Louisa de Mornand

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Louisa de Mornand
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Louisa de Mornand, photographiée par Nadar
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Marthe Adélaïde Marie Louise MontaudVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité

Louisa de Mornand, née le à Saint-Genis-Laval[1],[2] et morte de à l’Hôpital Boucicaut dans le 15e arrondissement de Paris[3], est une actrice de cinéma française de la première moitié du XXe siècle.

Elle est amie de Marcel Proust, allant jusqu'à lui inspirer le personnage de Rachel dans À la recherche du temps perdu.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Les parents de Louisa de Mornand sont Rose Marie Joséphine Cottier (1854-1909) et Louis Édouard Montaud (1837-1883), tous deux rentiers[4]. Elle est la dernière d'une famille de cinq enfants qui sont Édouard Joseph Montaud (1877-1965), Marie Anne Léonie dite Marguerite Montaud (1878-1966), Jeanne Anne Marie Montaud (1880-1958), Léon Eloi Ernest Montaud (1883-1917), menuisier[4]. Jeanne sera également remarquée par Proust (sur la digue de Cabourg) en 1908.

Carrière d'actrice[modifier | modifier le code]

Louisa de Mornand vers 1910, photo de Léopold-Émile Reutlinger

Louisa de Mornand commence sa carrière dans le théâtre en 1904 avec Les Trois Anabaptistes d’Alexandre Bisson au Théâtre du Vaudeville[5]. Elle bénéficie du soutien de Marcel Proust pour démarrer sa carrière [6] et il la présente ainsi à Henry Bataille qui la lance[7]. Entre 1903 et 1910, elle apparaît dans des rôles mineurs au Théâtre de La Gaieté, aux Théâtre des Mathurins et au théâtre du Vaudeville[7]. Elle fait une pause puis tourne ensuite dans plusieurs films dont le plus célèbre restera Violettes impériales en 1932. À part ce film et malgré la direction de cinéastes de renom tel Julien Duvivier, Jacques de Baroncelli, elle ne réussi pas à obtenir de rôle principal. En revanche elle réussit, dans les années 1930, la difficile transition du cinéma muet au cinéma parlant[Note 1]. Le Rosaire, où elle tient le premier rôle, lui vaut une réception positive de la part de la critique[8].

L'amie des artistes[modifier | modifier le code]

Louisa de Mornand par Nadar, 11 Novembre 1904

Avec Proust, Antoine de La Gandara forme un groupe d'artistes et de littérateurs qui aiment à se réunir autour de leur « étoile », Louisa de Mornand.

Marcel Proust[modifier | modifier le code]

Louisa de Mornand rencontre l’écrivain vers 1903 et continue son amitié avec celui-ci car Robert Gangnat possède une résidence d'été à Bénerville près de Cabourg[6],[9]. En 1904, Proust lui dédicace la Bible d'Amiens, de John Ruskin dont il a assuré la traduction et la préface[Note 2],[9].

Dans l'œuvre proustienne, Rachel est une actrice de second plan, maîtresse de Robert de Saint-Loup qui l'idolise[7]. Lorsque le narrateur la rencontre pour la première fois dans une maison close, il la surnomme « Rachel quand du Seigneur », d'après les premiers mots d'un opéra d'Halévy. Pour Jean-Yves Tadié, Louisa de Mornand est le modèle du personnage de la Rachel de Proust dans À la recherche du temps perdu[10]. Ce ne serait donc pas, comme beaucoup l'ont cru, la grande comédienne Rachel Félix qui vivait elle au XIXe siècle. Proust utilise également Geneviève Lantelme comme source d'inspiration puisque celle-ci travailla dans une maison close, à la difference de Louisa de Mornand[7].

Antonio de La Gandara[modifier | modifier le code]

Portrait de Madame Louisa de Mornand (1907) par Antonio De La Gandara, Musée de Grenoble

La dernière page du catalogue du 17e Salon de la Société nationale des beaux-arts de 1908[11] « Portrait de Madame Louisa de Mornand par Ant. De La Gandara no 93. "RAVISSANT PORTRAIT A L'HUILE", signé en bas à droite, nous présentant Madame Louisa de Mornand assise, tenant sur ses genoux un joli petit chien frisé, dont la tache sombre fait ressortir le lumineux éclat de l'ample robe de style aux reflets changeants; les plis descendent majestueusement jusqu'à terre, accentuant par contraste la finesse des mains nues, du visage rêveur, un peu ironique, couronné d'une abondante chevelure frisée. »

Ce tableau est un de ceux qui témoignent le mieux de l'art de la couleur et de la pose, qui valurent à l'époque, à de La Gandara une si grande renommée de portraitiste. Exposé d'abord à Paris, puis en Allemagne, il fut l'occasion d'un véritable triomphe pour de La Gandara.

Dans une lettre à Louisa de Mornand de 1907, Marcel Proust, se réjouit du tableau en cours par La Gandara[12] en ces termes: « Je suis heureux de penser que vous allez avoir un admirable portrait de Gandara. Quelles heures délicieuses vous devez passer, il est si intéressant, si merveilleusement artiste. »[13].

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1901, Louisa entretient une relation avec Bertrand de Fénelon[14].

Vers 1903, Louisa de Mornand a une liaison avec Louis Joseph Suchet, familier des théâtres parisiens et connu sous le titre de Duc d'Albuféra[15]. Ces deux-ci forment un triangle d'amitié amoureuse avec Marcel Proust[16] rencontré à Évian [6]. Lorsque cette relation se termine en 1906, Louis Suchet continue de lui verser une pension en dépit des efforts de Proust pour qu'ils se réconcilient[7].

En 1907-1908, Robert Gangnat (1867-1910), avocat et agent de la société des auteurs dramatiques devient son amant[6]. C’est chez lui et en présence de Louisa de Mornand que Gaston Gallimard rencontre Marcel Proust pour la première fois, en [9].

Louisa de Mornand repose au cimetière du Montparnasse, avec sa mère Rose Cottier et sa sœur Marguerite Montaud[Note 3].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Films muets[modifier | modifier le code]

Films parlants[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • 1908 : La Patronne de Maurice Donnay au Théâtre du Vaudeville

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Des extraits de ses films ont été projetés par Didier Blonde au cours du colloque « Proust et ses amis IV », le 29 mai 2018 https://vimeo.com/273500014
  2. La dédicace est la suivante : A qui ne peut avoir Louisa de Mornand / Il ne peut plus rester que le péché d'Onan.
  3. petit cimetière, 27e division

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Accueil | Ader » [archive], sur ader.auction.fr (consulté le )
  2. Archives du Rhône, commune de Saint-Genis-Laval, « acte de naissance no 60, année 1884 (page 18/19) », sur archives.rhone.fr (consulté le )
  3. Archives de Paris 15e, acte de décès no 525, année 1963 (page 25/31)
  4. a et b « Généalogie de Marthe Adélaïde Marie Louise MONTAUD », sur Geneanet (consulté le )
  5. « Louisa de Mornand », sur Les Archives du Spectacle (consulté le )
  6. a b c et d Michel Erman, Marcel Proust. Une biographie, Editions de la Table Ronde, (ISBN 978-2-7103-8705-3, lire en ligne)
  7. a b c d et e Armelle BARGUILLET, « Qui se cache derrière Rachel dans l'oeuvre de Proust ? - Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE », sur Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE (consulté le )
  8. L’Écho de Paris, (lire en ligne)
  9. a b et c Edouard Launet, Les aventures de Marcel et Gaston, Libération, 6 août 2011 [lire en ligne]
  10. Jean-Yves Tadié, Proust et le roman, Paris, Gallimard-Collection, coll. « Tel », , 440 p., p. 52-53
  11. Gabriel Badea-păun, « Antonio de La Gandara (1861-1917), un portraitiste mondain oublié, un parcours, un réseau, une mode », STUDII ŞI CERCET. IST. ART., ARTĂ PLASTICĂ, serie nouă, Bucarest, vol. 2 (46),‎ , p. 87–119 (lire en ligne Accès libre)
  12. (en) Rubén Gallo, Proust's Latin Americans, JHU Press, (ISBN 978-1-4214-1346-4, lire en ligne)
  13. « Philip Kolb VII, Nr. 77 », sur www.lagandara.fr (consulté le )
  14. William C. Carter, Proust in love, Yale University Press, 2008, p. 104. Dans ce livre, un portrait de Louisa de Mornand se trouve dans le cahier de photos hors texte entre les pages 96 et 97 [lire en ligne]
  15. [1]
  16. Antoine Compagnon, Paul Morand et la princesse Soutzo, in Proust et ses amis, éd. Jean-Yves Tadié, Paris, Gallimard, Cahiers de la NRf, 2010.[lire en ligne]

Liens externes[modifier | modifier le code]