Wasting Light

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Wasting Light est le septième album studio du groupe américain de rock alternatif Foo Fighters publié le 12 avril 2011 par RCA Records. Après Echoes, Silence, Patience and Grace en 2007, qui propose un mélange de chansons rock et de ballades mélodieuses, et des concerts à guichets fermés à Wembley, la formation de Dave Grohl est célèbre dans le monde entier. Seulement, l'ancien batteur de Nirvana souhaite montrer quels sont leurs racines et capturer l'essence même du groupe sur un disque.

Pour cela, ils enregistrent dans son garage à Encino, en Californie, uniquement avec du matériel analogique et sous les ordres de Butch Vig, qui retrouve Grohl dix-neuf ans après Nevermind. Après réadaptation à l'équipement et aux techniques d'édition désuètes, le son qu'ils obtiennent est plus lourd et plus brut, contrastant avec la musique plus expérimentale des derniers albums. Les paroles, écrites par Grohl, évoquent un rapport au passé, au futur, à la vie et à la mort, dont I Should Have Known qui se réfère au suicide de Kurt Cobain et voit la présence de Krist Novoselic, son ancien compère de Nirvana. Les sessions sont filmées et diffusées sur leur site web et sur leur compte Twitter, permettant ainsi aux fans de suivre l'avancée de l'enregistrement et au groupe de réaliser le documentaire Back and Forth qui retrace la carrière de Foo Fighters.

Tout comme Rope et Walk, ses deux premiers singles, Wasting Light prend la tête de nombreux classements de ventes mondiaux à sa sortie et remporte de nombreuses certifications, dont un disque d'or aux États-Unis et un disque de platine au Royaume-Uni. Fortement apprécié par la presse spécialisée, l'album est également récompensé lors 54e cérémonie des Grammy Awards début 2012, avec quatre des six trophées pour lesquels le groupe était nommé, dont celui du « Meilleur album rock ». Après huit concerts donnés dans le garage de fans sélectionnés sur concours à sa sortie, Foo Fighters se lance ensuite dans une tournée mondiale pour le promouvoir jusque début octobre 2012 et l'annonce par Grohl d'une pause à durée indéterminée.

Genèse[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Foo Fighters est né suite au suicide de Kurt Cobain, alors leader de Nirvana, et de l'intention de Dave Grohl, batteur du groupe, d'exorciser par la musique la mort de son compère. Grohl enregistre alors le premier album seul en octobre 1994 avant qu'il soit poussé par Capitol Records, avec qui il vient de signer, et ses amis à fonder un nouveau groupe autour de ce projet. Nate Mendel et William Goldsmith de Sunny Day Real Estate le rejoignent, ainsi que Pat Smear qui accompagnait Nirvana pour les tournées[o 1]. Ils produisent un an plus tard leur premier album studio tous ensemble, The Colour and the Shape, sur lequel ils sont rejoints par Taylor Hawkins, Grohl désirant se concentrer sur le chant[1]. Goldsmith quitte la formation lors de l'enregistrement, mais cela n'empêche pas le disque, puis la tournée, d'être un succès, ce qui provoque le départ de Smear[1]. Après un troisième album un peu moins bon, There Is Nothing Left to Lose, Chris Shiflett intègre le groupe lors de la tournée qui suit et devient le quatrième membre de Foo Fighters[1]. Depuis, le quatuor enchaîne les succès avec One by One en 2002, In Your Honor en 2005 — un double album qui comporte un disque de chansons rock et un disque acoustique —, Skin and Bones en 2006 — album live de la tournée acoustique en résultant et pendant laquelle Smear fait son retour — et Echoes, Silence, Patience and Grace en 2007, qui présente un mélange de chansons rock et de ballades mélodieuses[2].

À la suite de la tournée de 2008, Foo Fighters se rend aux studios Grand Master d'Hollywood pour y enregistrer une quinzaine de chansons composées lors de celle-ci, avec pour objectif d'en faire un album moins promotionnel et sans tournée internationale. Cependant, le groupe décide de s'accorder une pause avant d'aller plus loin avec les différents enregistrements. Parmi ces morceaux, deux — Wheels et Word Forward — apparaissent sur la compilation Greatest Hits publiée en 2009 et pour lesquels Butch Vig assure la production, une première pour Grohl et lui depuis Nevermind[p 1]. Lorsque l'idée d'un nouvel album studio revient en 2010, le leader de la formation pense qu'il est temps de faire appel à Vig pour le produire[p 2]. Il estime également qu'il serait bien de faire un documentaire sur l'enregistrement de cet album, tout en faisant un retour sur l'histoire de Foo Fighters. Et plutôt que de le faire dans un studio d'enregistrement « très cher et dont l'équipement est ce qu'il se fait de mieux en la matière », il se dit qu'ils pourraient revenir vingt ans en arrière avec Vig et enregistrer sur des bandes dans son garage[p 3]. Grohl espère ainsi « produire un disque qui définit le groupe, peut être pas leur meilleur mais celui qui pour lequel les gens identifieraient le plus le groupe, comme Back in Black pour AC/DC ou le black album de Metallica »[p 1].

Photo de Butch Vig, le producteur de l'album, assis dans un fauteuil devant du matériel d'enregistrement.
C'est la première fois depuis Nevermind que Dave Grohl et Butch Vig (ci-dessus) travaillent ensemble.

Vig raconte qu'il est allé chez Grohl et que celui-ci lui a dit qu'il voulait vraiment le faire dans son garage. Après quelques coups sur une caisse claire, le producteur lui indique qu'il trouve le « son vraiment bruyant et affreux », mais qu'il ne voit pas pourquoi cela ne serait pas possible. Le leader de Foo Fighters lui précise ensuite qu'il désire enregistrer l'album sur des bandes et sans aucun ordinateur. Confus, Vig se dit qu'il en a réalisé des disques de cette façon, mais que cela remonte à plus de dix ans. Grohl lui explique alors qu'il souhaite réellement avoir ce son et ce style, parce qu'« après avoir joué à Wembley et être devenu tellement connu dans le monde, que leur reste-t-il à faire ? Retourner au studio 606 et y faire un autre grand album, brillant et très solide comme le précédent ? Ou alors, essayer de capturer l'essence même du groupe comme sur leurs deux premiers disques »[p 4]. L'ancien batteur de Nirvana déclare que « c'est la magie d'être dans un groupe capable de jouer à guichets fermés à Wembley, mais fait également un disque dans son garage. [...] Où est le rock 'n' roll sinon ? »[3].

Grohl reconnaît que d'enregistrer de cette façon est « un moyen d'avoir un son vraiment primal »[4], d'innover, d'aller à contre-sens de ce que les gens attendent et de « faire un disque comme on doit faire un disque »[1]. Il estime également qu'avec l'enregistrement numérique et informatique, tout est devenu hors de contrôle : « avec Pro Tools, tu peux tout contrôler. Et quand j'écoute la musique d'aujourd'hui, j'ai l'impression que la batterie est une machine, ça enlève toute vie de la musique »[5]. Shiflett et Hawkins abondent dans ce sens, le premier en disant que de toute façon, « le rock 'n' roll est fait de défauts et d'imperfections »[1], tandis que le second remarque que le rock contemporain produit un son artificiel : « les musiciens jouent, puis quelqu'un modifie ensuite les pistes pour obtenir le son désiré »[p 1]. Pour lui, ce projet en analogique est un moyen pour le groupe de « retrouver sa liberté artistique »[6]. Mendel explique aussi qu'ils ont grandi en faisant des disques sur bandes, donc ils ont conscience de la sonorité et des limites que ce type d'enregistrement implique[1]. Ainsi, Grohl n'hésite pas à dire qu'ils ont voulu faire « un album au son plus brut et quelque peu imparfait »[4].

Une fois que Vig comprend que ce n'est pas une blague[p 5], il prévient la formation qu'ils « vont devoir vraiment bien jouer, parce que rien ne pourra être corrigé »[1]. À l'approche de l'enregistrement et après quelques démos réalisées par Grohl lors de sa tournée avec Them Crooked Vultures et présentées ensuite à Hawkins[p 2], les cinq musiciens passent trois semaines au studio 606, celui que Grohl a construit chez lui à Alexandria en Virginie pour le groupe, pour répéter et commencer la préproduction de l'album. Ils y terminent la composition des chansons et réduisent leur nombre de « quarante à quatorze ». Ils se préparent également à leur jouer comme si c'était sur scène et non plus comme ils faisaient auparavant : « partie par partie », ce qui pouvait amener certains morceaux à évoluer au cours de la session[1],[p 6].

Enregistrement et production[modifier | modifier le code]

Contrairement aux deux précédents albums studio qui avaient été enregistrés au studio 606, studio maison du groupe à Alexandria, c'est dans le garage de Grohl à Encino, quartier de Los Angeles, que s'effectue celui de ce septième opus de Foo Fighters[7]. Des micros et des enceintes sont donc placés sur la porte de celui-ci et derrière la batterie pour éviter les pertes de son. Un tapis est également installé sous l'instrument d'Hawkins pour rendre « sa sonorité moins lourde et vive ». De même, pour éviter une trop grande résonance de la cymbale, les micros sont réorganisés et la cymbale crash est remplacée par « une cymbale Zildjian plus courte et percée ». Une pièce voisine est aménagée en cabine isolée pour enregistrer le chant tandis qu'une salle de contrôle est installée dans l'arrière-cour[8]. Le matériel utilisé pour cette sessions est le même que celui pour les albums There Is Nothing Left to Lose et One by One enregistrés dans l'ancienne maison de Grohl à Alexandria, en Virginie[p 7].

photo d'un homme jouant de la basse sur scène.
Invité pour les sessions d'enregistrement, Krist Novoselic participe à la chanson I Should Have Known, en référence à Kurt Cobain.

La session commence le 6 septembre 2010 pour une durée de onze semaines, soit une par chanson. Vig considère que « ce jalonnement permet à chaque morceau d'avoir sa propre vie »[7],[p 6]. Les enregistrements débutent avec la guitare rythmique de Grohl et la batterie d'Hawkins afin de voir « si les fondations tiennent ». Le second joue régulièrement plusieurs heures avant d'obtenir « une piste qui lui convient »[1]. Il se sert de click tracks pour respecter le tempo mais Vig estime que ce n'était pas un souci si la batterie ne les suivait pas à la perfection car « ils se sont rendu compte qu'avec un écart de quelques millisecondes, le son devenait plus sauvage et plus consistant ». Mendel y ajoute ensuite sa basse aux deux autres instruments, souvent en une seule prise[1],[p 8]. Le jour suivant, Shiflett et Smear complètent par leur guitare, le second utilisant de temps en temps une guitare baryton afin d'avoir une sonorité différente des autres guitaristes[p 8],[p 7]. Ce n'est qu'une fois la partie instrumente terminée que Grohl ajoute celle vocale, enregistrée soit dans la cabine isolée, soit dans la salle de contrôle. Il explique que comme il voulait des chansons « au pouvoir émotionnel maximum », il a volontairement crié au point d'en avoir des migraines, et ajoute que « comme le micro captait les inconstances de sa voix, aussi petites soient-elles, il devait forcer pour que cela rende bien »[p 8].

Plusieurs musiciens sont invités à participer à l'enregistrement de l'album. Ainsi, Bob Mould d'Hüsker Dü, une des idoles de Grohl, joue de la guitare et chante en duo avec lui sur Dear Rosemary, alors que Vig n'avait prévu qu'une partie orale à l'origine[p 9],[9]. Cette session marque également le retour de Krist Novoselic aux côtés de Grohl et Smear depuis la fin de Nirvana, à la basse et à l'accordéon sur I Should Have Known[p 2]. Le leader de Foo Fighters estime que c'est « sympa de sa part d'être venu et d'avoir partagé l'expérience »[p 3]. Celui-ci invite aussi son ami Fee Waybill des Tubes pour Miss the Misery car il trouve que « la sonorité lui convient à merveille »[10]. Certains musiciens qui accompagnent habituellement le groupe en tournée sont aussi de la partie : Rami Jaffee au clavier, Jessy Greene au violon et Drew Hester aux percussions[1].

Vig doute de la possibilité de toute faire en analogique quand les bandes du premier morceau enregistré, Miss the Misery, commencent à se désagréger. Mais Grohl lui assure qu'« il n'y aura aucun ordinateur dans cette maison »[5]. Le producteur raconte qu'il « s'est arraché quelques cheveux » pour se souvenir comment utiliser le matériel analogique et faire sans affichage numérique[p 8]. Il reprend alors son ancienne technique de découpe des bandes à la lame de rasoir pour les premières chansons, mais il se rend vite compte que c'est chronophage : « avant, je pouvais faire jusqu'à vingt modifications en une demi-heure et là, il m'a fallu vingt minutes pour faire la première ! ». Après la quasi-destruction d'une cassette envoyée par les studios Smart par l'une des filles de Grohl, Vig abandonne ce procédé et décide de faire du poinçonnage en recouvrant les mauvaises parties par une autre bande ou en ré-enregistrant par-dessus[p 10],[p 11]. Parmi toutes les bandes avec ajouts et bouts ré-enregistrés, seule I Should Have Known est à reprendre de zéro car le chanteur a l'impression que Vig « veut en faire un single » alors que lui voudrait qu'elle soit « brute et primale »[8].

Le mixage commence aux studios Chalice Recording, puis se fait finalement à la maison de Grohl puisqu'Alan Moulder estime que « c'est le seul moyen de garder la sonorité du garage ». Comme la table de mixage de Grohl n'est pas automatisée, quatre personnes (Vig, Grohl, Moulder et l'ingénieur du son James Brown) doivent travailler simultanément dessus. Le chanteur apprécie cette phase car chaque chanson est réalisée différemment et « même cette partie-là est une performance en soi »[8]. Les mixes sont ensuite testés dans les voitures des musiciens et Vig considère que « si ça rend bien sur ces radios pourries, ça rendra bien partout »[1]. En parallèle de l'enregistrement, le documentaire Back and Forth retraçant l'histoire du groupe est filmé afin de permettre aux gens de comprendre leur décision de faire l'album dans un garage et non dans un studio[11],[12].

Parution et accueil[modifier | modifier le code]

Sortie et promotion[modifier | modifier le code]

Le groupe souhaitant « se rapprocher de ses fans », leur site web et leur compte Twitter sont régulièrement mis à jour afin de rendre compte de l'avancée de l'album. Ils postent ainsi des images des sessions, du tableau d'avancement de l'enregistrement et une barre de progression de celui-ci[3],[8],[13]. Le jour-même où ils achèvent Wasting Light, le 21 décembre 2010, ils se rendent au bar Paladino de Tarzana, en Californie, pour y jouer quatre chansons en avant-première[14],[15].

Le 17 janvier 2011, un premier aperçu de trente secondes de Bridge Burning est mis en ligne sur leur site officiel[16], avant que quinze plus tard, un extrait du même type soit publié pour Miss the Misery en parallèle de l'annonce des détails de l'album (titre, chansons et date de sortie)[17]. Le 12 février, Foo Fighters sort un premier clip vidéo pour White Limo, dans lequel Lemmy Kilmister, chanteur de Motörhead, y figure[17]. Le premier single, Rope, paraît dix jours plus tard en streaming et entre en première position du Billboard Rock Songs, étant seulement le deuxième single à réussir cette performance depuis la création du classement en 2009[18],[19]. La chanson obtient la même place au Billboard Alternative Songs[3]. Quatre autres singles sont ensuite publiés : Walk le 17 juin, Arlandria le 18 septembre, These Days le 1er novembre et Bridge Burning le 5 juin 2012, dont le premier fait aussi bien que Rope[20].

La campagne de promotion de Wasting Light comprend également un concours organisé par Fuse TV, pour lequel les fans proposent leurs propres clips vidéo pour chaque chanson de l'album et dont les meilleures réalisations sont affichées sur le site du groupe[3]. La chaîne de télévision américaine ESPN choisit cinq morceaux du disque pour ses programmes d'avril 2011[21], tandis que Miss the Misery, Walk et Bridge Burning apparaissent respectivement dans les films Real Steel et Thor[22],[23], et dans le jeu vidéo de football américain Madden NFL 12[24]. Walk est aussi sélectionnée par la WWE pour le final de la cérémonie d'introduction d'Edge au WWE Hall of Fame en 2012[25].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

L'accueil médiatique de Wasting Light est excellent, comme l'atteste le score de 78 % sur Metacritic, basé sur trente-sept analyses[26]. Dans son numéro du mois de mai 2011, l'Alternative Press décrit ainsi l'album comme « enfin à la hauteur de la réputation de l'homme le plus cool du rock »[p 15]. Entertainment Weekly le qualifie de « défi rock & roll musclé, où Foo Fighters réalise à la perfection le genre d'hymnes accrocheurs et triturés pour lesquels ils sont connus, sans se soucier de ce qu'on en pensera »[33]. Stephen Thomas Erlewine, pour Allmusic, et Mikael Wook, du Spin, estiment que leur pari est réussi puisque c'est leur meilleur album depuis The Colour and the Shape de 1997[35]. Le premier ajoute que c'est également celui qu'il considère comme « le plus féroce », laissant « enfin apparaître la patte de Josh Homme sur un disque de Foo Fighters près de dix ans après le passage de Grohl au sein de Queens of the Stone Age et Songs for the Deaf »[30], tandis que le second voit en l'alternance de riffs de guitare explosifs, de heavy metal musclé et d'injonctions terriblement accrocheuses, un rappel de la « pop frénétique de Nevermind »[35]. Le Billboard approuve, décrivant « le set de onze chansons tel un sursaut d'énergie rock, explosif et à l'indice d'octane élevé, en provenance d'un groupe vieux de seize ans mais très bien affûté et vertueusement brut »[41], rejoint par le Mojo, qui place l'album « en tête des productions les plus agressives et les plus vives de la formation »[p 13].

Ben Patashnik, du Rock Sound, remarque que « Foo Fighters s'était un peu laissé aller sur les dernières années, mais que s'il suffisait de revenir à ses racines pour faire un album aussi bon, alors ainsi soit-il. Avec Wasting Light, ils prouvent qu'ils sont un groupe de dimension internationale et toujours capable de produire un son jeune, affamé et surtout important »[37]. Consequence of Sound (en) nuance légèrement ces propos et évoque « la cohérence comme un mode de vie pour Foo Fighters, ce qui permet d'obtenir un rock moderne, tangible, agréable et authentique au groupe », avant de préciser que « même si leur son atteint un palier, ils continuent de proposer ce qui se fait de meilleur : ils ne réinventent pas la roue, ils s'efforcent de toujours la faire tourner »[43]. Le Q estime d'ailleurs que « le disque définit la carrière du groupe », comme si « Dave Grohl y mettait toute sa vie »[p 12], alors que David Gassmann, de PopMatters le place « parmi les meilleurs albums de l'année, et de leur carrière »[29]. Rob Parker, journaliste pour le NME, suit également cette voie, le qualifiant d'« embrasement de vieux clichés revitalisés et redynamisés par le doigté et l'inventivité de musiciens passionnés qui prennent énormément de plaisir », soit « le meilleur de la musique à base de guitare »[28].

Le Rolling Stone met principalement en avant les retrouvailles de Grohl et Vig dix-sept ans après l'enregistrement de Nevermind. David Fricke y retrouve d'ailleurs « l'approche nuancée », mais y voit surtout un moyen pour les deux musiciens de « se libérer de leurs derniers tourments » vis-à-vis de la mort de Kurt Cobain, profitant de chaque instant qu'ils vivent[36]. Le Guardian explique que « si cela avait été une reconnexion avec ce que serait le groupe aujourd'hui avec Cobain vivant, le disque en serait incroyablement et brutalement proche »[27]. Andrew Perry, du Daily Telegraph, surenchérit et qualifie le producteur de « gouvernail », qui, associé à Alan Moulder, permet à Foo Fighters d'« avoir enfin une musique consistante et délicieuse, alors qu'ils avaient erré jusque-là entre thrash metal et angoisse acoustique »[42]. Avis également partagé par l'A.V. Club, qui évoque « le premier bon album en six ans, solide du début à la fin et sans le remplissage des disques précédents »[31], et Sputnikmusic, dont le rédacteur « ne pensait pas écouter un jour un album de Foo Fighters sans remplissage »[38].

Pour David Bevan, de Pitchfork Media, Grohl a toujours fait le type de musique que Nirvana produisait, avec des guitares puissantes, des mélodies, des coups de cymbales et une batterie puissante, mais cette fois-ci, le disque « manque de mélodies » pour le rédacteur de l'article[34]. Kerrang! estime même que « l'album n'a rien d'impressionnant »[p 14], la BBC ajoutant que « ce n'est que du business, comme toujours : certains morceaux sont excellents, certains sont du remplissage », en comparaison de ceux qui le placent au niveau de The Colour and the Shape[39]. Drowned in Sound estime d'ailleurs que « Foo Fighters n'a plus rien à prouver ou besoin de faire un meilleur album que le précédent, mais que leur objectif est plus de créer une suite d'albums logiques, chaque fois moins stimulant que le précédent, même si les intentions sont là, comme pour tout groupe qui fait carrière. Et cet album ne déroge à la règle »[32]. Pour l'Independent, l'expérience est même « terne et non valorisante »[40].

Succès commercial[modifier | modifier le code]

Wasting Light entre directement à la première place du Billboard 200, avec plus de 235 000 exemplaires vendus dès sa première semaine aux États-Unis, soit le deuxième meilleur début pour le groupe après In Your Honor en 2005 avec 311 000 ventes[44]. Avec 21 000 unités écoulées, il occupe également la même position au Canada[45], tout comme au Royaume-Uni, où il détrône Adele et son album 21, installés depuis onze semaines au sommet de l'UK Albums Chart, avec 114 000 exemplaires vendus[46]. Au total, l'album arrive en tête des classements de ventes d'albums de douze pays[47]. Ainsi il l'est en Allemagne[48], en Autriche[49], en Flandre[50], en Finlande[51], en Norvège[52], en Suède[53] et en Suisse pour l'Europe[54], à Singapour pour l'Asie[47]. Il fait aussi bien en Australie et en Nouvelle-Zélande[55],[56], voire mieux puisque le disque effectue le meilleur départ digital de l'histoire des deux classements[47]. En revanche, il ne prend qu'une 18e place en France[57].

Les certifications sont par conséquent nombreuses : double disque de platine en Australie[58], disque de platine au Canada[26], en Nouvelle-Zélande[59] et au Royaume-Uni[60], et disque d'or dans plusieurs autres, dont les États-Unis[58]. Début 2012, Wasting Light s'était vendu à 663 000 exemplaires dans son pays d'origine et à 318 000 unités chez les britanniques[61],[62]. Grâce à iTunes, six chansons de l'album se classent également à l'UK Top40 Rock Chart : Better Off en 5e, Bridge Burning en 14e, Walk en 24e, White Limo en 28e, Arlandria en 35e et These Days en 39e[63].

En récompense, début 2012, Foo Fighters remporte quatre des six Grammy Awards pour lesquels le groupe est nommé : celui du « Meilleur album rock », ceux de la « Meilleure interprétation rock » et de la « Meilleure chanson rock » pour Walk et celui de la « Meilleure interprétation hard rock/metal » pour White Limo. Wasting Light échoue ainsi face à 21 d'Adele pour celui du « Meilleur album de l'année » et Vig n'obtient pas de « Producteur de l'année » pour sa réalisation sur le disque[13],[64]. Ce dernier est élu « 4e meilleur album de 2011 » par Kerrang![65] et apparaît dans de nombreux classements du « Meilleur album de l'année » : 20e du Rolling Stone[66], 43e du NME[67], 46e du Spin[68], premier pour iTunes[69] et dans les dix premiers du Hollywood Reporter[70].

Classements et certifications[modifier | modifier le code]

Meilleures positions de Wasting Light dans les classements musicaux
Classement musical Meilleure position
Drapeau de l'Allemagne Allemagne (Media Control AG)[48] 1
Drapeau de l'Australie Australie (ARIA)[55] 1
Drapeau de l'Autriche Autriche (Ö3 Austria Top 40)[49] 1
Drapeau de la Belgique Belgique (Flandre Ultratop)[50] 1
Drapeau de la Belgique Belgique (Wallonie Ultratop)[71] 4
Drapeau du Canada Canada (Canadian Albums)[72] 1
Drapeau du Danemark Danemark (Tracklisten)[73] 3
Drapeau de l'Espagne Espagne (Promusicae)[74] 7
Drapeau des États-Unis États-Unis (Billboard 200)[75] 1
Drapeau de la Finlande Finlande (Suomen virallinen lista)[51] 1
Drapeau de la France France (SNEP)[57] 18
Drapeau de la Grèce Grèce (IFPI)[76] 9
Drapeau de l'Italie Italie (FIMI)[77] 4
Drapeau de l'Irlande Irlande (IRMA)[78] 3
Drapeau du Japon Japon (Oricon)[79] 9
Drapeau du Mexique Mexique (AMPROFON)[80] 52
Drapeau de la Norvège Norvège (VG-lista)[52] 1
Drapeau de la Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande (RIANZ)[56] 1
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas (Mega Album Top 100)[81] 2
Drapeau de la Pologne Pologne (ZPAV)[82] 12
Drapeau du Portugal Portugal (AFP)[83] 3
Drapeau de la République tchèque République tchèque (IFPI)[84] 4
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni (UK Albums Chart)[85] 1
Drapeau de la Suède Suède (Sverigetopplistan)[53] 1
Drapeau de la Suisse Suisse (Schweizer Hitparade)[54] 1
Certifications de Wasting Light
Pays Ventes Certifications
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 100 000 + Disque d'or Or[86]
Drapeau de l'Australie Australie 140 000 + Disque de platine 2 × Platine[58]
Drapeau de l'Autriche Autriche 10 000 + Disque d'or Or[87]
Drapeau de la Belgique Belgique 20 000 + Disque d'or Or[88]
Drapeau du Canada Canada 80 000 + Disque de platine Platine[26]
Drapeau des États-Unis États-Unis 500 000 + Disque d'or Or[89]
Drapeau de la Finlande Finlande 19 000 + Disque d'or Or[90]
Drapeau de l'Irlande Irlande 7 500 + Disque d'or Or[91]
Drapeau de l'Italie Italie 25 000 + Disque d'or Or[92]
Drapeau de la Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande 15 000 + Disque de platine Platine[59]
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas 25 000 + Disque d'or Or[93]
Drapeau de la Pologne Pologne 15 000 + Disque d'or Or[94]
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni 300 000 + Disque de platine Platine[60]

Tournées[modifier | modifier le code]

photo d'un homme rigolant aux cheveux mi-longs et habillé d'une chemise noire.
Dave Grohl lors du concert du 3 juillet au Milton Keynes National Bowl.

Après la sortie de Wasting Light, Foo Fighters donne huit concerts dans le garage de huit fans sélectionnés sur concours[95],[96]. La tournée mondiale alors entamée est simplement intitulée Wasting Light World Tour et débute le 17 mai aux États-Unis, avec l'album joué la plupart du temps dans son intégralité en plus de quelques autres morceaux connus du groupe[97],[98]. Ils se produisent ensuite au cours des mois de juin et juillet dans un certain nombre de festivals européens, tels que le Festival de l'île de Wight ou le T in the Park[99],[100], et jouent à guichet fermé deux soirs de suite, les 2 et 3 juillet, au Milton Keynes National Bowl devant 65 000 personnes chaque soir et avec Biffy Clyro en première partie notamment[101]. Après un retour rapide à Chicago pour clôturer la vingtième édition du Lollapalooza sous une pluie battante le 7 août[102], la formation repart en Europe pour quelques dates, dont Rock en Seine le 26 août[103]. Début septembre, via un clip humoristique, ils lancent une intense tournée nord-américaine de vingt-huit dates qui s'achève à la mi-novembre[104]. Ils s'envolent ensuite pour l'Océanie et terminent l'année par plusieurs concerts en Australie et en Nouvelle-Zélande, accompagnés par Tenacious D, groupe de l'acteur et ami de Grohl Jack Black[105].

Au début du printemps 2012, ils doivent annuler leur tournée en Asie en raison de l'état de la voix de Grohl[106]. La reprise des concerts se fait donc début avril en Amérique du Sud à l'occasion du Lollapalooza aux côtés d'Arctic Monkeys, de Björk, de MGMT et de Joan Jett entre autres[107],[108]. Après quelques dates nord-américaines au cours de l'été, le groupe revient en Europe au mois d'août pour plusieurs festivals comme le Reading and Leeds Festivals. Au cours de la deuxième soirée qui les voit dédier These Days à ses anciens compères Kurt Cobain et Krist Novoselic mais aussi jouer Winnebago pour la première fois sur scène, Grohl annonce que « c'est leur dernier concert avant longtemps »[109]. Après trois nouvelles apparitions à la fin septembre, le chanteur annonce de nouveau lors de cette dernière qu'« ils jouent autant de morceaux que possible car il ne sait pas quand ils pourront le refaire »[110]. Après environ un an et demi, le Wasting Light World Tour s'achève donc, avec presque cents concerts répartis sur quatre continents à son actif : cinquante et un en Amérique du Nord, trente quatre en Europe, dix en Océanie et quatre en Amérique du Sud. Quelques jours plus tard, le 2 octobre, un message est posté sur la page Facebook officielle du groupe qui ne laisse aucun doute sur leurs intentions : Foo Fighters fait une pause à durée indéterminée[110].

Caractéristiques artistiques[modifier | modifier le code]

Thèmes et composition[modifier | modifier le code]

Pour Wasting Light, Grohl veut un son plus brut et plus lourd que sur les albums précédents, où ils ont « exploré de nouvelles bases musicales »[p 2]. Il ajoute qu'ils « se sont trop concentrés sur la partie musicale avec Echoes, Silence, Patience and Grace et qu'il est désormais temps pour eux de redevenir un groupe de rock »[p 16]. Ce changement de registre se perçoit déjà lors de sa participation à Them Crooked Vultures, groupe qu'il fonde avec Josh Homme de Queens of the Stone Age et John Paul Jones de Led Zeppelin, avec lequel il passe de « chansons de sept-huit minutes, composées autour de sept à huit sections et de deux ou trois changements de rythme » à « des morceaux plus courts et plus accrocheurs de quatre minutes trente »[111]. Hawkins approuve et estime que le fait que « Wasting Light soit plus direct est une bonne chose pour eux : les deux précédents disques avaient beaucoup de changements de nuances »[6].

photo d'un homme âgé avec des lunettes de soleil assis derrière une batterie.
Taylor Hawkins s'inspire de Ian Paice, batteur de Deep Purple, pour ses roulements de tambours.

Le leader de Foo Fighters justifie également par son âge « le gros effort réalisé par le groupe » sur ce disque : « j'ai 42 ans aujourd'hui et je ne sais pas si je serais capable de faire un tel album à 46 ou 49 ans. C'est ma dernière chance »[p 2]. Après les premières démos et avant même la première session d'enregistrement, Grohl dit lui-même que ce sera leur production la plus puissante. Vig le prend alors au mot et définit ainsi leur travail : « ça doit être accrocheur, puissant et tout en analogique »[p 2],[14]. Pour cela, ils essayent de trouver un équilibre entre « la guitare rythmique de Grohl comme fondation, la mélodie claire et aiguisée de celle de Shiflett et le son agressif de celle de Smear »[1]. Le chanteur explique qu'« avec ces trois guitares, vous devez faire très attention parce que cela peut venir devenir le bordel. Mais lorsque chacun joue très bien sa partie, ça donne quelque chose de très orchestré ». Smear se sert d'ailleurs d'une guitare baryton, avec un son plus lourd, pour trancher avec les deux autres guitares : « si on sent qu'une section n'est pas assez puissante, on y met la baryton et ça devient énorme »[p 7]. De même, Hawkins ajoute beaucoup de roulements de tambours à ses partitions sur le conseil de Vig, spécialité de Ian Paice, batteur de Deep Purple que le producteur adore[p 11].

Les paroles des chansons sont écrites durant la semaine dédiée à chacune d'entre elles et sont le reflet de ce que Grohl « avait en tête sur le moment »[p 8]. Il met ainsi « en perspective la différence entre ce qu'il était à ce moment-là et ce qu'il est aujourd'hui »[p 17], mais plus généralement, il se réfère au passé, à la vie et à la mort[p 2]. Pour lui, ce rapport au temps « n'est pas ce qui importe le plus. Seulement, de nombreuses personnes se concentrent sur ce qui s'est passé mais oublient ce qui pourrait se passer »[p 18]. Il explique que ce travail d'introspection et de rétrospection est motivé par la nostalgie de faire un album à l'ancienne, mais également de collaborer de nouveau avec Vig[p 8]. En effet, celui-ci « l'a beaucoup aidé à repartir, renaître et traverser la tragédie pour se remettre dans le droit chemin »[p 2], se référant au suicide de son ami Kurt Cobain qui met fin à Nirvana en avril 1994 et qui l'inspire en partie pour la chanson I Should Have Known : « elle est à propos de tous les gens que j'ai perdus, pas juste Kurt »[p 8]. Il continue en parallèle d'écrire des morceaux moins graves et à l'atmosphère plus détendue, tels que White Limo dont les paroles sont terminées en moins de deux minutes[p 2]. Mendel l'encourage d'ailleurs à aller dans cette voie, lui envoyant un courriel où il lui dit qu'il « aime ses chansons stupides et qui ne veulent rien dire », ajoutant que Grohl « n'est pas obligé d'essayer d'écrire Imagine à chaque fois qu'il prend un crayon et du papier »[p 18].

Titre et pochette[modifier | modifier le code]

Le titre de l'album provient de la chanson Miss the Misery, que Grohl décrit comme « convenant parfaitement à la situation : [gaspiller de la lumière], c'est tout à fait ce que nous faisons ». Il explique que « le groupe a toujours enregistré ses albums comme si c'était le dernier » et en donnant à chaque fois le maximum : « nous sommes ici pour une courte période, nous sommes chanceux d'être en vie, chanceux d'être un groupe. Je ne prends rien pour acquis. Je ne veux pas regarder derrière, juste aller de l'avant »[111].

Chaque copie de la première édition CD de Wasting Light est vendue avec un bout de bandes analogiques ayant servi pour l'enregistrement. Grohl décrit ce choix comme une « façon originale de détruire toutes les cassettes, tout en les donnant aux fans », ce qui n'aurait pas été possible avec le numérique. Cela permet aussi d'apaiser les techniciens qui ont participé à l'album qui s'inquiétaient de ce qu'elles allaient devenir[5]. Le design et l'artwork de la pochette sont réalisés par le studio Mornin Breath Inc. de New York, qui a conservé l'idée de base de ne pas utiliser d'ordinateur. Ainsi, ils se sont servis « d'anciens outils du commerce », c'est-à-dire de photocopieurs, d'encre transparente et de scalpels X-Acto pour un résultat en quadrichromie[112].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Liste des chansons et versions[modifier | modifier le code]

Toutes les chansons sont écrites et composées par Foo Fighters

No Titre Durée
1. Bridge Burning 4:46
2. Rope 4:19
3. Dear Rosemary 4:26
4. White Limo 3:22
5. Arlandria 4:28
6. These Days 4:58
7. Back & Forth 3:52
8. A Matter of Time 4:36
9. Miss the Misery 4:33
10. I Should Have Known 4:15
11. Walk 4:16

Crédits[modifier | modifier le code]

Interprètes[modifier | modifier le code]

Foo Fighters

Musiciens additionnels

Équipe de production[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Ouvrage[modifier | modifier le code]

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Articles de presse[modifier | modifier le code]

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