Château du Clos Lucé

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Château du Clos Lucé
Image illustrative de l'article Château du Clos Lucé
Château du Clos Lucé
Période ou style Renaissance
Type Château
Propriétaire actuel Famille Saint Bris
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)
Site web www.vinci-closluce.comVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées 47° 24′ 37″ nord, 0° 59′ 31″ est[1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Touraine
Région Centre-Val de Loire
Département Indre-et-Loire
Commune Amboise

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château du Clos Lucé

Le château du Clos Lucé, appelé autrefois le manoir du Cloux, est une demeure située en France, au cœur du Val de Loire, dans le centre ville d'Amboise. Originellement conçu en 1471 comme un ancien fief relevant du château d'Amboise, il passe entre plusieurs mains avant d'être acheté par Charles VIII et de devenir une résidence d’été des rois de France. Il gardera cette fonction jusqu'en 1516 où François Ier le met à la disposition de Léonard de Vinci, qui y vivra trois ans, jusqu'à sa mort le .

En tant que maison de Léonard de Vinci, il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862.

Le Château du Clos Lucé est aujourd'hui un lieu d'interprétation, de connaissance et de synthèse qui a pour vocation de permettre au plus large public de découvrir l'univers de Léonard de Vinci. Il est situé dans le centre ville d'Amboise.

Il est la propriété de la famille Saint Bris depuis 1855. François Saint Bris en est le directeur.

Histoire[modifier | modifier le code]

Du Moyen Âge à la Renaissance[modifier | modifier le code]

Le Château de Cloux[2] était un ancien fief relevant du château d'Amboise[3]. La terre de Lucé a été annexée au clos dès le XIVe siècle. Par acte du 26 octobre 1460, Pierre du Perche céda à Marc Rabouin le lieu du Cloux et reçut en échange la Grange-aux-Lombards.

Ce domaine passe peu de temps après aux mains des religieuses du prieuré de Moncé, qui le vendirent, par acte du 26 mai 1471, à Étienne le Loup, maître d'hôtel et premier huissier d'armes[4], puis conseiller du roi Louis XI et bailli d’Amboise. Les bâtiments tombant en ruine, c'est lui qui donna au Clos Lucé son aspect actuel, avec « sa tour carrée, sa guette, reliée à l'aile droite du bâtiment par une galerie couverte, (...) ses murs bientôt percés de fenêtres gothiques[5] ».

Le logis bâti sur des fondations gallo-romaines s’organise autour d’une tour d’angle octogonale abritant un escalier à vis entouré de deux bâtiments à 2 étages construits en équerre. L’élégante façade de briques roses et de pierre de tuffeau porte la marque architecturale du XVe siècle.

Le 2 juillet 1490[6], Charles VIII racheta le Clos Lucé à Étienne Le Loup pour la somme de 3 500 écus d’or. Charles VIII transforme la forteresse médiévale en château d’agrément. Le château devient alors la résidence d’été des rois de France durant 200 ans. Charles VIII y fit construire un oratoire pour son épouse Anne de Bretagne qui y vécut jusqu'à son départ pour le château royal de Blois.

Charles IV d'Alençon et Marguerite de Valois s'y installèrent en 1509. En 1515, le duc d'Alençon vendit le Château du Clos Lucé à la mère de François Ier, Louise de Savoie.

Louise de Savoie, régente de France, y vécut et éleva ses deux jeunes enfants, le bouillant Duc d’Angoulême, futur François Ier, et Marguerite de Navarre, femme de lettres et auteur de L'Heptaméron.

Léonard de Vinci au Château du Clos Lucé[modifier | modifier le code]

Léonard de Vinci - Autoportrait - Bibliothèque Royale de Turin.

En 1516, âgé de 64 ans, Léonard de Vinci quitte Rome, traverse l'Italie en apportant dans ses sacoches de cuir tous ses carnets de dessins et trois tableaux célèbres : La Joconde, La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne et Saint Jean Baptiste. Ces trois tableaux sont aujourd'hui conservés au Musée du Louvre. Ses disciples Francesco Melzi et Salai l'accompagnent en France, ainsi que de son serviteur, Batista de Vilanis. Selon Benvenuto Cellini, le roi lui donne une pension de 700 écus d’or, qui lui payent en outre les œuvres qu'il achève, et met à sa disposition le Château du Clos Lucé[7]. Il le nomme « Premier Peintre, Ingénieur et Architecte du Roi »[8]. Au Château du Clos Lucé, Léonard de Vinci est très prolifique. Il travaille à de nombreux projets : organise les fêtes de la Cour à Amboise, conçoit les plans de la Cité idéale de Romorantin et l'escalier à double révolution de Chambord[9]. Il projette de relier le Val de Loire au Lyonnais par un système de canaux. Il est considéré comme l'un des meilleurs peintres de son époque.

Le 10 octobre 1517, Léonard de Vinci reçoit la visite du cardinal Louis d'Aragon[10]. Son secrétaire Antonio de Beatis, décrit cette visite dans son Itinerario :

« Messer Léonard de Vinci, âgé de plus de 70 ans, excellentissime peintre de notre époque, qui montra trois tableaux à Notre Seigneurie, un d'une Dame florentine, faite au naturel, à la demande de feu le Magnifique Julien II, un autre de saint Jean-Baptiste jeune, et une Vierge à l'Enfant, qui sont sur les genoux de sainte Anne ; les trois sont d'une rare perfection. Il est vrai qu'en raison d'une paralysie de la main droite, on ne peut plus attendre de chef-d'œuvre de sa part[11].

Le 19 juin 1518, Léonard de Vinci organise une fête au Château du Clos Lucé pour remercier le roi de ses bienfaits. Elle reprend certaines des idées que Léonard de Vinci avait utilisées pour la Fête du Paradis à Milan, le 13 janvier 1490 (Festa del paradisio, pièce du poète Bernardo Bellincioni (en))[12]. Une machinerie évoquait la course des astres : un chapiteau fut monté et une toile peinte en bleu fut dressée, figurant la voûte céleste avec les planètes, le soleil, la lune et les douze signes du zodiaque[13].

L'Ambassadeur Galeazzo Visconti rapporta dans une lettre que « le Roi Très-Chrétien fit banquet dans une fête admirable […]. Le lieu en était le Cloux, très beau et grand palais. La cour était recouverte de draps bleu-ciel, puis il y avait les principales planètes, le soleil d’un côté et la lune du côté opposé […]. Il y avait 400 candélabres à deux branches, et tellement illuminés, qu’il semblait que la nuit fut chassée »[13].

Léonard de Vinci s'éteint dans sa chambre du Château du Clos Lucé le 2 mai 1519, léguant ses manuscrits, carnets de dessins et croquis à son disciple bien-aimé, Francesco Melzi. La scène inventée où le peintre meurt dans les bras de François 1er a fait l'objet de nombreux tableaux, notamment La Mort de Léonard de Vinci de Jean-Auguste-Dominique Ingres, aujourd'hui conservé au Petit Palais[14].

De la Renaissance à nos jours[modifier | modifier le code]

Après la mort de Léonard de Vinci, Louise de Savoie reprend possession des lieux. Philibert Babou de La Bourdaisière et son épouse, surnommée la belle Babou (une des favorites de François Ier), y résidèrent à partir de 1523. Michel de Gast, Capitaine des Gardes d’Henri III, qui participe à l’assassinat du Cardinal de Guise, devient le propriétaire du domaine du Clos Lucé en 1583.

Le château revient ensuite dans la Maison d'Amboise en 1632, par le mariage d'Antoine d'Amboise avec la petite-fille de Michel de Gast. Pendant la Révolution française, le château échappe de justesse au pillage grâce à l'opposition de Henri-Michel d'Amboise. Le château reste dans la famille d'Amboise jusqu’en 1832. En tant que maison de Léonard de Vinci, il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[15].

Le château est la propriété de la famille Saint Bris le 30 juillet 1855[16]. Hubert Saint Bris décide de l’ouvrir au public en 1954[17].

Description du château aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le château est situé au cœur d’un parc de 7 ha traversé par l’Amasse, un petit affluent de la Loire. La façade, en briques roses et pierres blanches, n’a pratiquement pas été modifiée depuis la Renaissance[18]. Un ancien chemin de ronde subsiste de l'époque. Dans le château, on découvre la chambre de Léonard de Vinci, sa cuisine, la salle du Conseil, l’oratoire d’Anne de Bretagne et la chambre de Marguerite de Navarre. La chambre où mourut Léonard de Vinci et la chambre de Marguerite de Navarre, restaurées en 2011 et décorées de meubles et d'objets d'époque, se trouvent au 1er étage.

En 1492, le roi Charles VIII fait construire pour son épouse l'oratoire d'Anne de Bretagne, chapelle gothique en pierres de tuffeau. L'oratoire est décoré de peintures murales réalisées par la suite, par les disciples de Léonard de Vinci : une Annonciation, un Jugement dernier et une Vierge de lumière, appelée Virgo Lucis, située au-dessus de la porte, qui aurait donné son nom au Clos Lucé[19].

Quarante maquettes réalisées par IBM d’après les dessins de Léonard de Vinci sont présentées dans quatre salles du sous-sol. Des animations 3D sont également présentées dans les salles des maquettes. Elles permettent de comprendre le fonctionnement des inventions de Léonard et de les voir s’animer[20].

On retrouve dans le parc un pigeonnier construit au XVe siècle par Estienne le Loup, bailli d'Amboise. Le colombier abritait un millier de niches pour les pigeons. Un parcours culturel a été mis en place dans le parc du Château du Clos Lucé en 2003 par Jean Saint Bris, avec des bornes sonores et 20 machines géantes inspirées de ses croquis. Un jardin présente les travaux de Léonard sur les plantes, ainsi qu'un pont à deux niveaux, réalisé d'après un croquis de l'artiste[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. Le toponyme Cloux vient du latin clox, terme courant à l'époque pour qualifier un lieu fermé ou clôturé. Cf. Carlo Pedretti, Leonard De Vinci & la France, CB Edizioni, , p. 19.
  3. A foi et hommage-lige et un épervier par an !
  4. J.-X. Carré de Busserole, Dictionnaire Géographique Historique et Biographique d'Indre et Loire et de l'ancienne province de Touraine, Tome 2, 1882, p. 325
  5. Marguerite Coleman, Histoire du Clos-Lucé, Tours, 1937.
  6. Le dépliant des visiteurs du château mentionne le 2 juillet et non le 22 novembre.
  7. Art et histoire, châteaux et villes de la Loire, Casa Editrice Bonechi, , p. 95.
  8. Carlo Pedretti, Leonard De Vinci & la France, CB Edizioni, , p. 21.
  9. Carlo Pedretti, Leonard De Vinci & la France, CB Edizioni, , p. 144.
  10. Sur Louis d'Aragon : André Chastel, Le Cardinal Louis d'Aragon, un voyageur princier de la Renaissance, Fayard, 1986.
  11. Le manuscrit de l’Itinerario se trouve à la Bibliothèque Vittorio Emmanuelle III de Naples. Il y est conservé sous la côte ms. XF28.
  12. Lettre de Galeazzo Visconti (ambassadeur de Mantoue à la cour de France) à Francesco Gonzaga.
  13. a et b Carlo Pedretti, Leonard De Vinci & la France, CB Edizioni, , p. 24.
  14. Claude Arthaud, Les maisons du génie, Arthaud, , p. 249.
  15. Notice no PA00097504, base Mérimée, ministère français de la Culture
  16. Marguerite Coleman, Histoire du Clos-Lucé, Arrault et Cie, Tours, 1937, pp. 93-94
  17. Gonzague Saint Bris, Léonard de Vinci ou le génie du roi au Clos Lucé, Editions CLD, 2005
  18. Carlo Pedretti, Leonard De Vinci & la France, CB Edizioni, , p. 19.
  19. Carlo Pedretti, Leonard De Vinci & la France, CB Edizioni, , p. 20.
  20. Claude Arthaud, Les maisons du génie, Arthaud, , p. 245.
  21. Gonzague Saint Bris, François Ier et La Renaissance, Editions SW Télémaque, , p. 245.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marguerite Coleman, Histoire du Clos Lucé, Arrault et Cie, Tours, 1937
  • Gonzague Saint Bris, Léonard de Vinci ou le génie du roi au Clos Lucé, CLD, 2005 (ISBN 9782854434484)
  • Les Pensées de Léonard de Vinci, ed. Château du Clos Lucé.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]