Alfred Kinsey

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Alfred Charles Kinsey

Description de l'image  Alfred Charles Kinsey.jpg.
Naissance
Hoboken (New Jersey) (États-Unis)
Décès (à 62 ans)
Bloomington (Indiana) (États-Unis)
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Champs Biologie
Institutions Université de l'Indiana
Diplôme PhD de l'Université d'Harvard
Renommé pour Sexologie et sexualité humaine, Rapports Kinsey, Institut Kinsey

Alfred Charles Kinsey (23 juin 1894 - 25 août 1956) est un professeur d'entomologie et de zoologie, célèbre pour avoir publié deux importantes études sur le comportement sexuel de l'homme et de la femme : Sexual Behavior in the Human Male (1948) et Sexual Behavior in the Human Female (1953).

En 1947, il a fondé au sein de l'Université de l'Indiana à Bloomington, un Institute for Sex Research (« Institut pour la recherche sur le sexe »), rebaptisé plus tard Kinsey Institute for Research in Sex, Gender and Reproduction (appelé couramment Kinsey Institute).

Les rapports et travaux de Kinsey ont ouvert la voie à ceux de William Masters et Virginia Johnson ainsi qu'à toute la sexologie clinique.

Biographie[modifier | modifier le code]


Étude de la sexualité humaine[modifier | modifier le code]

Entre autres critiques formulées à l'endroit d'Alfred Kinsey, le journal médical britannique 'The Lancet' déclarait que « dans le cadre d'une étude menée sur le comportement sexuel normal de l'homme, Kinsey résolut d'interroger un nombre d'incarcérés et de délinquants sexuels qui n'étaient pas proprement représentatifs de la population masculine de son milieu ». Les exclure de cette étude aurait toutefois constitué une distorsion de la vérité et de l'objectivité scientifique. Les méthodes alors utilisées par Kinsey était certes contestables, mais les chiffres qu'il avança auront été depuis validés par son successeur Paul Gebhardt du Kinsey Institute qui, dans son rapport publié en 1979, conclut qu'aucun des estimés établis par son prédécesseur n'avait été significativement faussé ou affecté par ce présumé 'travers' de procédure[1]. Cependant, cette étude conserve un aspect problématique en raison de sa provenance partisane puisque le Kinsey Institute se veut l'héritier et le propagateur de la pensée du sociologue américain.

Les publications de Kinsey auront entre autres permis une première description exhaustive d'une sexualité masculine jusque là insoupçonnée. Ainsi, les relations avant le mariage, l'adultère, la masturbation, l'homosexualité et la bisexualité qui, jusque là, étaient considérées comme tabous ou passaient pour être anormaux, s'avérèrent autrement plus actuels et communément répandus que ne le pensait alors l'opinion publique. À cet égard, la libération sexuelle des années qui suivirent les travaux du chercheur n'auront sans doute pas encore profondément modifié les pratiques sexuelles des Américains mais, dès lors, auront certainement permis au grand public d'en parler plus ouvertement.

Échelle de Kinsey[modifier | modifier le code]

Les enquêtes menées par Alfred Kinsey au tournant des années 1950 auront entre autres permis de constater qu'homosexualité et hétérosexualité ne sont pas des orientations sexuelles et amoureuses mutuellement exclusives. Elles constituent plutôt deux pôles distinctifs ou complémentaires d'un même continuum sexuel humain. À partir de deux études effectuées sur le comportement sexuel des Américains auprès de quelque 5 300 hommes en 1948 et de 8 000 femmes en 1953, Kinsey établit une échelle portant sur la diversité des orientations sexuelles. Cette échelle, graduée (de 0 à 6) entre hétérosexualité et homosexualité, se proposait d'évaluer les individus à partir de leurs diverses expériences et réactions psychologiques :

Score Explication
0 Exclusivement hétérosexuel(le)
1 Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuel(le)
2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 Bisexuel sans préférence
4 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
5 Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuel(le)
6 Exclusivement homosexuel(le)
X Asexuel(le)

Ce schéma démontra clairement toute la diversité des orientations sexuelles au sein d'une population donnée. Finalement, toujours selon Kinsey, l'être humain porte en lui une composante, à la fois et tour à tour, soit hétérosexuelle ou homosexuelle lesquelles s’aménageront diversement d’une personne à l’autre selon les circonstances particulières de son vécu. Partant on ne peut donc finalement établir de catégories sexuelles parfaitement définies ou « tranchées au couteau », d'autant plus qu'à l’acte sexuel viendront s'ajouter les traits personnels de sensibilité et de l'affectivité qui complexifieront davantage les comportements de chaque individu.

Critiques[modifier | modifier le code]

D'emblée, les travaux de Kinsey font l'objet de nombreuses critiques aux États-Unis où la législation condamne toujours certaines des pratiques mises en exergue par ces rapports. Ces derniers suscitent également des critiques de la part de psychanalystes qui n'y retrouvent pas les dogmes de la théorie freudienne.

En 1948, l'année même de la publication du premier Rapport Kinsey, une commission de l'American Statistical Association, comprenant des statisticiens tels que John Tukey, condamne la méthodologie de Kinsey, notamment quant à son choix des personnes interrogées. Tukey déclare : « Il aurait mieux valu trois personnes au hasard qu'un groupe de 300 personnes sélectionnées par M. Kinsey[2],[3]. » La critique porte principalement sur la surreprésentation de certains groupes : 25 % de détenus ou anciens prisonniers, et 5 % de prostitués masculins[4].

En même temps, un psychologue comme Abraham Maslow reproche à Kinsey de ne pas avoir pris en compte le « biais » dû au fait que les personnes interrogées sont exclusivement des volontaires. Autrement dit, les données émanent uniquement de personnes volontaires pour parler de leur vie sexuelle, à une époque où ce sujet est tabou pour la plupart des Américains. Avant même la publication des Rapports Kinsey, le Dr Maslow a examiné ces données. Sa conclusion est que l'échantillonnage de Kinsey n'est pas représentatif de l'ensemble de la population[5].

Les points des rapports Kinsey sur la sexualité infantile ont fait l'objet de controverses, du fait des données contenues dans les tables 31-34 : Kinsey a déduit des éléments sur l'orgasme pré-pubère de données censément fournies par neuf hommes ayant eu des relations sexuelles avec des enfants. Le Dr John Bancroft, responsable du Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction a reconnu par la suite que Kinsey s'était basé, pour établir les données présentes dans ces tables, sur les allégations d'un seul homme[6], un pédophile ayant sans aucun doute abusé sexuellement les enfants dont il prétendait ensuite décrire les réactions à Kinsey[7].

Au XXIe siècle, des voix religieuses, comme le docteur Judith Reisman et Susan Brinkmann, affirment que Kinsey était l'auteur d'actions inexcusables et révoltantes, comme l'utilisation, dans ses recherches, de séquences filmées d'abus sexuels sur des enfants. Les allégations de Reisman ont été déboutées par la justice américaine.

Cinquante ans après les publications des Rapports Kinsey, James H. Jones, professeur d'histoire à l'Université de l'Arkansas, publie en 1997 une biographie de Kinsey que le quotidien Le Monde du 15 mars 1998 qualifie d'iconoclaste et qui, selon l'auteur de l'article, remet en question et l'homme et ses découvertes :

« Alfred Kinsey devient le grand-prêtre de la sexologie. Aux États-Unis et en Grande- Bretagne, son rapport fera autorité pendant plus de quarante ans. Jusqu'à cette biographie iconoclaste de James Jones, publiée en novembre 1997, qui révèle le jardin secret du « bon » Alfred Kinsey. Car derrière le « Dr Jekyll » se cache un « Mr. Hyde »: un homosexuel sadomasochiste cohabite avec le scientifique respecté, travailleur infatigable, bon père, bon époux. »

— Laurent Zecchini

Le quotidien publie aussi le même jour une interview de Edward Laumann dans laquelle le sociologue dit entre autres :

« Kinsey présume qu’il y a une sorte de signification fondamentale de l’homosexualité dans le fait que quelqu’un qui est pour l’essentiel hétérosexuel, mais qui a eu une expérience homosexuelle, est en réalité homosexuel, ce qui me paraît très contestable… Il a sélectionné des gens qui étaient prêts à parler du sexe selon leurs propres attirances sexuelles. L’un des principaux résultats de son rapport a été de normaliser des attitudes sexuelles très variées. Ce faisant, il a donné une sorte de permission générale faisant disparaître réticences et tabous… »

— Selon le professeur Edward Laumann, sociologue de l'université de Chicago, interviewé par Laurent Zecchini


Publications[modifier | modifier le code]

En anglais
  • Alfred Kinsey et al., Sexual Behavior in the Human Male, 1948 ;
  • Alfred Kinsey et al., Sexual Behavior in the Human Female, 1953.
En français
  • Alfred Kinsey, Le Comportement sexuel de l’homme, Pavois, Paris, 1948 ;
  • Alfred Kinsey, Le Comportement sexuel de la femme, Amiot Dumont, Paris, 1954.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

  • Dr Kinsey, de Bill Condon, sorti en avril 2005 (titre original : Kinsey, 2004) - avec Liam Neeson dans le rôle titre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.kinseyinstitute.org/publications/duberman.html
  2. "A random selection of three people would have been better than a group of 300 chosen by Mr. Kinsey." David Leonhardt, « John Tukey, 85, Statistician; Coined the Word 'Software' », The New York Times, 28 juillet 2000
  3. http://www.swlearning.com/quant/kohler/stat/biographical_sketches/bio15.1.html John Tukey criticizes sample procedure
  4. 26 % (1400) des 5 300 hommes blancs étaient des délinquants sexuels (Reisman)
  5. Maslow, A. H., and Sakoda, J. (1952). Volunteer error in the Kinsey study, Journal of Abnormal Psychology. 1952 Apr;47(2):259-62.
  6. (en) Response to controversy : Allegations about Childhood data in the 1948 book, Sexual Behavior in the Human Male, sur le site de l'Institut Kinsey « If he is to be criticized, it is because he did not make it clear that all the information he put into four tables pertaining specifically to orgasm in preadolescent boys {tables 31 through 34} came from one man.»
  7. (en) Sex, science, and Kinsey: a conversation with Dr John Bancroft - head of the Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction - Interview, par Gary Pool, in Humanist, Sept-Oct 1996 [1] "Dr Bancroft admits without hesitation that the man who provided the data for tables 31 through 34 undoubtedly sexually exploited the children whose behavior was chronicled. "The question is, " Bancroft continued, "why was Kinsey not totally open about his man being the only source for those tables?"(...)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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