Porcelaine de Limoges

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La porcelaine de Limoges est née, entre 1765 et 1770, de la découverte de kaolin à proximité de Limoges, matériau indispensable à la production de cette céramique dure et translucide.

Porcelaine française
Image illustrative de l'article Porcelaine de Limoges
Manufacture de Saint Cloud
bol en porcelaine tendre, 1700–1710
Dessous d'une coupe à décor végétal européen (d'une paire). Dynastie Qing, fin de la période Kangxi (1662-1722).
Porcelaine chinoise destinée à l'exportation, imitant une coupe émaillée de Limoges du XVIIe siècle, et portant le monogramme de Jacques Laudin. Musée Guimet, Paris.

Appellation[modifier | modifier le code]

L’indication d’origine « Limoges » ne bénéficie pas de la reconnaissance et de la protection d’une appellation d’origine. Cependant, depuis une décision du tribunal de commerce de Limoges, en 1962, la dénomination « Limoges » est réservée à la porcelaine fabriquée et décorée à Limoges[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Marcognac, site d'extraction du kaolin

François Xavier d'Entrecolles, père jésuite résidant à Jingdezhen, en Chine, étudia et révéla en 1712 la composition et les secrets de fabrication de la porcelaine chinoise. Il est à l'origine de la production de la porcelaine véritable en France et en Europe et en particulier à Limoges .

Il détailla la technique de fabrication de la porcelaine chinoise dans deux lettres restées célèbres, en date du 1er septembre 1712 et du 25 janvier 1722[2]. Tout au long du XVIIIe siècle arriveront en France nombre d’albums illustrés reproduisant les différents stades de la fabrication[3], ainsi que des échantillons de kaolin, qui se révéleront fondamentaux pour la production de la porcelaine véritable.

L'industrie de la porcelaine à Limoges[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Des grèves ouvrières très dures éclatent en 1905, ce sera la révolte des porcelainiers. Le parti communiste et les syndicats ouvriers font le plein d'adhésions.
Usine de porcelaine Haviland au début du XXe siècle : les tonneaux de porcelaine sont prêts à l'expédition vers les États-Unis.

Si l'on met à jour une substance très proche des kaolins en Saxe dès 1705, le gisement de Saint-Yrieix-la-Perche, proche de Limoges, n'est découvert qu'en 1767 par, semble-t-il, le chirurgien Jean-Baptiste Darnet, qui signale à un apothicaire l’existence de terre blanche utilisée par sa femme pour faire sa lessive. C'est à ce gisement que Limoges doit d'être la capitale de la porcelaine en France.

En 1769, Louis XV achète le gisement, faisant de la production de porcelaine un privilège royal. C'est seulement à partir de cette date qu'on a le droit de fabriquer de la porcelaine en France. La fondation de la première manufacture de porcelaine limousine, celle des frères Grellet et Massié-Fournérat, date de 1771. En 1774, la manufacture de Limoges passe sous la protection du comte d'Artois[4]. Cette manufacture restera de 1784, date d'obtention officielle du titre de manufacture royale, à 1794, une annexe de Sèvres.

L'époque des grandes manufactures[modifier | modifier le code]

Mise à mal durant la période révolutionnaire, l'industrie porcelainière reprend son expansion avec François Alluaud aîné, l'un des industriels précurseurs du développement de l'industrie porcelainière limousine dans la première moitié du XIXe siècle. À la tête de sa manufacture en 1800, il innove et améliore les procédés de fabrication. La manufacture Alluaud contrôle en outre toute la production de kaolin, les gisements étant tous situés sur ses propriétés[5]. En 1807, on dénombre à Limoges 5 fabriques, fonctionnant grâce à 7 fours, employant environ 200 ouvriers, et dont la production représente une valeur de 230 000 francs[4].

Les kaolins du Limousin sont réputés pour leur blancheur. Broyés dans des moulins situés sur la Vienne, ils alimentent, outre l'industrie locale, les manufactures de porcelaine d'Alcora, Amsterdam, Copenhague, Dresde, Frankenthal, Höchst, Londres, Mayence, Nyon, Zurich et Saint-Pétersbourg.

Vase à décor impressionniste par Théodore Haviland, vers 1890
Manufacture Haviland and Company, 1872-1882, Musée d'Orsay

En 1827, la ville compte seize manufactures. Les années de la Restauration sont également marquées par la fondation de fabriques dans la campagne limousine (Coussac-Bonneval, Magnac-Bourg, Solignac, Saint-Brice, Saint-Léonard, Bourganeuf, etc.)[4]

À cette époque, l'industrie porcelainière nourrit une grande partie de la population limougeaude. Le flottage du bois destiné à cette industrie exige de la main d'œuvre pour retirer le bois de la rivière, l'empiler et le livrer aux fabriques pour l'alimentation des fours à porcelaine. Le cycle de fabrication des porcelaines fait appel à de nombreuses professions différentes. À partir de 1836 et la suppression des droits d'octroi sur le bois à l'entrée de Limoges qui jusqu'alors expliquaient la multiplication des usines à la campagne, les fabriques gagnent davantage la ville. Durant la décennie 1830, 8 nouvelles se créent à Limoges[4]. À partir du milieu du siècle, à la suite de l'impulsion donnée par l'Américain Haviland, on en compte plus de trente.

C'est ce dernier qui séduit à Paris par la qualité et la finesse de la production limousine, va encourager le secteur de la décoration sur porcelaine sur le site limougeaud, en accord avec les goûts de la clientèle américaine. L'année 1853 est marquée par la création de sa fabrique regroupant ateliers de fabrication et ateliers de décoration, employant 400 ouvriers[4]. En 1848, on compte 19 fabriques et 17 ateliers de décor à Limoges. Le chiffre d'affaires global atteint les 4 millions de francs[4].

Les restructurations du XXe siècle[modifier | modifier le code]

La porcelaine de Limoges au XXIe siècle : entre niches d'excellence et labellisation[modifier | modifier le code]

Marque d'une porcelaine de Limoges

Aujourd'hui, toute porcelaine fabriquée dans le département de la Haute-Vienne est marquée d'un tampon au vert de chrome « Limoges France » associé à des initiales ou symboles qui permettent d'identifier les différents fabricants [6].
Le secteur de la porcelaine représente, en Haute-Vienne, une douzaine de manufactures principales et 1 000 employés. Les principales manufactures sont les maisons Bernardaud, Haviland, Royal Limoges.

Les manufactures de porcelaine traversent une crise profonde depuis les années 1980, et le secteur ne se soustrait pas à la logique de délocalisation. Ainsi, de grandes maisons sont parfois rachetées par des groupes étrangers, qui externalisent la production en Chine et exploitent abusivement des marques célèbres[7]. En effet, il semble que « certains fabricants entretiennent la confusion en mélangeant sciemment des produits d'importations avec des produits de fabrication locale en jouant sur la renommée de leur marque » profitant d’un cadre réglementaire confus[8]. Ainsi, l'industrie porcelainière tunisienne entretient la confusion en utilisant une matière première qu'elle dit provenir de Limoges et par conséquent qu'elle nomme « pâte de Limoges ». L’Union des Fabricants de Porcelaine de Limoges se bat contre ces dérives, notamment grâce à la défense de la dénomination « Limoges »[9], bien que celle-ci ne réponde encore à aucun règlement juridique précis. En 2011 est émise l'idée de proposer l'intégration de certains produits manufacturés, dont la porcelaine de Limoges, aux procédures de labellisation de type AOC[10], et l'hypothèse est réaffirmée en 2013 par la ministre de l'Artisanat Sylvia Pinel[11].

En novembre 2011, la France demande à ce que la porcelaine de Limoges soit inscrite sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l'humanité[12], mais le dossier est finalement retiré par l'État après une observation de la part de l'UNESCO, reprochant à la candidature d'accorder avant tout un souci au devenir commercial de l'activité[13].

En 2013, seuls quatre fours à porcelaine subsistent sur le territoire de la commune de Limoges : outre le four des Casseaux, le seul qui soit accessible aux visiteurs, demeurent un ancien four de l'usine Haviland de l'avenue Emile Labussière, un ancien four de la Fabrique de Montjovis restauré en 1856, et celui de l'usine Laporte rue François Chénieux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurent Borderie, Alain Maulny, Limoges, ville porcelaine, La Crèche, Éditions Geste, 2010
  • Jacqueline Queneau, Bertrand Raynaud, La porcelaine signée Raynaud-Limoges, Paris, La Martinière, 2009
  • Chantal Meslin-Perrier, La porcelaine de Limoges, Paris, Éditions Jean-Paul Gisserot, 2006
  • Lucie Fléjou, L’entreprise Théodore Haviland de 1892 à 1941 : destinées industrielles de la porcelaine à Limoges, École des Chartes, Thèse soutenue en 2005
  • Chantal Meslin-Perrier, Marie Segonds, Limoges, deux siècles de porcelaine, Paris, Éditions de l'Amateur, 2002
  • Jean d'Albis, Céleste Romanet, La porcelaine de Limoges, Gujan-Mestras, 1980