Cinéma fantastique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le cinéma fantastique est un genre cinématographique regroupant des films faisant appel au surnaturel, à l'horreur, ou aux monstres. L’intrigue d’un film fantastique se fonde sur des éléments irrationnels, ou irréalistes. Le cinéma fantastique se caractérise par sa grande diversité : il regroupe des œuvres inspirées du merveilleux, des films d'horreur faisant appel au surnaturel, et à l'épouvante, au cauchemar à la folie. Quoique représentant un genre à part entière les films de science-fiction, se rattachent au genre en mettant en scène des faits considérés comme impossibles, et qui s'accompagnent pour certains d'entre eux, d'horreur et d'épouvante (the Thing de John Carpenter). Au cinéma, le fantastique est un genre qui prend son origine dans la littérature fantastique, et qui a commencé par adapter les grand roman du genre, comme Frankenstein et Dracula.

L'histoire de ce genre se découpe en plusieurs période, avec l'expressionisme allemand à l'époque du cinéma muet, le fantastique hollywoodien des années 1930 et 1940, les années 1960 qui voient l'essort des fims britanniques de la Hammer, la révolution du cinéma gore à partir des années 1970 et 1980, jusqu'aux blockbusters en images de synthèses des années 2000.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les précurseurs du muet[modifier | modifier le code]

Le premier réalisateur ayant abordé le fantastique au cinéma est Georges Mélies, qui fut aussi le précurseur des effets spéciaux au cinéma[1]. Son Voyage dans la lune constitue le premier essai de film de science-fiction. Il est aussi le premier a réaliser un film sur le thème du vampire avec le Manoir du diable en 1896[2].

L'expressionisme allemand[modifier | modifier le code]

Après la première guerre mondiale, l'expressionnisme allemand fait du fantastique un genre à part entière dans le cinéma. Les cinéastes de ce courant développent une esthétique adaptée à ce genre, dans un contexte marqué par les traumatismes de la guerre, les crises et dépressions économiques durant la République de Weimar, et la montée du nazisme[1]. Le film précurseur de ce mouvment est l'Étudiant de Prague de Stellan Rye et Paul Wegener réalisé en 1913[3]. Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene est le premier film marquant qui jette les bases de ce style, par son histoire angoissante, les maquillages et gestes outranciers des personnages, les perspectives déformées et les forts contrastes d'ombres et de lumières[4]. Autre film marquant, Nosferatu le vampire que Murnau tourne en 1922, et qui représente la première adaptation du roman de Bram Stocker Dracula[5].

Le fantastique hollywoodien durant le parlant[modifier | modifier le code]

Boris Karlof maquillé en monstre de Frankenstein par Jack Pierce pour la Fiancée de Frankenstein

Dans le domaine du fantastique, le cinéma muet hollywoodien est principalement marqué par la collaboration entre le réalisateur Tod Browning et son acteur de prédilection Lon Chaney. Celui-ci, surnommé l'homme aux milles visages, pour sa faculté à se maquiller, va se spécialiser dans l'incarnation de personnages monstrueux, tel Le Fantôme de l'Opéra, ou le Quasimodo de Notre Dame de Paris[6].

Mais c'est avec l'apparition du parlant dans les années 1930, que le genre va connaître la consécration à Hollywood. Les cinéastes américains sont influencés par l'expressionnisme, dont plusieurs de leurs homologues allemands émigrés aux États-Unis avaient fait connaître les œuvres. Deux firmes, la RKO Pictures et Universal Pictures vont produire plusieurs classiques du film fantastique et d'horreur[7]. Le succès de Dracula de Tod Browning va amener Universal à lancer toute une production de film d'horreur autour de monstres emblématiques, hormis Dracula, le monstre de Frankenstein, la Momie, le loup-garou[8]. Bela Lugosi et Boris Karloff deviennent les acteurs représentatifs de l'entre deux guerre. Tandis que RKO après avoir produit deux grands succès, Les Chasses du comte Zaroff, et King Kong devenu un classique du genre, va ensuite se spécialiser dans le film d'horreur et d'angoisse de série B en produisant plusieurs films de Jacques Tourneur et Robert Wise dont la Féline, Vaudou, la Malédiction des hommes-chats et le Récupérateur de cadavres[8].

Après le succès de Dracula, Tod Browning va réaliser pour la Metro-Goldwyn-Mayer l'un des films d'horreur les plus controversés du cinéma, la Monstrueuse Parade, qui mettait en scène de véritables monstres humains et phénomène de foires, dont l'échec commercial retentissant a eu des conséquences sur la carrière du réalisateur[9].

Le fantastique onirique de la seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le cinéma fantastique durant la Seconde Guerre mondiale, va délaisser les films de monstres, pour s'orienter vers des histoires d'angoisse et d'onirisme, et ce, non seulement à Hollywood, mais aussi en Europe. Les thèmes tournent autour des fantômes, du diable et des adaptations de contes de fées. Le contexte de l'époque explique le choix de ces thèmes, le public voulant s'évader à travers ces films de la réalité traumatisante de la guerre[10]. Le réalisateur américain le plus productif dans ce genre fut Jacques Tourneur — fils du réalisateur français Maurice Tourneur —, qui privilégie les effets suggestifs de peur, plutôt que de la montrer directement[8]. Albert Lewin adapte en 1944 un classique de la littérature fantastique le Portrait de Dorian Gray dont les effets spéciaux du film en noir et blanc reposent sur la décomposition du portrait filmé en couleur, qui montre dans toute son horreur la corruption de l'âme de dorian Gray[11].

En Europe des réalisateur français et danois sont les principaux représentants de cet onirisme fantastique. Le Diable devient l'un des personnages récurrents. Avec Dies Irae dix après son précédent film Vampyr, Carl Theodor Dreyer revenait à la réalisation avec un film traitant de la sorcellerie et du satanisme[12], tandis que Maurice Tourneur réalise la Main du diable, et Marcel Carné les Visiteurs du soir, en pleine occupation de la France[12]. Jean Cocteau réalise dans l'immédiate après-guerre, l'un des classiques du film onirique, adaptation d'un conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, La Belle et la Bête, film marquant pour ses effets spéciaux[13], et le maquillage de la bête incarnée par jean Marais.

Monstres et mutants de l'ère atomique[modifier | modifier le code]

C'est dans le contexte de la fin de la seconde guerre mondiale, marqué par les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, et le début de la guerre froide, que les monstres font leurs retour dans le cinéma fantastique. Des monstres d'un type nouveau, font leurs apparitions dans un cinéma américain orienté vers l'anticipation et qui voit l'essor du cinéma de science-fiction. Ils sont les résultats de mutations atomiques ou d'expériences scientifiques, ainsi que des extra-terrestres de différentes formes[14]. Jack Arnold est l'un des réalisateurs les plus représentatif de cette période, dont les films mettent en scènes des créatures mutantes avec l'Étrange Créature du lac noir, et Tarantula !, sur une araignée devenue géante, résultats des expériences d'un savant fou[15], en 1957 il réalise l'Homme qui rétrécit d'après une histoire de Richard Matheson, considéré comme son chef-d'œuvre[16].

Le Japon, pays bombardé par la bombe atomique, va développer tout un cinéma de faune post-atomique, produit par la Tōhō. Ishirō Honda principal représentant de ces films de Kaijū réalise Rodan, Mothra et surtout le plus célèbre du genre, Godzilla[17].

Renouveau du fantastique au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Christopher Lee dans Le Cauchemar de Dracula.

Alors que le film d'horreur est délaissé aux États Unis au profit de la science-fiction, c'est du Royaume-Uni que le genre retrouve une nouvelle jeunesse à partir du milieu des années 1950. Un film fait figure de précurseur, Au cœur de la nuit film à sketches réalisé en 1945[18]. En 1955 la Hammer Film Productions se lance dans la production de films fantastiques avec le Monstre de Val Guest à la fois film d'horreur et de science-fiction[19], suivent toute une série de films qui renouvellent les thèmes classiques du fantastique qui avait fait le succès de la Universal. Terence Fisher inaugure le genre avec Frankenstein s'est échappé avec comme acteurs principaux Peter Cushing et Christopher Lee, acteurs récurrents et emblématiques du cinéma d'horreur des années 1960. La Hammer inaugure le style du fantastique gothique, marqué par le réalisme des scènes d'horreur et l'introduction de l'érotisme, là où Universal était contraint d'édulcorer ces scènes à cause du code de censure Hays[19]. À la suite du succès du Cauchemar de Dracula, la Hammer va exploiter le filon, en mettant en scène tous les classiques du fantastique. Hormis Dracula et Frankenstein, suivent le lycanthrope de La Nuit du loup-garou, la momie de La Malédiction des pharaons, Le Fantôme de l'Opéra, Les Deux Visages du Docteur Jekyll[20]. Dans un autre registre la Hammer produit aussi plusieurs films à thème préhistorique et de créatures fantastiques, lancés par le succès de La Déesse de feu et surtout Un million d'années avant J.C. de Don Chaffey avec les effets spéciaux de Ray Harryhausen notoire aussi pour Jason et les Argonautes et la série des Sinbad le marin[21].

L'apogée du gothique[modifier | modifier le code]

Affiche du film le Corbeau de Roger Corman (1963).

À la suite du succès des films de la Hammer, l'esthétique gothique domine dans le cinéma fantastique des années 1960. Aux États Unis ce genre s'impose avec les films à petits budgets de Roger Corman cinéaste et producteur, qui adapte avec succès les œuvres d'Edgar Poe et Lovecraft en collaboration avec Richard Matheson et Charles Beaumont qui étaient les scénaristes réguliers de la série alors en vogue à la télévision américaine la Quatrième Dimension[22], et avec comme acteur de prédilection Vincent Price[19] pour les films, La Chute de la Maison Usher, L'Empire de la Terreur, Le Corbeau, et Le Masque de la mort rouge. Inspiré par les théories freudiennes de Marie Bonaparte interprétant les contes de Poe en tant que rêves, Corman insiste sur des atmosphères oppressantes, et, à la différence de la Hammer, avec peu d'effets horrifiques[22].

Les grands studios vont aussi aborder cette esthétique avec la Maison du diable de Robert Wise film de fantômes dont l'épouvante repose sur des effets sonores[23], autre film de fantômes reposant sur une esthétique gothique et des effets suggestifs les Innocents de Jack Clayton d'après Henry James[24]. Roman Polanski fait référence aux films de la Hammer et de Corman avec son Bal des Vampires sorti en 1968[25].

En Italie, Riccardo Freda réalise en 1956 les Vampires film qui introduit le genre[26], son chef opérateur dans ce film Mario Bava passe à la réalisation et devient l'un des principaux représentant du gothique, avec son film le Masque du démon qui révéla l'actrice Barbara Steele comme figure emblématique du fantastique italien[27]. Le troisième représentant et le plus productif est Antonio Margheriti surnommé « le Roger Corman italien » et qui, comme ses confrères, prend un pseudonyme anglo-saxon comme nom d'artiste, en l'occurrence Anthony Dawson[28]. À la fin des années 1960 le genre décline, la plupart les cinéastes se tournant vers le Western Spaghetti[28].

En Espagne le principal représentant du gothique est Jesús Franco avec les films L'Horrible Docteur Orlof, les Yeux verts du diable et les Nuits de Dracula[29].

Le réalisme fantastique des années 1960-70[modifier | modifier le code]

Dans le courant des années 1960 , en parallèle au gothique, se développe une autre forme de fantastique plus ancré vers le réel et dans un contexte contemporain. Un film de 1936 annoncait cette tendance, le Mort qui marche de Michael Curtiz[30]. Alfred Hitchcock tourne alors deux de ses films les plus emblématiques Psychose et les Oiseaux, film qui préfigure le cinéma catastrophe[31]. Après le Bal des Vampires, Roman Polanski marque la filmographie du fantastique avec Rosemary's Baby film qui relance la thématique du diable et qui trouve son aboutissment avec le succès retentissant de l'Exorciste de William Friedkin, et de la série des Malédiction[25]. À la différence des films de diables des années 1920 ou 1940 qui adaptaient plus ou moins librement le mythe de Faust, les films des années 1960 et 70, s'articulent autour du thème de la possession[32].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pelosato 1998, p. 61.
  2. Pelosato 1998, p. 43.
  3. Henry 2009, p. 22
  4. Pelosato 1998, p. 62
  5. Pelosato 1998, p. 224
  6. Pelosato 1998, p. 89
  7. Pelosato 1998, p. 65
  8. a, b et c Pelosato 1998, p. 64
  9. Alain Pelosato 1998, p. 249
  10. Le Cinéma, tome 4, p. 852
  11. Pelosato 1998, p. 148
  12. a et b Le Cinéma, tome 4, p. 846
  13. Le Cinéma, tome 4, p. 847
  14. Le Cinéma, tome 4, p. 904
  15. Le Cinéma, tome 4, p. 912
  16. Le Cinéma, tome 4, p. 913
  17. Henry 2009, p. 32
  18. Le Cinéma, tome 4, p. 928
  19. a, b et c Pelosato 1998, p. 65
  20. Le Cinéma, tome 5, p. 1247
  21. Le Cinéma, tome 5, p. 1248
  22. a et b Pelosato 1998, p. 102
  23. Pelosato 1998, p. 85
  24. Pelosato 1998, p. 155
  25. a et b Henry 2009, p. 40
  26. Henry 2009, p. 38
  27. Pelosato 1998, p. 98
  28. a et b Le Cinéma, tome 7, p. 1771
  29. Pelosato 1998, p. 137
  30. Pelosato 1998, p. 66
  31. Henry 2009, p. 39
  32. Pelosato 1998, p. 84

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Marmin (dir.), Le Cinéma : Grande histoire illustrée du 7e art, t. 4, 5, 7, Paris, éditions Atlas,‎ 1983 (notice BnF no FRBNF34306501)
  • Alain Pelosato, Le Cinéma fantastique, Pantin, éditions Naturellement,‎ 1998 (ISBN 2-910370-40-2)
  • Frank Lafond, Cauchemars américains : fantastique et horreur dans le cinéma moderne, Liège, éditions du Céfal,‎ 2003 (ISBN 2871301220)
  • Franck Henry, Le Cinéma Fantastique, Paris, Cahiers du cinéma : SCÉRÉN-CNDP, coll. « Les petits cahiers »,‎ février 2009 (ISBN 978-2-86642-544-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]