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Chelsea Manning

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Chelsea Manning
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Manning en 2017.

Nom de naissance Bradley Edward Manning
Naissance (29 ans)
Crescent, Oklahoma (États-Unis)
Nationalité américaine
britannique
Profession
Soldat (Private E-1)
Ascendants
Susan Fox
Brian Manning
Signature de Chelsea Manning

Chelsea Elizabeth Manning, née Bradley Edward Manning le à Crescent (Oklahoma)[1], est une ancienne analyste militaire de l'armée des États-Unis de nationalité américano-britannique qui fut condamnée et incarcérée pour trahison.

Manning transmet en 2010 à WikiLeaks différents documents militaires classifiés, notamment des documents sur les morts de civils pendant la guerre d'Afghanistan (Afghan War Diary) et une vidéo d'une bavure américaine lors de la guerre d'Irak (raid aérien du 12 juillet 2007 à Bagdad). Cette diffusion d'informations lui vaut d'être condamnée le à trente-cinq ans de prison.

Au lendemain de sa condamnation, Manning déclare être transgenre et entame des démarches pour changer d'identité et prendre le prénom de Chelsea[2]. Le , la justice américaine reconnaît le changement de nom de Manning, qui s'appelle désormais officiellement Chelsea Elizabeth Manning[3] tout en demeurant légalement considérée comme un homme[4]. En février 2015, l'armée autorise Manning à entamer son traitement hormonal, et le mois suivant, la Cour d'appel de l'US Army statue que Chelsea Manning doit être désignée via des pronoms féminins ou neutres[5].

Le , l'administration Obama décide de commuer la peine de Manning, rendant possible sa libération avant le terme de sa condamnation initiale[6]. Elle sort de prison le , sept ans après son arrestation survenue le [7].

Biographie[modifier | modifier le code]

Petite enfance[modifier | modifier le code]

Bradley Manning naît à Crescent dans l'Oklahoma, de Susan Fox, originaire du pays de Galles, et son mari, le capitaine Brian Manning. Brian a rejoint l'US Navy en 1974 à 19 ans, et y a travaillé pendant cinq ans en tant qu'analyste des services de renseignements. Il rencontre Susan dans un Woolworth's alors qu'il est stationné à Cawdor Barracks (en) au pays de Galles. Leur fille aînée, Casey, naît en 1976. Le couple rentre aux États-Unis en 1979, emménageant d'abord en Californie, puis dans une maison à deux étages en dehors de Crescent, avec une piscine et 2 hectares de terrain où ils élèvent des cochons et des poulets[pertinence contestée][8].

Casey — elle a 11 ans à la naissance de Bradley — a témoigné devant la cour martiale que leurs deux parents étaient alcooliques, et que leur mère avait été constamment soûle pendant sa grossesse. Et David Moulton, psychiatre de la marine américaine, a témoigné que les traits du visage de Bradley Manning présentaient des signes du syndrome d'alcoolisation fœtale[9]. Casey devient la principale personne à s'occuper de lui, en se levant la nuit pour lui préparer le biberon. Il est nourri uniquement au lait et à la nourriture pour bébé jusqu'à ses deux ans ; petit pour son âge, particulièrement pour un garçon, il atteint 1,57 m à l'âge adulte avec un poids de 47,6 kg[10],[11].

Le père de Bradley travaille en tant que chef de projet en technologie de l'information pour une agence de location de voitures, et est souvent en déplacement. La maison familiale se trouve à plusieurs miles de la ville et sa mère est incapable de conduire. Elle passe ses journées à boire, alors que son fils est laissé à lui-même, jouant aux legos ou à l'ordinateur. Brian Manning s'approvisionne en nourriture avant ses voyages, et laisse des chèques pré-signés pour les enfants et pour payer les factures. Une voisine a dit que lorsque l'école primaire de Bradley faisait une sortie avec les élèves, elle[Qui ?] donnait à son fils de la nourriture supplémentaire ou de l'argent pour s'assurer que Bradley ait quelque chose à manger[12].

Divorce des parents et déménagement au pays de Galles[modifier | modifier le code]

Très indépendant dans son enfance, Bradley est athée et ouvertement opposé aux religions, ce qu'il montre à plusieurs reprises en restant silencieux durant la partie du serment d'allégeance au drapeau des États-Unis qui se réfère à Dieu. Son père raconte à PBS qu'il excellait au saxophone, en science, sur l'ordinateur, créant son propre site Web à dix ans. Il a appris lui-même à utiliser PowerPoint, et a gagné trois années de suite le grand prix à une exposcience locale, et en sixième année après la maternelle, obtenu le premier prix à un « quiz bowl ».

À 13 ans, il commence à s'interroger sur son orientation sexuelle. C'est à cette époque que ses parents divorcent ; Bradley Manning et sa mère déménagent dans un appartement à Crescent. L'instabilité de sa mère continue et, en 1998, elle fait une tentative de suicide ; Casey doit la conduire à l’hôpital, avec Bradley assis à l'arrière essayant de s'assurer que leur mère continue de respirer. Brian Manning se remarie avec une femme nommée aussi Susan, qui a un fils d'une relation précédente. Bradley Manning réagit apparemment mal quand le fils de celle-ci prend lui aussi le patronyme de Manning ; il déclare à sa mère : « Je ne suis plus personne maintenant. »[pertinence contestée]

En novembre 2001, Bradley Manning et sa mère quittent les États-Unis et emménagent à Haverfordwest, au pays de Galles, où sa mère a de la famille. Bradley va à l'école secondaire de Tasker Milward. Un camarade de classe du collège Ed Caesar a dit au Sunday Times que sa personnalité était « unique, vraiment unique. Très excentrique, il avait des avis sur tout, très politique, très intelligent, et s'exprimait bien. » Son intérêt pour les ordinateurs ne l'a pas quitté, et en 2003 lui et un ami créent un site Web, angeldyne.com, un forum qui propose des jeux et de la musique en téléchargement.

Bradley Manning devient la cible de vexations à l'école[réf. nécessaire] car il est le seul Américain[réf. nécessaire] et que, en plus, il est perçu comme un garçon efféminé[réf. nécessaire]. Manning a confié à deux amis dans l'Oklahoma être homosexuel, mais il ne s'est pas ouvert à ce sujet au pays de Galles. Les élèves de son école galloise imitent son accent et, une fois, l’abandonnent pendant une excursion en camping ; sa tante a raconté au Washington Post qu'il s'était réveillé un matin seul dans le camp, alors que tous les autres avaient rangé leurs tentes et étaient partis sans lui.

Retour aux États-Unis[modifier | modifier le code]

En 2005 Manning retourne aux États-Unis craignant que sa mère soit trop malade pour s'en sortir. Manning rejoint son père dans l'Oklahoma qui vit avec sa seconde femme et son enfant, et obtient un travail en tant que développeur dans une entreprise de génie logiciel, Zoto [réf. nécessaire].

Carrière au sein des forces américaines[modifier | modifier le code]

En 2013, Manning est analyste militaire de l'armée américaine de grade Private first class (anciennement Specialist, ou SPC).

Identité de genre[modifier | modifier le code]

Les premiers éléments de sa transidentité remontent à ses confidences à Adrian Lamo, en 2010, où, au cours de discussions sur les documents envoyés à Wikileaks, Chelsea fait état de son identité et de son désir de faire une transition[13],[14],[15]. Du fait de son isolement en détention, Manning n'a pu jusqu'à présent avoir accès à un traitement hormonal, ce qui explique son apparence masculine en août 2013 lors de sa condamnation.

Il n'existe aucune information infirmant ou confirmant un lien entre son identité et l'affaire WikiLeaks. Selon une théorie, cependant, le contexte de la politique Don't ask, don't tell (abrogée à la fin de 2010) aurait pu avoir une influence et donner une raison supplémentaire à Chelsea de transmettre des informations à Wikileaks[16].

Son avocat, David E. Coombs, a utilisé cet argument pour sa défense[17]. À l'issue de son procès, Chelsea annonce son désir d'entamer un traitement hormonal, voire une chirurgie de réattribution sexuelle. Néanmoins, ses conditions de détention en prison militaire rendent cela difficile[18].

Le , elle demande publiquement qu'on l'appelle "Chelsea Manning"[18],[19] et compte demander un changement d'identité conformément à son genre[2]. Néanmoins, la plupart des médias continuent de l'appeler Bradley, prénom utilisé depuis le début de l'affaire[20]. Chelsea dit s'attendre à ce que l'évocation des évènements ayant eu lieu avant son annonce puisse se faire encore avec le nom de Bradley[2].

Affaire Manning[modifier | modifier le code]

Bradley Manning en 2012.

Contexte de l'accusation[modifier | modifier le code]

En avril 2010, WikiLeaks donne à voir une vidéo du raid aérien du 12 juillet 2007 à Bagdad titrée Collateral Murder ; le 7 juillet, les autorités américaines désignent Bradley Manning comme l'informateur de WikiLeaks[21].

C'est le magazine Wired qui annonce le premier l'arrestation de Manning : le 6 juin un article cosigné par Kevin Poulsen raconte comment Manning aurait provoqué son arrestation par ses propres révélations qui furent ultérieurement rapportées aux autorités par son interlocuteur, Adrian Lamo[22]. L'article précise que ni le Département d'État, ni le FBI ni l'Armée n'avaient encore confirmé cette arrestation[23]. Le 7 juin, l'Armée publie un très bref communiqué sur cette affaire[24]. Le lendemain, le magazine Wired rapporte que les autorités américaines s'interrogent sur la responsabilité de Manning dans la publication de 260 000 câbles diplomatiques. Le Département d'État n'avait pas alors la certitude que les dépêches aient été déjà transmises à Wikileaks[note 1]. Début juin, Manning n'est pas encore officiellement accusé ; suspect, il fait l'objet d'une enquête[25] tout en étant détenu au Koweït en vue d'un futur jugement[24].

Le , Wikileaks rend public les Afghan War Diaries, dont la source est désignée dès le lendemain comme étant Manning[26].

À partir du , Manning aurait eu des conversations en ligne avec Adrian Lamo[27]. Manning aurait expliqué au hacker Adrian Lamo, avec qui il avait sympathisé, qu'il aurait publié la vidéo titrée Collateral Murder. Lamo, ayant eu par le passé des ennuis avec la justice américaine, prend alors peur, craignant d’être de nouveau suspecté pour complicité. Il le dénonce au FBI et envoie également une copie de ses discussions par mails avec le soldat au magazine Wired, qui en publie des extraits[28]. Ce geste a aussi été interprété comme une manipulation de Lamo de manière à obtenir la confession de Manning[14], le hacker ayant admis s'être présenté comme un pasteur et comme un journaliste, faisant croire à Manning que tout ce qu'il lui disait serait couvert par le secret de la confession et le secret professionnel[13].

Poursuites[modifier | modifier le code]

Arrêté par l'United States Army Criminal Investigation Command en juin 2010[29],[30], Manning a d'abord été détenu plus d'un mois dans une prison militaire de Camp Arifjan, au Koweït, sans aucune charge[21],[31],[32]. Il est emprisonné sur la base de Quantico, en Virginie le 29 juillet 2010. En avril 2011, un groupe d'experts détermine qu'il est en état d'être jugé[33], et le 16 décembre 2011, une audience préliminaire recommande de le faire comparaître devant une cour martiale[34],[35]. Manning est inculpé le 23 février 2012 en cour martiale et choisit de ne pas contester les chefs d'accusation.

Accusations portées contre Manning[modifier | modifier le code]

Début juillet 2010, Bradley Manning a été inculpé de huit chefs d'inculpation criminels et de quatre violations du règlement militaire[36].

Deux accusations, fondées sur le Uniform Code of Military Justice (UCMJ) en ses articles 92 et 134, sont portées contre lui : « transfert de données secrètes sur son ordinateur personnel et ajout de logiciel non autorisé sur un système informatique confidentiel », ainsi que « communication, transmission et envoi d'information traitant de sécurité nationale à une source non autorisée »[21],[37].

Il encourt alors 52 ans de prison pour les actes qui lui sont reprochés[31]. Son avocat militaire commis d'office est le major Thomas F. Hurley. À partir de fin août 2010 son avocat civil est David Coombs[29]. On ne dispose d'aucun témoignage public de Bradley Manning lui-même depuis son incarcération. L'une des rares personnes à l'avoir rencontré depuis à Quantico est David House[1].

Conditions de détention[modifier | modifier le code]

Chelsea Manning est soumise à un isolement carcéral maximum (Maximum Custody Detainee) dans des conditions qui ont été décrites comme cruelles, inhumaines et dégradantes par le rapporteur des Nations unies sur la torture[38],[39], de nombreux intellectuels rappelant par ailleurs que l'isolement dans lequel Manning se trouve est comparable à une situation de torture psychologique et constitue une violation de la constitution américaine[40],[1].

Procès[modifier | modifier le code]

L'armée américaine ayant refusé de publier les transcriptions du procès de Bradley Manning, la Freedom of the Press Foundation (littéralement « Fondation pour la liberté de la presse ») a levé plus de 100 000 dollars afin de retranscrire et mettre à disposition dans le domaine public l'ensemble des débats[41].

Le , la cour martiale de Fort George G. Meade dans le Maryland a tranché, Bradley Manning, à l’origine des fuites de documents classifiés est reconnu coupable de vingt des vingt-deux chefs d’accusation qui pesaient contre lui, il est déclaré coupable de violation de la loi sur l’espionnage par le tribunal militaire. Il est, par contre, déclaré « non coupable » de collusion avec l’ennemi, un chef d’accusation qui aurait pu lui valoir la réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de remise de peine.

Aux termes du verdict lu par la juge Denise Lin, il encourt 136 ans de prison après être reconnu coupable des charges liées à la violation de la législation américaine sur l’espionnage[42].

Le , il est condamné à 35 ans de réclusion[43]. Il est incarcéré à la prison militaire de Fort Leavenworth[43].

Le lendemain de sa condamnation, Manning a réagi par l'intermédiaire de son avocat en disant son espoir d'être gracié. Dans le même communiqué, il a également fait part de son intention d'entamer une thérapie hormonale et de prendre le nom de Chelsea Manning[44].

Le , le commandant de la cour martiale qui avait condamné Bradley Manning refuse sa clémence et confirme la peine de 35 ans de prison[45].

Tentatives de suicide[modifier | modifier le code]

Chelsea Manning fait une première tentative de suicide le [46]. Placée à l'isolement, Manning fait une seconde tentative de suicide, le [47].

Conséquences et développements de l'affaire Manning[modifier | modifier le code]

Hillary Clinton accepte « avec regrets » en mars 2011 la démission d'un de ses porte-paroles au département d'État américain, Philip J. Crowley (en), à la suite des propos « pleinement revendiqués » par ce dernier et qu'un journaliste de la BBC a rapportés, dans lesquels le traitement que le Pentagone réserve à Bradley Manning est qualifié de « ridicule, improductif, et stupide »[note 2],[48],[49].

Soutiens[modifier | modifier le code]

Manning a été proposé par son cercle de soutiens comme le prochain prix Nobel de la paix. Selon eux, ce choix est largement justifié car Manning, par ses révélations, aurait fortement participé au retrait des troupes américaines en Irak. Sans lui, de nombreuses polémiques n'auraient pu être révélées par exemple sur la prison d'Abou Ghraib ou encore sur les programmes d’attaques des drones[50].

Des gens, tenant des drapeaux, des panneaux et une banderole avec notamment écrit dessus « Liberté pour Bradley Manning » en allemand, manifestent dans une rue.
Manifestation à Francfort (Allemagne) en janvier 2012.

Des manifestations de soutien à Bradley Manning ont eu lieu en Allemagne, en Irlande[51], aux Pays-Bas[51], au Canada[51], en Australie[52] et aux États-Unis[51]Washington[53], à San Diego[52], à Cambridge/Boston[52], à Oakland[52]…).

On compte parmi ses soutiens :

En France, le , le premier prix au concours international de plaidoiries pour les droits de l'Homme organisé par la Ville de Caen et le Mémorial de Caen est remporté par un jeune avocat lillois pour sa plaidoirie « Bradley Manning : un soldat de la vérité »[58].

Comité de soutien à Bradley Manning[modifier | modifier le code]

Le Comité de soutien à Bradley Manning (en anglais, Bradley Manning Support Network) a été monté par Mike Gogulski[59], citoyen américain vivant en Slovaquie, dans le but de lever des fonds pour payer les frais d'avocat (estimés à 130 000 dollars)[35] de Bradley Manning. Un ami de celui-ci, David House, est aussi impliqué dans le montage de ce comité qui a été coordonné par Courage de résister.

Plusieurs personnalités ont rejoint ce comité. Parmi elles, le lanceur d'alerte américain qui a livré pendant la guerre du Viêt Nam les Papiers du Pentagone, Daniel Ellsberg[60], le réalisateur engagé Michael Moore[60] qui a soutenu le comité à hauteur de 5 000 dollars[59], l'ancien agent de la CIA et militant politique Ray McGovern[61] et le colonel à la retraite Mary Ann Wright[61].

WikiLeaks a contribué au comité de soutien à hauteur de 15 000 dollars et l'ensemble des fonds levés par le comité dépassaient en janvier 2011 les 100 000 dollars[62].

La levée de fonds organisée par cette association a permis de rassembler près de 1 million de dollars[2].

À la suite de l'annonce du changement de genre de Manning, le comité a entamé une procédure pour changer son intitulé pour Private Manning Support Network[2].

Soutien de Ron Paul[modifier | modifier le code]

Ron Paul, chef de file du mouvement libertarien au sein du Parti républicain, a apporté son soutien à Bradley Manning le , déclarant que Manning avait fait plus pour la paix qu'Obama, renvoyant à l'obtention du prix Nobel de la paix de celui-ci en 2009[note 3].

Libération[modifier | modifier le code]

Le , à trois jours de la fin de sa présidence, le président Obama réduit la peine de Chelsea Manning de 35 à 7 ans de prison car il estime la peine initiale trop lourde. Elle est libérée le [7], le délai de quatre mois étant considéré comme standard pour permettre à l'administration responsable du détenu de régler les détails de réhabilitation[63],[64].

Si, en , une pétition officiellement déposée à la Maison-Blanche avait récolté 117 299 signatures pour demander que sa peine soit commuée[65], la décision est critiquée par divers républicains et démocrates, dont John McCain, le secrétaire à la Défense Ashton Carter et le président de la Chambre des représentants Paul Ryan, qui la qualifie d'« outrageante ». Carter estime à l'instar de McCain, bien que ne la remettant pas en cause, que la décision de faire libérer Manning conduira à saper la discipline militaire, quand bien même l'administration Obama a poursuivi plus d'infractions de fuites de secrets que les autres administrations réunies durant toute l'histoire des États-Unis, avec neuf à dix cas[64]. Manning, après qu'Obama ait quitté le pouvoir, le rappellera dans un message, ce qui sera critiqué par son successeur Donald Trump, qui y voit une marque d'« irrespect » envers la personne qui l'a fait libérer.

L'exercice de ce droit de grâce présidentiel est prévu par l'article II de la Constitution des États-Unis. Cette grâce s'inscrit dans un lot de 209 décisions, portant à 1 385 le nombre total de grâces accordées par Barack Obama, soit plus qu'aucun autre président en exercice[66].

Interrogé sur les parallèles entre Manning et Snowden, le porte-parole de la Maison-Blanche Josh Earnest insiste sur la différence de comportement post révélation : Chelsea Manning fait face à la justice militaire, prenant part à son procès, est reconnue coupable et reconnaît ses torts ; à l'inverse, Snowden a fui en Russie. Le porte-parole définit la Russie comme « un pays qui s'est très récemment employé de façon concertée à ébranler la confiance dans notre démocratie »[64].

Le New York Times souligne que cette décision permet en outre de soulager l'armée, qui n'a plus à gérer la demande de Chelsea Manning de transition de genre, demande à laquelle l'administration militaire n'est pas habituée[64].

Après sa libération, Chelsea Manning est l'objet d'un documentaire de Tim Travers Hawkins, qui la suit avec sa caméra. Elle participe à la marche des fiertés de New York, travaille à l'écriture de ses mémoires et compte s'installer dans le Maryland, près de l'endroit où elle avait vécu avec sa tante[67].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce n'est qu'à partir du 28 novembre 2010 que Wikileaks diffuse ces dépêches.
  2. (en) « ridiculous and counterproductive and stupid ».
  3. (en)

    « While President Obama was starting and expanding unconstitutional wars overseas, [Chelsea] Manning, whose actions have caused exactly zero deaths, was shining light on the truth behind these wars," the former Republican presidential contender told U.S. News. "It's clear which individual has done more to promote peace. »

    — « Ron Paul: Bradley Manning deservers the Nobel Peace Prize more than Barack Obama », sur US News,

    .

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) La question de la double nationalité de Bradley Manning - née de mère britannique, sur le sol américain - a été soulevée par le journaliste Glenn Greenwald « The inhumane conditions of Bradley Manning's detention », salon.com, le 15 décembre 2010. La législation britannique le confirme.
  2. a, b, c, d et e (en) Michelle R. Smith, « Manning lawyer gives more details on gender change », sur The Big Story, .
  3. (en) Copie de la décision de justice validant le changement d'état civil de Manning.
  4. Maëlle Le Corre, « Le changement d’état civil de Chelsea Manning officiellement reconnu », sur Yagg, .
  5. (en) Adam B. Lerner, « Court rules for Manning in gender pronoun fight », sur politico.com, .
  6. Charlie Savage, « Obama Commutes Bulk of Chelsea Manning’s Sentence », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne).
  7. a et b Martin Untersinger et Morgane Tual, « Chelsea Manning, la lanceuse d’alerte de WikiLeaks, a été libérée », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne).
  8. Fishman, July 3, 2011, p. 2–3.
    Pour la piscine et la maison, voir Nicks, 23 septembre 2010.
    Pour la rencontre dans un Woolworth's, voir McKelvey, Tara. "Bradley Manning's disrupted family life", BBC News, 22 aout 2013.
  9. (en) Julie Tate, « Manning apologizes, says he ‘hurt the United States’ », sur The Washington Post, .
  10. (en) Paul Lewis, « Bradley Manning trial revealed a lonely soldier with a troubled past », sur The Guardian,
  11. (en) Michael Kirkland, « Under the U.S. Supreme Court: Bradley Manning, WikiLeaks martyr? », sur United Press International, .
  12. For her mother not adjusting, Manning fending for herself, and the neighbor, see Thompson, August 8, 2010, p. 1.
    Pour les chèques pré-signés et la voisine, voir Nakashima, May 4, 2011.
    Pour le père qui s'approvisionnait en nourriture, voir « Interview Brian Manning » et « Interview Jordan Davis », PBS Frontline, mars 2011.
  13. a et b (en) Xeni Jardin, « Was alleged Wikileaks leaker Bradley Manning's crisis also one of personal identity? », sur Boing Boing, .
  14. a et b (en) Adrian Chen, « Was Wikileaker Bradley Manning betrayed by his queer identity? », sur Gawker, .
  15. (en) « Manning-Lamo logs », sur Wired.
  16. « Les fuites de WikiLeaks sont-elles liées à l'orientation sexuelle ou l'identité de genre de Bradley Manning ? », sur Yagg, .
  17. (en) « Bradley Manning says he is female », sur The New York Times, .
  18. a et b « Je m'appelle Chelsea Manning, je suis une femme », sur Yagg, .
  19. (en) Adam Gabbatt, « 'I am Chelsea Manning,' says jailed soldier formerly known as Bradley », sur The Guardian, .
  20. Amanda Marcotte, « Appelez-la Chelsea Manning, dès maintenant », sur Slate.fr, .
  21. a, b et c (en) dépêche AFP, « US soldier charged over Apache Wikileaks video », sur ABC News, .
  22. (en) Steve Inskeep, « Soldier Suspected Of Leaking Classified Data Arrested », sur NPR News, .
  23. (en) Kevin Poulsen, Kim Zetter, « U.S. Intelligence Analyst Arrested in Wikileaks Video Probe », sur Wired, .
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  25. (en) Kevin Poulsen, Kim Zetter, « State Department Anxious About Possible Leak of Cables to Wikileaks », sur Wired, .
  26. (en) « Leak of Afghan war logs condemned », sur CBC, .
  27. (en) Kevin Poulsen, Kim Zetter, « ‘I Can’t Believe What I’m Confessing to You’: The Wikileaks Chats », sur Wired, .
  28. « L'auteur de la plus grande « fuite » américaine est un militaire désœuvré », sur Le Monde, .
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  41. a et b Freedom of the Press Foundation - Retranscription du procès de Bradley Manning.
  42. « WikiLeaks : Bradley Manning coupable de violation de la loi sur l’espionnage », Les Échos.fr, 30 juillet 2013.
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]