Agnès de France (1171-1240)

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Agnès de France (1171- v. 1220) (ou Anne de France), impératrice byzantine, née en France vers 1170 et décédée vers 1220[1]. Elle est seconde fille du roi des Francs Louis VII le Jeune (maison capétienne), et de sa femme Adèle de Champagne. Elle est soeur cadette de Philippe II de France. Plus jeune demi-sœur de Marie de Champagne, Alix de France (1150-1195), Marguerite de France (1158-1197) et Alix de France (1160-1221), comtesse du Vexin. Agnès de France deviendra la figure marquante de l'histoire des impératrices byzantines. Elle sera nommée la Byzantine Augusta[2]. En 1179, le royaume de Louis VII le Jeune et l'empire Byzantin de Manuel Ier Comnène feront une alliance par le mariage de leur deux enfants. Le règne de Manuel Ier Comnène touche à sa fin vers 1178-1180 et est marquée par l'histoire des relations étrangères (les conflits entre l'Ouest et l'Anatolie)[3]. Le pape Alexandre III propose donc à Manuel Ier Comnène de faire épouser son fils Alexis II Comnène (Alexios Komnenos) à la jeune fille (Agnès de France) de Louis VII le Jeune.

Avant le XIIe siècle, la pratique des mariages étaient fréquente chez les empereurs byzantins[4]. Byzance conservait en général un rôle idéal pour la femme dans la famille . Cette idée fut introduite et analysée grâce aux apports de la recherche historique de Barbara Hill[5]. Agnès de France épouse Alexis II Comnène (1180-1193). La cérémonie du couronnement et les rites de passages officialiseront son statut d'impératrice au sein du nouvel empire qui est désormais celui de Alexis II Comnène (Manuel I Comnène est mort).

Elle épouse :

Alexis II Comnène fut assassiné. Elle épousera Andronic Ier Comnène contre son gré. Ce nouveau mariage est considéré comme étant un acte scandaleux. Elle épousera aussi Théodore Branas. Elle mettra en pratique sa fonction de douaire et de régente au sein de l'empire Byzantin. Ils donneront naissance à une fille dite Branaina (mariée à un Duc de France, Narjaud de Toucy).

Une source primaire nous est parvenue (manuscrit, Le Livre grec d'Augustine) : celle du récit officiel de l'arrivée d'Agnès de France à Constantinople (capitale de l'empire). Le Livre grec d'Augustine témoigne donc de l'arrivée d'Agnès de France sur le sol byzantin (avant qu'elle soit mariée)[2].

Agnès de France fut présente lors du Siège de Constantinople en 1204 (épisode du saccage de la capitale de l'empire de Byzance)[6]. Le Siège de Constantinople de 1204 oppose les chrétiens d'Orient et ceux d'Occident. Robert de Clari (chroniqueur et chevalier) prend part à la Quatrième croisade (1202-1204)[6]. Il fut donc un témoin important et le plus fiable de l'époque pour décrire d'une part l'épisode de la Quatrième croisade, mais aussi les émotions ressenties par Agnès de France à ce moment-là. Les souvenirs de la princesse française étaient gravés dans la mémoire des Byzantins. Nous savons grâce à ses écrits qu'Agnès de France est décédée en 1220 et non pas en 1240[7]. La date de mort d'Agnès de France en 1240 serait donc fautive et anachronique. De plus, nous savons grâce à lui qu'Agnès s'est détachée de son pays natal (la France). En 1206, elle continue de travailler à l'œuvre de réconciliation entre Francs et Grecs (l'un de ses plus grands succès d'impératrice)[8]. En 1218-1219, Agnès de France et Théodore Branas marièrent leur fille unique à Narjaud de Toucy (Duc de France)[7].

Les Byzantins conservaient le souvenir d'Agnès de France comme l'impératrice d'Orient « dont la destinée fut assurément l'une des plus singulières vis-à-vis des autres princesses mariées à Constantinople »[8]. La pratique des mariages avec des princesses étrangères étaient nombreuses et récurrentes. Elle meurt en 1220, selon les dires de Robert de Clari.

Rites de passages et cérémonie des princesses étrangères[modifier | modifier le code]

Le livre grec d'Augustine[modifier | modifier le code]

Au XIIe siècle byzantin, l'enjeu diplomatique le plus important fut celui des mariages avec des princesses étrangères. Cette nécessité d'une politique étrangère se traduit par les alliances avec d'autres pays. Le couronnement d'une impératrice se faisait en même temps que celui de l'empereur. Les rites de passages et les cérémonies permettaient donc d'entériner la nouvelle identité des princesses. Elles n'ont donc plus aucun lien d'appartenance à leur pays d'origine.

Le Livre grec d'Augustine était un cadeau pour Agnès de France à son arrivée à Constantinople en 1179. Dans ce livre, nous y retrouvons la cérémonie de transition ainsi que le rite de passage vécu par la jeune fille qui avait neuf ans à l'époque. À cause de ce rite de passage, le prénom d'Anne de France deviendra celui d'Agnès de France (terminologie byzantine). Nous pouvons donc remarquer qu'une fois sa personne donnée à l'empereur byzantin, la princesse doit se détacher de ses racines d'origines. Agnès de France n'a donc plus de sentiment d'appartenance à la France, mais plutôt un attachement aux valeurs de sa nouvelle terre d'accueil.

Le mariage en règle générale était de fournir un héritier au trône. La femme choisie devait être jeune et issue d'une famille assez nombreuse pour gage de fécondité[9]. Aux XIe-XIIe siècle, marier une princesse d'origine latine était le type d'alliance le plus recherché (Manuel I Comnène a une préférence d'alliance pour les latins - aspect diplomatique important pour l'empire Byzantin). Cette volonté de faire une alliance diplomatique était liée à l'affaiblissement de l'empire des Comnènes. Les mariages avec des princesses latines étaient donc nécessaire à l'intégration de l'empire au sein des relations diplomatiques étrangères.

La cérémonie était symbolique pour l'identité d'une princesse. Anne de France avait neuf ans lorsqu'elle eut l'obligation de se préparer à son rôle d'impératrice, dite Byzantine Augustine[10]. L'article de Cecily J. Hilsdale nous introduit à l'arrivée d'Agnès à Constantinople. Lorsque Agnès arriva à Constantinople, elle fut reçue avec un livre. Ce livre (Livre grec d'Augustine) lui dictait en quelque sorte comment une femme mariée venue de l'étranger devait se comporter à Constantinople. Hilsdale fait une critique des études anthropologiques et met un accent irréfutable sur l'échange des cadeaux lors de ce type de cérémonie. Le Livre grec d'Augustine offre donc un privilège particulier à la jeune enfant. Ce livre est donc propre à Agnès de France.

Le Livre se divise de la manière suivante : les accords et les conditions du mariage entre Louis VII le jeune et Manuel Ier Comnène sur les fiançailles (correspondances entre les deux empereurs), l'arrivée d'Agnès à Constantinople (mention de l'Augustine de l'est dans le livre), et finalement l'intégration d'Agnès de France dans la famille des Comnènes ainsi qu'à l'ensemble de la population. La cérémonie et le rite de passage furent donc deux moments essentiels à la transition identitaire d'Agnès au sein de l'empire.

Béatrice Caseau-Chevallier introduit dans son ouvrage l'idée qu'une impératrice doit trouver des appuis auprès des hommes qui ne chercheront pas dans une éventualité, d'usurper leur pouvoir[9]. Les impératrices doivent assurer un équilibre de leur personne lorsqu'elles sont mariées à un empereur. Le Livre grec d'Augustine était donc un contrôle sévère de l'impérialisme byzantin et rendait beaucoup plus facile l'idée de l'expansionnisme dans les relations diplomatiques d'intégrations de l'empire Byzantin à l'extérieur de ses frontières. Selon un examen plus poussé du manuscrit, il y aurait eu des tensions et des contradictions du rite de passage (les informations sont manquantes à ce sujet)[10]. Cecily J. Hilsdale mentionne dans son article que le manuscrit (Livre grec d'Augustine) décrit les raisons pour lesquelles Agnès de France et Alexis II Comnène se seraient mariés. Le mariage serait la source principale de la division impériale de la famille et de la cité[10].

Mariage, impératrice des Romains et des Grecs[modifier | modifier le code]

Le jeune mariage, Alexis II Comnène (1180-1183)[modifier | modifier le code]

Agnès de France (neuf ans) et Alexis II Comnène (douze ans) furent unis en 1180 pour garder la couronne diplomatique de Manuel Ier Comnène sur le trône de Byzance (continuité du pouvoir des Comnènes sur l'empire Byzantin). Les femmes devaient donc être choisies très jeunes. Les alliances recherchées sont celles des princesses étrangères (stabilité de la politique extérieure). La princesse accueillie à Byzance était souvent une enfant et elle devait changer son identité.

Alexis II Comnène avait douze ans lorsqu'il épousa Agnès de France. Ce n'est qu'à l'âge de seize ans que l'empereur pouvait prendre de manière définitive des décisions basées sur le pouvoir[11]. Béatrice Caseau-Chevallier mentionne dans son ouvrage qu'une escorte byzantine serait allée chercher Agnès de France. « Eusthate de Thessalonique évoque l'accueil enthousiaste de la foule rassemblée sur le Bosphore pour accueillir cette princesse d'illustre lignage »[9].

Charles Diehl introduit son lecteur aux relations entre Manuel Ier Comnène et Louis VII le Jeune lors de la prise de décision de l'alliance entre les deux enfants. Le règne de Manuel I Comnène touchait à sa fin[12]. Robert de Clari est le principal témoin de référence pour Alexis II Comnène, de même que Nicétas Choniatès sera lui aussi une source primaire de l'époque (récit sur Alexis II Comnène).

Le mariage scandaleux, Andronic I Comnène (1182-1183)[modifier | modifier le code]

Agnès de France vécut les épisodes tragiques qui marquèrent les trois années de trahisons dans la famille Comnène[13]. Le jeune Alexis II Comnène fut étranglé par son frère Andronic Ier Comnène. À l'âge de soixante ans et plus, le basileus Andronic I Comnène épousa la petite Agnès de France qui avait douze ans à la mort d'Alexis II Comnène.

Les conflits entre Marie Comnène (1154-1217), Marie d'Antioche (1145-1182) et Andronic Ier Comnène marquèrent l'histoire de la famille des Comnènes durant trois années tragiques de la vie d'Agnès de France. Elle fut le témoin particulier des exécutions et de la mort de son défunt mari. Ainsi, Andronic Ier Comnène succèda au trône, « [...] le mariage fut, à la fin de 1182, célébré à Sainte-Sophie et consommé »[14]. Le mariage fut un scandale, même dans une Byzance habituée à tant de crimes.

Agnès de France profita sous ce mariage de son rôle d'impératrice. Elle vécut de nombreuses satisfactions sociales et culturelles lors de ce mariage. La représentation de son visage était utilisée dans les figures cérémonielles ainsi qu'à la forte utilisation des grands habits impériaux[15].

Andronic I Comnène meurt en 1185. Agnès de France ne fut pas l'une des dernières conquêtes d'Andronic Ier Comnène et » on ignore ce que devint la jeune femme pendant les jours troublés qui suivirent la chute d'Andronic Ier Comnène »[15].

L'amant, Théodore Branas (1190)[modifier | modifier le code]

La chute d'Andronic I Comnène n'eut aucun impact sur la vie d'Agnès de France. Elle conserva son rôle de douaire. Aussitôt l'ordre rétabli, Théodore Branas devint le nouvel homme fort de l'empire Byzantin

[16]. En 1190, le rapprochement de Théodore Branas et d'Agnès de France l'aida « sans doute à travailler à l'œuvre de réconciliation dont elle avait été l'initiatrice », de rapprocher les vainqueurs et les vaincus à la suite des conflits entre les chrétiens d'Orient et de l'Occident. En 1193, elle devint son amante puis, en 1204, l'épouse. Ils auront une fille nommée Branaina. Ce n'est que sous le règne d'Andronic I Comnène que nous voyons un rapprochement entre les Grecs et les Francs. En 1206, Henri de Flandre conclut une convention formelle avec Théodore Branas et sa femme impératrice[17]. Et, ainsi, dit Villehardouin, « fut faite et conclue la convention, et la paix fut conclue entre les Grecs et les Francs »[17]. Après la mort du roi, Agnès de France continuait à vivre en princesse byzantine.

La Conquête de Byzance (Siège de Constantinople 1204)[modifier | modifier le code]

En 1203, à l'âge de vingt-quatre ans, Agnès de France refusa de parler pour les membres de la Quatrième croisade[10]. Les charges honorifiques étaient données aux membres de la famille de sorte qu'au XIIe siècle, 90 % de ces charges étaient détenus par les membres de la famille Comnène. L'idée était de garder le pouvoir au sein d'une seule famille. Le système des Comnènes est sans aucune surprise mis à bas à l'issue du siège de Constantinople en 1204. Les Comnènes ont en quelque sorte conduit à la chute de l'empire en 1204 dans la mesure où ils avaient priorisé leurs relations avec les étrangers[18].

Fin de sa vie[modifier | modifier le code]

Longtemps après sa mort, qui eut lieu en 1220, l'Occident conservait le souvenir d'Agnès de France comme impératrice d'Orient dont la destinée fut assurément l'une des plus singulières à Constantinople : « Femme d’un grand seigneur grec, elle ne le suivit point dans le parti des patriotes qui résistaient sans fléchir à l’étranger ; elle n’émigra point avec lui à Nicée ou ailleurs ; c’est elle, au contraire, qui amena son mari vers les Francs, fit de lui un feudataire, s’il se pouvait les deux races ennemies. Née fille de France, morte dans une principauté grecque vassale d’un empereur latin, ayant fondé avec Théodore Branas une famille qui sera toute française, elle rejoignait ainsi harmonieusement, malgré les aventures orageuses d’une partie de sa vie, son lit de mort à son berceau »[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Diehl, Impératrices de Byzance, Paris, Armand Colin, , 247 p. (lire en ligne), p. 247
  2. a et b (en) Cecily J. Hilsdale, « Constructing a Byzantine "Augusta:" A Greek Book for a French Bride », The Art Bulletin, College Art Association, vol. 87, no 3,‎ , p. 458-483 (lire en ligne)
  3. (en) Charles M. Brand, Byzantium confronts the West, 1180-1204, Cambridge, Harvard University Press, , 394 p. (SUDOC 01466190X), p. 16
  4. Béatrice Caseau-Chevallier, Byzance : économie et société - Du milieu du VIIIe siècle à 1204, Éditions Sedes, coll. « Regards sur l'Histoire », , 384 p. (ISBN 978-2718194806, lire en ligne)
  5. (en) Barbara Hill, Imperial Women in Byzantium 1025-1204, Singapore, Pearson Education Limited (en), , 245 p., p. 93
  6. a et b Charles Diehl 1959, p. 243.
  7. a, b et c Charles Diehl 1959, p. 247.
  8. a et b Charles Diehl 1959, p. 248.
  9. a, b et c Béatrice Caseau-Chevallier 2007, p. 384.
  10. a, b, c et d Cecily J. Hilsdale 2005, p. 477.
  11. Charles M. Brand 1968, p. 31.
  12. Charles Diehl 1959, p. 239.
  13. Charles Diehl 1959, p. 235-264.
  14. Charles Diehl 1959, p. 238.
  15. a et b Charles Diehl 1959, p. 240.
  16. Charles Diehl 1959, p. 241.
  17. a et b Charles Diehl 1959, p. 246.
  18. Charles Diehl 1959, p. 242.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Barbara Hill, Imperial Women in Byzantium 1025-1204, Singapore, Pearson Education Limited, 1999, 245 p.
  • Béatrice Caseau-Chevallier, Byzance : économie et société, Du milieu du VIIIe siècle à 1204, Éditions Sedes, 2007, 384 p.
    Un manuel historique introduisant à l'histoire de l’expansion économique du monde byzantin. Les développements économiques ont permis à la société byzantine de se transformer. Béatrice Caseau-Chevalier introduit dans son ouvrage l’histoire des impératrices byzantines ainsi que la pratique fréquente des mariages avec des princesses étrangères de l'empire. Le manuel est [disponible sur Google Livres] et il n’a pas été paginé lors de la numérisation.
  • Cecily J. Hilsdale, « Constructing a Byzantine "Augusta:" A Greek Book for a French Bride », dans The Art Bulletin, vol. 87, no 3, 2005, pp. 458-483 (https://www.jstor.org/stable/25067191?seq=1&cid=pdf-reference#references_tab_contents).
  • Charles Diehl, Impératrices de Byzance, France, Armand Colin, 1959, 294 p.
  • Charles M. Brand, Byzantium confronts the West 1180-1204, Cambridge, MPublishing, University of Michigan Library, 1968, 394 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]