Du côté de chez Swann

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Du côté de chez Swann
Image illustrative de l’article Du côté de chez Swann
Premières pages de Du côté de chez Swann avec les notes de révision faites à la main par l'auteur.
Manuscrit vendu aux enchères par Christie's en pour 663 750 £

Auteur Marcel Proust
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Bernard Grasset
Date de parution 14 novembre 1913
Chronologie

Du côté de chez Swann est le premier volume du roman de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Il est composé de trois parties, dont les titres sont :

Publication[modifier | modifier le code]

Proust commence à rédiger Combray de façon suivie fin mai, début . Quatre extraits de Combray parurent dans Le Figaro entre et [1]. Le premier tome de La Recherche fut refusé par plusieurs éditeurs, dont Gallimard[2], avant d'être publié par Grasset à compte d'auteur[3] le .

Combray[modifier | modifier le code]

Dans Combray, le narrateur raconte son enfance à Combray, sa relation avec sa mère dont il réclame la présence le soir avant de se coucher. Selon Antoine Compagnon, " Combray , c’est en quelque sorte l’enfance perverse, celle-là même dont parle Freud, contemporain de l’auteur"[4]. Il évoque ses premières lectures, notamment François le Champi de George Sand. On voit se dessiner l'univers culturel et affectif d'un personnage dont on va suivre la vie et l'évolution pendant le reste de la Recherche. C'est aussi dans « Combray » qu'apparaît le personnage de Swann et surtout c'est là que naît la fascination du narrateur pour les Guermantes qui ne le quittera qu'une fois qu'il aura pénétré ce milieu qui lui semble si inaccessible et merveilleux.

L'ouverture et les différents « je »[modifier | modifier le code]

Longtemps, je me suis couché de bonne heure, le célèbre incipit de la Recherche est énoncé par un narrateur (premier « je ») insomniaque qui se remémore les différentes chambres à coucher de son existence. Il évoque ainsi les souvenirs de Combray (vécus par un deuxième « je », celui du héros), lieu de villégiature de son enfance. Souvenirs tous issus de la mémoire volontaire, c'est-à-dire la mémoire de l'intelligence, celle qui donne sur le passé des renseignements qui ne conservent rien de lui.

Le « je » du narrateur fait l'ouverture et la fermeture de « Combray » (mais de la Recherche aussi bien), il convoque le « je » du héros aux différentes époques de sa vie. Époques qui rentreront brusquement en correspondance lors des expériences répétées de mémoire involontaire vécues dans Le Temps retrouvé, desquelles émergera le « je » intemporel de l'auteur-narrateur.

Mémoire volontaire et mémoire involontaire[modifier | modifier le code]

C'est à l'occasion de la célèbre scène de la madeleine que le héros, à une époque bien plus tardive que celle du récit principal de Combray, va vivre sa première expérience de mémoire involontaire. Dès qu'il eut reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que lui donnait jadis sa tante à Combray, des pans entiers de sa mémoire ressuscitent, « comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables ».

Le passage en question se termine sur cette conclusion : « Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »[5]

L'auteur se consacre alors au récit de la vie de la famille du narrateur, de ses domestiques et des habitants de Combray, donnant lieu à des peintures de personnages pleins d'humour (le snobisme de l'ingénieur Legrandin, la cruauté de Françoise envers la fille de cuisine...).

Le côté de Méséglise ou de chez Swann et le côté de Guermantes[modifier | modifier le code]

Le narrateur évoque ensuite les promenades quotidiennes effectuées du côté de Méséglise (ou de chez Swann) lorsque le temps était incertain, et du côté de Guermantes lorsque le beau temps le permettait. Ces deux côtés sont les gisements profonds de mon sol mental.

Le côté de Méséglise est associé au mauvais temps. C'est le côté des odeurs, surtout celle des aubépines que le narrateur apprécie énormément jusqu'à verser des larmes en leur disant adieu ; du désir charnel, et de l'échec de l'intelligence. Cherchant à exprimer son ravissement devant la mare de Monjouvain, le héros ne parvient qu'à une éjaculation verbale « zut ! zut ! zut ! ». C'est de ce côté qu'il observe la scène de saphisme et de sadisme entre la fille de Vinteuil et son amie ; c'est de ce côté que Gilberte Swann lui adresse un geste obscène.

Le côté de Guermantes est associé au beau temps, au désir de vie mondaine (il rêve de pouvoir fréquenter un jour la duchesse de Guermantes) et à l'intelligence des sensations. C'est du côté de Guermantes que le héros réussira pour la première fois à écrire un court passage sur les clochers de Martinville, le plaisir d'écrire décuplant le plaisir de l'observation. Ce succès restera isolé jusqu'au Temps retrouvé.

Un amour de Swann[modifier | modifier le code]

Un amour de Swann est un roman dans l'œuvre. On peut le lire indépendamment des autres parties. Il s'agit en réalité d'un retour en arrière dans la vie de Charles Swann. Sa rencontre chez les Verdurin avec celle qui sera sa femme, Odette, et surtout sa jalousie maladive sont les thèmes de cette partie. Comme le reste de l'œuvre, la narration se fait à la première personne, mais puisque les évènements décrits se déroulent avant la naissance du narrateur, celui-ci raconte forcément le récit à la troisième personne. Et bien qu'à deux reprises, le narrateur utilise « je » en se rappelant les faits de ses relations avec Odette et Swann, cette partie du roman tient tout de même une place à part dans la Recherche. Il n'en reste pas moins que les thèmes (l'amour, la jalousie, l'art, la critique des milieux bourgeois et de la noblesse) et les personnages (les Verdurin, Swann, Odette) se retrouvent plus tard et qu'Un amour de Swann est bien une des pierres de l'édifice et non pas seulement une pause dans la narration.

Noms de pays : le nom[modifier | modifier le code]

« Noms de pays : le nom » évoque les rêveries du narrateur, ses envies de voyage, lui à qui la maladie interdit jusqu'à une sortie au théâtre. C'est donc à travers les horaires des trains qu'il voit Balbec et surtout Venise. À cette partie fait écho la partie « Noms de pays : le pays » de À l'ombre des jeunes filles en fleurs. Ce parallélisme souligne la déception naissant de la confrontation du rêve à la réalité brute. Seul l'art est capable de réenchanter les paysages et de les rendre à la hauteur des espérances du narrateur (par exemple, les peintures de Balbec par Elstir dans À l'ombre des jeunes filles en fleurs).

Des références artistiques et culturelles très nombreuses[modifier | modifier le code]

"comme dans ces tableaux de Pieter de Hooch qu'approfondit le cadre étroit d'une porte entr'ouverte", à propos de la sonate de Vinteuil
"un paysage de Gleyre, où elle [la lune] découpe nettement sur le ciel une faucille d'argent"[6]

De nombreuses références artistiques, et en particulier picturales, sont faites dans la Recherche et en particulier dans Du côté de chez Swann[7]. On trouve également des références à la musique - avec entre autres la sonate de Vinteuil -; à l'architecture - avec entre autres la description de l'église de Combray[8] qui donne à l'écrivain l'occasion d'évoquer la cathédrale de Chartres ou encore celle de Reims[9] ou encore une allusion à Viollet-le-Duc[8] -; à la littérature - avec entre autres le personnage de Bergotte ou encore des références à Saint-Simon[9] ou à l'enfer de Dante à propos d'un nénuphar[8]-; à l'art théâtral - où Proust mêle aux noms d'acteurs réels tels que Sarah Bernhardt ou Edmont Got celui d'une actrice fictive, la Berma-; à la gastronomie - avec la cuisinière Françoise[9] -; un intétêt appuyé pour la botanique - des descriptions des fuschia, aubépines, et évidemment des catleyas ou encore des blés ou des pommiers[9]...-, pour les mondanités- où la fictive duchesse de Guermantes côtoie la princesse de Sagan-; pour la psychologie - en particulier les réflexions sur l'amour-.

Ainsi, selon une thèse souvent soutenue par Antoine Compagnon, "il y a toute la culture dans Proust", "La Recherche est d'une certaine façon une œuvre finale"[10].

Des liens entre la pensée freudienne et celle de Proust[modifier | modifier le code]

Combray explore le monde de l'enfance : le lien de la pensée de Proust avec celle de Freud se pose alors. Jean-Yves Tadié a consacré un livre à ce sujet, Le lac inconnu : entre Proust et Freud.[11]

Versions illustrées[modifier | modifier le code]

Editions[modifier | modifier le code]

  • Parmi les nombreuses éditions existantes, l'édition en tirage limité en 2013 et 2016 par les éditions Gallimard des premières épreuves corrigées à la main par Proust de 1913 sont particulièrement remarquables avec les « paperoles » collées pour prolonger les additions, et reproduites à l’identique (format, couleur, traces de colle, dépliants).[12] Elle est préfacée par Charles Méla.
  • Il faut aussi noter Les manuscrits de la madeleine aux éditions des saints-pères.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Du côté de chez Swann, Gallimard, , note 2(Antoine Compagnon), p.1
  2. « «Du côté de chez Swann», le roman qui aurait pu ne jamais paraître - Libération », sur next.liberation.fr (consulté le 1er août 2018).
  3. L'Atlas de la littérature française, Atlas, , 320 p. (lire en ligne), p. 233-234.
  4. « Proust traverse le temps », sur lejournal.cnrs.fr, (consulté le 17 octobre 2019)
  5. Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Paris, Gallimard, (ISBN 9782070379248)
  6. Proust, Marcel, 1871-1922., Du côté de chez Swann, Gallimard, (ISBN 2070379248 et 9782070379248, OCLC 22888281, lire en ligne), p.144
  7. « Painting in Proust », sur publicdomainreview.org (consulté le 17 octobre 2019)
  8. a b et c Proust, Du côté de chez Swann, France Loisirs, (ISBN 2724240057), pages 101-106, p.250, p.254
  9. a b c et d Proust, Du côté de chez Swann, France Loisirs, (ISBN 2724240057), p.106, p.184, p.187, p.222
  10. Antoine Compagnon, « La recherche, œuvre totale », sur college de france (consulté le 17 octobre 2019)
  11. Jean-Yves Tadié, « le lac inconnu : entre Proust et Freud », sur YouTube.com (consulté le 15 octobre 2019)
  12. a et b Proust, Marcel, (1871-1922)., Du côté de chez Swann, un amour de Swann : premières épreuves corrigées, 1913, fac-similé, Gallimard, dl 2016, cop. 2016 (ISBN 9782070106400 et 2070106403, OCLC 963921693, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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