Alfred Kinsey

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Kinsey.

Alfred Charles Kinsey

alt=Description de l'image Alfred Charles Kinsey.jpg.
Naissance 23 juin 1894
Hoboken (New Jersey) (États-Unis)
Décès 25 août 1956 (à 62 ans)
Bloomington (Indiana) (États-Unis)
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Champs Biologie
Institutions Université de l'Indiana à Bloomington
Diplôme PhD de l'université d'Harvard
Renommé pour Sexologie et sexualité humaine, Rapports Kinsey, Institut Kinsey

Alfred Charles Kinsey (23 juin 1894 - 25 août 1956) est un professeur d'entomologie et de zoologie, célèbre pour avoir publié deux importantes études descriptives sur le comportement sexuel de l'homme et de la femme : Sexual Behavior in the Human Male (1948) et Sexual Behavior in the Human Female (1953).

En 1947, il a fondé au sein de l'Université de l'Indiana à Bloomington, un Institute for Sex Research (« Institut pour la recherche sur le sexe »), rebaptisé plus tard Kinsey Institute for Research in Sex, Gender and Reproduction (appelé couramment Kinsey Institute).

Les rapports et travaux de Kinsey ont ouvert la voie à ceux de William Masters et Virginia Johnson ainsi qu'à toute la sexologie clinique. Fortement critiqués dès leur parution pour leurs erreurs de méthodologie et le manque de représentativité des cas décrits, les travaux de Kinsey sont considérés dans les années 2000 comme de la « science de pacotille ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Kinsey est né le 23 juin 1894 à Hoboken dans le New Jersey. Il est le fils de Sarah Ann (née Charles) et d'Alfred Kinsey Seguine. Kinsey était l'aîné de trois enfants. Son père était un professeur à l'Institut de technologie Stevens. Kinsey a reçu dans son enfance divers traitements pour de nombreuses de maladies. Il était atteint de rachitisme, de rhumatisme articulaire aigu, et de la fièvre typhoïde. Son rachitisme a eu pour conséquence une courbure de la colonne vertébrale, ce qui a entraîné son exemption en 1917 lui permettant ainsi de ne pas combattre durant la Première Guerre mondiale.

Les parents de Kinsey étaient de fervents chrétiens. Son père était connu comme l'un des membres les plus engagés dans la section locale méthodiste. Kinsey avait d'ailleurs peu de contact avec des personnes extérieur à son église. À 10 ans, Kinsey a déménagé avec sa famille à South Orange dans le New Jersey.

Au lycée, Kinsey était un étudiant tranquille mais qui travaillait dur. Pendant ses études au lycée de Columbia, il a consacré son énergie au travail scolaire et à jouer du piano. À un moment, Kinsey avait espéré devenir un pianiste professionnel, mais il a finalement décidé de se concentrer sur ses activités scientifiques. À l'automne 1914, Kinsey est entré au Bowdoin College, où il a étudié l'entomologie sous la direction de Manton Copeland, et a été admis à la fraternité Zeta Psi, dans la maison duquel il a vécu une grande partie de son temps à l'université. En 1916, Kinsey a été élu dans le club Phi Beta Kappa et diplômé magna cum laude, en biologie et psychologie. Son père, Alfred Kinsey Seguine n'a pas assisté à la cérémonie de remise des diplômes de son fils à Bowdoin, peut-être un autre signe de désapprobation des choix de son fils en matière de carrière et d'études. Kinsey a poursuivi ses études supérieures à l'Université Harvard à l'Institut Bussey, qui était l'un des programmes de biologie les plus réputés des États-Unis. C'est là que Kinsey a étudié la biologie appliquée sous la direction de William Morton Wheeler, un entomologiste reconnu.

Kinsey a écrit un manuel, Introduction à la biologie, qui a été publié en octobre 1926. Kinsey a également co-écrit Les plantes sauvages comestibles de l'Est de l'Amérique du Nord avec Merritt Lyndon Fernald, publié en 1943. L'ébauche original de cet ouvrage livre a été écrit en 1919-1920, alors que Kinsey était encore étudiant au doctorat à l'Institut Bussey et Fernald.

Kinsey est décédé le 25 août 1956, à l'âge de 62 ans, a cause d'une maladie de cœur et d'une pneumonie.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Kinsey a épousé Clara Bracken McMillen en 1921. Ils ont eu quatre enfants. Leur premier-né, Donald, est mort en 1927, juste avant son cinquième anniversaire, des complications aiguës dû à un diabète juvénile. Sa fille, Anne, est né en 1924, suivie par Joan en 1925, et Bruce en 1928.

Kinsey était bisexuel et avait choisi avec son épouse de vivre sur le mode d'un couple libre. C'est ainsi que Kinsey a eu, par exemple, son élève Clyde Martin comme amant.

Étude de la sexualité humaine[modifier | modifier le code]

Son oeuvre se place dans la tradition ouverte par Sigmund Freud qui, sous le nom de sexualité, naturalise l'amour en le reconsidérant comme un domaine d'activité humaine autonome de celui de la culture, de la morale ou de la conservation politique des sociétés.

Parmi les critiques formulées à l'endroit des publications d'Alfred Kinsey, le journal médical britannique The Lancet déclarait que « dans le cadre d'une étude menée sur le comportement sexuel normal de l'homme, Kinsey résolut d'interroger un nombre d'incarcérés et de délinquants sexuels qui n'étaient pas proprement représentatifs de la population masculine de son milieu ». Les exclure de cette étude aurait toutefois constitué une distorsion de la vérité et de l'objectivité scientifique. Les méthodes alors utilisées par Kinsey était certes contestables, mais les chiffres qu'il avança auront été depuis validés par son successeur Paul Gebhardt du Kinsey Institute qui, dans son rapport publié en 1979, conclut qu'aucun des estimés établis par son prédécesseur n'avait été significativement faussé ou affecté par ce présumé 'travers' de procédure[1]. Cependant, cette étude conserve un aspect problématique en raison de sa provenance partisane puisque le Kinsey Institute se veut l'héritier et le propagateur de la pensée du sociologue américain.

Les publications de Kinsey auront consisté à proposer au grand public, pour la première fois depuis certains romans du Marquis de Sade[réf. nécessaire], la description exhaustive de formes de sexualités marginales considérées comme des perversions sexuelles[2] ou des conduites contraires aux bonnes moeurs, en les présentant comme majoritaires, voire comme des modèles recommandables. Ainsi, selon ses travaux, les relations avant le mariage, l'adultère, la masturbation, l'homosexualité, le sado-masochisme, la prostitution, et la bisexualité qui, jusque là, étaient considérées comme immorales et souvent pénalement réprimées, s'avérèrent autrement plus actuels et communément répandus que ne le pensait alors l'opinion publique. À cet égard, ses travaux de divulgation jouèrent un rôle promoteur dans la libération sexuelle en permettant de parler ouvertement au grand public de pratiques jusqu'alors confinées avec pudeur dans les travaux des médecins spécialisés ou des criminologues, et en contribuant à faire évoluer profondément les pratiques sexuelles des Américains[réf. nécessaire].

Échelle de Kinsey[modifier | modifier le code]

Les enquêtes menées par Alfred Kinsey au tournant des années 1950 auront entre autres permis de constater qu'homosexualité et hétérosexualité ne sont pas des orientations sexuelles et amoureuses mutuellement exclusives. Elles constituent plutôt deux pôles distinctifs ou complémentaires d'un même continuum sexuel humain. À partir de deux études effectuées sur le comportement sexuel des Américains auprès de quelque 5 300 hommes en 1948 et de 8 000 femmes en 1953, Kinsey établit une échelle portant sur la diversité des orientations sexuelles. Cette échelle, graduée (de 0 à 6) entre hétérosexualité et homosexualité, se proposait d'évaluer les individus à partir de leurs diverses expériences et réactions psychologiques :

Score Explication
0 Exclusivement hétérosexuel(le)
1 Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuel(le)
2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 Bisexuel sans préférence
4 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
5 Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuel(le)
6 Exclusivement homosexuel(le)
X Asexuel(le)

Ce schéma démontra clairement toute la diversité des orientations sexuelles au sein d'une population donnée. Finalement, toujours selon Kinsey, l'être humain porte en lui une composante, à la fois et tour à tour, soit hétérosexuelle ou homosexuelle lesquelles s'aménageront diversement d'une personne à l’autre selon les circonstances particulières de son vécu. Partant on ne peut donc finalement établir de catégories sexuelles parfaitement définies ou « tranchées au couteau », d'autant plus qu'à l’acte sexuel viendront s'ajouter les traits personnels de sensibilité et de l'affectivité qui complexifieront davantage les comportements de chaque individu.

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

D'emblée, les travaux de Kinsey font l'objet de nombreuses critiques aux États-Unis où la législation condamne toujours certaines des pratiques mises en exergue par ces rapports. Ces derniers suscitent également des critiques de la part de psychanalystes qui n'y retrouvent pas les dogmes de la théorie freudienne.

En 1948, l'année même de la publication du premier Rapport Kinsey, une commission de l'American Statistical Association, comprenant des statisticiens tels que John Tukey, condamne la méthodologie de Kinsey, notamment quant à son choix des personnes interrogées. Tukey déclare : « Il aurait mieux valu trois personnes au hasard qu'un groupe de 300 personnes sélectionnées par M. Kinsey[3],[4]. » La critique porte principalement sur la surreprésentation de certains groupes : 55 % de détenus ou anciens prisonniers, et 5 % de prostitués masculins. 26 % (1400) des 5 300 hommes blancs étaient des délinquants sexuels[5].

En même temps, un psychologue comme Abraham Maslow reproche à Kinsey de ne pas avoir pris en compte le « biais » dû au fait que les personnes interrogées sont exclusivement des volontaires. Autrement dit, les données émanent uniquement de personnes volontaires pour parler de leur vie sexuelle, à une époque où ce sujet est tabou pour la plupart des Américains. Avant même la publication des Rapports Kinsey, le Dr Maslow a examiné ces données. Sa conclusion est que l'échantillonnage de Kinsey n'est pas représentatif de l'ensemble de la population[6].

Les points des rapports Kinsey sur la sexualité infantile ont fait l'objet de controverses, du fait des données contenues dans les tables 31-34 : Kinsey a déduit des éléments sur l'orgasme pré-pubère de données censément fournies par neuf hommes ayant eu des relations sexuelles avec des enfants. Le Dr John Bancroft, responsable du Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction a reconnu par la suite que Kinsey s'était basé, pour établir les données présentes dans ces tables, sur les allégations d'un seul homme[7], un pédophile ayant sans aucun doute abusé sexuellement les enfants dont il prétendait ensuite décrire les réactions à Kinsey[8].

À partir des années 90, des voix conservatrices, comme le docteur Judith Reisman et Susan Brinkmann, affirment que Kinsey était un abuseur d'enfants et aurait utilisé, dans ses recherches, des séquences filmées d'abus sexuels sur des enfants.

En 1997, James H. Jones, professeur d'histoire à l'Université de Houston, publie en 1997 une importante[9]biographie de Kinsey[10](finaliste du prix Pulitzer) qui remet en question l'homme (révélant dans le détail[11] ses pratiques sadomasochistes extrêmes[12],[13]) et ses découvertes :

« Alfred Kinsey devient le grand-prêtre de la sexologie. Aux États-Unis et en Grande- Bretagne, son rapport fera autorité pendant plus de quarante ans. Jusqu'à cette biographie iconoclaste de James Jones, publiée en novembre 1997, qui révèle le jardin secret du « bon » Alfred Kinsey. Car derrière le « Dr Jekyll » se cache un « Mr. Hyde »: un homosexuel sadomasochiste cohabite avec le scientifique respecté, travailleur infatigable, bon père, bon époux. »

— Laurent Zecchini, Le Monde, 15 mars 1998

Le quotidien français publie le même jour une interview de Edward Laumann dans laquelle le sociologue dit entre autres :

« Kinsey présume qu’il y a une sorte de signification fondamentale de l’homosexualité dans le fait que quelqu’un qui est pour l’essentiel hétérosexuel, mais qui a eu une expérience homosexuelle, est en réalité homosexuel, ce qui me paraît très contestable… Il a sélectionné des gens qui étaient prêts à parler du sexe selon leurs propres attirances sexuelles. L’un des principaux résultats de son rapport a été de normaliser des attitudes sexuelles très variées. Ce faisant, il a donné une sorte de permission générale faisant disparaître réticences et tabous… »

— Selon le professeur Edward Laumann, sociologue de l'université de Chicago, interviewé par Laurent Zecchini

En 1998, un documentaire intitulé Kinsey's Paedophiles (Les Pédophiles de Kinsey) produit et réalisé par Tim Tate est diffusé sur la chaîne publique britannique Channel 4 pour l'émission Secret History (en) (Saison 6, épisode 10).

En 2004, l'American Legislative Exchange Council publie, à destination notamment des agents de l'État américain, une monographie consacrée aux travaux de Kinsey. Selon l'introduction, cette monographie présente des données, empruntées aux aveux faits par Kinsey dans ses propres « Rapports » (1948-1953), qui prouvent irréfutablement qu'il a commis « des actes illégaux et criminels déguisés en science ». Pour cette étude, les travaux de Kinsey sont de la « science de pacotille » (junk science), dont le caractère scientifique est « controuvé, idéologique et trompeur ». Elle conclut que « tout juge, législateur ou un autre fonctionnaire public qui donne foi à cette recherche est coupable de fraude et manquement au devoir »[14].

Publications[modifier | modifier le code]

En anglais
  • Alfred Kinsey et al., Sexual Behavior in the Human Male, 1948 ;
  • Alfred Kinsey et al., Sexual Behavior in the Human Female, 1953.
En français
  • Alfred Kinsey, Le Comportement sexuel de l’homme, Pavois, Paris, 1948 ;
  • Alfred Kinsey, Le Comportement sexuel de la femme, Amiot Dumont, Paris, 1954.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Judith A. Reisman, Edward W. Eichel, J. Gordon Muir et J. H. Court, Kinsey, Sex and Fraud:The Indoctrination of a People, Vital Issues Pr, 1990.
  • Sylvie Chaperon, "Kinsey en France, les sexualités masculine et féminine en débat", Le Mouvement social, n° 198, janvier-mars 2002.
  • Eric Fassin, "Kinsey Alfred C.", Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, Larousse, 2003.
  • (en) Jonathan Gathorne-Hardy, Kinsey: Sex the Measure of All Things, Indiana University Press, 2000.
  • (en) James H. Jones, Alfred C. Kinsey: A Life, New York, W. W. Norton, 2004.
  • Brigitte Lhomond et Stuart Michaels, "Homosexualité/hétérosexualité : les enquêtes sur les comportements sexuels en France et aux États-Unis", Journal des anthropologues, n° 82-83, 2000.
  • T. C. Boyle, Le Cercle des initiés, titre anglais The inner circle, Grasset, 2004. Biographie romancée de Kinsey, le narrateur serait l'un de ses assistants.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Book Review by Martin DubermanThe Nation, November 3, 1997, kinseyinstitute.org
  2. On peut mentionner Richard von Krafft-Ebing.
  3. "A random selection of three people would have been better than a group of 300 chosen by Mr. Kinsey." David Leonhardt, « John Tukey, 85, Statistician; Coined the Word 'Software' », The New York Times, 28 juillet 2000
  4. (en) John Tukey criticizes sample procedure, swlearning.com
  5. (Reisman)
  6. Maslow, A. H., and Sakoda, J. (1952). Volunteer error in the Kinsey study, Journal of Abnormal Psychology. 1952 Apr;47(2):259-62.
  7. (en) Response to controversy : Allegations about Childhood data in the 1948 book, Sexual Behavior in the Human Male, sur le site de l'Institut Kinsey « If he is to be criticized, it is because he did not make it clear that all the information he put into four tables pertaining specifically to orgasm in preadolescent boys {tables 31 through 34} came from one man.»
  8. (en) Sex, science, and Kinsey: a conversation with Dr John Bancroft - head of the Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction - Interview, par Gary Pool, in Humanist, Sept-Oct 1996 [1] "Dr Bancroft admits without hesitation that the man who provided the data for tables 31 through 34 undoubtedly sexually exploited the children whose behavior was chronicled. « The question is, » Bancroft continued, « why was Kinsey not totally open about his man being the only source for those tables? »(...)
  9. Roy Porter, professeur d'histoire de la médecine à Londres, la qualifie de "franche, savante, originale, magistrale."
  10. (en) Alfred's brush with pleasure par Roy Porter dans le magazine Times Higher Education du 17 novembre 1997.
  11. Par exemple, il se punissait pendant la masturbation en enfonçant une brosse à dents dans son urètre.
  12. (en) Father of the Sexual Revolution par Richard Rhodes dans le New York Times du 2 novembre 1997.
  13. (en) ALFRED C. KINSEY : A Public/Private Life by James H. Jones] Article de la revue américaine Kirkus
  14. Alec’s Report on Alfred Kinsey, psychiatrie-und-ethik.de, avril 2004

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :