Ramon Fernandez (écrivain)

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Ramon Fernandez
Ramon Fernandez 1932.jpg

Ramon Fernandez en 1932

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Ramon Maria Gabriel Adeodato Fernandez, né le à Paris 17e et mort d'une embolie le à Paris 6e, est un écrivain, journaliste et critique français de l’entre-deux-guerres, de parents mexicains, militant communiste devenu collaborationniste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Ramón María Gabriel Fernández de Arteaga est le fils de l'ambassadeur du Mexique à Paris[1] mort en 1905, et de Jeanne Gabrié. Il obtient la nationalité française en 1919 et se marie avec Liliane Chomette (1901-1985), normalienne, professeur de lettres.

Il est le père de l'académicien Dominique Fernandez, qui lui a consacré un livre[2] où il s'interroge sur « sa destinée, qui reste en partie énigmatique ». Dominique Fernandez ajoute : « Je cherche à m’expliquer, en me mettant moi-même en scène, comment cet homme, un des plus brillants intellectuels de son temps, a pu être socialiste à 31 ans (1925), critique littéraire d’un journal de gauche à 38 ans (1932), communiste à 40 ans (1934), fasciste à 43 ans (1937), enfin collabo à 46 ans (1940)[3]. »

Il divorce en 1939. Ses enfants Dominique, qui a dix ans, et Irène, qui vivent dès lors avec leur mère, ne connaîtront que peu leur père. Ramon Fernandez se remarie alors avec Betty Bouwens. Durant la guerre, il vivra avec elle, louant à Marguerite Duras le 5 de la rue Saint-Benoît, où collaborationnistes et résistants se croisent. Le couple Fernandez est dépeint dans l'Amant de Marguerite Duras[4].

Il est également le grand-père de Ramon Fernandez, fils de Dominique Fernandez et de Diane de Margerie, administrateur civil qui poursuit une carrière dans l'Administration centrale.

Carrière[modifier | modifier le code]

Il écrit entre autres dans La Nouvelle Revue française[5], il est alors considéré comme un des grands critiques français. Il se fait connaître dans les années 1930 pour son œuvre littéraire Le Pari[6]. Mais il est principalement un essayiste, ayant publié de nombreux essais sur Proust, Balzac, Molière et divers autres écrivains. Il publie alors de nombreux articles pour diverses revues littéraires et culturelles.

Il est considéré alors comme un grand écrivain socialiste. En 1934, il se situe lui-même politiquement entre le parti communiste et la SFIO, se réclamant du marxisme mais non du communisme[7]. Il participe, entre autres, à la création du journal intellectuel Marianne, dans lequel il publiera des critiques sur presque tous les ouvrages importants qui paraissent dans cette période. C’est lui qui communique à la NRF, l’appel de création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes[8].

Mais durant la période du Front populaire, cet intellectuel de gauche qui confesse « une préférence pour les trains qui avancent »[9], suit la même voie que Doriot, et adhère au Parti populaire français en 1937[6]. Il entre d'abord dans les sphères culturelles du parti et en devient un membre important en animant le Cercle populaire français, issu de ce parti. Il accède même au bureau politique du PPF et fera une interview dudit Doriot, en uniforme allemand juste avant le départ de celui-ci pour le front russe.

Pendant l'occupation il collabore à La Gerbe du pro-hitlérien Alphonse de Châteaubriant et écrit dans la Nouvelle revue française, revue devenue collaborationniste sous la direction de Pierre Drieu la Rochelle. Suivant le PPF[10], Ramon Fernandez participe à l'effort de collaboration avec l'Allemagne nazie de la France sous l'occupation. Il soutient comme beaucoup de doriotistes, que « sans l'Allemagne, l'Europe serait bolchévique ». En 1941, il est la tête de file d'un groupe de sept écrivains français qui se rendent à la rencontre de Joseph Goebbels au Congrès de Weimar, la ville de Goethe, aux côtés de Jacques Chardonne, Marcel Jouhandeau, Pierre Drieu la Rochelle, Robert Brasillach, André Fraigneau et Abel Bonnard[11]. Ce congrès avait pour but de redéfinir l'univers littéraire et culturel de la nouvelle Europe. Le voyage est organisé par le lieutenant Gerhard Heller[12]. À leur retour, ces écrivains publient dans leurs revues respectives des hommages vibrants à Joseph Goebbels, le ministre de la Culture allemand. Heller, alors chargé de la propagande, est l'âme de la Propaganda Staffel, organisme nazi de contrôle de toute la communication, chargé du contrôle de l'édition papier (chargé de définir les « bons » éditeurs, en lisant les manuscrits, contrôlant la répartition du papier au travers du COIACL)[13]. Ramon Fernandez fait partie des écrivains accrédités par cet organisme pour effectuer le travail de relecture.

Malgré son rôle de censeur, il écrira un essai de critique littéraire sur Proust en 1943 qui démontre l'ambiguïté entre son œuvre littéraire et son engagement politique. Dans la même année, il publie, coup sur coup, des essais sur Balzac, Barrès, et un recueil de ses chroniques publiées dans la Nouvelle Revue Française : Itinéraire français, autres témoins de cette ambiguïté[14]. En juillet de la même année, les autorités allemandes suggèrent à Gaston Gallimard, de prendre Ramon Fernandez comme directeur de La Nouvelle Revue française, à la suite de la démission de Pierre Drieu la Rochelle.

Ces activités ne l'empêchent pas de fréquenter dans le Paris de l'occupation des écrivains d'un autre bord affiché comme Marguerite Duras (qui fera de sa seconde épouse, Betty Bouwens, un personnage de son livre L'Amant, prix Goncourt, 1984) et les deux écrivains seront amis[15]. Il fit aussi un éloge funèbre d’Henri Bergson qui entraîna une rupture avec Céline. De plus, il n’écrivit pas contre les Juifs pendant la guerre et avait à cœur selon son fils de monter dans le wagon de queue du métro réservé aux Juifs[16].

Le , peu avant la Libération de Paris, il succombe à une crise cardiaque, alors qu'il est malade d'un cancer. Selon les notes de Marguerite Duras, la cause du décès serait le cancer même[4]. D'autres biographies donnent des raisons plus polémiques de la mort, telles qu'un suicide ou une intoxication due à l'alcool[6]. Ses obsèques se déroulent à Saint-Germain-des-Prés, avec les honneurs, dans un Paris encore occupé, en présence de la fine fleur des collaborationnistes, mais aussi de quelques résistants ou opposants politiques demeurés proches de lui[6]. Sa disparition prématurée lui permet probablement d'échapper à l'épuration qui suit la Libération, à la différence de sa seconde épouse qui est « tondue » en 1945[11].

Le purgatoire[modifier | modifier le code]

Comme l'assure son fils, l'académicien Dominique Fernandez, dans ses livres et dans son discours de réception à l'Académie française[17], et un autre académicien, Pierre-Jean Rémy, dans son discours de réponse, Ramon Fernandez est tombé dans l'oubli[18]. L'auteur est aujourd'hui occulté en raison de son passé doriotiste et collaborationniste ; on ne voit apparaître que peu d'informations sur lui dans les dictionnaires de littérature. Mais la biographie que lui a consacrée Dominique Fernandez révèle les différentes facettes de l'écrivain. Certaines de ses œuvres sont toujours considérées comme majeures, notamment ses essais sur Molière, Balzac et Proust.

Récompense[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Essais
  • Messages, Première série, recueil de critique philosophique, Paris, Editions De La Nouvelle Revue Française, 1926 ; nouvelle édition par Bernard Grasset en 1981 sous le titre Messages (Première série diminuée et ajout d'une seconde série composée de chroniques de 1929 à 1943 ) avec une préface de Jérôme Garcin, réédité dans la coll. « Les Cahiers rouges », Grasset, 2009; (ISBN 9782246248125).
  • De la personnalité, éd. du Sans Pareil, 1928[19]
  • La Vie de Molière, coll. « Vies des Hommes illustres », Gallimard, 1929 ; réédité sous le titre Molière ou l'essence du génie comique en 2000 aux éd. Grasset (ISBN 9782246075325).
  • André Gide, L'évolution de l'œuvre. Les valeurs gidiennes., éd R.A Corrêa, 1931.
  • Moralisme et Littérature, Éditions Corrêa, 1932.
  • L'Homme est-il humain ?, Collection blanche, Gallimard, 1936 (ISBN 2070223760).
  • Balzac ou l'envers de la création romanesque, 1943, réédité en 1980 aux éd. Grasset (ISBN 9782246008927).
  • À la gloire de Proust ou Proust ou la généalogie du roman moderne, Éditions de la Nouvelle Revue Critique, 1943 ; réédité par les éditions Grasset sous le titre Proust, coll. « Les Cahiers Rouges », 2009 (ISBN 9782246075226).
  • Sur Maurice Barrès, 1943.
  • Itinéraire français, éditions du Pavois, 1943.
  • Newman, la certitude dans la nuit, Ad Solem, 2010[20]
Romans

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Liste de collaborationnistes publié dans la Bête immonde par le Parti communiste.
  2. Dominique Fernandez, Ramon, Grasset, 2009 (ISBN 9782246739418).
  3. Commentaire de Dominique Fernandez, janvier 2009.
  4. a et b Étude du manuscrit L'Amant de Marguerite Duras.
  5. Cité comme publié par NRF sur le site des Prix-Littéraires prix-litteraires.net.
  6. a, b, c et d discours de Pierre-Jean Rémy en réponse à Dominique Fernandez disponible sur le site de l'Académie française. Dominique Fernandez y prononce le prénom de son père « ra - mont ».
  7. Intervention dans le mensuel Esprit publié le 1er juillet 1934 à propos de sa tentation pour le communisme.
  8. Nouvelle Revue Française, tome XLII, janvier-juin 1934, p. 885-886.
  9. Citation traduite de l'anglais elle-même traduite du français.
  10. Voir notamment la photo de Ramon Fernandez lors du IVe Congrès du PPF en novembre 1942.
  11. a et b Auteur français à l'invitation de Goebbels, article publié dans Le Nouvel Observateur en novembre 2000.
  12. « Sur les traces de la NRF, d’Albert Camus et de Gerhard Heller – À Paris sous l’Occupation », sur terresdecrivains.com, (consulté le 15 décembre 2012).
  13. Extrait de Politique de Jacques Henric.
  14. Ramon Fernandez : écrivain, collaborateur, sur nonfiction.fr.
  15. Laure Adler, Marguerite Duras, éd. Gallimard, 1998, p. 143-147.
  16. Pierre Rigoulot, Les Enfants de l'épuration, p. 168.
  17. discours de réception sous la coupole de Dominique Fernandez disponible sur le site de l'Académie française.
  18. Projet de ce livre (3) - Bonnes feuilles, extrait deRamon, de Dominique Fernandez sur le site Nouvelobs.com, publié le 7 janvier 2009.
  19. Société française de philosophie, Revue de métaphysique et de morale, octobre-novembre 1928.
  20. Selon La Croix, il s'agit de deux études des années 1920, également reprises dans le recueil Messages datant de 1926.