Château de Montrésor

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Wikipédia:Bons articles Vous lisez un « bon article ».

Château de Montrésor
Image illustrative de l’article Château de Montrésor
Les châteaux de Montrésor
Logis Renaissance (à gauche) et forteresse médiévale (à droite).
Période ou style Médiéval/Renaissance
Type Forteresse puis logis
Architecte Roger le Petit Diable
Début construction XIe siècle
Fin construction XVIe siècle
Propriétaire initial Foulques Nerra
Destination initiale logis
Propriétaire actuel famille Rey
Destination actuelle tourisme / logis
Protection Logo monument historique Classé MH (1996)[1]
Site web chateaudemontresor.fr
Coordonnées 47° 09′ 21″ nord, 1° 12′ 05″ est[2]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Touraine
Région Centre-Val de Loire
Département Indre-et-Loire
Commune Montrésor

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Montrésor

Géolocalisation sur la carte : Indre-et-Loire

(Voir situation sur carte : Indre-et-Loire)
Château de Montrésor

Le château de Montrésor est situé dans le sud-est du département d'Indre-et-Loire (37), en France, à une quinzaine de kilomètres à l'est de la ville de Loches sur le territoire de la commune de Montrésor.

Un éperon rocheux a accueilli successivement un donjon attribué à Foulques Nerra et intégré au système défensif des comtes d'Anjou en Touraine, une forteresse médiévale construite par Jean IV de Bueil, grand Maître des arbalétriers de France, puis un logis Renaissance édifié par Imbert de Batarnay, influent personnage auprès de quatre rois de France. Après la période révolutionnaire au cours de laquelle le château, mal entretenu, est passé entre les mains de plusieurs propriétaires successifs, le comte Xavier Branicki, émigré polonais, mécène et maire de Montrésor de 1860 à 1870, rachète le domaine en 1849, répare certaines parties du château, en reconstruit d'autres ; il meuble le logis principal en style Second Empire et le décore avec de nombreuses œuvres d'art. Sa famille, toujours propriétaire, habite une partie d'un château presque totalement ouvert au public.

Le village lui-même, d'abord construit au pied du château, ne s'est véritablement développé qu'à partir du Moyen Âge ; au XXIe siècle, il s'est tourné vers une activité touristique dont le château constitue l'un des principaux atouts.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le château de Montrésor, édifié sur un éperon rocheux, au flanc du coteau qui domine la concavité d'un méandre de l'Indrois, sur sa rive droite, a vu des maisons se construire à ses pieds à partir du Moyen Âge et constituer peu à peu le bourg de Montrésor, à 17 km à l'est de Loches.

Avec 98 hectares, Montrésor est en 2015 la plus petite commune du département d'Indre-et-Loire[3].

Établi sur une terrasse à 106 m d'altitude, le site du château domine d'une quinzaine de mètres la vallée de l'Indrois vers le sud. Au nord et à l'est, le plateau a été creusé d'environ 10 m pour y pratiquer un fossé sec défensif. À l'ouest, la pointe naturelle de l'éperon complète le périmètre défendu[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers édifices fortifiés[modifier | modifier le code]

Même si aucune preuve archéologique ne vient l'attester, il est fort probable que l'éperon de Montrésor, stratégique et facile à défendre, a été anciennement utilisé par l'homme, déjà largement implanté dans ce secteur depuis le Néolithique[EV 1].

Le premier seigneur de Montrésor cité, mais dont le nom est inconnu, participe en 887 à l'escorte de six mille personnes[5] qui accompagne les reliques de saint Martin depuis Auxerre jusqu'à Tours[6]. Dès cette époque est évoquée la présence d'une demeure à la pointe de l'éperon, protégée au nord par des douves et une palissade de terre[LAB 1]. Le fief de Montrésor relève alors du trésorier du chapitre de la cathédrale de Tours, dédiée à cette époque à saint Maurice d'Agaune, d'où son nom, attesté au IXe siècle, de « Mons Thesauri » dans la Chronique des Comtes d'Anjou[Note 1] ; le toponyme évolue progressivement jusqu'à sa forme moderne[7].

Les forteresses médiévales[modifier | modifier le code]

Vue d'un pan de mur vertical.
Vestiges du donjon de Foulques Nerra.

Un éperon rocheux dominant la vallée de l’Indrois est le lieu choisi par Foulques Nerra, comte d’Anjou, pour faire édifier par son capitaine Roger dit le Petit Diable vers 1005 une puissante forteresse, non loin de celle de Montrichard, qu'il contrôle également[Note 2]. Le donjon se trouve au sommet de l'escarpement, à l'est de la Grande Rue, mais le périmètre défendu s'étend certainement au-delà, vers l'ouest[MR 1]. Peut-être parmi les premiers construits en pierre en Touraine, cet édifice, dont il ne subsiste que le mur ouest remanié, est contemporain de celui de Langeais[9].

Au XIIe siècle, Montrésor tombe aux mains d’Henri II Plantagenêt. Il est probable que, depuis Foulques Nerra, Montrésor soit toujours resté sous le contrôle des comtes d'Anjou — Henri II est un descendant direct de Foulques Nerra à la 5e génération[10] —. C'est de cette époque, sans qu'aucune date précise puisse être avancée, que date la construction des tours du châtelet de l'entrée est, ainsi que des parties nord et est de l'enceinte[MR 2]. Philippe Auguste reprend temporairement Montrésor aux Anglais en 1188, mais le fief reste une possession anglaise par André de Chauvigny, compagnon de Richard Cœur de Lion pendant la troisième croisade, qui devient seigneur de Montrésor après son retour[MR 3].

vue en contre-plongée de deux tours cylindriques reliées par une muraille pourvue de fenêtres.
Les tours du châtelet d'entrée.

Ce n'est qu'au début du XIIIe siècle, avec la famille de Palluau, que Montrésor revient définitivement à la couronne de France, avant que la famille de Bueil ne l'achète en 1378[MR 4]. Une chapelle est construite à l'ouest du châtelet, probablement dans le courant du XIIIe siècle, mais il n'est pas possible de dire qui en décide l'édification[MR 5]. À la fin du XIVe siècle, Jean IV de Bueil devient seigneur de Montrésor et engage d'importants travaux sur le site du château, attestés par les comptes de son receveur qui mentionnent pour l'année 1396-1397 « la despense de pain sans vin de 206 charretiers, chacun à deux bœufs, qui ont amené la pierre [utilisée pour la construction du château] »[AB 1]. Il édifie les communs, reconstruit le châtelet d'entrée sur la base des tours du XIIe siècle, répare l'enceinte et le chemin de ronde[LAB 2],[MR 6]. Grâce à Jean IV et à son entrepreneur Jean Binet, Montrésor prend alors véritablement l'aspect d'une forteresse médiévale[11].

Jean V de Bueil y emprisonne Georges Ier de La Trémoille, favori disgracié de Charles VII qu'il a capturé et qui ne recouvre la liberté qu'après le versement d'une forte rançon — six mille moutons (livres) d'or —, la restitution de certaines de ses possessions — Thouars par exemple — et la promesse de son retrait de la vie publique[12]. Il revient peut-être à Jean V de Bueil ou à la famille de Villequier, qui rachète Montrésor en 1451[MR 4], de réaménager la courtine, principalement du côté nord, en l'équipant de grosses tours rondes surmontées d'une plateforme pouvant accueillir des bombardes[MR 7].

Le logis Renaissance[modifier | modifier le code]

Vue d'un château montrant une échauguette à l'angle de deux murs au premier plan.
Le logis Renaissance vu du nord-est.

C'est dans les années 1490 que se tourne une page importante de l'histoire du château de Montrésor. Antoine de Villequier, endetté, ne peut s'opposer à la saisie de ses biens et Imbert de Batarnay, un noble originaire du Dauphiné, rachète le château[AB 2]. Influent conseiller auprès de quatre rois de France, déjà propriétaire, non loin de là, de la forteresse médiévale de Bridoré[13], il entreprend à Montrésor la construction d'un nouveau logis, à l'architecture typiquement Renaissance, alors que l'ancien château-fort, près de l'entrée, tombe en ruine[11]. Cette construction, qui fait face à la vallée de l'Indrois, est appuyée sur le mur sud de l'enceinte ; elle est munie de deux tourelles probablement édifiées sur les bases de tours de défense de l'enceinte[MR 8] et se développe sur une plus grande longueur que le château du XXIe siècle[EV 2]. Les travaux durent peut-être jusqu'au début du XVIe siècle ; le 5 janvier 1498 en tout cas, Imbert de Batarnay obtient du roi l'autorisation d'abattre des arbres dans la forêt de Loches pour monter la charpente, bois qu'il a fallu faire sécher avant de pouvoir l'utiliser[LAB 3]. Imbert de Batarnay ne limite pas ses travaux au corps de logis principal : il fait également reconstruire l'entrée du château, entre les tours médiévales[LAB 4].

Le château de Montrésor est racheté par la famille de Bourdeille en 1621, par Philippe d'Orléans en 1672 puis par la famille de Beauvillier en 1697, mais jusqu'en 1789 aucune modification architecturale importante ne semble avoir lieu[MR 4] ; le fait que, à partir de François Ier, les rois de France résident moins régulièrement dans la vallée de la Loire a sans doute amené les seigneurs de Montrésor à négliger leur château[13].

La Révolution française et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Plan d'un site castral indiquant la période de constrcution de chaque bâtiment.
Plan chronologique schématisé du site.

Les évènements qui marquent la vie à Montrésor pendant la Révolution sont mal connus. Une partie du château est peut-être incendiée[MR 9]. En 1792, les Beauvillier, qui possèdent la châtellenie de Montrésor depuis un siècle, la vendent en plusieurs lots. Entre 1792 et 1831, quatre propriétaires se succèdent, sans compter les acheteurs qui opèrent pour le compte de tiers, achetant séparément le château et la chapelle[MR 10]. Au début du XIXe siècle, le châtelet d'entrée sert temporairement de prison[MR 8].

Madame Jouffroy de Gonsans, qui se trouve à la tête du domaine réuni en 1831, ne dispose pas des fonds nécessaires à l'entretien de l'ensemble des bâtiments. En 1841, un inventaire, réalisé après sa mort pour la succession en faveur de son mari[AB 3] indique que le logis principal est très largement délabré[MR 9]. Louis François Jouffroy de Gonsans fait abattre vers 1845 la chapelle Notre-Dame et l'aile ouest du château mais en reconstruit la partie est[MR 9], réutilisant très certainement les matériaux de démolition[EV 3] ; à la même époque, une gravure montre que le vieux donjon de Foulques Nerra, à l'ouest de l'enceinte, est encore debout, mais en ruine[14]. Dans la même décennie, enfin, une tour située à l'angle sud-ouest de l'enceinte s'écroule alors que la partie occidentale de la muraille disparaît elle aussi[MR 1] ; le pont-levis qui commande l'entrée du château est détruit et le fossé remblayé avec les décombres de la chapelle Notre-Dame[15]. Ce dernier aménagement fait suite aux plaintes des riverains constatant que l'eau stagnant au fond des fossés est source d'insalubrité pour le voisinage[MR 8].

La famille Branicki et le réaménagement[modifier | modifier le code]

En 1849, la comtesse polonaise Rose Branicka-Potocka achète le domaine de Montrésor ainsi que le château, dans un état d'abandon total, pour le compte de son fils aîné Xavier qui, pour ses opinions opposées à l'hégémonie russe sur la Pologne, a vu ses biens saisis par Nicolas Ier et a choisi de s'exiler. Dans un premier temps, Xavier Branicki, qui réside peu à Montrésor, charge un ancien officier de l'armée polonaise, Rodolf Domaradzki, de procéder aux réparations et réaménagements. Celui-ci passe les dernières dix années de sa vie à remanier l'infrastructure du bâtiment, opérations qui mènent à la restauration complète du château[16]. La partie occidentale des communs est reconstruite ; elle sert, au XXIe siècle, de logis aux châtelains[MR 6]. Le logis principal est entièrement restauré, notamment la toiture totalement délabrée, et meublé. Tous les bâtiments ainsi que l'enceinte font l'objet des réparations indispensables, une terrasse est aménagée le long de la façade sud du logis principal et le parc est entièrement redessiné[MR 11]. Un nouveau pavillon, à l'extrême ouest de l'enceinte, prend appui sur un mur sauvegardé du donjon de Foulques Nerra[MR 1].

La période contemporaine[modifier | modifier le code]

Photographie nocturne en couleurs d'un château illuminé.
Le château illuminé pendant les Nuits solaires 2015.

Depuis la mort du comte Xavier Branicki en 1879, aucune autre modification que celles imposées par des réparations ou des améliorations du confort dans les parties habitées n'a été entreprise par ses descendants (familles Branicki, puis Rey[Note 3]), ni sur le bâti, ni sur l'ameublement.

Pendant la Première Guerre mondiale, l'hôpital auxiliaire 25 est installé dans une partie du château, ce qui permet d'accueillir jusqu'à 32 blessés[MR 12]. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et pendant une semaine environ au début de novembre 1945, un escadron du 19e régiment de dragons est logé au château[MR 13].

Dans le cadre de la loi du 2 mai 1930, la totalité du « village de Montrésor », dont le site du château, fait l'objet en 1944 d'une inscription sur l'inventaire des sites « dont la conservation présente un intérêt général »[LAB 5]. L'ensemble du site — le château, les communs, les enceintes et le parc — est classé par arrêté du 13 février 1996 au titre des monuments historiques[1]. Depuis le début des années 1980, la commune de Montrésor oriente son développement économique vers le tourisme et le château de Montrésor fait partie de l'ensemble des monuments et sites qui sont mis en valeur dans ce cadre[18].

Quelques dates de l'histoire du château de Montrésor.


Seigneurs et propriétaires du château - Principales constructions - Principales démolitions

Description[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Le donjon primitif, le châtelet d'entrée et l'enceinte[modifier | modifier le code]

Vue d'une portion d'un haut mur percé d'un portail et flanqué d'une tour ronde.
Le châtelet d'entrée, vu de l'intérieur du château.

Bien antérieur à l'enceinte puisque sa construction date du tout début du XIe siècle, le donjon de Foulques Nerra était un édifice polygonal d'environ 11 × 7 m dont la face sud était contrebutée d'une tour de plus petites dimensions (6 × 4 m). Il ne reste de tout cet ensemble, à l'ouest du site et dominant la pointe de l'éperon, qu'un pan du mur ouest du donjon, long d'environ 4 m et haut de 5 m, en moyen appareil irrégulier et remanié depuis sa construction[14].

Plan schématisé en 3D d'un ensemble de murs et de tours.
Plan schématisé du châtelet d'entrée du château.

L'accès unique au site, à l'extrême est, se fait par l'ancien donjon-porche construit au XIIe siècle et remanié à la fin du XIVe siècle. Ce bâtiment désormais éventré se compose de deux tours circulaires reliées par un mur orienté au sud vers le pied du coteau et la vallée de l'Indrois. Des fenêtres à meneaux sont percées dans ce mur et laissent deviner deux étages au-dessus du niveau d'entrée. La face ouest, dans laquelle est percée la porte d'entrée pourvue d'un arc en tiers-point[19], est flanquée, au nord, d'une tour carrée ; une loge moderne (XIXe siècle) est accolée à cette tour, côté cour[MR 7]. La face est a disparu.

Vue d'un mur couronné par une succession de créneaux et de merlons.
Les créneaux de l'enceinte.

À l'est de ce dispositif d'accès, un pont-levis, remplacé par un pont dormant en bois au-dessus de douves maintenant comblées, commandait l'ensemble et un autre pont-levis reconstruit en pierre sous le nom de Pont Bouvet complétait les défenses à 60 m environ vers l'est[MR 8].

La double enceinte est bien conservée sur la presque totalité de son périmètre. L'enceinte intérieure du XIIe siècle qui enfermait l'ensemble du site porte encore les arcatures en encorbellement qui soutenaient le chemin de ronde ainsi que, par endroits, la succession des créneaux et des merlons. L'enceinte du XIVe siècle est construite à l'extérieur de la précédente et renforce la défense des côtés nord et est, les plus vulnérables ; moins élevée que la précédente, elle présente, côté nord, trois tours sur la plateforme desquelles des bombardes pouvaient être installées[MR 7]. Alors que l'enceinte du XIIe siècle s'appuyait à l'ouest sur les murs du donjon de Foulques Nerra, celle du XIVe siècle le contourne par l'extérieur.

Le logis principal[modifier | modifier le code]

Vue d'un château sur une hauteur avec des maisons en contrebas et un cours d'eau au premier plan.
La façade sud du château.
Vue d'un escalier à spirale en acajou
Escalier d'acajou en colimaçon, installé dans l'épaisseur du mur.

Le logis seigneurial du XVIe siècle est composé d’un corps de bâtiment rectangulaire flanqué à chacun des angles de sa façade sud d’une tourelle conique ; la façade nord est ornée, en lieu et place des tourelles, de deux échauguettes en encorbellement posées sur culs-de-lampe ; les quatre tourelles sont couvertes d’une toiture conique. Doté de deux étages dont le second est mansardé, le bâtiment présente, au nord comme au sud, cinq séries de fenêtres et cinq lucarnes éclairant les combles. Des niches ménagées dans les angles rentrants des murs abritent des statues[19]. Si la partie ouest date en effet du VIIe siècle, la partie est, en ruine au tout début du XIXe siècle, a été reconstruite avant le milieu du siècle sans rupture de style architectural, puis l'ensemble a été réaménagé après le rachat du château par Xavier Branicki.

Le mur sud de l'enceinte, partiellement réutilisé dans la construction de la façade du château, est d'une telle épaisseur qu'un escalier en colimaçon y est ménagé. En acajou massif de Cuba et bronze doré, Xavier l'acheta à Paris lors de l'exposition universelle de 1855, et le fit poser dans l'épaisseur du mur. Il présente la particularité de ne reposer que sur la première et la dernière marche, avec seulement trois barres d'acier sur les côtés pour le maintenir. Un autre escalier, dans la façade nord, est aménagé à l'intérieur d'une tourelle partiellement construite dans l'épaisseur du mur du château. Les armoiries qui ornent le tympan surmontant sa porte ont été martelées[20].

Les communs[modifier | modifier le code]

Vue de la façade d'un bâtiment comportant tour extérieure d'escalier et mansardes sur une partie des combles.
Les communs (façade sud).

Les dépendances du château sont bâties contre la partie nord de l'enceinte. La partie orientale du bâtiment, construite sous Jean IV de Bueil pour servir de logis seigneurial, date du XIVe siècle mais l'étage a été réaménagé par Xavier Branicki. Cette partie du bâtiment garde les traces de la vocation défensive de la forteresse : le grenier abrite des vestiges de l'ancien chemin de ronde et les fenêtres ouvrant au nord sont rares et étroites. Le rez-de-chaussée est principalement constitué de pièces à usage agricole, grange, pressoir. L'étage est desservi par une tour d'escalier ouvrant sur la cour intérieure[MR 6].

La partie occidentale, entièrement reconstruite au XIXe siècle, est divisée en trois étages — dont des combles mansardés — pour loger les invités de Xavier Branicki ; les portes des nombreuses chambres sont même numérotées. Les fenêtres à meneaux, côté sud mais surtout côté nord, sont beaucoup plus larges que dans la construction médiévale[MR 6]. Encore plus à l'ouest, une orangerie attenante aux communs date également du XIXe siècle.

Décor et ameublement[modifier | modifier le code]

Le logis principal[modifier | modifier le code]

Xavier Branicki a accumulé dans le château de nombreux œuvres et objets d'art, comme en témoigne Jacques-Marie Rougé :

« Là sont abrités des tableaux de maîtres, particulièrement de Tony Robert-Fleury ; des portraits dont un Winterhalter, et enfin un trésor venu de Pologne (dont) des hanaps d'argent ayant appartenu à Sigismond II, roi de Pologne, et un grand plat d'or repoussé rappelant par ses personnages en relief la victoire de Sobieski sur les Turcs, offert au Polonais vainqueur lors de son entrée triomphale à Vienne[21]. »

Vue d'un meuble pourvu de nombreuses portes et tiroirs, dont certains secrets ou à mécanisme.
Buffet à cachettes.

Le logis Renaissance est remeublé au milieu du XIXe siècle et aucune modification n'y a été apportée depuis. Si le mobilier de style Second Empire domine avec par exemple des commodes en ébène inspirées d'André-Charles Boulle, des meubles de la Renaissance italienne sont également présents, comme un buffet à cachettes ayant appartenu à la famille de Médicis[22].

Le roi de Pologne Jean Sobieksi prit une part décisive dans la victoire aux côtés des Autrichiens face aux Turcs qui menaient le siège de Vienne en 1683. En remerciement, la ville de Vienne lui offrit des pièces de vaisselle et d'orfèvrerie de très grande valeur, que Xavier Branicki put récupérer pour les rapporter à Montrésor[23]. Ces pièces, ainsi que d'autres comme un plat en or de 10 kg, des vestiges archéologiques trouvés lors des travaux au château ou ramenés d'Égypte[Note 4], des cristaux de Murano des XVIIIe et XIXe siècles, des bibelots pris aux Turcs après la bataille de Vienne, constituent un véritable trésor[MR 11].

Vue d'une peinture représentant un groupe et des chevaux traversant une mer à l'eau rouge foncé.
La traversée de la Mer Rouge par Filippino Lippi.

Parmi les très nombreuses œuvres d'art se trouvent des peintures des primitifs italiens (La traversée de la Mer Rouge, par Filippino Lippi), des portraits de membres de la famille Branicki, dont plusieurs exécutés par Franz Xaver Winterhalter, un tableau de Véronèse gagné lors d'une partie de cartes contre le prince Jérôme Bonaparte ou un fusain d'Artur Grottger, Le Génie de la Musique (1860) ; des bas-reliefs en chêne sculptés par Pierre Vaneau évoquent eux aussi l'histoire de Jean Sobieski[LAB 6]. L'histoire de la Pologne est bien sûr représentée, avec Varsovie, 8 avril 1861, un tableau de Tony Robert-Fleury[Note 5].

Près d'une fenêtre, une urne renferme le cœur de Claude de Batarnay, arrière-petit-fils d'Imbert de Batarnay, mort en 1567 à la bataille de Saint-Denis[25],[26]. Jusqu'à la Révolution, cette urne se trouvait dans l'église Saint-Jean-Baptiste[LAB 7].

De nombreux trophées de chasse européens, asiatiques ou africains ainsi que des collections d'armes blanches ou à feu ornent les murs, témoignant de la passion de Xavier Branicki en ce domaine[17].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Le parc[modifier | modifier le code]

Outre une orangerie rajoutée en prolongement des communs vers l'est, le parc a été entièrement redessiné et réaménagé dans la seconde moitié du XIXe siècle et planté d'espèces exotiques ; il recèle également deux œuvres de sculpteurs célèbres : L'ange déchu de Costantino Corti (1869)[Note 6] et, plus symbolique, une copie de la statue Le soldat mourant de Jules Franceschi, (1862) qui, au cimetière de Montmartre, décore la tombe de Mieczysław Kamieński[Note 7].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Tourisme, arts et culture[modifier | modifier le code]

Vue de la maquette d'un château dans un décor naturel.
Maquette du château de Montrésor.

En 2015 et depuis plus de quinze ans, le site du château de Montrésor à l'exception des communs — c'est-à-dire le logis Renaissance, le parc et les enceintes — est ouvert au public et les visites sont libres. Le village de Montrésor et le château accueillent chaque année environ quatre-vingt mille visiteurs[28]. Dans le parc Mini-Châteaux d'Amboise se trouve, parmi les quarante-neuf reproductions au 1/25 des châteaux de la Loire[29], une maquette du château de Montrésor.

En 2011, le peintre Michel Delacroix a réalisé une lithographie du château de Montrésor[30].

L'histoire de Montrésor, avec une large part consacrée à son château au XIXe siècle, a fait l'objet d'un documentaire d'une durée de 26 min diffusé le 10 mai 2012 sur Arte, l'un des quarante épisodes de la série Villages de France[31],[Note 8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Rogerius iste oppidum quod Mons Thesauri dicitur, quia de thesauro beati Mauricii erat, ut suum proprium possidebat. (Roger possédait comme bien propre cet oppidum que l'on appelle le Mont du Trésor, parce qu'il appartenait au trésor du bienheureux Maurice).
  2. Foulques Nerra cherchait, en construisant un réseau de forteresses à quelques distances de Tours, à affaiblir la position de cette ville, alors tenue par les comtes de Blois, ennemis de la maison d'Anjou[8].
  3. Xavier Branicki étant mort sans enfants reconnus, c'est son frère cadet Constantin qui hérite du château, lequel passe ensuite, par alliance, à la famille Rey[17].
  4. Xavier Branicki s'était rendu à plusieurs reprises en Égypte ; il y trouva la mort à Assiout en 1879.
  5. Ce tableau dépeint la violente répression d'une manifestation qui se déroula le 8 avril 1861 à Varsovie[24].
  6. Cette œuvre est parfois dénommée Satan ou Lucifer.
  7. Mieczysław Kamieński, jeune soldat polonais est tombé à la bataille de Magenta, aux côtés de Xavier Branicki[27].
  8. Villages de France, série coproduite par Arte France et System TV, se compose de quarante reportages d'un format identique de 26 min, diffusés sur Arte du 7 mai au 30 juin 2012[32].

Références[modifier | modifier le code]

  • Abbé Louis-Auguste Bossebœuf, De l'Indre à l'Indrois : Montrésor, le château, la collégiale, et ses environs : Beaulieu-Lès-Loches, Saint-Jean, le Liget et la Corroirie, 1897 (réimpr. 1993)
  • Abbé Buchet, Le château et l'église collégiale de Montrésor, 1876
  • Frédéric Gaultier et Michaël Beigneux, Montrésor se raconte, 2002
  • Émile Vincent, Montrésor : l'histoire, les environs, la collégiale, le château, 1931
  • Autres sources
  1. a et b « Château de Montrésor », notice no PA00097876.
  2. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  3. Michel Marteau, « Montrésor, village préféré des Français ? », La Nouvelle République du Centre-Ouest,‎ (lire en ligne).
  4. Géoportail, « Carte topographique du château de Montrésor » (consulté le 26 mai 2015)..
  5. Christian Thévenot, Foulque III Nera, comte d'Anjou, Tours, éd. Nouvelle République, , 158 p. (ISBN 2-86881-071-3), p. 30.
  6. Pierre Gasnault, « tombeau de saint Martin et les invasions normandes dans l'histoire et dans la légende », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 47, no 144,‎ , p. 60-61 (DOI 10.3406/rhef.1961.3266).
  7. Stéphane Gendron, L'origine des noms de lieux de l'Indre-et-Loire, Chemillé-sur-Indrois, Hugues de Chivré, , 303 p. (ISBN 978 2 916 04345 6), p. 156.
  8. Claude Croubois (dir.), L'Indre-et-Loire – La Touraine, des origines à nos jours, Saint-Jean-d'Angely, Bordessoules, coll. « L'histoire par les documents », , 470 p. (ISBN 2-90350-409-1), p. 137-138.
  9. Pierre Audin, La Touraine autour de l'an mil : inventaire des sources historiques et archéologiques, t. LXIX, Tours, Mémoires de la Société archéologique de Touraine, , 151 p. (ISSN 1149-4670), p. 97-98.
  10. Christian Thévenot, Foulque III Nerra, comte d'Anjou, Tours, éd. Nouvelle République, , 158 p. (ISBN 2-86881-071-3), p. 156-157.
  11. a et b Bernard Briais (ill. Brigitte Champion), Découvrir la Touraine, la vallée de l'Indrois, Chambray-lès-Tours, CLD, , 169 p., p. 97.
  12. Jacques Faugeras, Jean de Bueil, comte de Sancerre. Le fléau des Anglais, Sancerre, l'auteur, , 220 p. (notice BnF no FRBNF35714846), p. 68-69.
  13. a et b Bernard Briais (ill. Denise Labouyrie), Vagabondages en Val d'Indrois, Monts, Séria, , 127 p. (ISSN 1151-3012), p. 34.
  14. a et b Pierre Audin, La Touraine autour de l'an mil : inventaire des sources historiques et archéologiques, t. LXIX, Tours, Mémoires de la Société archéologique de Touraine, , 151 p. (ISSN 1149-4670), p. 106.
  15. Marie-Louise Sergentet, « La châtellenie de Montrésor et son personnel institutionnel à la fin du Moyen-Âge », bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XLIII,‎ , p. 528-529 (lire en ligne).
  16. Line Skórka, « Un magnat polonais en Touraine - Xavier Branicki (1816-1879) », bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XXXIX,‎ , p. 561 (lire en ligne).
  17. a et b Frédéric Gaultier, Montrésor, histoire d'un village, Montrésor, Le four banal, , 19 p. (ISBN 978-2-95435-271-8), p. 13.
  18. Cousin 2011, p. 149.
  19. a et b Robert Ranjard, La Touraine archéologique : guide du touriste en Indre-et-Loire, Mayenne, Imprimerie de la Manutention, (réimpr. 1986), 9e éd., 733 p. (ISBN 2 855 54017 8), p. 488.
  20. Jean-Mary Couderc (dir.), Dictionnaire des communes de Touraine, Chambray-lès-Tours, C.L.D., , 967 p. (ISBN 2-85443-136-7), p. 551.
  21. Jacques-Marie Rougé, Châteaux de Touraine, Paris, Arthaud, , 140 p., p. 31.
  22. Bernard Briais (ill. Denise Labouyrie), Vagabondages en Val d'Indrois, Monts, Séria, , 127 p. (ISSN 1151-3012), p. 37.
  23. Line Skórka, « Un magnat polonais en Touraine - Xavier Branicki (1816-1879) », bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XXXIX,‎ , p. 567 (lire en ligne).
  24. Sophie Olszamowska-Skowronska, La correspondance des papes et des empereurs de Russie (1814-1878) selon les documents authentiques, Rome, Gregorian Biblical BookShop, , 386 p. (lire en ligne), p. 108.
  25. Jacques-Xavier Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique, historique et biographique d'Indre-et-Loire et de l'ancienne province de Touraine, t. IV, Société archéologique de Touraine, , 430 p. (lire en ligne), p. 321.
  26. Bernard de Mandrot, Ymbert de Batarnay, seigneur du Bouchage, Paris, Alphonse Picard, , 403 p., arbre généalogique hors-texte.
  27. Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Paris, Le Cherche midi, , 385 p. (ISBN 978-2-7491-0153-8), p. 204.
  28. Cousin 2011, p. 117-118.
  29. Ivan Roullet, « Le chantier du siècle pour les mini-châteaux », La Nouvelle République du Centre-Ouest,‎ (lire en ligne).
  30. « Le château de Montrésor par Michel Delacroix », sur le site de Doubletake Gallery (consulté le 18 juin 2015).
  31. « Montrésor sur Arte le 10 mai », La Nouvelle République du Centre-Ouest,‎ (lire en ligne).
  32. « Villages de France (diff. du 7 mai au 30 juin 2012) – Découverte et connaissance », sur le site pro d'Arte (consulté le 10 juin 2015).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abbé Louis-Auguste Bossebœuf (préf. abbé Émile le Pironnec), De l'Indre à l'Indrois : Montrésor, le château, la collégiale, et ses environs : Beaulieu-Lès-Loches, Saint-Jean le Liget et la Corroirie, Res Universis, coll. « Monographie des villes et villages de France », (réimpr. 1993), 103 p. (ISBN 2-74280-097-2). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Abbé Buchet, Le château et l'église collégiale de Montrésor, Tours, Paul Bouserez, , 35 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Laurence Bulle, Montrésor, une vie de château, La Crèche, La Geste, , 96 p. (ISBN 979-10-353-0127-9).
  • Saskia Cousin, Les Miroirs du tourisme : Ethnologie de la Touraine du Sud, Paris, Descartes & Cie, , 263 p. (ISBN 978-2-84446-191-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Frédéric Gaultier et Michaël Beigneux, Montrésor se raconte, Montrésor, Association Montrésor se raconte, , 169 p. (ISBN 2-85443-411-0). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Émile Vincent, Montrésor : l'histoire, les environs, la collégiale, le château, Tours, Imprimerie du Progrès, , 50 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Cet article est reconnu comme « bon article » depuis sa version du 9 juillet 2015 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.
La version du 9 juillet 2015 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.