Grammaire arabe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Arabic albayancalligraphy.svg Cette page contient des caractères arabes. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.
Exemples de la racine et forme arabes

La grammaire arabe est une branche de la linguistique contemporaine qui étudie la morphologie, formation des mots, et la syntaxe, composition des mots en phrases.

Champ d'application[modifier | modifier le code]

La diglossie de la langue arabe présente deux registres de langue, l'arabe littéraire et l'arabe dialectal. L’arabe classique et l'arabe standard moderne constituent ensemble l'arabe littéraire. L'arabe classique évolue au fil du temps en arabe pré-coranique, arabe coranique, et arabe post-coranique auquel est parfois réservé l'appellation « arabe classique ». L'arabe dialectal est un terme générique qui regroupe une grande variétés de dialectes dérivés de la langue arabe.

Le présent article décrit quelques aspects de la grammaire de l'arabe standard moderne, les spécificités de la grammaire de l'arabe classique sont évoquées dans l'article qui concerne ce registre de la langue arabe. L'article relatif à l'arabe dialectal et ceux qui décrivent séparément chacun des dialectes arabes reprennent les données grammaticales relatives à ceux-ci.

L'étude de la grammaire de l'arabe standard moderne est propédeutique à celle de l'arabe classique d'une part, à celle des dialectes arabes d'autre part[1].

Morphologie[modifier | modifier le code]

L'arabe, comme l'hébreu, est une langue sémitique. Sa morphologie fonctionne sur le principe de radicaux ou racines. La plupart du temps ces racines sont constituées de trois consonnes. On parle alors de racines triconsonantiques ou trilitères. Il existe cependant également des racines bilitères et d'autres quadrilitères (principalement issues d'emprunts étrangers) Les racines trilitères sont qualifiées de "fortes" ou "saines" si elles comportent trois consonnes réelles. En revanche, elles sont nommées "déficientes" ou "malades" dans les cas suivants :

  • si une (ou plus) des trois consonnes n'est pas réelle, c'est-à-dire si l'une d'elles est une hamza ['] ou bien la semi-voyelle wâw [w] ou yâ [y]; par exemple, les suites [QaRa'a], [BaQiYa] ou [WaJaDa].
  • Si les deux dernières consonnes sont identiques, par exemple [MaRRa].

Pour obtenir un mot complet, il faut appliquer aux consonnes de la racine ce que l'on appelle des schèmes. Ces schèmes sont essentiellement constitués par une suite de voyelles et, souvent, d'autres consonnes qui viendront se placer avant, après et entre les consonnes de la racine afin de former les différentes formes des flexions verbales et nominales. Ces schèmes forment de véritables groupes qui sont toujours les mêmes et qui, selon le type de lettres qui les composent et la position qu'elles prennent dans la racine, transformeront celle-ci en un verbe, un adjectif, un nom d'objet, un nom d'agent, un nom de patient, un nom de lieu etc... Il existe plusieurs milliers de racines et environ une centaine de schèmes. Par ailleurs, tous les schèmes ne peuvent s'appliquer sur une racine donnée.

Par exemple, sur le radical ktb (ﻛﺘﺐ) « écrire », on peut former :

  • des dérivés verbaux :
    • kataba (كتب): « écrire » ; le schème est ici "*a*a*a" et il correspond au radical du verbe à l'accompli.
    • ʼi-kta-ta-ba (اكتتب): « copier » le schème est "i**a*ta*a"
  • des dérivés nominaux :
    • kitaab (كتاب) : « livre » ; le schème est "*i*aa*" est correspond au nom "ce qui permet de..." (ici ce qui permet de lire, c'est-à-dire le livre)
    • kaatib (ﻛﺎتب) : « écrivain » ; le schème est "*aa*i*" et correspond au nom de celui qui exerce l'objet
    • ma-ktaba-h (مكتبة) : « bibliothèque » ; le schème est "ma**a*a" et il correspond au lieu de l'objet
    • mi-ktaab (مكتاب) : « machine à écrire » ; le schème "mi**aa*"
  • des formes fléchies :
    • ya-ktubu (يكتب) : « il écrit » ; le schème est ici "ya**u*"
    • kutub (كتب) : « (des) livres ». Le schème est "*u*u*" et il forme le pluriel du schème "*i*aa*"

Ajouté au caractère flexionnel (et parfois introflexionnel) de la langue, il n'est pas facile de reconnaître rapidement un radical sans bien connaître la grammaire. Et pourtant les recherches dans les dictionnaires par racines nécessitent de déterminer d'abord les consonnes qui constituent la racine du mot. C'est pourquoi on trouve aussi des dictionnaires purement alphabétiques et qui ne tiennent pas compte des racines. Bien entendu, tous les mots ne peuvent être rattachés à une racine. Les mots d'origine étrangère comme مِدالية (midalya, médaille) et beaucoup de noms (comme par exemple دَبَّ dabba, ours) ne sont pas formés à partir d’une racine et doivent être cherchés tels quels dans un dictionnaire, quel qu'il soit.

Par ailleurs, la langue arabe présente un système d'affixes nominaux, adjectivaux ou verbaux qui permettent de décliner les noms et d'exprimer les cas grammaticaux des verbes.

Article détaillé : ʼIʻrāb.

Enfin, l'arabe possède deux types de phrases : la phrase nominale et la phrase verbale. Dans le premier cas elle se compose d'un sujet (mubtada) et d'un attribut (khabar, « information »). Elle exprime une constatation ou une définition et le verbe est sous-entendu. L'attribut s'accorde en genre et en nombre si le sujet est au singulier, au duel et s'il s'agit d'un pluriel relatif aux êtres humains :

  • An-naasu kathiiruuna : « les gens sont nombreux ».

En revanche l'attribut prend la marque du féminin singulier s'il s'agit d'un pluriel d'animaux ou de choses inanimées ou encore s'il se rapporte à un nom d'unité ou à un nom collectif.

  • Al-kutubu kathiirah : les livres sont nombreux.

Grammaire littéraire[modifier | modifier le code]

Le terme nahw (نَحْو [naḥw], grammaire) désigne la grammaire de l'arabe littéraire issu du Coran.

La langue arabe savante s'est construite avec le Coran pour base. Aux débuts de l'islam la grammaire est donc devenue un enjeu pour l'explication du texte coranique. Deux principales écoles de grammaire existèrent au VIIIe siècle, l'une à Koufa, l'autre à Bassora.

Au XIIIe siècle, cette préoccupation de rigueur dans le langage est complètement oubliée. Ainsi ibn Battûta, un maghrébin bien éloigné des sources de la langue arabe, surpris d'entendre le prédicateur de la mosquée de Bassora faire des fautes de grammaire s'entendit répondre :

Il ne reste plus personne dans la ville qui connaisse la grammaire. Ibn Khaldun souligne également qu'au XIIIe siècle, les meilleurs grammairiens de langue arabe se trouvaient en Espagne.
Ibn Battuta Voyages.

Ibn Khaldoun souligne que l'étude de la grammaire est un préalable à l'étude du Coran et de la Tradition.

Il est indispensable que l'étude du Coran et de la Tradition soit précédée de celle des sciences linguistiques.
Ibn Khaldoun, La Muqaddima VI.

Syntaxe[modifier | modifier le code]

La syntaxe arabe étudie la composition de mots en phrases.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Boutros Hallaq, opus citatum, page 25.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Boutros Hallaq, Agrégé de l'Université, Professeur à l'université de la Sorbonne nouvelle Paris III, Quarante leçons pour parler arabe, voir bibliographie.
  • Régis Blachère et Maurice Gaudefroy-Demombynes, Grammaire de l'arabe classique, voir bibliographie.
  • Toufic Fahd, Études d'histoire et de civilisation arabes, voir bibliographie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Classement par date d'édition des ouvrages :

  • T. F. Mitchell, Professeur de langue anglaise et de linguistique générale à l'Université de Leeds, Colloquial Arabic, collection « Teach Yourself Books », Hodder and Stoughton Ltd, London 1962, dixième impression 1980, (ISBN 0-340-26519-1)
  • Boutros Hallaq, Agrégé de l'Université, L'arabe pour tous, collection « les langues pour tous », Presses Pocket, 1984, (ISBN 978-2-266-01340-8)
  • Michel Neyreneuf et Ghalib Al-Hakkak, Grammaire active de l'arabe, collection « les langues modernes », Le Livre de Poche, Paris 1996.
  • Thomas Bauer, Arabic Writing, article paru dans The World's Writing Systems, ouvrage collectif sous la direction de Peter T. Daniels et William Bright, Oxford University Press, 1996.
  • Toufic Fahd, Études d'histoire et de civilisation arabes, Éditions Isis, 1997, (ISBN 975-428-106-8) version en ligne
  • Mathieu Guidère, Arabe grammaticalement correct ! Grammaire alphabétique de l'arabe, Éditions Ellipses, Paris 2001, (ISBN 2-72980923-6)
  • Ghani Alani, L'Écriture de l'écriture : Traité de calligraphie arabo-musulmane, éd. Dervy, 2002.
  • Régis Blachère et Maurice Gaudefroy-Demombynes, Grammaire de l'arabe classique, Maisonneuve et Larose, cinquième édition, 2004.
  • Kristen Brustad, Mahmoud Al-Batal, Abbas Al-Tonsi, A Textbook for Arabic: Part Two. Georgetown University, Washington, DC, 2005 (ISBN 978-1589010963), 1e édition 1997, (ISBN 0-87840-350-7)
  • Boutros Hallaq, Agrégé de l'Université, Professeur à l'université de la Sorbonne nouvelle Paris III, Quarante leçons pour parler arabe, collection « langues pour tous », Univers Poche, Pocket, Paris 2009, (ISBN 978-2-266-18910-1)
  • Dictionnaire Mounged de poche (français arabe ─ فرنسيّ عربيّ), éditions Dar el-Machreq, dixième édition, Beyrouth.

Articles connexes[modifier | modifier le code]