Guerres d'apostasie

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Guerres d'apostasie
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Carte montrant les batailles les plus importantes qui ont eu lieu pendant les « guerres d'apostasie » entre les tribus arabes « musulmanes » et les tribus arabes « apostates », et avec elles les prétendants à la prophétie.
Informations générales
Date 632-633
Lieu Péninsule arabe
Casus belli Des tribus arabes ayant prêté allégeance à Mahomet se rétractent après sa mort
Issue Victoire décisive du calife « bien-guidé » Abou Bakr As-Siddiq
Belligérants
Black flag.svg Califat des rachidounesTribus arabes séditieuses
Commandants
Abou Bakr As-SiddiqMusaylima al-kadhdhâb
Al-Aswâd al-'Unsî
Talîha ibn Khouwaylid
Malik ibn Nuwayrah
Qayth ibn Abd Yaghuth
Tulayha
Sadjah Reddition
Coordonnées 24° 00′ 00″ nord, 45° 00′ 00″ est
Géolocalisation sur la carte : Arabie saoudite
(Voir situation sur carte : Arabie saoudite)
Guerres d'apostasie

L'historiographie musulmane regroupe sous l'expression « guerres d'apostasie » (arabe : حُرُوب ٱلرِّدَّة, ḥurūb al-ridda), les campagnes militaires lancées entre 632 et 633 par les tribus arabes « musulmanes » contre les tribus arabes qui se rebellèrent après la mort de Mahomet, prophète des musulmans, dont la date supposée est 632. On les appellent aussi guerres de (la) sédition(s) ou guerres de (la) ridda.

Historiographie[modifier | modifier le code]

L'évolution historiographique sur les causes de la rébellion[modifier | modifier le code]

L'étude historique des guerres dites « d'apostasie » est marquée par la prédominance de la tradition musulmane composée durant l'époque abbasside, nostalgique d'un passé fantasmé où l'oumma était unifiée sous Mahomet puis les califes dits « bien guidés » et les « pieux prédécesseurs »[1]. Les événements des trois premiers siècles de l'Islam[n 1] nous sont majoritairement connus par Tabari (839-923), historien et exégète du Coran, par sa Chronique : les écrits de ses prédécesseurs se perdirent par manque de scribes les recopiant[2]. Il y a un fossé chronologique et sociétal entre l'Islam du VIIe siècle et l'Islam du IXe siècle : on est passé d'une société de tribus à une société d'empire.

D'après Jacqueline Chabbi, dans la société tribale du VIIe siècle, l'islam est une alliance entre les membres des tribus, ainsi qu'une Alliance entre les tribus et un dieu (Allah) qui donne à ceux qui se placent sous Sa protection. Quand les tribus s'alliaient entre elles, elles devaient s'engager à faire preuve de solidarité, dans un principe de réciprocité, avec un chef choisit pour diriger l'alliance. Ce chef est révocable à tout moment, il n'est pas dans les coutumes qu'il désigne son successeur[3].

Les Omeyyades commencent à adapter l'islam lors de la naissance du califat islamique, mais il reste une alliance entre Arabes : pour être musulman, il fallait pouvoir se rattacher généalogiquement à une tribu d'Arabie. Quand les Abbassides prennent le pouvoir en 750, ils détribalisent l'islam, donnant à tous les habitants de l'Islam le droit de devenir musulman : l'islam comme religion naît et se calque sur le modèles des religions proche-orientales[4]. En se l'appropriant, les néophytes non-tribaux, majoritaires au sein de la population, traduisent la rupture politique des tribus de l'est et du sud d'Arabie — le refus de prêter allégeance à Abou Bakr, élu successeur de Mahomet, et de payer un lourd tribut en échange de sa soumission — comme une « apostasie »[5].

Chabbi explique que le terme radda signifie « revenir sur ses pas » : ceux qui quittaient l'alliance de Dieu (l'islam) étaient condamnés dans l'au-delà, car ils n'avaient pas choisi le bon allié (wali), Allah[6]. Dans la société tribale, le mourtadd était celui-ci qui quittait l'alliance, car y rester n'était pas dans les intérêts de sa tribu. Avec l'empire, le mourtadd devient l'apostat et c'était souvent la mort qui l'attendait — encore fallait-il apporter la preuve de l'apostasie[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Islam » désigne la civilisation islamique et « islam » la religion musulmane.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Amir-Moezzi et Dye 2019, p. 264
  2. Martinez-Gros 2019, p. 52-53
  3. Römer et Chabbi 2020, p. 147-150
  4. François Adibi, « Les interviews d'Altaïr : Jacqueline Chabbi », sur Altaïr thinktank, (consulté le 14 février 2021).
  5. Martinez-Gros 2019, p. 156
  6. « WALI », sur Youtube, (consulté le 14 février 2021).
  7. « " Murtadd " - Les mots du Coran », sur Youtube, (consulté le 14 février 2021).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : Tout ou une partie de cet ouvrage a servi comme source à l'article.

  • Gabriel Martinez-Gros, L'Empire islamique : VIIe siècle-XIe siècle, Points, , 382 p. (ISBN 978-2-7578-8548-2). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mohammad Ali Amir-Moezzi et Guillaume Dye, Le Coran des historiens, vol. 1, Les éditions sur Cerf, , 957 p. (ISBN 978-2-204-13551-1), « De l'Arabie à l'empire : Conquête et construction califale dans l'islam premier ». Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Thomas Römer et Jacqueline Chabbi, Dieu de la Bible, Dieu du Coran : Entretiens avec Jean-Louis Schlegel, Seuil, , 304 p. (ISBN 978-2-02-142136-1). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]