Manufacture nationale de Sèvres

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48° 49′ 43″ N 2° 13′ 21″ E / 48.82861, 2.2225 ()

Porcelaine française
Image illustrative de l'article Manufacture nationale de Sèvres
Manufacture de Saint Cloud
bol en porcelaine tendre, 1700–1710

La Manufacture nationale de Sèvres est l'une des principales manufactures de porcelaine européennes. Elle est située à Sèvres, dans le département des Hauts-de-Seine, en France.

La manufacture fut successivement, au fil des régimes politiques, manufacture royale, impériale puis nationale. Toujours en activité, la manufacture poursuit l'édition d'objets créés depuis 1740. Sa production est aussi largement orientée aujourd'hui vers la création contemporaine. Elle est devenue en 2010 la Cité de la céramique, avec le Musée national de Céramique et, depuis 2012, avec le Musée national de la porcelaine Adrien-Dubouché à Limoges.

Historique[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Manufacture de Sèvres, par Michallon.

En 1740, la Manufacture de Vincennes est fondée, grâce au soutien de Louis XV et de Madame de Pompadour, afin de concurrencer les productions de Chantilly et de Meissen. En 1756, la manufacture est transférée à Sèvres dans un bâtiment construit à l'initiative de Madame de Pompadour, à proximité de son château de Bellevue.

Long de 130 mètres et haut de quatre étages, il est édifié entre 1753 et 1756 par l'architecte Lindet à l'emplacement de la ferme dite « de la Guyarde ». De part et d'autre du pavillon central, surmonté, à l'étage des combles, d'un fronton sans sculpture portant l'horloge de l'ancienne Verrerie royale, le bâtiment se développe sur deux longues ailes terminées, aux deux extrémités, par des pavillons d'angle. Le pavillon central est précédé d'une cour dite du public, fermée par une grille en fer forgé. Face à la manufacture est aménagée une demi-lune pour permettre le stationnement des carrosses des visiteurs.

Au rez-de-chaussée, le bâtiment renfermait les réserves de terres, le bucher et les dépôts de matières premières. Le premier étage abritait les ateliers de moulage, de plâtrerie, de sculpture et de gravure ainsi que les fours. Au deuxième étage se trouvaient les sculpteurs, tourneurs, réparateurs et garnisseurs. Enfin, l'étage sous comble abritait les peintres, doreurs, animaliers et figuristes.

La manufacture est rattachée à la Couronne en 1759.

La mise au point de la porcelaine dure[modifier | modifier le code]

Pièces du service « à frise riche en couleurs et riche en or » livré par la manufacture pour la reine Marie-Antoinette en 1784.

À l'origine, la manufacture produisait une porcelaine tendre. En 1768, le pharmacien bordelais Vilaris et son ami Jean-Baptiste Darnet découvrent le premier gisement de kaolin sur le sol français, à Saint-Yrieix-la-Perche au sud de Limoges. Le 13 février 1771, le Comte de Thy de Milly de l'Académie royale des sciences de Paris, communique à l’académie royale des sciences un mémoire sur la composition de la porcelaine dure. Ce mémoire sera publié en 1777 dans l’encyclopédie au tome 7 nommé : Art de la porcelaine. Ces travaux sont issus de ses observations effectués dans les différentes manufactures établies en Allemagne notamment en Saxe. « Jusqu'à cette époque, on n’avait fait dans les manufactures de porcelaine établies en France, sans excepter celle de Sèvres, que des porcelaines vitreuses, qui n’avaient aucune des qualités réelles…. »[1].

La porcelaine dure est commercialisée à Sèvres dès 1770.

De 1800 à 1847, la manufacture prend son essor et acquiert sa renommée internationale sous la direction d'Alexandre Brongniart, nommé par Claude Berthollet.

En 1875, la manufacture est déplacée dans des bâtiments spécialement construits par l'État français, en bordure du parc de Saint-Cloud. C'est toujours dans ces lieux, classés Monument historique, que la production se poursuit.

Les femmes à la manufacture royale[modifier | modifier le code]

À la Manufacture de Vincennes, en plein développement, en 1748, on crée une "fleurisserie" composée d'une vingtaine de jeunes filles sous la direction de Mme Gravant. Elle sera en activité jusqu'en 1753, date à laquelle l'on interdira les femmes au sein de la manufacture. Sèvres comptera, en 1756, deux cents employés de sexe masculin.

« […] les rares femmes qui continuèrent de travailler à Vincennes puis à Sèvres, après cela (la fleurisserie), le firent désormais chez elles, apportant et reprenant chaque jour, en dépit des risques de casse, les ouvrages délicats de peinture ou de brunissage » [2].

La fabrication de la porcelaine[modifier | modifier le code]

Pierres à moudre

Le kaolin provenait traditionnellement de Saint-Yrieix, près de Limoges. Actuellement, les sources se sont diversifiées. La couverte, destinée à être appliquée comme émaillage sur la pâte de kaolin après cuisson, est constituée principalement de pegmatite de Marcognac, mélange de feldspath et de quartz[3].

Le bleu de Sèvres est une couleur caractéristique de la manufacture. Il s'agit d'un oxyde de cobalt qui est incorporé dans la couverte.

Les fours du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Four à céramique de Sèvres.
Dictionnaire de chimie industriel (Barreswil, A. Girard) 1864

Le céramiste Ambroise Milet entre à la manufacture où il sera nommé successivement « Directeur des fours et des pâtes » et « Chef de fabrication » avant de quitter la manufacture en 1883 à 54 ans. L'une des plus grandes tâches qu'Ambroise Milet aura à mener sera la construction de six grands fours à bois en 1877. Ces fours sont aujourd'hui classés monuments historiques.

  • les fours se composent d'un corps cylindrique séparé en 3 niveaux, celui du bas dénommé premier laboratoire (diamètre 2,60 m hauteur 3 m), au milieu le second laboratoire (diamètre 2,60 m hauteur 2 m), et en haut le cône de cheminée (2 m). L'alandier est une ouverture dans le bas du premier laboratoire (hauteur 1 m largeur 0,58 m et profondeur 0,29 m)[4].
  • Dans la voute, entre le premier et le deuxième laboratoire, se trouve un grand carneau au centre et 9 petits sur le pourtour. Ces carneaux permettent de guider les flammes et d'évacuer les gaz brulés. Des grilles appelées garde-feux y sont disposés pour diviser la flamme.
  • Dans le bas du deuxième laboratoire de petits alandiers permettent d'augmenter encore la température. Le four possède quatre foyers pour bien répartir la chaleur.
  • Le bois utilisé pour chauffer les fours est exclusivement du bois de bouleau. Sa combustion forte et rapide est uniforme, sa flamme est longue et il dégage peu de cendres. Ce bois est le seul capable de porter le four aux températures recherchées (petit feu vers 800 °C, grand feu vers 1 300 °C). La cuisson se fait avec des buches de 73 cm de longueur.
  • Dans ce même four le biscuit peut être cuit en 15 à 16 heures, et le vernis ou glaçure en 11 à 12 heures.

Une cuisson nécessite 25 stères de bois qui seront brulées en 48 heures avec une technique précise de montée en température. Le four met ensuite entre quinze et vingt jours pour refroidir. Le mur qui obstrue la porte est démantelé pour le défournement.

Une centaine de pièces sont cuites en même temps, en fonction de leur taille et de leur encombrement.

La cuisson dans ces fours donne des qualités d'émaux inégalables impossibles à obtenir avec d'autres techniques de chauffe. La très grande uniformité de la chaleur dans le four et le refroidissement extrêmement progressif explique ces qualités. Par ailleurs, ces fours sont les seuls capables de produire des pièces de taille exceptionnelle, dont Sèvres s'est fait une spécialité.

La dernière grande cuisson au bois a eu lieu en octobre 2006. Près de 180 pièces ont été mises à l'Epreuve du Feu, nom de l'exposition qui a ensuite présenté ces pièces, dans la Galerie Parisienne de la manufacture, avant d'être dispersées. Près d'un an de travail de l'ensemble des ateliers a été nécessaire pour fabriquer et décorer les pièces. L'ouverture du four, comme sa mise à feu ont été retransmises en direct à la télévision. La prochaine cuisson au bois sera indiquée sur le site officiel de la manufacture.

En dehors de ces cuissons exceptionnelles, la manufacture utilise des fours électriques pour toute sa production courante.

Galerie[modifier | modifier le code]

La manufacture aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Tasses à thé du service Litron, sorties d'un « four de blanc », portant la marque de la Manufacture.

Jusqu'en 2009, la Manufacture nationale de Sèvres fut un service à compétence nationale du ministère français de la culture et de la communication.

Au 1er janvier 2010, elle forme, avec le Musée national de la céramique, l'établissement public Sèvres - Cité de la céramique en vertu du décret du 26 décembre 2009[5]. Le 1er mai 2012, le musée national de la porcelaine Adrien-Dubouché est également rattaché à cet établissement public qui prend le nom de Cité de la céramique - Sèvres et Limoges[6].

Au sein de cet établissement public, sa mission, identique depuis ses origines en 1740, est de produire des objets de céramique d’art selon des techniques artisanales, que ce soit des rééditions de modèles anciens ou bien des créations contemporaines. Elle assure la diffusion de sa production à la fois destinée aux besoins de l’État et à la vente commerciale et se charge de promouvoir la recherche technologique et artistique dans le domaine de la céramique. Ses créations se concentrent sur les pièces de haut de gamme, perpétuant un artisanat d'excellence qui néglige cependant la dimension industrielle de la production céramique.

Les créations de la manufacture sont visibles dans seulement deux galeries : la première à Sèvres, et la seconde au cœur de Paris, dans le 1er arrondissement, entre le Louvre et la Comédie Française. La manufacture organise en outre de nombreuses expositions dans le monde, et participe à de nombreux salons et foires d'art contemporain.

Les artistes[modifier | modifier le code]

Buste de Napoléon d'après Antoine-Denis Chaudet (Louvre, 1811)
Plat en porcelaine dure de Sèvres, d'un cabaret de 8 pièces, décors polychrome et or au chiffre de Paul Petrovitch, 1773 - Musée national de céramique - Inv n° MNC 5273

En raison de sa réputation d'excellence et de son prestige, la manufacture a toujours su attirer les meilleurs artistes de son temps. Parmi les plus connus, on peut noter :

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Art de la porcelaine page 147
  2. Bleu de Sèvres (1759-1769), Jean-Paul Desprat, ed. du Seuil, Paris, juin 2006
  3. D'Albis A, La verseuse du Déjeuner égyptien de la duchesse de Montebello, étapes d'une fabrication, L'objet d'art, mars 2008 n°36, p 29-9
  4. Page 469 Tome second - deuxième édition -Traité des arts céramiques, ou des poteries, considérées dans leur histoire - par Alexandre Brongniart, Louis-Alphonse Savétat - Chez Béchet jeune, libraire éditeur 22 Rue Monsieur-le -prince à Paris - janvier 184 - Archive de Ashmolean museum library - numérisé par Google Books
  5. Décret n° 2009-1643 du 24 décembre 2009 portant création de l’Établissement public Sèvres - Cité de la céramique.
  6. Décret n° 2012-462 du 6 avril 2012 relatif à l'établissement public Cité de la céramique – Sèvres et Limoges.

48° 49′ 43.78″ N 2° 13′ 24.63″ E / 48.8288278, 2.2235083 ()