de Zoé, il est soupçonné d'être prêt à prendre le pouvoir pour lui-même, au détriment de Constantin. Ses opposants s'appuient alors sur Romain Lécapène. Au printemps 919, Romain entre à Constantinople à la tête de ses partisans. Le jeune Constantin VII, manipulé par certains de ses proches, fait alors de lui son protecteur au détriment de sa mère[32],[33],[31]. Afin de légitimer sa position, Romain fait épouser sa fille Hélène Lécapène à Constantin VII en mai 919, aux dépens de la princesse bulgare[34]. Cette union crée un lien dynastique entre les deux familles et permet à Romain d'exercer son autorité au nom du souverain légitime[30]. Il n'hésite d'ailleurs pas à l'utiliser pour dissuader l'armée de Léon Phocas de se dresser contre lui, quand il apparaît qu'il commence à prendre le pouvoir pour lui-même. Une simple lettre signée du nom de Constantin Porphyrogénète aurait suffi à entraîner la défection d'un grand nombre de soldats[35].
Les étapes de l'ascension de Romain Lécapène sont rapides. Il reçoit successivement les titres de magistros, puis de basiléopator (« père de l'empereur »), avant d'être élevé au rang de césar en septembre 920. Le 17 décembre 920, il est finalement couronné coempereur. Sans renverser officiellement Constantin VII, il devient dès lors le véritable maître de l'Empire[36],[37].
La marginalisation de Constantin VII
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L'établissement du régime lécapénien ne se traduit pas par la déposition de Constantin VII. Contrairement à de nombreux usurpateurs byzantins, Romain Lécapène choisit de conserver le jeune souverain sur le trône. Cette décision s'explique largement par la légitimité exceptionnelle dont bénéficie Constantin. Fils de Léon VI et héritier direct de la dynastie macédonienne, il demeure le seul empereur porphyrogénète de sa génération. Le maintien de sa personne à la tête de l'État permet à Romain de présenter son gouvernement comme une continuité dynastique plutôt que comme une rupture. Dans les faits, Constantin est progressivement écarté de l'exercice quotidien du pouvoir. Les principales décisions politiques, diplomatiques et militaires sont prises par Romain et son entourage. Les fils de ce dernier, Christophe, Étienne et Constantin Lécapène, sont successivement associés au trône, ce qui semble annoncer la constitution d'une nouvelle dynastie impériale. Pour autant, Romain Lécapène hésite toujours à trop promouvoir sa lignée et Constantin garde toujours la deuxième place dans les cérémonies auliques[38]. De même, sa position sur les monnaies impériales semblent évoluer au fur et à mesure des années, sans forcément qu'il soit facile d'y déceler toujours une cohérence mais il ne disparaît jamais très longtemps[39].
Les sources demeurent partagées sur le rôle exact joué par Constantin durant cette période. La tradition historiographique a longtemps présenté le jeune empereur comme une figure passive, confinée aux activités intellectuelles et aux cérémonies de cour. Les recherches récentes tendent toutefois à nuancer cette interprétation. Même privé de l'essentiel de son autorité politique, Constantin conserve un statut institutionnel important et demeure au cœur de la légitimité du régime.
Le gouvernement de l'Empire sous les Lécapènes
[modifier | modifier le code]Les vingt-quatre années durant lesquelles Romain Lécapène domine l'Empire correspondent à une période de stabilisation et de redressement. Le gouvernement impérial parvient à contenir la menace bulgare après la mort de Siméon Ier de Bulgarie en 927 et conclut une paix durable avec la Bulgarie.
En Orient, les Byzantins reprennent progressivement l'initiative face aux puissances musulmanes. Les campagnes conduites par Jean Kourkouas permettent la reconquête de plusieurs positions stratégiques et contribuent au renouveau militaire de l'Empire. Cette évolution prépare les succès plus spectaculaires obtenus durant la seconde moitié du Xe siècle[40],[41].
À l'intérieur, le régime mène également une politique active destinée à protéger les petits propriétaires fonciers contre l'expansion des grands domaines aristocratiques. Les novelles promulguées durant le règne de Romain Lécapène constituent l'une des principales sources pour l'étude de la société rurale byzantine et témoignent des transformations économiques qui affectent l'Empire au Xe siècle[42].
La chute des Lécapènes
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À partir des années 940, l'équilibre du régime devient plus fragile. La mort de Christophe Lécapène en 931, qui plonge Romain dans une grande affliction, le prive de son principal héritier politique. Dans le même temps, la position de Constantin VII se renforce progressivement. Les fils survivants de Romain, Étienne et Constantin Lécapène, craignent que leur père ne prépare la transmission du pouvoir à son gendre plutôt qu'à eux-mêmes. Dans une sorte de testament, Romain Lécapène déclare ainsi que Constantin VII est le premier empereur, menaçant alors explicitement la position de ses fils[43]. Le 16 décembre 944, ils organisent un coup d'État et déposent Romain, contraint d'entrer dans un monastère, sans qu'il soit possible de connaître le rôle ou le positionnement de Constantin dans cette affaire[44].
L'opération produit cependant l'effet inverse de celui recherché. Une large partie de la population de Constantinople demeure attachée aux droits du souverain macédonien, d'autant qu'une rumeur court selon laquelle Constantin VII aurait été assassiné, obligeant les deux frères à le faire apparaître[7],[N 2]. C'est une sorte de triumvirat qui se met en place, dans lequel Constantin VII n'occupe pas qu'un rôle cérémoniel. Selon le Théophane continué, il semble notamment avoir fait nommer Bardas Phocas l'Ancien comme domestique des Scholes, rétablissant la famille alliée des Phocas à une haute fonction militaire et s'être entouré de dignitaires de confiance comme Basile Peteinos ou Marianos Argyre[45]. Bientôt, Étienne et Constantin Lécapène sont abandonnés par leurs soutiens et renversés à leur tour quelques semaines plus tard, autour du 27 janvier 945, pour être exilés dans les îles des Princes. Constantin VII, qui a probablement manigancé l'opération avec le soutien de sa femme[46], retrouve ainsi la pleine maîtrise du gouvernement après plus de vingt-cinq années de règne nominal. Son accession effective au pouvoir marque le triomphe définitif de la légitimité macédonienne sur les ambitions dynastiques des Lécapènes[7].

Le règne personnel (945-959)
[modifier | modifier le code]La restauration du pouvoir macédonien
[modifier | modifier le code]L'éviction des fils de Romain Lécapène en janvier 945 met fin à près d'un quart de siècle de domination lécapénienne. Pour la première fois depuis son accession au trône, Constantin VII exerce effectivement l'autorité impériale. Pour autant, son pouvoir est rapidement contesté par des fidèles des Lécapènes. En 947, une conspiration est démasquée qui cherche à le renverser au profit d'Étienne Lécapène. Elle implique plusieurs hauts dignitaires[N 3] qui sont durement châtiés, voient leurs propriétés confisquées avant d'être exilés[48],[49].
Les principaux collaborateurs de l'empereur
[modifier | modifier le code]Bien qu'il exerce personnellement l'autorité suprême, Constantin s'appuie sur plusieurs hauts fonctionnaires et militaires expérimentés. Parmi eux figurent notamment le parakoimomène Basile Lécapène, fils illégitime de Romain Ier Lécapène[50], qui conserve une influence considérable à la cour, cumulant les fonctions et les dignités[51], ainsi que le logothète du stratiôtikon Théophane, l'un des principaux responsables de l'administration impériale. Constantin garde aussi en fonction le dernier fils de Romain Ier, Théophylacte Lécapène, alors patriarche de Constantinople jusqu'à sa mort en 956 et alors même que sa réputation semble avoir été entachée de certains comportements indignes de sa fonction. C'est en tout ce que rapporte Jean Skylitzès[52]. Constantin le remplace ensuite par Polyeucte de Constantinople, réputé pour son zèle et qui manifeste une certaine indépendance à l'encontre de l'empereur, allant jusqu'à critiquer sa légitimité du fait de la nature controversée de l'union entre son père et sa mère. Selon Skylitzès, juste avant sa mort, l'empereur aurait eu pour projet de congédier Polyeucte[53].
L'empereur s'entoure également de membres de l'aristocratie militaire anatolienne dont l'importance ne cesse de croître au cours du Xe siècle. C'est le cas des noms déjà cités de Basile Peteinos, qui devient commandant de la garde impériale[54] ou de Marianos Argyre, lui-même fils du général Léon Argyre[55].
Les grandes familles militaires, notamment les Phocas, les Kourkouas[56] et les Maleïnoi, jouent un rôle croissant dans la conduite des opérations orientales. Constantin entretient avec elles des relations généralement équilibrées, cherchant à tirer parti de leurs compétences sans leur permettre de menacer l'autorité impériale. En 946, il permet par exemple le retour en grâce de Jean Kourkouas tandis que son frère, Théophile Kourkouas est également un général de premier ordre[57]. C'est aussi sous le règne de Constantin VII que les deux frères, Léon Phocas le Jeune et le futur Nicéphore II Phocas, commencent à s'affirmer dans le commandement des armées d'Orient, prenant la suite de leur père, Bardas Phocas l'Ancien, fidèle partisan de Constantin mais dont les résultats militaires ne sont pas à la hauteur[58].
C'est d'ailleurs peut-être les piètres résultats de Bardas Phocas ou encore de Constantin Gongylès qui expliquent que des historiens comme Skylitzès lui reprochent de mal s'entourer. Pour autant, d'autres dignitaires plus discrets jouent un rôle important dans le gouvernement de l'Empire, à l'instar du questeur Théophile, probablement à l'origine des textes législatifs de l'empereur ou encore Constantin Mystikos, devenu éparque de Constantinople, réputé pour sa haute culture[59]. C'est également sous le règne de Constantin que l'eunuque Joseph Bringas commence son ascension jusqu'à être nommé drongaire de la flotte par l'empereur[60].
La législation
[modifier | modifier le code]Le règne personnel de Constantin VII se caractérise davantage par la consolidation que par l'innovation. L'empereur poursuit les orientations fondamentales mises en œuvre depuis les dernières décennies du IXe siècle : renforcement de l'administration centrale, défense des intérêts fiscaux de l'État et poursuite de l'expansion en Orient. Sans que cela soit spécifique à son règne, il est connu pour envoyer parfois des envoyés personnels mettre fin à des abus de fonctionnaires ou de puissants et qui ont pu lui être rapportés[61].
L'encadrement de la propriété foncière
[modifier | modifier le code]Dans le domaine législatif, Constantin prend une novelle sur le sujet de l'accaparement des terres par les puissants (les dynatoi)[62]. C'est un sujet récurrent auxquels font face les empereurs macédoniens. La petite et moyenne propriété paysanne, essentielle à l'équilibre de la société byzantine, en ce qu'elle fournit notamment le fondement du service militaire, est régulièrement mise en péril par l'acquisition de ces terres par les plus riches. Cela entraîne une diminution tant de l'impôt, de la production que des ressources militaires, en favorisant notamment un exode rural. De ce fait, les souverains tentent de réfréner ce phénomène. Déjà, Romain Ier a essayé de mettre fin à certains abus par une loi à la suite d'une grave famine en 927-928[63].
Constantin VII entend compléter cette législation par une loi de 947, dont l'interprétation peut être ambiguë. Il est généralement crédité de vouloir renforcer ou confirmer les dispositions prises par son prédécesseur contre les puissants, c'est par exemple l'avis d'Eric McGeer[64]. Néanmoins, Michel Kaplan souligne des inflexions[65]. En théorie, les puissants sont censés rendre les terres irrégulièrement acquises mais il est souvent difficile aux juges de faire respecter ce principe, d'autant que la rétroactivité trouve parfois à ne pas s'appliquer et que les mis en cause jouent des subtilités ou des exceptions autorisées. Or, la loi de Constantin n'impose ce principe de restitution que pour les acquisitions postérieures à 944, ce qui affaiblit la portée de l'obligation et entérine l'incapacité de l'Etat à la faire respecter[66]. De même, Constantin VII semble ne réserver la qualification de puissants qu'à une catégorie relativement restreinte, excluant par exemple les spathaires[67]. En outre, l'empereur essaie de définir une sorte de « classe moyenne » (à partir d'un patrimoine équivalant à 50 nomismata) entre les puissants qui s'emparent des terres et les plus pauvres (pénètes) à qui ils doivent les rendre en cas d'acquisition irrégulière. Le régime de protection contre ces acquisitions s'applique toujours mais avec moins d'intensité. Par exemple, alors que les plus pauvres peuvent bénéficier de la restitution de la terre sans avoir à rembourser la somme gagnée lors de la vente au dynatoi, le remboursement s'applique pour cette « classe moyenne »[68]. En revanche, quand des représentants de cette couche sociale acquièrent des terres au détriment des plus pauvres, les conditions de la restitution leur sont particulièrement favorables[69]. Ainsi, l'empereur cherche visiblement à mieux définir ou protéger une part de la population rurale qui joue un rôle important dans la cohésion de la communauté villageoise mais sont parfois exposés à des risques non négligeables, comme de pallier l'impécuniosité fiscale des plus indigents[70].
En réalité, ce régime différencié favorise indirectement les puissants, qui peuvent dorénavant jouir du remboursement de la terre rendue quand ce n'est pas au bénéfice d'un pénète, sans parler de l'application de la novelle de 934 seulement à partir de 944[71]. Par ailleurs, les pénètes disposent désormais de la possibilité de vendre leurs terres à un ressort plus large qu'à un habitant de leur communauté villageoise (le chôrion), notamment en cas de dette fiscale. Un puissant résidant à proximité de ce chôrion peut donc acquérir une terre sans avoir à la rendre comme il le devrait en cas d'application stricte du principe de restitution[72].
Le régime des stratiotes
[modifier | modifier le code]Une autre novelle ou loi de Constantin concerne le régime des stratiotes, les paysans-soldats, propriétaires de leurs terres et chargés de la défense de l'Empire, dont elle est la première du genre à chercher à définir précisément le cadre juridique applicable[73],[N 4]. Elle vient rappeler l'importance cruciale pour l'Empire de disposer des ressources nécessaires à sa défense, fixant le cadre du patrimoine minimal dont doit disposer tout marin, soldat ou cavalier pour être apte à combattre. Ces terres doivent rester intactes, dans la mesure du possibles, sont incessibles et toute évolution doit faire l'objet d'une compensation pour maintenir le niveau de patrimoine au minimum attendu pour que le paysan dispose des moyens de s'équiper correctement. Ainsi, le texte indique explicitement que toute acquisition irrégulière de terre appartenant à un stratiote, dans une visée d'enrichissement personnel, prive l'Etat de sa capacité à se défendre. Des mécanismes de sanctions sont ainsi prévus tandis qu'une prescription de quarante ans permet de revenir longtemps dans le passé pour rétablir une cession irrégulière[74].
Dans sa législation, Constantin VII semble donc osciller entre plusieurs principes, tant de défense des pénètes, de promotion d'une sorte de corps social intermédiaire que d'atténuation de certaines exigences pesant sur les dynatoi[75].
En-dehors du domaine particulièrement investi du régime de propriété terrienne, Constantin VII promulgue également plusieurs novelles, notamment sur le droit d'asile des meurtriers, dans lesquelles il cherche à concilier la tradition juridique romaine avec les principes du droit canonique en accordant une place nouvelle à la repentance chrétienne. Il permet, dans certaines conditions et selon la nature de l'homicide, d'accorder l'asile à un meurtrier, dès lors que celui-ci s'inscrit dans une logique de confession et de repentance. Cela n'exclut pas la sanction mais l'aménage en permettant au coupable d'être accueilli dans un monastère[76].
L'empereur et l'exercice du pouvoir
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L'historiographie a longtemps présenté Constantin VII comme un souverain davantage intéressé par les lettres que par les affaires de l'État. Cette image trouve son origine dans l'importance exceptionnelle de son œuvre intellectuelle et dans le contraste apparent entre son tempérament studieux et celui des grands conquérants militaires de son époque. Cette interprétation a cependant été largement révisée par les historiens contemporains. Si Constantin manifeste effectivement un intérêt remarquable pour l'histoire, la diplomatie et les institutions impériales, rien n'indique qu'il ait abandonné le gouvernement à ses ministres. Plusieurs textes rédigés sous son règne révèlent au contraire une connaissance approfondie des mécanismes administratifs de l'Empire et des enjeux de la politique extérieure.
Les travaux récents tendent ainsi à présenter Constantin comme un souverain pleinement engagé dans l'exercice du pouvoir. Son originalité réside moins dans un prétendu désintérêt pour la politique que dans sa volonté de gouverner à travers le savoir, la mémoire historique et la codification des pratiques administratives.
En tant qu'empereur, Constantin VII joue aussi un rôle religieux de premier ordre. Il accorde une grande importance aux reliques, dont le culte connaît alors un important développement. Leur valorisation dépasse le seul cadre de la dévotion : intégrées au cérémonial impérial, elles deviennent de véritables instruments de légitimation du pouvoir, manifestant la protection divine accordée au souverain et contribuant à faire de Constantinople la capitale sacrée de la chrétienté[77]. Cette politique s'inscrit dans un programme plus vaste associant étroitement liturgie, hagiographie et pouvoir impérial. Selon Bernard Flusin, la translation des reliques constitue sous Constantin VII un véritable acte de gouvernement, destiné à placer la restauration de la dynastie macédonienne sous le patronage des grands saints de l'Église et à inscrire l'exercice du pouvoir dans une perspective providentielle[78]. La translation des reliques de Grégoire de Nazianze, célébrée le 19 janvier 946, en fournit l'exemple le plus significatif. Organisée le jour anniversaire de l'accession de Constantin à l'exercice effectif du pouvoir après l'éviction des Lécapènes, elle revêt une forte dimension politique autant que religieuse. Dans le panégyrique prononcé à cette occasion, l'empereur présente le saint comme l'intercesseur dont les prières lui ont permis de retrouver « le trône de ses pères », faisant de sa victoire politique une manifestation de la volonté divine[79]. Sa prise du pouvoir en 944-945 coïncide d'ailleurs avec la récupération du Mandylion, dont la translation à Constantinople est l'occasion d'importantes festivités[80]. Quelques années plus tard, c'est au tour d'une main ou d'un bras de saint Jean-Baptiste d'être ramenée d'Antioche, apparemment dérobée par un moine. L'empereur la fait acheminer à Constantinople à bord d'un navire impérial et, de nouveau, d'importantes processions sont organisées[81]. Il fait accumuler ces trésors de dévotion dans l'église Notre-Dame du Phare, où sont également conservés des fragments de la Sainte Lance, de la Vraie Croix et d'autres reliques majeures de la Passion, faisant de cette chapelle palatine l'un des principaux sanctuaires de l'Empire[82]. Parallèlement, Constantin encourage une intense activité hagiographique, dont le panégyrique de Grégoire de Nazianze constitue l'un des témoignages les plus remarquables. Flusin y voit un élément d'un vaste programme culturel impulsé par l'empereur, où la célébration des saints participe, au même titre que les compilations encyclopédiques ou le cérémonial de cour, à la définition d'une idéologie impériale fondée sur la piété, l'orthodoxie et la continuité dynastique[78].
Politique extérieure
[modifier | modifier le code]Le règne personnel de Constantin VII s'inscrit dans une période de renouveau de la puissance byzantine. Héritier des succès obtenus sous Romain Ier Lécapène, l'empereur poursuit une politique combinant action militaire, diplomatie et affirmation idéologique de la prééminence impériale. Alors que les frontières balkaniques connaissent une stabilité relative, l'essentiel des efforts militaires se concentre en Orient contre les États musulmans. Dans le même temps, Constantinople entretient un vaste réseau diplomatique allant des principautés caucasiennes à la Rus' de Kiev, en passant par Cordoue et le royaume de Germanie. Également auteur du De Ceremoniis qui décrit dans le détail la symbolique et le cérémonial propres au jeu diplomatique, Constantin VII s'efforce de le mettre en pratique et use des différents leviers d'une politique étrangère.
La politique militaire de Constantin VII connaît également des évolutions lors de son règne. Souvent décrit comme un empereur intellectuel, peu à l'aise avec l'exercice pratique du pouvoir, il apparaît malgré tout pleinement concerné par les affaires militaires. Deux harangues militaires lui sont par exemple attribuées, l'une datée de 950 traduit un état d'esprit plutôt défensif face aux assauts récurrents des Hamdanides alors que l'autre, datée de 958, entérine une bascule vers une stratégie résolument offensive. Il est d'ailleurs parfois postulé que l'empereur a l'ambition d'une campagne expansionniste de grande ampleur dont seule sa mort, en 959, empêche la mise en oeuvre effective[83].
Politique balkanique et hongroise
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La principale menace qui avait pesé sur l'Empire durant la jeunesse de Constantin VII disparaît avec la mort du tsar Siméon Ier de Bulgarie en 927. Son successeur Pierre Ier adopte une politique beaucoup plus conciliante à l'égard de Constantinople. La paix conclue entre les deux États est consolidée par le mariage de Pierre avec Marie-Irène Lécapène, petite-fille de Romain Ier[84]. Cette alliance inaugure plusieurs décennies de relations relativement stables entre les deux puissances. La paix se maintient, de même que le probable tribut annuel payé par l'Empire à la Bulgarie. Malgré cette contrainte, les textes de Constantin, en particulier le De administrando imperio, confirme que la Bulgarie est incluse dans la sphère d'influence proche de l'Empire.

Plus au nord, les relations avec la jeune principauté de Hongrie sont plus difficiles. Les Magyars demeurent l'un des principaux acteurs du bassin danubien au Xe siècle. Installés dans la plaine pannonienne depuis la fin du IXe siècle, ils mènent régulièrement des expéditions militaires en Europe centrale et dans les Balkans. Les relations entre Constantinople et les Hongrois reposent essentiellement sur la diplomatie. Le De administrando imperio contient de précieuses informations sur leur histoire récente, leurs migrations et leur organisation politique. Ces données constituent aujourd'hui l'une des principales sources pour l'étude des débuts du royaume hongrois. Certains chefs tribaux hongrois se rendent alors à Constantinople et sont reçus par l'empereur, en particulier Bulcsú en 948, accompagné d'un représentant de la dynastie des Árpád[85]. Il est possible que cette délégation vise à prolonger la trêve signée avec l'Empire en 943, en échange d'un tribut par les Byzantins. A cette occasion, Constantin VII obtient la conversion au christianisme de Bulcsú, prouvant par-là sa capacité à utiliser l'influence spirituelle de l'Empire[86],[87]. Il réédite cela en 952, obtenant cette fois la conversion de Gyula II, chef militaire de Transylvanie, lui aussi venu à Constantinople. Cette fois, la conversion semble plus sincère que celle de Bulcsú puisqu'un évêché est fondé en terres hongroises pour y diffuser la foi chrétienne[88]. Pour autant, les Hongrois ne se convertissent en masse que plus tardivement au christianisme, sous la forme du rite latin.
L'Empire maintient également des contacts étroits avec les principautés serbes et croates. Les chapitres consacrés à ces peuples dans le De administrando imperio témoignent de l'intérêt porté par le gouvernement impérial à la région adriatique et aux Balkans occidentaux. Bien que leur exactitude soit parfois discutée, ils illustrent la volonté de Constantinople de conserver une influence politique et religieuse sur ces territoires[89].
La Rus' de Kiev et les peuples de la steppe
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Le règne de Constantin VII correspond à une phase d'intensification des contacts entre Byzance et la Rus' de Kiev. L'épisode le plus marquant est la grande expédition menée contre Constantinople par le prince Igor en 941. Profitant de l'absence d'une partie de la flotte impériale, les Rus' apparaissent devant la capitale mais sont finalement repoussés grâce à l'utilisation du feu grégeois. Une seconde campagne est organisée en 944 mais débouche sur des négociations plutôt que sur un affrontement décisif. Ce serait notamment à cette occasion qu'Olga de Kiev se serait rendue à Constantinople. Il n'est pas certain qu'elle se soit convertie au christianisme à cette occasion. Si sa conversion au christianisme intervient peut-être plus tard, potentiellement à l'occasion d'une nouvelle visite dans la capitale en 957, cet événement est d'une particulière importance dans la tradition russe ultérieure, qui le voit comme préfigurateur de la conversion à venir de la Rus' de Kiev[90],[N 5].
Quant au traité conclu à l'occasion de cette visite ou peu après, il renouvelle les accords commerciaux existants et définit les conditions de présence des marchands rus' dans la capitale impériale. Ces relations occupent une place importante dans le De administrando imperio, qui fournit l'une des descriptions les plus détaillées de la Rus' de Kiev au Xe siècle[91]. La diplomatie byzantine cherche également à utiliser les peuples nomades de la steppe comme contrepoids aux ambitions de la Rus'. Les Petchénègues occupent à cet égard une position privilégiée dans la stratégie impériale. Constantin les présente comme des alliés potentiels permettant de contenir simultanément les Rus', les Bulgares et les Hongrois.
Les relations avec les puissances musulmanes
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De la défense à l'offensive face aux Hamdanides
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Le principal théâtre d'opérations demeure l'Orient. Depuis plusieurs décennies, l'équilibre militaire entre Byzance et le monde musulman évolue progressivement en faveur de l'Empire. Les campagnes conduites par Jean Kourkouas durant le règne de Romain Lécapène avaient déjà permis la reconquête de plusieurs places fortes stratégiques ainsi que la prise d'Édesse en 944, événement célébré à Constantinople par le transfert du Mandylion. Constantin VII hérite ainsi d'une situation militaire favorable. Durant son règne personnel, les opérations sont poursuivies par les grands commandants de l'aristocratie militaire anatolienne, notamment les membres de la famille Phocas. Les offensives byzantines visent principalement les émirats frontaliers de Haute-Mésopotamie et du nord de la Syrie. L'Empire profite alors de l'affaiblissement politique du califat abbasside et des rivalités entre les différentes puissances musulmanes. Cette évolution permet aux Byzantins de prendre progressivement l'initiative stratégique après plusieurs siècles de guerre essentiellement défensive.

Parmi les adversaires de l'Empire, l'émirat hamdanide d'Alep occupe une place particulière. Son souverain, Sayf al-Dawla, apparaît comme le principal défenseur des territoires musulmans du nord de la Syrie face à l'expansion byzantine. Peut-être même espère-t-il renverser la tendance et reprendre l'offensive[92]. Il mène parfois de puissantes attaques, à l'image du raid hivernal entre 945 et 946, bientôt suivi d'un vaste échange de prisonniers et d'une trêve qui dure jusqu'en 948[93]. Les affrontements entre les forces impériales et les Hamdanides dominent la seconde moitié du règne de Constantin VII. Malgré quelques succès remportés par Sayf al-Dawla, les Byzantins disposent d'une supériorité croissante en hommes et en ressources. Léon Phocas met par exemple Hadath à sac en 948 tandis que les raids de Sayf al-Dawla des années suivantes tombent à chaque fois dans des embuscades[94]. En outre, plus au nord, Théophile Kourkouas s'empare de Théodosiopolis face à un autre émir frontalier en 949[95].

Dans les années 950, les Byzantins passent régulièrement à l'offensive mais essuient encore de lourdes défaites. En 953, Bardas Phocas est notamment vaincu et blessé à la bataille de Marach après avoir avancé jusqu'à Antioche[96]. C'est après cet échec que Constantin VII décide de le remplacer par son fils, Nicéphore Phocas, qui devient le maître d'oeuvre de l'offensive byzantine en Orient. Il obtient des succès probants, parfois par l'entremise de ses lieutenants comme Jean Tzimiskès qui prend Dara en 958 et écrase une armée musulmane à la bataille de Raban[97]. Cette guerre de raids et de contre-raids se poursuit jusqu'à la mort de Constantin VII, marquée par une pénétration progressive des Byzantins en Cilicie, sur le point le plus avancé du territoire hamdanide[98].
L'échec crétois
[modifier | modifier le code]Toutes les entreprises militaires du règne de Constantin sont toutefois loin d'être une réussite. Ainsi, en 949, l'empereur confie à son amiral en chef, Constantin Gongylès, le soin de reconquérir la Crète, alors tenue par les Musulmans. Malgré l'importance des moyens déployés, les Byzantins essuient une lourde défaite après avoir débarqué, ce que les chroniqueurs byzantins imputent le plus souvent à Gongylès[99],[100].
Des relations diplomatiques tous azimuts
[modifier | modifier le code]Enfin, une ambassade du califat omeyyade de Cordoue est recensée à la fin de l'année 946. Citée par plusieurs sources, dont le De Ceremoniis, c'est visiblement la première fois qu'un empereur byzantin reçoit une telle mission diplomatique, même si des contacts plus anciens sont attestés avec l'Espagne musulmane. Il est difficile de connaître les motivations de cette ambassade mais le califat omeyyade étant un rival des Abbassides et des Fatimides, il est possible que des projets d'alliances aient pu être échafaudés. Pour autant, quand les Omeyyades affrontent les Fatimides à la fin des années 950, Constantin VII préfère se tenir à l'écart. Quoi qu'il en soit, Constantin envoie également une ambassade auprès d'Abd al-Rahman III vers 949, dont les chroniqueurs arabes rapportent qu'elle aurait été splendidement reçue, les rapports se maintenant durant plusieurs années[101]. Ces échanges sont aussi l'occasion d'actions de diplomatie culturelle, à l'instar de l'envoi comme cadeau aux Omeyyades de Cordoue d'un exemplaire illustré du De materia medica de Dioscoride ; une manière pour Constantin VII de démontrer la vitalité culturelle de son empire, d'autant qu'il envoie ensuite un moine pour en faciliter la traduction du grec vers l'arabe[102].
Avec les Fatimides, les rapports sont plus complexes et achoppent sur l'appui que ces derniers apportent à l'émirat de Sicile. Ainsi, les ouvertures diplomatiques de Marianos Argyre auprès de Al-Muʿizz li-Dīn Allāh ne semblent pas couronnées de succès.
Le Caucase et les principautés arméniennes
[modifier | modifier le code]Les relations avec les États du Caucase constituent un autre volet important de la politique extérieure impériale. Constantinople entretient des liens étroits avec les dynasties arméniennes et géorgiennes, dont plusieurs princes recherchent l'appui de l'Empire face aux puissances musulmanes voisines mais jouent aussi de cette position stratégique. Les Arméniens, qui gravitent dans l'orbite proche de Byzance, lui reconnaissent alors une forme de prééminence. C'est ce qui transparaît par exemple des lettres du catholicos Hovhannès V de Draskhanakert à Constantin, dans lequel il requiert son aide face aux raids des Musulmans et adopte un ton très révérencieux[N 6],[103].
La diplomatie byzantine combine alliances matrimoniales, distribution de dignités honorifiques et interventions militaires ponctuelles afin de renforcer son influence dans la région. Cette politique contribue progressivement à intégrer plusieurs principautés caucasiennes dans l'orbite impériale. Le De administrando imperio fournit de nombreuses informations sur l'organisation politique de ces territoires ainsi que sur leurs relations avec Constantinople. Les Byzantins concentrent leurs efforts d'intégration voire d'annexion sur le Taron. Constantin décrit ainsi les rapports soutenus avec les élites de cette région et reçoit notamment un archonte arménien à Constantinople, probablement Bagrat, le fils illégitime de Grégoire Ier de Taron. S'il indique l'avoir nommé stratège de Taron, il ne le traite toutefois pas comme un simple gouverneur de province mais bien comme un prince autonome[104]. Par ailleurs, son affirmation d'une parenté supposée entre sa dynastie et celle, arménienne, des Arsacides, vise possiblement à affirmer une légitimité impériale envers les Arméniens[105]. Ce qui transparaît de la posture de Constantin à l'égard de cette région est justement d'user au moins autant, sinon plus, de la diplomatie que de l'action militaire, pour consolider la présence byzantine dans la région[106]. Il semble par exemple avoir conféré la dignité de curopalate à Soumbat, roi des Kartvèles, comme illustration de cette politique[107].
Les relations avec l'Occident chrétien
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L'accession de Constantin VII au pouvoir effectif en 945 s'accompagne d'une inflexion sensible de la politique occidentale de l'Empire. Si les Balkans et le front oriental demeurent les principales priorités stratégiques de Constantinople, l'empereur accorde une attention renouvelée aux affaires italiennes et aux équilibres politiques de l'Occident latin[108]. Cette évolution rompt en partie avec la politique conduite sous Romain Ier Lécapène. Durant le règne de ce dernier, la diplomatie byzantine a principalement soutenu Hugues d'Arles, roi d'Italie (926-947), dont la domination sur la péninsule apparaissait compatible avec les intérêts byzantins en Italie méridionale. La chute simultanée de Romain Ier en 944 et le déclin de l'autorité de Hugues conduisent Constantin VII à redéfinir cette stratégie[109].

Le nouveau gouvernement cherche désormais à composer avec les profondes mutations de la péninsule italienne. Sans reconnaître pleinement la légitimité de Bérenger II d'Ivrée, devenu le principal maître du royaume d'Italie, Constantinople adopte à son égard une attitude plus pragmatique afin de préserver ses possessions de Calabre et de Longobardie et d'éviter une déstabilisation de l'Italie méridionale. C'est à l'occasion de ce réchauffement que Liutprand de Crémone, ambassadeur de Bérenger, se rend une première fois à Constantinople en 949. Cette politique s'accompagne d'un rapprochement progressif avec le roi de Germanie Otton Ier, dont l'influence grandissante au nord des Alpes et dans la péninsule fait désormais de lui un acteur incontournable des affaires occidentales. Plusieurs ambassadeurs byzantins sont mentionnés à sa cour, par exemple à Augsbourg en 952[110],[N 7]. Il n'est d'ailleurs pas impossible qu'ils aient cherché à nouer une alliance entre Otton et Constantin contre les Fatimides alors présents en Sicile. Constantin semble en effet mener des actions militaires autour de l'île, notamment en 951-952, sans parvenir à obtenir de résultats durables et encore moins une reconquête de l'île. Il est d'ailleurs possible que ces opérations soient plus défensives ou en réaction à des raids musulmans qui reprennent contre la Calabre[111],[N 8],[112].
En parallèle, Constantin porte un projet d'union entre son fils, Romain et Hedwige de Souabe, fille d'Henri Ier, maître du duché de Bavière. Peut-être espère-t-il ainsi renforcer ses relations avec Otton, l'oncle d'Hedwige ou bien encore a-t-il des visées sur Aquilée, fief d'Henri de Bavière et dont le contrôle permettrait à l'Empire byzantin de renforcer son emprise sur la côte dalmate et sur Venise, alors lointain protectorat de Constantinople. Il est aussi un adversaire résolu des Hongrois mais le refus d'Hedwige met un terme au projet[113].
Dans l'Italie byzantine, Constantin VII est également confronté à la des rébellions locales. Vers 955, les thèmes de Calabre et de Longobardie, soutenus par le duché de Naples, alors plus ou moins vassal de l'Empire, sont agités de mouvements séditieux. L'empereur fait alors appel à l'un de ses fidèles lieutenants, Marianos Argyre, pour mener une expédition punitive qui aboutit à la prise de Naples. Argyre reste ensuite gouverneur des provinces italiennes[114].
Ce changement d'orientation ne traduit pas un abandon des ambitions impériales de Constantinople. Au contraire, Constantin VII cherche à replacer l'Empire au centre du jeu diplomatique occidental en exploitant les rivalités entre les différentes puissances italiennes et germaniques. L'objectif n'est pas tant de soutenir durablement un prince particulier que d'empêcher l'émergence d'une puissance susceptible de remettre en cause la position byzantine en Italie. Peu à peu, l'Empire byzantin paraît en mesure de déployer plus de ressources en Italie pour y enrayer le lent effritement de ses positions[113]. L'attention nouvelle portée à l'Occident se manifeste également dans les ouvrages composés sous le patronage impérial. Le De administrando imperio comme le De cerimoniis accordent une place importante aux rapports avec les souverains étrangers, à la hiérarchie des dignités et aux usages diplomatiques. L'Occident y apparaît comme un espace politique dont les princes peuvent être des alliés, mais qui demeure intégré à un ordre universel dominé par l'empereur de Constantinople.
Une diplomatie impériale universelle
[modifier | modifier le code]Au-delà des opérations militaires, le règne de Constantin VII est marqué par l'élaboration d'une véritable théorie de la diplomatie impériale. Les textes composés sous son patronage présentent l'empereur comme le centre d'un ordre politique universel au sein duquel chaque peuple occupe une place définie. Cette vision apparaît particulièrement dans le De administrando imperio et dans le De cerimoniis, qui décrivent les règles gouvernant les relations entre Constantinople et les puissances étrangères. Les cérémonies de réception, l'attribution des titres honorifiques et les échanges de présents participent tous à l'affirmation de la supériorité symbolique de l'Empire. Loin de constituer un simple complément à l'action militaire, cette diplomatie représente l'un des principaux instruments de la puissance byzantine au Xe siècle. Sous Constantin VII, elle atteint un degré d'élaboration rarement égalé dans l'histoire médiévale.
Numismatique
[modifier | modifier le code]Une numismatique qui s'adapte aux évolutions impériales
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La numismatique constitue une source essentielle pour l'étude du règne de Constantin VII. Les monnaies frappées entre sa naissance et sa mort reflètent les profondes transformations politiques qui caractérisent son époque, depuis les régences de son enfance jusqu'à son gouvernement personnel[115]. Elles témoignent également de l'évolution de l'idéologie impériale au Xe siècle et de l'importance croissante accordée à la légitimité dynastique[116]. Après son association au trône en 908, Constantin apparaît sur plusieurs émissions frappées sous le règne de Léon VI. Ces monnaies répondent à une préoccupation politique immédiate : affirmer les droits successoraux du jeune prince malgré les controverses suscitées par la tétragamie.

L'accession de Romain Lécapène au pouvoir entraîne d'importantes modifications dans l'iconographie monétaire impériale. À mesure que Romain renforce son autorité, les monnaies reflètent la complexité croissante de la hiérarchie impériale. Plusieurs émissions représentent simultanément Constantin VII, Romain Ier et Christophe Lécapène. Cette multiplication des figures impériales constitue l'une des caractéristiques les plus remarquables de la numismatique byzantine du Xe siècle[117]. Les pièces frappées durant cette période illustrent les efforts déployés par Romain pour légitimer sa propre dynastie sans remettre ouvertement en cause les droits de Constantin. Le maintien du jeune empereur sur les monnaies confirme son statut officiel de souverain légitime, tandis que la présence croissante des Lécapènes traduit la réalité du pouvoir exercé par leur famille. Il est parfois difficile de s'y retrouver dans la chronologie car certaines pièces font figurer les trois hommes mais, parfois, Constantin semble disparaître ou bien avoir la préséance sur Christophe Lécapène, illustrant les tergiversations de Romain Ier sur la place accordée au représentant de la dynastie légitime[118]. La mort de Christophe Lécapène en 931 puis l'élévation de ses frères Étienne et Constantin n'entraînent pas de modifications sensibles et jamais les deux frères n'apparaissent sur une pièce de monnaie, témoignage du fait que leur père ne semble pas les mettre trop en avant[119].
La chute des Lécapènes en 944-945 marque un tournant majeur dans la production monétaire. Les émissions du règne personnel de Constantin VII abandonnent les références à la famille lécapénienne et mettent à nouveau en avant la continuité de la dynastie macédonienne[120]. La mention autocrator apparaît sur les pièces, symbolisant l'indépendance gagnée par Constantin. Cette évolution accompagne la restauration politique du souverain après plus de vingt ans de marginalisation. La figure impériale acquiert alors une visibilité accrue et les historiens soulignent souvent la qualité des pièces qui représentent Constantin VII seul. Son portrait, travaillé, le fait apparaître plus âgé et plus solennel, dans une posture d'une certaine gravité[121].
Le Christ et la sacralisation du pouvoir impérial
[modifier | modifier le code]Comme sous les souverains macédoniens qui le précèdent, la monnaie constitue également un support privilégié de l'idéologie religieuse impériale. Les émissions de Constantin VII poursuivent une évolution amorcée dès la fin du IXe siècle, caractérisée par la présence croissante des représentations du Christ. Cette iconographie traduit la victoire définitive de l'orthodoxie après la fin de l'iconoclasme et affirme l'origine divine de l'autorité impériale. Le souverain apparaît fréquemment comme le représentant terrestre du pouvoir accordé par Dieu. Le Christ, représenté à l'avers, la face noble, l'est généralement sous la forme du Christ pantocrator, tenant les Évangiles et la main droite en signe de bénédiction. Selon Timothy Gregory, cette évolution intervient en 945, en remplacement du Christ dit régnant (Rex Regnantium), représenté sur un trône[122]. Il le fait peut-être pour se rapprocher du style iconographique adopté par Basile Ier, fondateur de la dynastie macédonienne. Il rejette en cela l'hypothèse d'un lien avec le retour du Mandylion à Constantinople à la même période. Quoi qu'il en soit, la présence du Christ sur les monnaies byzantines a surtout pour effet de rappeler l'essence divine du pouvoir impérial[123].
- Différentes monnaies de Constantin :
- Solidus représentant Léon VI et Constantin VII. Celui-ci, encore enfant, est représenté de petite taille. Tous deux tiennent la croix patriarcale et l'orbe crucigère et sont vêtus du loros.
- Solidus représentant Constantin VII, encore juvénile, avec sa mère, Zoé Carbonopsina, régente, en 914. Constantin est vêtu de la chlamyde.
- Solidus représentant Romain Ier et Constantin VII, sous des traits encore juvéniles. Tous deux tiennent la croix patriarcale mais Romain Ier occupe la position supérieure[N 9],[124].
- Solidus frappé entre 921 et 930, représentant Romain Ier au centre, entouré de son fils Christophe et de Constantin.
- Solidus représentant Constantin VII à la restauration de son pouvoir personnel. Il apparaît alors âgé, empreint d'une certaine gravité.
- Follis représentant Constantin et sa mère Zoé, lors de la régence de celle-ci. Au revers, l'inscription peut se lire « Constantin et Zoé, empereurs (basileus) des Romains ».
Enfin, il faut mentionner qu'une petite dévaluation intervient à l'époque de Constantin VII puisque la valeur du solidus passe sous les 23 carats. C'est un fait notable car la monnaie d'or byzantine se caractérise par sa remarquable stabilité sur la durée. Il est possible de rattacher ce mouvement à l'accélération du volume des échanges qui impose toujours plus d'émissions monétaires[125],[126].
Mort
[modifier | modifier le code]Constantin meurt le 9 ou le 19 novembre 959[N 10], apparemment peu après s'être rendu près du mont Olympe de Bithynie. Selon Jean Skylitzès, il s'agirait d'un assassinat, plus précisément d'un empoisonnement à l'instigation de Théophano Anastaso, la femme de Romain II. Ce dernier, influencé par sa femme, se serait laissé embarquer dans ce complot mais il faut surtout voir dans cette hypothèse la trace de l'hostilité de Skylitzès pour la future impératrice. Constantin est inhumé dans l'église des Saints-Apôtres de Constantinople, la nécropole impériale, aux côtés de son père, dans le mausolée de Constantin. Il laisse son propre sarcophage vide, pour être utilisé par son successeur[128]. Sa disparition fait l'objet de plusieurs poèmes, conservés pour certain dans la chronique de Skylitzès de Madrid mais dont les auteurs semblent inconnus. Ces écrits mettent l'accent sur les vertus du souverain, en particulier sa piété et sa culture dans une perspective de glorification[129].
Union et postérité
[modifier | modifier le code]Constantin VII a épousé le Hélène Lécapène (morte en 961), fille de Romain Ier Lécapène, qui semble avoir eu une certaine influence sur son mari[130]. Ensemble, ils ont plusieurs enfants, dont leur fils aîné, Romain II, est amené à prendre la suite de son père. Un temps instrumentalisé par Romain Ier pour des manoeuvres diplomatiques, il est marié très jeune à Berthe-Eudoxie, une fille illégitime de Hugues d'Arles. Morte prématurément, il est libéré de ses vœux en 949[131]. Dans l'intervalle, il a été couronné coempereur dès 945 ou 946, quand Constantin retrouve sa liberté de mouvement[132]. Les autres enfants connus du couple sont toutes des filles :
- Zoé ;
- Agathe ;
- Théodora, qui épouse en Jean Ier Tzimiskès ;
- Théophano ;
- Anne.
Les cinq filles de l'empereur sont enfermées par leur frère Romain II dans le monastère de Kanikleios, puis transférées les unes au monastère d'Antioche et les autres dans celui du Myrelaion et tondues moniales par l'abbé Jean de Stoudios. Romain II leur fait la même pension qu'au Grand Palais mais elles rejettent l'habit monastique. Plus tard Jean Ier Tzimiskès épouse Théodora, qui n'avait sans doute pas prononcé de vœux.
Héritage intellectuel
[modifier | modifier le code]L'activité intellectuelle de Constantin VII constitue l'un des aspects les plus remarquables de son règne. Aucun autre empereur byzantin, à l'exception peut-être de Justinien Ier, n'a laissé une empreinte aussi profonde dans la production littéraire, historique et administrative de son époque. Sous son impulsion, la cour impériale devient l'un des principaux centres de savoir du monde méditerranéen, réunissant érudits, copistes, fonctionnaires et hommes d'Église autour d'un vaste programme de préservation et d'organisation des connaissances[133]. Longtemps considéré comme un souverain davantage attiré par les livres que par le gouvernement, Constantin apparaît désormais aux historiens comme un dirigeant ayant utilisé l'érudition comme un instrument au service de l'État. Les ouvrages composés sous son règne poursuivent ainsi des objectifs à la fois intellectuels, administratifs et politiques[134].
La renaissance macédonienne
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Le règne de Constantin VII s'inscrit dans le mouvement culturel traditionnellement désigné sous le nom de « renaissance macédonienne ». Cette expression, popularisée par les historiens des XIXe et XXe siècles, désigne le renouveau intellectuel, artistique et littéraire observé à Byzance entre le IXe siècle et le XIe siècle. Cette période est marquée par un regain d'intérêt pour la culture antique, la multiplication des activités de copie des manuscrits, le développement des études historiques et la réorganisation des savoirs administratifs. Les élites constantinopolitaines cherchent alors à préserver et à transmettre un patrimoine littéraire dont une partie risquait de disparaître, contribuant en cela à sa transmission pour les siècles à venir[136].
La notion même de renaissance macédonienne fait toutefois l'objet de débats historiographiques. Plusieurs chercheurs soulignent qu'il ne s'agit pas d'une renaissance comparable à celle de l'Italie du XVe siècle, mais plutôt d'un processus continu de réappropriation de l'héritage grec et romain. De même, la notion d'encyclopédisme prêtée aux Byzantins dans leur recherche de compilation du savoir n'est pas complètement satisfaisante. Si Paul Lemerle a, par exemple, pu se faire le défenseur d'une telle ambition, il estime qu'elle change justement de nature au moment du règne de Constantin VII. Là où les intellectuels du IXe siècle auraient été animés d'une logique de sauvegarde d'un savoir dispersé, l'entreprise de Constantin relèverait d'une autre ambition. Paul Lemerle est d'ailleurs plutôt critique à son encontre, considérant que ses compilations partielles sont susceptibles de dénaturer les oeuvres prétendument conservées (« A ce point de vue, Constantin VII, qui n'a sauvé qu'en partie les textes qu'il faisait colliger [...], supporte mal la comparaison avec l'époque et l'œuvre de Photius, d'Aréthas etc. »)[137].
Le programme intellectuel de Constantin
[modifier | modifier le code]Plus largement, l'objectif de l'entreprise intellectuelle de Constantin demeure la source de débats. Catherine Holmes tente ainsi de dépasser une opposition entre une ambition à visée purement intellectuelle, visant à la préservation de savoirs divers ou à la compilation de connaissances éparses et un but plus pragmatique, d'utiliser ces ressources comme des instruments de pouvoirs. Il est possible que ces différentes finalités coexistent. Elle souligne également que les compilations attribuées à Constantin VII visent aussi à mettre de l'ordre (la taxis) dans des traditions parfois complexes et dispersées. Ainsi, elles contribuent à asseoir l'autorité politique de l'Empire, inscrite dans une continuité intelligible, favorisant ainsi la diffusion d'une culture politique[138].
Béatrice Beaud souligne l'hétérogénéité des travaux menés par Constantin, tant dans leur nature que dans leur contenu[139]. Ils seraient alors le reflet d'une ambition politique ou administrative, en s'appuyant sur ce qui paraît utile au gouvernement de l'Empire. Ils participent d'un projet plus vaste visant à renforcer la capacité de l'État à conserver, organiser et transmettre le savoir. Les ouvrages produits sous son règne cherchent à préserver la mémoire historique, à codifier les pratiques administratives, à formaliser les règles diplomatiques et à renforcer la légitimité de la dynastie macédonienne. Ils témoignent d'une conception du gouvernement dans laquelle la connaissance constitue un instrument essentiel du pouvoir[140]. De même, pour Paul Magdalino, les développements géographiques des ouvrages de Constantin VII ne constituent pas de simples compilations érudites, mais participent d'une véritable représentation impériale de l'espace, articulant administration, diplomatie et mémoire historique[141].
Dans l'ouvrage collectif qu'il contribue à diriger, Niels Gaul estime que les trois œuvres principales de l'empereur (De Ceremoniis, De Thematibus, De Administrando Imperio) doivent se lire en complémentarié : le premier parle du centre du pouvoir qu'est Constantinople, le deuxième développe les provinces et le dernier les voisins de l'Empire[142].
Plus qu'un simple mécène ou un prince lettré, il apparaît comme l'un des principaux architectes de la culture politique byzantine du Xe siècle[143]. C'est notamment Évelyne Patlagean qui a mis en évidence ce statut de Constantin, comme incarnant un nouveau modèle du souverain, combinant entreprise intellectuelle et exercice du pouvoir[144].
Le rôle de Constantin dans la production intellectuelle
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La question du rôle exact joué par Constantin VII dans la rédaction des œuvres qui lui sont attribuées constitue l'un des principaux débats de l'historiographie moderne. Les textes associés à son règne présentent une remarquable unité intellectuelle. Ils témoignent d'un intérêt commun pour l'histoire, la géographie, l'administration, la diplomatie et la légitimité impériale. Cette cohérence a longtemps conduit les historiens, à l'image d'Alphonse Dain, à considérer Constantin comme l'auteur direct de plusieurs de ces ouvrages[145]. Romilly Jenkins voit ainsi en lui l'un des souverains les plus cultivés de l'histoire byzantine, personnellement impliqué dans la rédaction et la supervision de nombreuses compilations. D'autres chercheurs ont également souligné la profondeur des connaissances administratives et historiques révélées par les textes constantiniens.
Cette interprétation a toutefois été nuancée par les travaux plus récents consacrés aux pratiques intellectuelles de la cour impériale. Les historiens considèrent désormais que la plupart des œuvres associées à Constantin VII résultent d'un travail collectif mobilisant secrétaires, lettrés, archivistes et hauts fonctionnaires. Le De administrando imperio, le De cerimoniis ou les Excerpta Constantiniana apparaissent ainsi moins comme les productions d'un auteur unique que comme le résultat d'entreprises administratives coordonnées depuis le palais impérial. Dans cette perspective, Constantin VII aurait principalement défini les objectifs généraux des projets, supervisé leur réalisation et validé leur contenu, ce qui ne l'empêche pas de s'impliquer personnellement, à l'instar de son rôle dans la rédaction de la Vita Basilii, la partie consacrée à Basile Ier le Macédonien dans l'œuvre dite de Théophane continué[146].
La distinction entre auteur et commanditaire demeure néanmoins difficile à établir. Les pratiques intellectuelles byzantines ne correspondent pas aux conceptions modernes de l'auctorialité. Dans le contexte du Xe siècle, la responsabilité impériale d'une œuvre pouvait englober à la fois sa conception, sa direction et sa rédaction partielle. Plusieurs chercheurs soulignent aujourd'hui que cette question ne doit pas être réduite à une opposition entre participation personnelle et délégation. L'importance historique de Constantin VII réside moins dans l'écriture matérielle des textes que dans sa capacité à concevoir un programme intellectuel cohérent associant savoir, administration et gouvernement. À ce titre, son rôle apparaît comparable à celui d'un maître d'œuvre supervisant un vaste projet de conservation et de transmission des connaissances.
Au-delà des textes attribués à Constantin VII, des historiens comme Hugo Buchthal lui attribuent également le patronage de la réalisation du Psautier de Paris, l'un des plus célèbres exemples d'enluminure byzantine. Selon Buchthal, il aurait été commandé par Constantin pour son fils, le jeune Romain II et mettrait en évidence des illustrations de valeurs cardinales pour un souverain, comme la piété, la justice ou la sagesse, incarnés par exemple par David, modèle biblique souvent invoqué par l'art byzantin[147],[148].
En outre, tout un ensemble d'ouvrages sont liés à son action de mécène et il est parfois difficile d'en faire un recensement exhaustif. La compilation de médecine de Théophane Chrysobalantès lui est explicitement adressée[149]. mais une édition du traité de médecine vétérinaire, l’Hippiatrika ou encore le De Nature Animalium[150] peuvent également lui être rattachés. Dans un style compilatoire relativment proche, Constantin VII semble également à l'instigation des Geoponica ou Géoponiques, un traité d'agronomie qui recense tout un ensemble de pratiques et de connaissances dans le domaine. Une édition est en tout cas attestée sous son règne[151].
Syméon Métaphraste commence sa carrière de fonctionnaire et d'hagiographe à la cour de Constantin[152], tandis que ce dynamisme culturel trouve également à s'incarner dans le domaine religieux. Il faut faire de Constantin VII le commanditaire du synaxaire de Constantinople[153],[154]. Enfin, Génésios attribue le patronnage de sa chronique historique à l'empereur[155],[156].
Cette diversité témoigne du fait que la cour de Constantin VII rassemble plusieurs des intellectuels les plus importants de son temps. L'empereur entretient des relations étroites avec des lettrés, des juristes, des théologiens et des hauts fonctionnaires qui participent à la rédaction ou à la compilation des ouvrages produits sous son patronage. De façon générale, il promeut la culture et l'éducation. Il est connu pour avoir fait nommer quatre professeurs de premier ordre dans ce qu'il convient d'appeler l'université de Constantinople. Les matières concernées sont la philosophie, la rhétorique, la géométrie et l'astronomie[157]. Leur rôle est alors de former certains des futurs fonctionnaires ou membres de l'Église. Ce mouvement s'insère dans une promotion plus générale de l'enseignement, qui semble se développer tout au long du Xe siècle[5].
Les Excerpta Constantiniana
[modifier | modifier le code]L'une des réalisations les plus ambitieuses du règne est la compilation des Excerpta Constantiniana, immense collection d'extraits tirés d'historiens grecs de l'Antiquité et de l'époque romaine conservés dans la bibliothèque impériale, par exemple Polybe ou Denys d'Halicarnasse. L'objectif de cette entreprise est de rassembler et de classer les connaissances historiques selon des thèmes précis afin de faciliter leur consultation. Les extraits sont regroupés par catégories telles que les ambassades, les vertus, les vices, les complots ou les batailles. Cette compilation revêt une importance considérable en ce qu'elle a permis la conservation de textes antiques. Néanmoins, des historiens comme Paul Lemerle se sont montrés critiques à l'égard de ce travail, du fait qu'il ne compile qu'une petite portion des textes antiques[158]. Toutefois, d'autres historiens comme Bernard Flusin rappelle que Constantin VII n'a pas cherché à conserver l'intégralité du savoir mais à privilégier des extraits qui doivent servir à guider le lecteur vers le bien[159].
Le De administrando imperio
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Le De administrando imperio (ou De l'Administration de l'Empire) constitue l'ouvrage le plus célèbre associé à Constantin VII. Rédigé vers le milieu du Xe siècle et destiné à son fils Romain II, il combine manuel de gouvernement, traité diplomatique et description ethnographique des peuples voisins de l'Empire[160]. L'ouvrage fournit des informations détaillées sur les Rus', les Petchénègues, les Hongrois, les Serbes, les Croates, les Arabes et les peuples du Caucase. Il expose également plusieurs principes de la diplomatie byzantine et présente les moyens par lesquels l'Empire peut préserver son influence sur ses voisins. Source fondamentale pour l'histoire de l'Europe orientale et des Balkans, le De administrando imperio demeure l'un des témoignages les plus précieux sur la géopolitique du Xe siècle. Tant Michel Kaplan qu'Anthony Kaldellis ont ainsi pu le qualifier de « zoologie des nations » voisines de l'Empire[161]. Il illustre également la volonté de Constantin VII de transmettre à son successeur les connaissances nécessaires à l'exercice du pouvoir. En cela, il s'apparente au genre des Miroirs des princes[162].
Le De ceremoniis
[modifier | modifier le code]Le De ceremoniis (ou Livre des Cérémonies) décrit les cérémonies impériales, les processions religieuses, les réceptions diplomatiques et les usages protocolaires de la cour de Constantinople. Au-delà de son intérêt documentaire, l'ouvrage révèle la conception byzantine du pouvoir et s'inscrit dans un héritage intellectuel qui remonte au moins à Pierre le Patrice[163]. Les cérémonies y apparaissent comme un langage politique destiné à manifester la place unique de l'empereur dans l'ordre du monde. Chaque geste, chaque vêtement et chaque déplacement participent à la mise en scène de l'autorité impériale. Le traité constitue aujourd'hui l'une des principales sources pour l'étude du Grand Palais, de ses différents espaces comme le Chrysotriklinos, de la liturgie impériale et des pratiques diplomatiques byzantines[164],[165]. Il permet, par exemple, d'avoir une vision assez précise du couronnement de l'empereur byzantin[166].
Le De thematibus
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Le De thematibus présente l'organisation territoriale de l'Empire et retrace l'histoire de plusieurs provinces. Bien que certaines informations soient parfois dépassées ou reposent sur des traditions anciennes, l'ouvrage témoigne de l'intérêt porté à la géographie politique et administrative de l'État. Néanmoins, des historiens comme John Haldon soulignent que le De Thematibus incarne la fin des grands traités de géographie antique, au profit d'une description plus administrative. Souvent délaissé par rapport aux autres textes attribués à Constantin VII, du fait de l'hétérogénéité de son contenu, il n'en reste pas moins précieux pour appréhender la culture byzantine de l'époque[167],[168].
La Vita Basilii et la mémoire dynastique
[modifier | modifier le code]Parmi les textes produits sous le règne de Constantin VII figure également la Vita Basilii, biographie de Basile Ier intégrée au Théophane continué, une chronique historique elle-même impulsée par l'empereur[154]. Cette œuvre occupe une place particulière dans le programme intellectuel impérial. Elle vise à présenter le fondateur de la dynastie macédonienne comme un souverain exemplaire, choisi par la Providence pour restaurer la grandeur de l'Empire. Il justifie notamment l'assassinat de Michel III[169]. Les historiens considèrent aujourd'hui la Vita Basilii comme une source essentielle pour comprendre l'idéologie dynastique élaborée sous Constantin VII. Son contenu doit néanmoins être utilisé avec prudence en raison de son caractère fortement apologétique[170]. Il constitue en revanche un exemple éclairant de construction d'une forme de mémoire officielle[171]
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ La date exacte a parfois fait l'objet de débats car les sources byzantines citent plutôt l'année 912 mais différents recoupements plaident plutôt pour 908. Voir (en) Philip Grierson et Romilly James Heald Jenkins, « The Date of Constantine VII's Coronation », Byzantion, vol. 32, no 1, , p. 133-138 (JSTOR 44169041)
- ↑ Selon Liutprand de Crémone, observateur extérieur mais avec des relations à Constantinople, les représentants d'Amalfi soutiennent ouvertement Constantin VII.
- ↑ Jean Skylitzès rapporte les noms suivants : Léon Kladon, Grégoire de Macédoine, Théodose, le chambellan Etienne et Jean le Recteur.
- ↑ Le préambule de cette novelle dit ainsi « De même que, dans un corps, la tête, de même, dans l'État, l'armée ; si l'une est atteinte, tout le reste en souffre nécessairement, et le bien commun ne demeure pas intact lorsque ce qui lui est propre est altéré. Et puisque, avec le temps, nous avons constaté que les affaires des soldats avaient été gravement compromises, au point qu'eux-mêmes avaient été réduits à une condition précaire, notre règne, par la grâce de Dieu, a estimé qu'il convenait de porter à la connaissance de tous ce qui contribuerait le mieux à leur sécurité et à leur prospérité » (Svoronos 1994, p. 118,McGeer 2000, p. 71).
- ↑ Un débat nourri concerne la chronologie des visites d'Olga à Constantinople et, conséquemment, de sa conversion au christianisme, d'autant que les sources rapportent parfois plusieurs visites, entre 946 et 957. Voir par exemple, en plus de l'article de Constantin Zuckerman déjà cité, l'analyse de Dimitri Obolensky qui plaide pour 957 ((en) Obolensky, « The Baptism of Princess Olga of Kiev: The Problem of the Sources », dans Paul Gauthier et Michel Kaplan (dir.), Philadelphie et autres études, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Byzantina Sorbonensia » (no 4), , 123-138 p. (ISBN 2-85944-070-4, lire en ligne)).
- ↑ « Pieux, autocrator et empereur Constantin, couronné par Dieu et glorieux, grand et victorieux roi de l’univers, croyant et pieux, protecteur de l’illumination du peuple et vrai conciliateur de ce qui existe. »
- ↑ Il est possible que des ambassadeurs se soient aventurés jusqu'en Angleterre, puisque Edmond Ier reçoit à cette époque deux pièces de soie byzantine peut-être apportées en cadeaux diplomatiques ((en) Hero Granger-Taylor, « The Inscription on the Nature Goddess Silk », dans Gerald Bonner, David Rollason & Clare Stancliffe (éd.), St Cuthbert, his Cult and his Community to AD 1200, Woodbridge, The Boydell Press, (ISBN 978-0-85115-510-4), p. 339-341).
- ↑ Une ambiguïté a pu naître de l'affirmation de Constantin qui dit être le maître incontesté du bassin méditerranéen, mentionnant explicitement la Sicile mais ce triomphalisme est relativement récurrent dans la littérature byzantine (Drocourt 2023, p. 45-46).
- ↑ Généralement, l'empereur principal tient la croix avec la main supérieure mais ce n'est pas systématique.
- ↑ La date du 9 novembre est donnée par Georges Cédrène, tandis que le Necrologium cite le 19 novembre[127].
Références
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Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Sources primaires
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Sources secondaires
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Articles connexes
[modifier | modifier le code]- De ceremoniis
- De administrando Imperio (vers 950)
- Basile Peteinos
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
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- Britannica
- Brockhaus
- Den Store Danske Encyklopædi
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