Madeleine de Proust

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Proust.

Est qualifié de madeleine de Proust tout phénomène déclencheur d'une impression de réminiscence. Ce peut être un élément de la vie quotidienne, un objet, un geste, un son ou une couleur par exemple, qui ne manque pas de faire revenir ou réactiver un souvenir à la mémoire de quelqu'un, comme le fait une madeleine à celle du narrateur d'À la recherche du temps perdu dans Du côté de chez Swann (1913), le premier tome du roman de Marcel Proust[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Dans le roman de Proust, le passage en question va comme suit :

« Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin, à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot – s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.[2] »

L'effet décrit par Proust est lié à la mémoire involontaire : la réminiscence provoquée par la madeleine ne vient pas d'un effort conscient à se remémorer tel ou tel souvenir, et le narrateur ne se doute pas que la madeleine qu'il va déguster va faire renaitre des souvenirs oubliés. Par contraire, Proust écrit : « Les renseignements que la mémoire volontaire donne sur le passé ne conservent rien de lui ».

Autres exemples[modifier | modifier le code]

En 1894, dans The Mountains of California, John Muir raconte une expérience comparable :

« Sans avoir toutes ces années respiré ne serait-ce qu'une bouffée d'air marin, alors que je marchais, seul, à la faveur d'une randonnée botanique, du cœur de la vallée du Mississippi jusqu'au golfe du Mexique, en Floride, loin de la côte, mon attention entièrement tournée vers la splendide végétation tropicale alentour, je reconnus soudain une brise de mer parmi les palmiers et les vignes enchevêtrées, qui sur-le-champ réveilla et libéra mille associations latentes, me faisant redevenir le petit garçon que j'avais été en Écosse, comme si toutes les années qui s'étaient écoulées depuis avaient été annihilées. »[3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en-US) « Proust et la Madeleine », sur La-Philosophie.com : Cours, Résumés & Citations de Philosophie, (consulté le ).
  2. Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Paris, Gallimard, , 527 p. (ISBN 2-07-037924-8 et 9782070379248, OCLC 22888281, lire en ligne).
  3. John Muir, Forêts dans la tempête : et autres colères de la nature, éditions Payot, collection « Petite bibliothèque Payot », 2019, pages 25-26 (ISBN 9782228923743).

Voir aussi[modifier | modifier le code]