Élisabeth de Riquet de Caraman

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Élisabeth de Riquet
de Caraman-Chimay
Comtesse Greffulhe
La comtesse Élisabeth Greffulhe en 1895.Photographie de Paul Nadar.
La comtesse Élisabeth Greffulhe en 1895.
Photographie de Paul Nadar.

Biographie
Nom de naissance Marie Joséphine Anatole Louise Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay
Naissance
7e arrondissement de Paris
Décès (à 92 ans)
Genève (Drapeau de la Suisse Suisse)
Père Marie Henry Guy Philippe Joseph de Riquet, prince de Caraman-Chimay (1836-1892)
Mère Marie Joséphine Anatole de Montesquiou-Fezensac (1834-1884)
Conjoint Comte Henry Jules Charles Emmanuel Greffulhe (1848-1932)
Enfants Hélène (Élaine) Marie Josèphe Charlotte Greffulhe (1882-1958)
Signature Autographe Comtesse Greffulhe.svg

Marie Joséphine Anatole Louise Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, comtesse Henry Greffulhe[1], immortalisée sous le nom de comtesse Greffulhe, est née le dans le 7e arrondissement de Paris et morte le à Genève (Suisse). Elle use de son cinquième prénom, Élisabeth. Selon Georges Painter, la haute société de l'époque prononce son nom comme Greffeuille[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de Joseph de Riquet de Caraman (1836-1892) 18e prince de Chimay[3],[4] et de la princesse, née Marie de Montesquiou-Fezensac (1834-1884)[5], la comtesse Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay est issue à la fois d'une grande famille belge[6] et de l'aristocratie française.

Les Caraman-Chimay sont une famille de mélomanes. Sa mère joue du piano. Elle est l'élève de Franz Liszt qui dédicace au jeune ménage une messe, en souvenir d'un concert donné chez eux, la princesse Marie étant au piano et le prince Joseph au violon[7].

Leurs enfants pratiquent tous d'un instrument et Élisabeth se perfectionne au piano. Elle se marie à l'âge de 18 ans dans le 6e arrondissement de Paris, le 24 septembre 1878[8] avec le vicomte, futur comte Henry Greffulhe, seul héritier d'un empire financier et immobilier. Le mariage religieux se déroule le lendemain en l'église Saint-Germain-des-Prés, paroisse des Caraman-Chimay qui possèdent un hôtel particulier, au no 17 quai Malaquais. De cette union naît une fille unique, Hélène (Élaine)[9], le 19 mars 1882 dans le 8e arrondissement et qui épouse à Paris dans ce même arrondissement, le 12 novembre 1904[10], Armand de Gramont, alors duc de Guiche et ami de Proust[11].

Le comte Greffulhe, personnage brutal et colérique, trompe sa femme. Elle n'est pas heureuse en ménage, bien qu'elle soit attachée à son mari et d'une vertu irréprochable. Elle apprécie l'amitié et la liberté ; elle confie à son ami l'abbé Mugnier : « Quelques amis que l'on voit de temps en temps tiennent plus de place […] que celui qui ronfle près de vous »[12].

Elle reçoit régulièrement chez elle quelques « cercleux » qu'on retrouve aussi chez la comtesse de Chevigné (autre modèle de la duchesse de Guermantes), comme Lady Hélène Standish, le comte Costa de Beauregard, le marquis du Lau, le comte Louis de Turenne, le comte Louis de Breteuil (ces deux derniers sont les modèles de Babal de Bréauté dans le roman de Proust). Elle invite aussi Charles Haas, modèle de Swann, qui à l'époque où Proust le rencontre est déjà âgé, le général de Galliffet, modèle du vaniteux général de Froberville.

Elle ouvre chaque année en été sa villa La Case à Dieppe à sa famille et en septembre à son cousin Robert de Montesquiou et à ses amis[13] que le comte Greffulhe n'apprécie guère et qui, lui, chasse alors à Bois-Boudran, les appelant avec mépris « les Japonais », c'est-à-dire les esthètes. Elle est liée par une sincère affection à son cousin Robert de Montesquiou et lui dit : « Je n'ai jamais été comprise que par vous et le soleil ». Montesquiou commente : « J'étais heureux qu'elle me plaçât en premier ! »[14]

En politique, même si elle est d'opinion monarchiste et blâme son mari d'être devenu un « rallié », elle reste proche de certains républicains. Elle est particulièrement liée avec Théophile Delcassé, Pierre Waldeck-Rousseau, le général de Galliffet. Sans doute sous l'influence des deux derniers, elle prend le parti du capitaine Dreyfus et est accusée par la presse de droite d'être intervenue en sa faveur auprès de Guillaume II en 1899. Elle reçoit des hommes politiques comme Jules Roche et d'autres que l'on croise aussi chez Mme Arman de Caillavet, la maîtresse d'Anatole France, dont le salon est fréquenté par Robert de Montesquiou.

À la fin de sa vie, la comtesse Greffulhe suit les conseils de son médecin, le docteur Krafft, et part pour la Suisse : « Tu auras quelque chose en Suisse qui te fera beaucoup de bien pour ta santé », lui dit-il[15]. Le destin en décide autrement. C'est au bord du lac Léman à Genève[16],[17], qu'elle rend son dernier soupir le 21 août 1952, à l'âge de 92 ans.

La comtesse Greffulhe et les arts[modifier | modifier le code]

Élisabeth, comtesse Greffuhle en 1905, par Philip Alexius de Laszlo.

Peinture[modifier | modifier le code]

Elle est immortalisée par de nombreux portraits, photographies, mentionnés par beaucoup de mémorialistes. Elle prend des cours de dessin, de photographie avec Nadar. Par l'intermédiaire de son cousin Robert de Montesquiou, elle a rencontré Gustave Moreau dont elle possède plusieurs tableaux, et Antonio de La Gandara qu'elle admire et qu'elle croise aux réceptions de Mme Lemaire, l'un des modèles de Madame Verdurin d'À la recherche du temps perdu.

Mais elle est elle-même une peintre de talent, qui utilisait des pseudonymes par souci de confidentialité : on peut voir son autoportrait et celui de l'abbé Mugnier au Musée Carnavalet à Paris.

Lorsqu'elle donne chez elle le fameux dîner en 1910 en l'honneur des souverains Britanniques, le roi Édouard VII et la reine Alexandra, elle n'invite que le marquis de Breteuil et le peintre Édouard Detaille que le roi considérait comme un artiste d'excellence. La comtesse préfère, quant à elle, des peintures plus délicates que ces scènes guerrières académiques.

Musique[modifier | modifier le code]

Elle joue du piano et apprend la guitare, organise des concerts de musique de chambre et jusqu’à des représentations lyriques, comme celle de Béatrice et Bénédict d'Hector Berlioz au théâtre de l'Odéon en 1890 et la première représentation parisienne de Tristan et Isolde de Richard Wagner en octobre 1899. Elle a rencontré Franz Liszt lors de son dernier voyage à Paris en 1886 et, toujours grâce à Montesquiou, elle fait la connaissance de Gabriel Fauré. Elle fonde en 1890 la Société des grandes auditions musicales et favorise avec la princesse Edmond de Polignac la venue à Paris des Ballets russes[18]. Parmi les Russes de Paris, elle reçoit entre autres le grand-duc Paul.

Littérature[modifier | modifier le code]

La comtesse Élisabeth Greffulhe avec sa fille Élaine, âgée de 4 ans
par Paul Nadar à Paris, le 16 août 1886. Collection de la Réunion des musées nationaux.
La comtesse Greffulhe en robe de bal, sous un grand manteau du soir, par Otto Wegener à Paris en 1887.
Collection du Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

Toujours grâce à Montesquiou, elle se lie avec Edmond de Goncourt, José-Maria de Heredia, Stéphane Mallarmé, Judith Gautier. La comtesse Greffulhe reçoit chez elle les membres du Tout-Paris littéraire, comme Anatole France,et fera de l'abbé Mugnier, un intime.

Marcel Proust l'aperçoit à un bal chez Berthe de Rothschild, princesse de Wagram, le [19]. Il est aussitôt fasciné et en fait le principal modèle du personnage de la duchesse de Guermantes[20]. C'est chez Robert de Montesquiou, lors d'une réception donnée pour Delafosse, qu'il l'approche vraiment. La comtesse a alors trente-quatre ans et elle est au sommet de sa beauté. Elle l'acceptera plus tard dans son salon, mais elle le fit pour faire plaisir à Robert de Montesquiou, car elle ne l'appréciait pas spécialement au début. Elle déclara à la fin de sa vie : « Ses flatteries avaient un je-ne-sais-quoi de collant qui n'étaient pas de mon goût et il y avait cette absurdité à propos de ma photographie qu'il réclamait par l'intermédiaire de Robert […] La dernière fois que je l'ai vu, c'était au mariage de ma fille, où là encore il a mentionné ma photographie, c'était fatigant ! Guiche [son gendre] était vraiment dévoué à Proust. Je ne l'ai pas vu, après qu'il fut devenu le génie que Robert avait prédit »[21].

Toutefois, une certaine amitié s'établit entre eux, par correspondance, après la parution du premier volume de La Recherche. Malgré ses dires à Mina Curtiss, la comtesse revoit Proust, dont l'air maladif la frappe, en 1909. Elle l'invite à quelques reprises dans sa loge à l'opéra[22]. Elle lui écrit encore en 1920[23] :

« Monsieur et ami,
Votre lettre constatant les dégradations dans mes appellations m'a fait sourire au milieu des bois de narcisses en fleur où je suis à présent. Ne trouvez-vous pas que lorsque beaucoup de temps s'est écoulé depuis qu'on a vu quelqu'un qui sait regarder, il faut agir avec une certaine précaution, tout comme on entre dans la mer… »

C'est à elle que Proust emprunte le rire cristallin de la duchesse de Guermantes: « Le rire de Mme Greffulhe s'égrène comme le carillon de Bruges », déclare-t-il[14].

En réalité, bien qu'elle l'ait nié à la fin de sa vie, la comtesse Greffulhe appréciait et recherchait la compagnie de Proust, à qui elle envoya de nombreuses invitations, qu'il déclinait pour la plupart. De son côté, Proust s'inspira d'elle beaucoup plus qu'il ne l'admit jamais, non seulement pour la duchesse et la princesse de Guermantes, mais également pour d'autres personnages, comme Odette de Crécy, à qui elle a "prêté" son élégance proverbiale. Son mari, le comte Henry Greffulhe, est le principal et presque unique modèle du duc de Guermantes. L'analyse des œuvres de jeunesse de Proust, ainsi que de ses cahiers et carnets de brouillon, montre qu'elle joua un rôle clé dans la genèse de la Recherche, et en particulier dans l'élaboration du nom magique de Guermantes, nourri des rêveries de l'auteur sur son illustre et très ancienne famille[24].

Le Salon de la comtesse Greffulhe article que Proust destinait au Flgaro qui ne le publia jamais, a été retrouvé en 2014, et publié dans un ouvrage consacré à la comtesse Greffulhe[25].

Science[modifier | modifier le code]

Elle fait la connaissance de Pierre et Marie Curie en 1903. Après la mort de Pierre Curie, elle soutient Marie Curie dans son projet de créer l'Institut du Radium, et lui permet d'en trouver le financement[26].

Elle rencontre Édouard Branly en 1902 par l'intermédiaire d'Albert de Mun. Elle se passionne pour ses travaux, visite son laboratoire et se fait expliquer les expériences en cours[27]. Consciente des conditions de travail difficiles du physicien elle lui apporte une aide efficace à plusieurs reprises. Par l'intermédiaire de sa sœur Ghislaine de Caraman Chimay elle introduit Édouard Branly à la cour de Belgique. Il est élu membre associé de l'Académie royale en 1910.

Elle convainc Maurice Bunau-Varilla directeur du Matin d'organiser une conférence sur la télémécanique. La démonstration publique d'Édouard Branly a lieu le 29 juin 1905, dans la grande salle du Trocadéro, devant des ambassadeurs, des personnalités politiques et des membres de l'Institut.

La comtesse Greffulhe intervient également auprès d'Alexandre Millerand, alors ministre des travaux publics, pour le renouvellement du bail de l'Institut catholique à la fin de l'année 1909.

Résidences[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Photographie de la comtesse Greffulhe en 1886 par Paul Nadar.

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Sites internet[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Delphine Peras, « La comtesse Greffulhe : muse secrète de Proust », L'Express, Paris,‎ (lire en ligne)

Archives[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elle signe Caraman Chimay Greffulhe (cf illustration).
  2. George Painter, op. cité, p. 202. Cependant, cette prononciation n'est pas attestée à son époque, si l'on en croit les témoignages de ses descendants et des contemporains qui connaissent sa famille et qui ont toujours prononcé "Greffulhe".
  3. Archives de Paris : État civil - Acte de naissance no 893 du 7e arrondissement de Paris. Cote du document : V4E 767. Archives de Paris, no 18 boulevard Sérurier 75019 Paris.
  4. Marie Henry Guy Philippe Joseph de Riquet, prince de Caraman-Chimay est né le 9 octobre 1836 à Menars dans le département du Loir-et-Cher (acte de naissance no 16) et décédé le 29 mars 1892 à Bruxelles en Belgique, à l’âge de 55 ans.
  5. Marie Joséphine Anatole de Montesquiou-Fezensac est née le 16 août 1834 à Paris et décédée le 25 décembre 1884 à Bruxelles en Belgique, à l’âge de 50 ans.
  6. Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay fait partie de la famille qui appartient à la noblesse belge dont les femmes portent le titre de « comtesse » tandis que les hommes portent le titre de « prince ».
  7. Anne de Cossé-Brissac, op. cité, p. 34
  8. Archives de Paris : État civil - Acte de mariage no 608 du 6e arrondissement de Paris. Cote du document : V4E 3202. Archives de Paris, no 18 boulevard Sérurier 75019 Paris.
  9. Le prénom dans l'acte de naissance est orthographié Hélène et non Élaine. Source : Archives de Paris - État civil - Acte de naissance no 446 du 8e arrondissement de Paris. Cote du document : V4E 3463. Archives de Paris, no 18 boulevard Sérurier 75019 Paris. Elle est née le 19 mars 1882 dans le 8e arrondissement de Paris, mariée civilement le 12 novembre 1904 dans ce même arrondissement avec Armand Agénor Auguste Antoine de Gramont, duc de Guiche et décédée dans le 16e arrondissement de Paris, le 11 février 1958.
  10. Le mariage religieux a lieu le lundi 14 novembre 1904, à l'église de la Madeleine.
  11. À propos de ce mariage, lire l'article de : G. Davenay, « La vie de Paris : un grand mariage », Le Figaro, Paris, no 319,‎ , p. 1 (3e colonne) (lire en ligne)
  12. in Journal de l'abbé Mugnier, op. cité, p. 174.
  13. Ainsi en été 1887, elle réunit Gabriel Fauré, Robert de Montesquiou, le prince de Sagan, le prince Edmond de Polignac, Jacques-Émile Blanche, etc.
  14. a et b George Painter, op. cité, p. 203, tome I.
  15. Laure Hillerin, La comtesse Greffulhe : l'ombre des Guermantes, Paris, Éditions Flammarion, coll. « Documents et essais »,‎ , 560 p. (ISBN 978-2-08129-054-9, présentation en ligne), « Le vaisseau fantôme », p. 134
  16. État-civil sur le site de la Bibliothèque nationale de France : « Comtesse Élisabeth Greffulhe ».
  17. Biographie sur le site Roglo : « Élisabeth de Riquet de Caraman Chimay ».
  18. Il faut réunir une somme de 240 000 francs pour cela. Voir Mario d'Angelo, La musique à la Belle Époque. Autour du foyer artistique de Gustave Fayet -Béziers, Paris, Fontfroide. Paris: éd. Le Manuscrit, 2012.
  19. Lettre de Marcel Proust à Robert de Montesquiou du 28 juin 1892, in Correspondance de Marcel Proust, annotée par Philip Kolb : « J'ai enfin vu hier (chez Mme de Wagram) la comtesse Greffulhe […]. Elle portait une coiffure d'une grâce polynésienne, et des orchidées mauves descendaient jusqu'à sa nuque, comme les chapeaux de fleurs dont parle M. Renan. Elle est difficile à juger […] mais tout le mystère de sa beauté est dans l'éclat, dans l'énigme surtout de ses yeux. Je n'ai jamais vu une femme aussi belle ».
  20. « Il fait la connaissance de la Comtesse Greffulhe […] [à laquelle] il songera en créant la duchesse de Guermantes », citation extraite de l'Album Proust p. 123-124.
  21. (en) Mina Curtiss, Other People's Letters, Boston, Houghton Mifflin Company, 1978, p. 176
  22. Anne de Cossé-Brissac, op. cité, p. 227-228
  23. Anne de Cossé-Brissac, op. cité, p. 248
  24. Laure Hillerin, La comtesse Greffulhe, L'ombre des Guermantes, Flammarion, 2014 (Partie V, La chambre noire des Guermantes)
  25. Laure Hillerin, La comtesse Greffulhe, op.cit., p. 459-465
  26. Laure Hillerin, La comtesse Greffulhe, op.cit, p. 156-159
  27. « Elle s'intéresse avec un enthousiasme inusité aux recherches du grand savant… », citation extraite de l'ouvrage de Jeanne Terrat-Branly, Mon père Edouard Branly, p. 229