Françoise Héritier

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Françoise Héritier

Anthropologue et ethnologue française

XXe-XXIe siècles

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Françoise Héritier à Strasbourg, en 2009.

Naissance 15 novembre 1933
Veauche, Loire, France
Nationalité Drapeau de la France France
École/tradition Structuralisme
Influencé par Claude Lévi-Strauss

Françoise Héritier (Françoise Izard, Françoise Augé-Héritier, Françoise Héritier-Augé), née le 15 novembre 1933 à Veauche dans la Loire, France[1], est une anthropologue, ethnologue et militante féministe française[2]. Elle a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France, inaugurant la chaire d'« étude comparée des sociétés africaines ». Lévi-Strauss voyait en elle sa successeur[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Dans la continuité du principal théoricien du structuralisme, Françoise Héritier approfondit la Théorie de l'Alliance et celle de la Prohibition de l'inceste, établies communément sur la notion de circulation des femmes. Elle avance le concept de l'« identique » et de sa « frustration répulsive », reprenant dès lors les approches de Lévi-Strauss et celle de l'anglais Alfred Radcliffe-Brown. Elle s'appuie avant tout sur les notions de « nature » et d'« environnement » dans les conceptions des sociétés étudiées.

Son successeur à la chaire d'anthropologie est Philippe Descola.

Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Elle soutient, depuis sa création en 2001, le fonds associatif Non-Violence XXI. Elle est l'une des personnalités à l'origine de la création de la chaîne de télévision Arte [réf. nécessaire].

Elle a été élevée à la dignité de grand croix de l'ordre national du Mérite[4].

En juillet 2011, elle intègre l'équipe de campagne de Martine Aubry pour l'élection présidentielle de 2012 chargée avec Caroline De Haas de la thématique « Femmes[5] ».

Elle a rédigé la préface du livre Les femmes contre l'intégrisme de Maryam Radjavi, publié en mars 2013 en écrivant : « La misogynie et le rejet de l’égalité des sexes au nom de l’islam constituent (...) la force motrice de l’intégrisme »[6].

Sur les différences femmes/hommes[modifier | modifier le code]

Certains chercheurs par exemple Priscille Touraille[7] estiment que les différences physiques des femmes et des hommes en termes de taille, de poids, de force, pourraient ne pas être une donnée biologique originelle, mais « une différence construite » due à « une pression de sélection » imposée par l'homme pour reprendre les termes de l'anthropologue française Françoise Héritier en 2007 [8].

Plus précisément, selon Françoise Héritier :

« L'alimentation des femmes a toujours été sujette à des interdits. Notamment dans les périodes où elles auraient eu besoin d'avoir un surplus de protéines, car enceintes ou allaitantes – je pense à l'Inde, à des sociétés africaines ou amérindiennes. Elles puisent donc énormément dans leur organisme sans que cela soit compensé par une nourriture convenable ; les produits « bons », la viande, le gras, etc. étant réservés prioritairement aux hommes. (...) Cette « pression de sélection » qui dure vraisemblablement depuis l'apparition de Néandertal, il y a 750 000 ans, a entraîné des transformations physiques. A découlé de cela le fait de privilégier les hommes grands et les femmes petites pour arriver à des écarts de taille et de corpulence entre hommes et femmes[8]. »

Françoise Héritier constate que la distinction entre féminin et masculin est universelle et que "partout, de tout temps et en tout lieu, le masculin est considéré comme supérieur au féminin."[9] ; elle appelle cela "la valence différentielle des sexes". Partant des travaux de Claude Lévi-Strauss, elle observe qu'un présupposé fondamental manque à sa théorie de l'alliance : pourquoi les hommes se sentaient-ils le droit d'utiliser les femmes comme monnaies d'échange ?

Elle écrit ainsi : "Cette forme de contrat entre hommes, l’expérience ethnologique nous la montre partout à l’œuvre. Sous toutes les latitudes, dans des groupes très différents les uns des autres, nous voyons des hommes qui échangent des femmes, et non l’inverse. Nous ne voyons jamais des femmes qui échangent des hommes, ni non plus des groupes mixtes, hommes et femmes, qui échangent entre eux des hommes et des femmes. Non, seuls, les hommes ont ce droit, et ils l’ont partout. C’est ce qui me fait dire que la valence différentielle des sexes existait déjà dès le paléolithique, dès les débuts de l’humanité."[10]

Selon Françoise Héritier, l'observation du monde incluant les différences anatomiques et physiologiques conduit à une classification binaire : "La plus importante des constantes, celle qui parcours tout le monde animal, dont l’homme fait partie, c’est la différence des sexes. (…) Je crois que la pensée humaine s’est organisée à partir de cette constatation: il existe de l’identique et du différent. Toutes les choses vont ensuite être analysées et classées entre ces deux rubriques (…). Voilà comment pense l’humanité, on n’a pas observé de sociétés qui ne souscrivent pas à cette règle. Dans toutes les langues il y a des catégories binaires, qui opposent le chaud et le froid, le sec et l’humide, le dur et le mou, le haut et le bas, l’actif et le passif, le sain et le malsain…"[11]

Elle constate que dans toutes les langues, ces catégories binaires sont rattachées au masculin ou au féminin. Par exemple, le chaud et le sec sont rattachés au masculin dans la pensée grecque, le froid et l'humide au féminin. Ces catégories sont toujours culturellement hiérarchisées : "L’observation ethnologique nous montre que le positif est toujours du côté du masculin, et le négatif du côté du féminin. Cela ne dépend pas de la catégorie elle-même: les mêmes qualités ne sont pas valorisées de la même manière sous toutes les latitudes. Non, cela dépend de son affectation au sexe masculin ou au sexe féminin. (…) Par exemple, chez nous, en Occident, "actif" (…) est valorisé, et donc associé au masculin, alors que "passif", moins apprécié, est associé au féminin. En Inde, c’est le contraire: la passivité est le signe de la sérénité (…). La passivité ici est masculine et elle est valorisée, l’activité – vue comme toujours un peu désordonnée – est féminine et elle est dévalorisée." [12]

Ces catégories de valeurs n'ont donc rien d'essentiellement négatif ou positif : elles sont construites et varient selon l'époque et les régions. Si une valeur est considérée comme positive, elle se trouve rattachée au masculin - et cette même valeur pourrait être, sous une latitude différence ou à une autre époque, être considérée comme négative et alors être rattachée au féminin.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Françoise Izard-Héritier et Michel Izard, Aspects humains de l'aménagement hydro-agricole de la vallée du Sourou, Antony, Les auteurs, 1958.
  • Françoise Izard-Héritier et Michel Izard, Bouna, monographie d'un village pana de la vallée du Sourou, Haute-Volta, Antony, Les auteurs, 1958.
  • Françoise Izard-Héritier et Michel Izard, Les Mossi du Yatenga. Étude de la vie économique et sociale, Antony, Les auteurs, 1959.
  • Françoise Héritier, L'Exercice de la parenté, Paris, Gallimard, 1981.
  • Françoise Héritier-Augé, Leçon inaugurale, faite le 25 février 1983, Collège de France, chaire d'étude comparée des sociétés africaines, Paris, Collège de France, 1984.
  • Françoise Héritier-Augé et Élisabeth Copet-Rougier (édition et présentation), Les Complexités de l'alliance, Vol. I, Les Systèmes semi-complexes, Montreux, Gordon and Breach Science Publishers ; Paris, Éditions des Archives contemporaines, 1990.
  • Françoise Héritier-Augé (dir.), Les Musées de l'éducation nationale, Mission d'étude et de réflexion, rapport au ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, rédaction par Maurice Godelier, Étienne Guyon, Maurice Mattauer, Philippe Taquet et coll. ; mars 1990, revu et corrigé en février 1991, Paris, La Documentation Française, 1991.
  • Le Corps en morceaux, Moitiés d'hommes, pieds déchaussés et sauteurs à cloche-pied, terrain no 18, mars 1992 [2]
  • Françoise Héritier-Augé et Élisabeth Copet-Rougier (édition et présentation), Les Complexités de l'alliance, vol. III, Économie, politique et fondements symboliques, Afrique, Paris et Bruxelles, Éditions des Archives contemporaines; Yverdon, Gordon and Beach science publications, 1993.
  • Françoise Héritier-Augé et Élisabeth Copet-Rougier (édition et présentation), Les Complexités de l'alliance, vol. IV, Économie, politique et fondements symboliques, Paris et Bruxelles, Éditions des Archives contemporaines; Yverdon, Suisse, Gordon and Beach science publications, 1994.
  • Françoise Héritier, Boris Cyrulnik et Aldo Naouri avec la collaboration de Dominique Vrignaud et Margarita Xanthakou, De l'inceste, Paris, Odile Jacob, 1994.
  • Françoise Héritier, Les Deux sœurs et leur mère : anthropologie de l'inceste, Paris, Odile Jacob, 1994 ; rééd. 1997. (ISBN 2-7381-0523-8)
  • Françoise Héritier, De la violence I, séminaire de Françoise Héritier, avec les contributions de Étienne Balibar, Daniel Defert, Baber Johansen, et al., Paris, Odile Jacob, 1996. (ISBN 2-7381-0408-8). Exposés présentés dans le cadre du séminaire de F. Héritier au Collège de France, janvier-mars 1995 ; rééd. 2005. (ISBN 2-7381-1605-1).
  • Françoise Héritier, Masculin-Féminin I. La Pensée de la différence, Paris, Odile Jacob, 1996 ; rééd. 2002.
  • Étienne-Émile Baulieu, Françoise Héritier, Henri Leridon (dir.), Contraception, contrainte ou liberté ?, Actes du colloque organisé au Collège de France, 9 et 10 octobre 1998, Paris, Odile Jacob, 1999. (ISBN 2-7381-0722-2).
  • Françoise Héritier, De la violence II, séminaire de Françoise Héritier, avec les contributions de Jackie Assayag, Henri Atlan, Florence Burgat, et al., Paris, Odile Jacob, 1999. (ISBN 2-7381-1625-6). Exposés présentés dans le cadre du séminaire de F. Héritier au Collège de France, 1996-1997 ; rééd. 2005. (ISBN 2-7381-0624-2).
  • Françoise Héritier, Masculin-Féminin II. Dissoudre la hiérarchie, Paris, Odile Jacob, 2002. (ISBN 2-7381-1090-8).
  • Françoise Héritier et Margarita Xanthakou (dir.), Corps et affects, Paris, Odile Jacob, 2004. (ISBN 2-7381-1522-5).
  • Françoise Héritier, Masculin-Féminin, 2 vol., Paris, Odile Jacob, 2007. Réédition de volumes parus séparément, comprend : I, La pensée de la différence ; II, Dissoudre la hiérarchie. (ISBN 978-2-7381-2040-3) (vol. 1) ; (ISBN 978-2-7381-2041-0) (vol. 2).
  • Françoise Héritier, L'Identique et le différent : entretiens avec Caroline Broué, La Tour-d'Aigues, Éditions de l'Aube, 2008. (ISBN 978-2-7526-0424-8).
  • Françoise Héritier, Retour aux sources, Paris, Galilée, 2010. (ISBN 978-2-7186-0833-4).
  • Françoise Héritier, Hommes, femmes : la construction de la différence, Paris, Le Pommier, 2010. (ISBN 978-2-7465-0508-7).
  • Françoise Héritier, Michelle Perrot, Sylviane Agacinski, Nicole Bacharan, La Plus Belle Histoire des femmes, Paris, Le Seuil, 2011. (ISBN 978-2-02-049528-8).
  • Françoise Héritier, Le Sel de la vie, Paris, Odile Jacob, 2012. Prix Simone-Veil 2012, (ISBN 978-2738127549).
  • Françoise Héritier, Le Goût des mots, Paris, Odile Jacob, 2013. (ISBN 978-2738130013).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Héritier sur franceinter.fr.
  2. "Il est plus dur d’être une femme que d’être un homme",le JDD,12 Juin 2011
  3. Denis Bertholet, Claude Lévi-Strauss, Odile Jacob, 2008, p. 380.
  4. Décret du 13 mai 2011 portant élévation aux dignités de grand'croix et de grand officier
  5. L'équipe de campagne de Martine Aubry sur le site officiel martineaubry.fr
  6. Les femmes contre l'intégrisme-http://www.maryam-rajavi.com/books/
  7. L'avenir selon Priscille Touraille, anthropologue
  8. a et b Françoise Héritier (Collège de France), in Libération 10 avril 2007, supplément Femmes et pouvoir, page S6
  9. La plus belle histoire des femmes, p. 21
  10. La plus belle histoire des femmes, p. 24
  11. La plus belle histoire des femmes, p. 25-26
  12. La plus belle histoire des femmes, p. 27
  13. [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Yves Nau, « "Le sida soulève le problème essentiel des droits de l'homme", nous déclare Mme Françoise Héritier-Augé, présidente du Conseil national sur la maladie », Le Monde, 14 février 1989
  • Jean Birnbaum, « Françoise Héritier, l'anthropologie faite femme », Le Monde, 5 octobre 2000
  • Bertrand Ogilvie, « Par delà masculin et féminin - Analyse du livre de Françoise Héritier, Masculin/Féminin II », mai 2003
  • « Entretien avec Françoise Héritier », in Les nouvelles frontières de la vie privée, Sciences humaines, no 140, juillet 2003
  • Catherine Bédarida, « Françoise Héritier », , Le Monde, supplément spécial, 18 juin 2006
  • « Pourquoi je suis structuraliste », propos recueillis par Nicolas Journet in Comprendre Claude Lévi-Strauss, Sciences humaines, numéro spécial no 8, novembre-décembre 2008
  • Martine Delahaye, « Françoise Héritier, la pensée de la différence », Le Monde, 11 janvier 2009
  • Nicolas Truong, « Une anthropologue dans la cité », Le Monde, 14 avril 2009
  • Priscille Touraille, "Hommes grands, femmes petites : une évolution coûteuse. Les régimes de genre comme force sélective de l'adaptation biologique ", Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, 2008

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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