Château de Serrant

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Château de Serrant
Image illustrative de l’article Château de Serrant
Architecte Jean Delespine
Début construction 1539
Fin construction 1710
Propriétaire initial Péan de Brie
Destination initiale Château
Propriétaire actuel Maison de Merode
Protection Logo monument historique Classé MH (1948)[1]
Coordonnées 47° 24′ 55″ nord, 0° 44′ 38″ ouest
Pays Drapeau de la France France
Région Pays de la Loire
Département Maine-et-Loire
Commune Saint-Georges-sur-Loire
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Château de Serrant
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Château de Serrant

Le château de Serrant est situé en France, sur la commune de Saint-Georges-sur-Loire dans le département de Maine-et-Loire, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest d'Angers.

Historique[modifier | modifier le code]

Le château est essentiellement de style Renaissance, construit à la place d'un château médiéval en schiste ardoisier. Les douves témoignent de la période où Serrant était une place forte surveillant le passage de la Loire.

Selon Célestin Port[2], le fief de Serrant appartenait au Moyen-Age à une famille seigneuriale qui en portait le nom, puis passa au début du XIVe siècle à la maison de Brie par l'union de l'héritière Françoise de Serrant avec Jean II de Brie (on trouve aussi de Brée ; probable fils de Jean Ier et Marguerite de Goulaine)[3], d'où leur fils < Jean III de Brie († 1356 à Poitiers) qui épousa (sans postérité ?) la capétienne Jeanne de Dreux-Beu (v. 1326-1358).

Leur fils (ou du moins un proche parent, frère ou cousin de Jean III ?), < Auger de Brie, marié à Perronnelle Courlet, fut père de Raoul de Brie (fl. 1386, 1409 ; x Jeanne de Coësme : Coësmes ?), lui-même père de < Jean IV de Brie († 1441), bailli de Senlis, maître d'Hôtel et conseiller-chambellan de Charles VII et du roi René, mari d'Ysabeau de Maillé-Brézé, d'où Auger (abbé de St-Evroult en 1484-1503, chanoine de Chartres et archidiacre de Rouen) et < Gilles de Brie (alias le Fléau des Anglais, combattant à Formigny en avril 1450 ; x Anne Giffart, dame du Plessis-Giffart). Anne Giffart et Gilles de Brie eurent pour enfants : François, auteur de la branche des Brie de la Sorinière puis de la Bernardière, toujours existante dans la 2e moitié du XVIIIe siècle ; Félix, abbé de St-Evroult en 1503-1546, prieur d'Alençon et doyen du Mans : le poète François de Sagon fut son secrétaire[4] ; Marie, x Félix de Savonnières ; et l'aîné, < Ponthus de Brie de Serrant.

Ponthus de Brie-Serrant épousa Anne de Mathefelon d'Assé. En novembre 1481 (ou décembre 1480 et juin 1482), Ponthus de Brie, chambellan de Louis XI, fut autorisé par le roi à fortifier le château (il en reçut aussi la Roche-Serrrant à Savennières en janvier 1481) ; la chapelle seigneuriale, vouée à St-Michel, fut consacrée en février 1497.

En 1539, le fils aîné de Ponthus, < Péan de Brie, dépêche l'architecte angevin Jean Delespine pour construire un corps de logis bâti autour d'un escalier à double volée contrariée, travaux qui sont continués par son propre fils < Charles Ier de Brie, sire de Serrant et de La Roche-Serrant (La Roche-aux-Moines à Savennières), de St-Léger et des Essarts, fils de sa 2° épouse Renée de Surgères-La Flocellière († 1558 ; veuve de François Hamon).

Il est aussi prévu deux ailes en retour, mais le propriétaire Charles, ruiné par ces travaux entamés en 1546 et aussi par un long procès contre les assassins de son demi-frère aîné (fils de la 1° femme de Péan ― sa cousine Jeanne de Mathefelon ― Madelon de Brie avait été tué le 6 janvier 1565 et Charles de Brie accusait de ce meurtre le procureur royal Jean Le Maçon, un descendant de Jacques Le Maçon, frère cadet du chancelier Robert et semble-t-il mari d'une Brie de Serrant[5]), se trouve à court d'argent. Les travaux ne peuvent donc être achevés immédiatement, et le château ne comprend alors que la partie gauche et l'escalier central du bâtiment principal. Charles de Brie meurt le 17 avril 1593. Le gouverneur d'Anjou Antoine de Silly comte de La Rochepot (grand-oncle maternel d'Hercule de Rohan ci-dessous), resté fidèle au roi, occupe alors le château et en chasse le sieur de Chevigné, ligueur, qui s'en était emparé.

La veuve et 3° épouse de Charles de Brie, Marguerite de Beauvau-Tigné (mère de Charles II de Brie sgr. de La Motte-Serrant, père lui-même de Charles III : la branche aînée des Brie de Serrant disparaît sans laisser de traces au XVIIe siècle), doit céder le domaine par adjudication judiciaire en 1596 ou 1598 au banquier Scipion Sardini qui ne le conservera que sept ans en raison d'une procédure de retrait lignager qui lui fait réintégrer en 1603 le patrimoine des De Brie (en faveur de Madeleine (de) Maillard, fille de François (de) Maillard et Renée de Brie, elle-même fille de Charles de Brie et de sa 2° femme Guillemette Groignet de Vassé), qui le revendront en 1620 à Hercule de Rohan, duc de Montbazon.

XVIIe siècle - Guillaume Bautru, comte de Serrant[modifier | modifier le code]

Château de Serrant

En 1636, Guillaume Bautru (1588-1665), courtisan de Louis XIII, en devient propriétaire sur le duc Hercule et se dit baron de Serrant ; il décide de reprendre les travaux interrompus un siècle plus tôt en respectant les plans d'origine : prolongation de la façade, édification de la tour Sud et des deux ailes en retour (qui seront allongées en 1710) ; dans les parties hautes l'étage de combles est remplacé par un étage d'attique ; cette modification a été supprimée par Lucien Magne en 1870 et l'homogénéité du style ainsi sauvegardée.

Guillaume Bautru, qui eut comme "compère" Bertrand Macé de La Bazinière, constitua la première bibliothèque de Serrant (qui comptait 12 000 volumes en 1992) ; c'est probablement lui qui y fit entrer le cabinet d'ébène attribué à Pierre Gole (grand salon), jugé "digne d'un musée royal" en 1854 par le baron de Wismes. Le château reçoit la visite de Louis XIV en 1661[6].

Serrant échut à Marguerite-Thérèse de Bautru, épouse de son cousin Nicolas Bautru des Matras, marquis de Vaubrun, qui sera tué à la bataille d'Altenheim (1675). En son souvenir, elle fait édifier par Jules Hardouin-Mansart une nouvelle chapelle en prolongation de l'aile Sud, pour y abriter un mausolée qui n'y sera installé que 28 ans plus tard (1703). Ce mausolée, sculpté d'après Charles Le Brun par Antoine Coysevox, y est toujours visible[7].

Dans un souci de symétrie elle fait également allonger l'aile Nord. D'autres travaux se feront au début du XVIIIe siècle : édification des deux pavillons d'angle et de la grande grille d'honneur.

XVIIIe siècle - Famille Walsh de Serrant[modifier | modifier le code]

En 1749, François-Jacques Walsh (1704-1782), riche armateur nantais d'origine irlandaise, devient seigneur de Serrant (et de La Roche-Serrant et Savennières) en achetant le domaine et le château meublé à Madeleine-Diane Bautru de Vaubrun (1668-1753), duchesse d’Estrées, à qui était échu le domaine, son frère Nicolas-Guillaume, le fils unique des Bautru, infirme, ayant reçu les ordres mineurs (fille de Nicolas et Marguerite-Thérèse Bautru, Madeleine-Diane possédait de nombreux domaines angevins, qu'elle vendit aux Walsh — cf. François-Jacques Walsh (1704-1782) — en 1730 : Segré, puis surtout en 1749 : le Plessis-Macé, Ingrandes et Chantocé).

Les Walsh réaménagent la décoration intérieure et créent un parc "à l'Anglaise".

En 1754/1755, la seigneurie de Serrant est érigée en comté par lettres patentes du Roi Louis XV.

Louise de Vaudreuil (1770-1831), épouse d'Antoine Walsh (1745-1817, fils aîné de François-Jacques), propriétaire du régiment Walsh, commandé par son frère Charles Joseph Augustin. Elle fit poser des boiseries et meubla le château vers 1755 (salon de Jean-Étienne Saint-Georges[8] dans la bibliothèque) devint dame d'honneur de l'impératrice Joséphine; après 1815, elle entreprit, avec l'aide du ferblantier du village Thierry et du peintre Girard, employé à la manufacture de porcelaine de Sèvres, des recherches destinées à ressusciter l'art du vitrail, faisant construire dans les communs un four dont sortirent en 1826 les "premiers vitraux montés sur châssis de bois"[9].

Elle fait aménager le château en vue d'une visite (écourtée) du couple impérial en 1808[10] au cours de laquelle, Napoléon Ier est impressionné par son escalier d'honneur. En témoigne la chambre Empire, meublée entre autres par un bureau de Simon-Nicolas Mansion, dit "Mansion jeune" (1773 - 1854)[11].

Sophie Legrand (1801-1872), épouse en 1823 de Théobald Walsh, comte de Serrant (1796-1836 ; fils d'Antoine), fait réaliser portraits et sculptures par les artistes renommés de l'époque : Bettion, Hersent, Gayrard, Berthon (œuvres conservées sur place) et entreprend de restaurer le château du Plessis-Macé, qui avait alors réintégré la patrimoine familial, et acquit pour le décorer des suites de tapisseries (cette demeure sera vendue par les Walsh de Serrant aux Gouraud en 1888).

En 1830, Valentine-Eugénie Walsh de Serrant, petite-fille de François-Jacques Walsh, fille d'Antoine et sœur de Théobald, épouse Charles-Bretagne-Marie-Joseph, duc de La Trémoïlle (1764-1839).

Louis-Charles de la Trémoille (1838-1911), leur fils, héritier par son épouse Marguerite Duchâtel (1840-1913)[12] de la collection d'art et des archives du comte Tanneguy Duchâtel - qui posséda Œdipe explique l'énigme du sphinx et La Source d'Ingres (Paris, musée du Louvre) - les réunit à celle de sa famille, et confie la restauration du château à l'architecte Lucien Magne, archéologue et restaurateur de l'abbaye de Fontevraud. Lucien Magne procède à une "retouche générale" du château de Serrant dont il ceint le premier étage d'une longue balustrade (1894).

XXe siècle - Famille de Ligne-La Trémoïlle[modifier | modifier le code]

En 1939, la duchesse de La Trémoïlle mit le château à la disposition de l'État pour y abriter, à l'approche des hostilités, des œuvres des Musées nationaux[13].

Le dernier duc, Louis-Jean-Marie de La Trémoïlle (1910-1933), son fils, étant mort jeune et sans postérité dans l'incendie d'un château anglais en 1933, l'important patrimoine familial, dont Serrant, est transmis à sa sœur, Charlotte de La Trémoïlle (1892-1971), épouse du prince Henri-Florent-Eugène-François-Joseph-Lamoral de Ligne (1881-1967), issu d'une branche cadette de l'illustre famille princière de Ligne[14]. Afin de préserver le nom La Trémoïlle, ses descendants furent autorisés à porter le nom de prince de Ligne-La Trémoïlle.

La façade sud.

Cette importante demeure, très bien entretenue, abrite, outre un riche mobilier familial ancien, le fonds Duchâtel, archives du comte Tanneguy Duchâtel, ministre de Louis-Philippe Ier, père de Marguerite Duchâtel, épouse de Louis-Charles, duc de la Trémoille, grand-mère du dernier duc, laquelle fut proche d'Adolphe Thiers.

Elle est classée Monument Historique depuis un arrêté du 29 septembre 1948, de même que le tombeau en marbre sculpté par Coysevox du marquis de Vaubrun, placé en 1703, superbe témoignage d'art funéraire du XVIIIe siècle. Le mobilier, la bibliothèque et les archives font également l'objet d'un classement depuis le 29 mars 2001.

Depuis 1954, le château est ouvert à la visite du public, en plus d'être une propriété de famille et une résidence privée[15].

Une flamme postale des années 1980 au nom de la commune de Saint-Georges-sur-Loire montre à parts égales l'abbaye locale et le château de Serrant.

XXIe siècle - Famille de Merode-de Ligne[modifier | modifier le code]

En 2005, la princesse Hedwige de Ligne-La Trémoïlle (née en 1943 ; fille de Jean-Charles-Lamoral de Ligne-La Trémoïlle (1911-2005), fils d'Henri-Florent et Charlotte de La Trémoïlle) hérite de Serrant où elle s'installe avec son époux le prince Charles-Guillaume de Merode (né en 1940 ; marié en 1966), chef de la Maison princière de Merode. Leur second fils, le prince Emmanuel de Merode (né en 1970), vit en République démocratique du Congo. La famille princière poursuit les travaux d'entretien et de restauration du château, tout en veillant à son dynamisme culturel.

Depuis 2010, le parc du château accueille le jeu de rôle grandeur nature « Kandorya » où plus de 1 000 participants se rencontrent trois fois par an[16].

Architecture[modifier | modifier le code]

Les douves datent du château médiéval préexistant.

Le logis est construit autour d'un escalier à double volée contrariée en pierre à voûtes décorées de caissons[1]. Les matériaux de construction associent le tuffeau pour la façade donnant sur la cour d'honneur - pierre emblématique du Val-de-Loire - au granit, dont sont constituées les tours et la façade de côté parc, tout en y associant des chaînages, un fronton et une balustrade en tuffeau.

Le parc à l'anglaise du XVIIIe siècle entoure le château et diverses dépendances, le colombier, l'orangerie, les écuries et les autres communs.

Sieurs de Serrant[modifier | modifier le code]

Un grand nombre de sépultures et de tombeaux des sieurs de Serrant se trouvaient en l'abbaye de Saint-Georges sur Loire, certaines furent relevées par Gaignières et se trouvent soit à la BNF soit à la Bodléian.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Notice no PA00109270, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. « Serrant, p. 393-394 », sur Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, t. III, à Angers, 1878 ; mis en ligne par les Archives départementales de Maine-et-Loire
  3. « Brie de Serrant, p. 115-123 », sur Dictionnaire de la Noblesse, t. IV, par François-Alexandre Aubert de La Chesnaye des Bois et Jacques Badier, chez Schlesinger frères, à Paris, 1864
  4. « Les Brie, abbés de St-Evroult, et le poète Sagon, p. 39-42, par Léon de La Sicotière », sur Société historique et archéologique de l'Orne, t. II, à Alençon, 1883
  5. « Famille Le Maçon, p. 2 et 4 », sur Racines & Histoire, par Etienne Pattou, 2016 et 2019
  6. Serrant, Histoire et collections d'un château de la Loire, Jordenen éditions, , 78 p. (ISBN 978-2-902278-03-9), p.12
  7. Alexandre Maral & Valérie Carpentier-Vanhaverbeke, Antoine Coysevox, le sculpteur du Grand Siècle, Paris, Arthena, , 579 p. (ISBN 978-2-903239-66-4), p. 216-222
  8. « Jean-Etienne Saint-Georges (1723-1790), ébéniste », sur Meubliz
  9. Guy Le Goff, op. cit. p. 45
  10. Hedwige de Merode-Westerloo, Serrant, Un palais angevin, M.G. Editions, 32 p., p.21
  11. « Simon-Nicolas Mansion, le Jeune », sur Meubliz
  12. Serrant, Histoire et collections d'un château de la Loire, Jordenen éditions, , 79 p. (ISBN 978-2-902278-03-9), p.31
  13. Corinne Bouchoux, Rose Valland, la résistance au musée, Geste éditions / Archives de vie, 2006, p. 46
  14. « Maison de Ligne, p. 19 », sur Racines & Histoire, par Etienne Pattou, 2017 et 2021
  15. « Château de Serrant, une des plus belles collections de mobilier », sur proantic.com, (consulté le )
  16. « Jeu de rôles dans le parc du château de Serrant », Ouest-France,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. le chanoine Charles Urseau, Une excursion en Anjou : Serrant, Chalonnes, Rochefort, Béhuard et Savennières, Germain et Grassin imprimeurs-éditeurs, Angers, 1907 (Lire en ligne)
  • Dominique Letellier, Olivier Biguet, La reconstruction du château de Serrant dans les années 1540 : un témoignage précoce du classicisme, p. 289-299, Société française d'archéologie, Bulletin monumental, 1997, no 155-4 (Lire en ligne)
  • Guy Le Goff, Serrant, le dernier des grands châteaux de la Loire ("L'Estampille-L'Objet d'art" no 258/mai 1992, pp 40 à 57, ill.).
  • Hedwige de Merode-Westerloo, Serrant, Un palais angevin, M.G. éditions, s.d, 32p.
  • Hedwige de Merode-Westerloo, Serrant, Les meubles témoins de la vie d'un château, M.G. éditions, s.d., 32p.
  • Serrant, Histoire et collections d'un château de la Loire, Jordenen éditions, 2020, 79p. (ISBN 978-2-902278-03-9).
  • Tugdual de Langlais, biographie de Charles Joseph Augustin Walsh, DBM - Dictionnaire de Biographie Mauricienne, N° 61, Curepipe, Ile Maurice, avril 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]