Heimatfilm

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Les films de terroir allemands ou Heimatfilm, dont la majorité furent tournés dans les années 1950 et 1960, suivent un canevas où certaines constantes ne sont pas sans rappeler certains drames des romans de Jean Giono :

  • une région reculée, réputée pure loin de la ville « souillée ». L’idée de terroir permettait de renouer au travers des traditions régionales séculaires avec une sorte de paradis perdu, une identité exempte du nouveau péché originel que constituait pour la société allemande l’intermède nazi. La plupart du temps, cette région était incarnée par la campagne bavaroise ou de la Forêt-Noire où les gens étaient restés attachés à leurs dialectes et traditions locales. En musique, avec les orchestres typiques, les mélodies aux lignes musicales caractéristiques comme le chant tyrolien (appelé jodeln) et les danses en costumes, la danse des hommes en culotte de peau, avec claques des mains sur les cuisses et les talons (Schuhplattler), les claquements de fouet de cocher (Schnalzler), des instruments comme la cithare alpine. Le reste de l’Allemagne considérait les habitants de ces régions avec un mélange de curiosité jalouse et de condescendance bienveillante, semblable à l’attitude des Français non provençaux vis-à-vis du « petit monde pittoresque de Marcel Pagnol »  : hommes prompts à la castagne, ambiance de fête de la bière, langage imagé et haut en couleur. Rares furent les films situés dans la lande de Lunebourg entre Hanovre et Hambourg ou au bord du Rhin romantique, aux berges couvertes de vignobles. Le rendu du langage dans le dialecte local, inexistant au début, devient de plus en plus réaliste dans les films de la période naturaliste récente, après la pause des années 60 et 70 marquées par la « nouvelle vague du cinéma allemand » de Rainer Werner Fassbinder, Wim Wenders, Herbert Achternbusch, Werner Herzog, etc. Pour bien comprendre l'engouement du public et le succès de ces films, il faut se replacer dans le contexte de l’époque et garder à l’esprit que trente pour cent de la population allemande avaient fui les territoires situés à l’Est (Silésie, Poméranie, Prusse-Orientale, devant l’avance de l’Armée rouge qui se vengeait souvent sur les populations civiles des exactions commises par la Wehrmacht et la Waffen-SS en Union soviétique) ou même les Sudètes (expulsés de Tchécoslovaquie suite aux décrets controversés de Edvard Benes, assimilables à une « purification ethnique », retour de bâton de la politique d’annexion de Adolf Hitler). Ils arrivaient dans des villes en ruines suite aux bombardements alliés et se trouvaient dans la situation de personnes déplacées cherchant un travail, un toit et de quoi manger, forcément mal accueillis par des habitants eux-mêmes affamés, à la rue et sans travail, sujet qui fut aussi traité dans certains films.
  • une intrigue généralement basée sur un conflit qui fait voler en éclats l’harmonie de façade de ce microcosme : cupidité, problèmes d’héritage (Björndal) ou de mariages arrangés, incompatibilités de milieux sociaux (un noble aime une roturière, fille de pêcheur), où le braconnier symbolise l’homme libre, où les égoïsmes se déchaînent… Cependant, ils finissent généralement, sinon toujours, bien, le traumatisme de la guerre ayant comblé le besoin de drames-catastrophes pour quelque temps (happy end obligé : Hollywood est-il passé par là ?).
  • Ils sont généralement manichéens : le personnage principal est un individu qui lutte contre l'injustice ou une femme indépendante qui lutte pour s’imposer dans un monde de machos grossiers (Geierwally, Dame Gretl).

Les films de la période tardive ne furent cependant plus que des comédies musicales, un peu simplistes, des publicités pour ces régions devenues touristiques avec comme scène répétitive l’arrivée en Mercedes de Berlinois stressés dans la ferme auberge fleurie et ensoleillée, près des lacs alpins idylliques Königssee, Wörthersee, etc.

Les films de terroir de la RDA[modifier | modifier le code]

La République démocratique allemande produisit aussi quelques films de terroir dont l'intrigue concernait plutôt les problèmes d'intégration du monde rural individualiste dans la société collectiviste.

  • Einmal ist keinmal et Schlösser und Katen de Kurt Maetzig, 52 Wochen sind ein Jahr de Groschop.

Titres des films les plus marquants[modifier | modifier le code]

  • Die Geierwally, La Fille au vautour, (La Wally au « vautour » - en fait, un aigle dans le patois bavarois). Ce film a connu plusieurs remakes depuis 1937, le plus récent avec Christine Neubauer – et un véritable aigle à la place du vautour utilisé dans une des versions précédentes…
  • Schweigen im Walde (Le silence de la forêt)
  • Klosterjäger (Le chasseur du cloître)
  • Der Herrgottschnitzer von Ammergau (Le sculpteur sur bois de Ammergau) de Reinl.
  • Der Jäger von Fall (Le chasseur de Fall)
  • Der Meineidbauer (Le paysan parjure)
  • Sissi (notamment le premier film de la série, avec Romy Schneider en princesse déguisée en paysanne, rencontrant l’empereur d’Autriche François-Joseph déguisé en chasseur…)
  • Das Erbe von Björndal (L’héritage de Björndal) de Bernard Vicky
  • Das Schwarzwaldwädel (La fiancée de la Forêt-Noire)
  • Rosenblühen auf dem Heidegrab (Roses en fleurs sur la tombe dans la Lande)
  • Heiße Ernte (Moisson ardente)
  • Hohe Tannen (Grands sapins)
  • Die Schlesier (Les Silésiens)
  • Der plötzliche Reichtum der Leute von Kronbach (La richesse soudaine des gens de Kronbach)
  • Scharzwaldmelodie (La mélodie de la Forêt-Noire)
  • Wenn am Sonntagabend die Dorfmusik spielt (Lorsque la musique retentit le dimanche soir)
  • Jagdszenen in Niederbayern (scènes de chasse en Basse-Bavière)
  • Sternsteinhof (La ferme Sternstein)
  • La famille Trapp
  • Wer früher stirbt, ist länger tot (Qui meurt tôt, reste mort plus longtemps)
  • Hölleisengretl (titre officiel français Dame Gretl, ou en traduction libre : Margot, la fermière de la ferme Hölleisen)

Réalisateurs[modifier | modifier le code]

Hans Deppe, Ewald Andre Dupont, Hans Werner Geissendorfer, Reinhard Hauff, Wolfgang Liebeneiner, Gustav Micky, Harald Reinl, Leni Riefenstahl, Rudolf Schindler, Hans Steinhoff, Luis Trenker, Joseph Vilsmaier,

Liens externes[modifier | modifier le code]