Analyste (renseignement)
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Dans le milieu du renseignement, un analyste est une personne chargée de traiter, d'étudier et de trier les informations qui lui parviennent, qu'elles soient d'origine humaine, d'origine technique, d'origine image ou de sources ouvertes. Il peut également orienter ces différents capteurs.
Présentation
[modifier | modifier le code]En France
[modifier | modifier le code]En France, l'analyste travaille pour un des services de renseignements que sont la DGSE, la DGSI, la DRM ou la DRSD[1].
Renseignement extérieur
[modifier | modifier le code]Il est affecté à une thématique ou à une zone géographique précise. Ses sources sont variées, mais il ne les connaît pas forcément, puisque les informations peuvent être anonymisées pour respecter une nécessité de cloisonnement[1].
Sécurité intérieure
[modifier | modifier le code]Les analystes travaillent à la protection de la stabilité du pays. Les informations sont collectées dans un cadre juridique strict. Une grande partie du travail consiste dans la maintenance de fichiers biographiques de personnes d'intérêt et dans l'analyse de réseaux dans l'objectif de lutter contre le terrorisme par exemple[1]. Dans ce cadre, les analystes fournissent des informations qui permettent d'aider les enquêteurs[2].
Renseignement militaire
[modifier | modifier le code]L'analyse en renseignement militaire cherche à définir la stratégie des armées et à préparer les opérations militaires. De plus en plus, avec le développement de nouvelles technologies comme les drones de combat, ils sont amenés à être sollicités en direct. Ils ont aussi un rôle de renseignement du pouvoir politique, en leur transmettant des études prospectives[1].
Aux États-Unis
[modifier | modifier le code]Les États-Unis formalisent le métier d'analyste au cours du XXe siècle et bénéficient du fait que leur milieu du renseignement est proche du milieu universitaire, ce qui permet une évolution des techniques au cours du temps. Les analystes sont formées pour traiter une masse d'informations toujours plus importante[3].
Formation
[modifier | modifier le code]Historique
[modifier | modifier le code]La question de la formation des analystes est posée pendant la Seconde Guerre mondiale. L'universitaire Sherman Kent met au point une série de techniques d'analyses de renseignement et cadre la profession. Au sein de la CIA, il crée une formation à destination des futurs analystes. L'école interne de l'agence de renseignement, Sherman Kent School for Intelligence Analysis (en) prend le nom de l'historien en son hommage[4].
Actuelle
[modifier | modifier le code]Les organisations qui recrutent des analystes recherchent des profils diplômés, au moins au niveau bac+5 et parfois d'un doctorat. Les expertises dans des domaines spécialisés, comme en géopolitique, en finance, en armement ou en droit fiscal, sont appréciées. Les études en science politique, en sociologie, en relations internationales ou en criminologie forment des parcours commun pour exercer ce métier[4],[5].
Historiquement, en France, les analystes n'ont pas bénéficié de formation spécialisée. Un effort est effectuée au XXIe siècle pour accompagner le développement de la profession[1]. Ils proviennent généralement des fonctionnaires de catégorie A et des officiers de l'armée, même si la forme contractuelle prend de l'ampleur. La formation est assurée par l'Académie du renseignement, fondée en 2010 suite à la rédaction du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2008[4]. Les études de type Sciences Po sont communes chez les analystes[6].
Aux États-Unis, les analystes ont souvent des GPA élevés et une appétence pour l'écriture[7].
Compétences
[modifier | modifier le code]Pour exercer cette profession, il est nécessaire de posséder un sens de la réactivité et une certaine précision dans son travail. Des compétences en informatique et en travail en équipe sont elles aussi des prérequis pour effectuer efficacement les missions données. La spécificité du métier, qui demande de travailler à partir de données souvent incomplètes, demande des capacités d'analyse importantes[4]. La DGSE recherche particulièrement des profils faisant preuve d'adaptabilité et de créativité[5]. Il est important pour l'analyste de reconnaître des schémas et des liens dans les informations qui lui sont transmises, afin de mettre au jour leur structure[8].
Recrutement
[modifier | modifier le code]En France, les analystes sont recrutés à moitié par des concours de la fonction publique et deviennent alors fonctionnaires, à un quart chez des contractuels et un quart chez des militaires. Une première sélection est suivie par une série d'entretiens de plusieurs mois, qui vise notamment à vérifier le profil psychologique et la loyauté du candidat[5].
Activités
[modifier | modifier le code]Traitement des informations
[modifier | modifier le code]L'analyse reçoit une masse d'informations qu'il est chargé de traiter. Ces dernières peuvent prendre des formes très diverses, allant d'images à des messages sur internet, en passant par des données économiques ou des écoutes téléphoniques par exemple[4]. Elles proviennent d'un ensemble de « capteurs », que sont les informateurs, les inteceptions ou les sources ouvertes par exemple[5].
Transmission des informations
[modifier | modifier le code]Les informations sont analysées, avant d'être réunies dans des rapports et des fiches à destination des responsables, notamment politiques. En France, au sein de la DGSE, ce sont 7000 « diffusions » qui sont transmises chaque année à de nombreux destinataires au sein de l'administration publique et du pouvoir politique. Ainsi, le président de la République, le Premier ministre et des ministères reçoivent ces analyses pour orienter leurs décisions. L'objectif de l'analyste est en effet d'organiser et d'accompagner le fonctionnement de son organisation. Il s'agit d'un travail en coulisse qui permet à ses supérieurs de prendre des décisions éclairées par les informations fournies[4],[5].
Cadre de travail
[modifier | modifier le code]Le métier d'analyste est effectué dans un bureau, contrairement aux agents de terrain[4].
En France, en 2016, un analyste commence avec un salaire de 1800 euros par mois. Il ne possède pas de droit de grève ni de droit syndical et doivent respecter un devoir de réserve[5].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Franck Bulinge, Maîtriser l'information stratégique, Louvain-la-Neuve, De Boeck, , 304 p. (ISBN 978-2-807-34038-1, lire en ligne), chap. 14 (« Le métier d'analyste »)
- ↑ Ronan Folgoas et Jean-Michel Décugis, « Que font vraiment nos espions ? Des agents du renseignement racontent leur métier », sur Le Parisien, (consulté le )
- ↑ Damien Van Puyvelde, « L’analyse du renseignement aux Etats-Unis : entre art et science », Sécurité et stratégie, vol. 20, no 3, , p. 25–31 (ISSN 2101-4736, DOI 10.3917/sestr.020.0025, lire en ligne, consulté le )
- Olivier Brun, « Analyste », dans Hugues Moutouh et Jérôme Poirot, Dictionnaire du renseignement, Paris, Perrin, , 54–56 p. (lire en ligne)
- Théau Monnet, « La DGSE cherche agents de l’ombre », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Amélie Ruhlmann, « Espion, analyste, ingénieur... Pourriez-vous intégrer les services secrets français ? », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ Marrin 2011, p. 12.
- ↑ Frédéric Lemieux et Sophie Allard, Normes et pratiques en matière de renseignement criminel: une comparaison internationale, Presses Université Laval, , 164 p. (ISBN 978-2-7637-8346-8, lire en ligne)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Stephen Marrin, Improving Intelligence Analysis : Bridging the Gap between Scholarship and Practice, Londres, Routledge, , 192 p. (ISBN 978-0-203-81020-0, lire en ligne)
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Analyste du renseignement (F/H) » (Fiche métier), sur Ministère des Armées.
- [vidéo] Ministère des Armées, « La mission de l’analyste renseignement, c’est la réduction de l’incertitude », sur YouTube, .