Virgile Barel

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Virgile Barel
Fonctions
Député 1936-1940
puis 1945-1951
puis 1956-1958
puis 1967-1978
Gouvernement IIIe République-IVe République-Ve République
Groupe politique PCF
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 89 ans)
Résidence Alpes-Maritimes

Virgile Barel (né le à Drap (Alpes-Maritimes) et mort le à Nice) est un homme politique français membre du Parti communiste français.

Figure importante de la politique niçoise, il s'opposa durement, avant guerre, au Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot. Élu député pour la première fois sous le Front populaire, il gardera son siège au long de la Quatrième République avant de finir doyen de l'Assemblée nationale lors de son dernier mandat de 1973-78. Barel a été conseiller municipal de Nice de 1947 à 1965, président de l'assemblée départementale des Alpes-Maritimes de 1945 à 1947, membre des deux assemblées constituantes après guerre, puis député de 1946 à 1951 sous la Quatrième République, et de nouveau entre 1956 et 1958, et à la fin des années 1960.

De l'instituteur au permanent du parti[modifier | modifier le code]

Pendant près de soixante ans, l'Histoire du communisme niçois se confond assez largement avec celle de Virgile Barel. Ce dernier est né à Drap, un village de la vallée du Paillon, dans une famille de modestes artisans.

Enfant doué issu du peuple, il est poussé vers la carrière d'instituteur fortement valorisée avant 1914 par le « modèle républicain » français. Entré à l’École Normale de Nice en 1906, il commence à enseigner trois ans plus tard. Par sa culture, sa mentalité, ses méthodes de travail, Barel restera toute sa vie instituteur, c'est-à-dire un pédagogue davantage soucieux d'application pratique, de vulgarisation que de grands débats idéologiques ou théoriques. Par ses origines sociales, par son métier, le jeune maître d'école reste très proche de la condition populaire. Il appartient à la petite avant-garde qui s'éveille à la conscience de classe à travers le syndicalisme.

La Grande Guerre constitue un jalon essentiel. Elle va transformer l'homme, le soldat, l'officier valeureux (il est blessé à trois reprises et décoré de la Légion d'honneur) en militant pacifiste, en révolté et finalement en révolutionnaire. Au sortir de l'épreuve des tranchées, le jeune instituteur bouillonne d'impatience et d'ardeur dans l'attente quasi messianique du grand bouleversement que partout en Europe la « vague rouge » et l'agitation des peuples semble annoncer.

En 1919, il donne son adhésion à la SFIO où il se range spontanément derrière la tendance maximaliste, celle qui voit dans la Révolution russe l'aube et la promesse d'un monde nouveau. Nommé à Menton, il se lance à corps perdu dans l'action. Favorable à la rupture avec le vieux Socialisme d' « Union sacrée » et de « collaboration de classe », Barel va s'affirmer rapidement comme le champion de la bolchevisation et de la Troisième Internationale, comme le missionnaire principal de la petite « secte » bolchevique qui s'est fixé pour tâche de préparer la Révolution communiste sur la Côte d'Azur. Instituteur, il milite dans les rangs de la minorité CGTU (Confédération générale du travail unitaire) et écrit dans le bulletin syndical Notre Arme. Ancien de 14-18, il fonde une section de l'ARAC (association républicaine des anciens combattants).

Un premier voyage en URSS en 1928 le conforte dans ses convictions. Reconnu pour sa valeur militante, il est assez rapidement candidat à l'entrée dans le corps des permanents du Parti. Il obtient pour raisons médicales sa retraite anticipée d'instituteur en 1934. Ayant passé avec succès l'épreuve de contrôle biographique (la fameuse « bio ») exigée par Moscou, il est consacré homme de confiance de Maurice Thorez et de son équipe pour la Région Sud-Est. Devenu cadre de l'organisation, il est chargé d'appliquer au milieu des années Trente, la nouvelle ligne antifasciste. Un revirement stratégique spectaculaire, qui à la faveur de la crise, permet à la « secte bolchevique » des A.-M. de se transformer en grand parti stalinien. Un parti désormais en phase avec les aspirations des masses comme l'atteste la réussite de l'hebdomadaire communiste Le Cri des travailleurs* qui sort son premier numéro en janvier 1935.

Député du Front populaire[modifier | modifier le code]

Fort de la dynamique unitaire à Gauche, dont la SFIC est l'élément moteur, Barel s'impose comme le chef du Rassemblement Populaire. À l'occasion de deux campagnes électorales remarquablement orchestrées et fortement politisées (l'élection cantonale de 1934 et les municipales de 1935 à Nice, au cours desquelles il réalise un bon score) une vraie implantation communiste s'opère dans les quartiers populaires de Saint-Roch et de Riquier. C'est naturellement dans cette « Nice du Peuple » (la troisième circonscription des A.-M.) que Barel est élu député du Front populaire l'année suivante, en mai 36. À cette date, il est l'homme qui porte les espoirs d'un « monde meilleur » et le rêve d'une Côte d'Azur révolutionnaire, égalitaire, « rouge » et internationaliste que le PC dans son langage, son jargon idéologique appelle « La Crimée française ». De 1936 à 1939, il attache surtout son nom à la création et au développement du tourisme populaire.

Favorable à une intervention en Espagne, il concentre toute la hargne anticommuniste et la haine xénophobe du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot. Ce dernier voit dans celui qu'il appelle Virgiloff Barelski, « l'homme de Moscou », le chef du « Parti de l'étranger, des étrangers et des naturalisés », le complice des antifascistes et des agitateurs du monde entier.

L'arrestation et la déportation en Algérie[modifier | modifier le code]

Député membre du groupe ouvrier et paysan français, il est arrêté, le , déchu de son mandat, le , et condamné le par le 3e tribunal militaire de Paris à 5 ans de prison, 4 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille[1] pour être pour être resté fidèle à la ligne du Parti communiste et ne pas avoir dénoncé le pacte germano-soviétique. Après la défaite, les autorités de Vichy l'installent à la maison d'arrêt de Valence. Elles finissent par le déporter en Algérie en tenant compte de la lettre de combat qu'il a adressée au Maréchal Pétain, chef de l'État français, le , dans laquelle il a tenté de défendre courageusement ses positions dans le cadre du Procès de Riom.

Libéré de Maison Carrée après le débarquement allié en Afrique du Nord en 1943, Barel prend la direction du Secours populaire en Algérie et devient un proche collaborateur de François Billoux.

L'après-guerre : une figure locale et nationale de la Quatrième République[modifier | modifier le code]

En septembre 1944, de retour à Nice, il est célébré par son Parti comme un héros. Il est le député courageux du « Chemin de l'honneur » et le père d'un jeune résistant assassiné. Nommé à la tête de la Délégation spéciale chargée de l'administration provisoire de la ville, il doit faire face, dans un contexte difficile et tendu, à de nombreux problèmes : l'épuration, le ravitaillement, le retour des prisonniers. Malgré la confiance que lui témoigne son électorat ouvrier, Barel est battu lors des premières municipales d'avril/mai 1945. À partir de cette date, l'homme prend du recul avec la direction effective de l'organisation. À l'approche de la soixantaine, il apparaît sous les traits d'un Marcel Cachin de la Côte d'Azur, c'est-à-dire d'un vétéran, d'une personnalité connue et reconnue à laquelle le Parti confie pour l'essentiel des tâches symboliques et de représentation politique.

Barel est conseiller municipal de Nice de 1947 à 1965, président de l'assemblée départementale de 1945 à 1947. Membre des deux assemblées constituantes, il est député de 1946 à 1951 sous la Quatrième République, puis de nouveau entre 1956 et 1958.

La Cinquième République: le doyen de l'Assemblée[modifier | modifier le code]

Sévèrement battu en 1958, il retrouve son siège en 1967, le sauve en 1968 et termine sa carrière comme doyen d'âge de l'Assemblée nationale de 1973 à 1978. Le « vieux lutteur » livre son dernier grand combat pour faire extrader en France Klaus Barbie, le "boucher de Lyon", responsable de la mort de son fils Max.

Militant communiste modèle, Virgile Barel épousa la ligne du PCF pendant près de soixante ans, du Congrès de Tours à la période de G. Marchais. Fondateur du communisme niçois, il incarne dès les années 50 sa mémoire historique. Exemplaire dans l'orthodoxie, la fidélité voire la docilité, Barel appartient à la génération de cadres communistes qui croyaient en l'URSS et en la supériorité idéologique du « modèle soviétique ». Cette foi inébranlable dans la « grande patrie du Socialisme », dans l'infaillibilité du Parti, le conduisit à se comporter souvent en militant sectaire, dur et brutal, à partager les illusions et les aberrations du stalinisme.

Son internationalisme sévère et son austère patriotisme se doublèrent toujours cependant d'une authentique sensibilité ou fibre niçoise. Enfant de la vallée du Paillon, Barel aimait profondément son terroir, sa « petite patrie » et était fier de parler sa langue. Il se voulut toujours l'héritier et le continuateur de la tradition révolutionnaire du « Midi rouge », incarnée à ses yeux par Auguste Blanqui et Garibaldi. Militant enraciné et dévoué, sa popularité était grande et débordait largement les rangs du PC. On appréciait chez lui, la simplicité, une certaine bonhomie, l'honnêteté et l'attachement au pays.

Sa mort, le 7 novembre 1979 survint à la veille de la grande « débâcle » historique du communisme des années 80 et 90. Ses obsèques mobilisèrent dans le deuil un Parti toujours puissant mais déjà déclinant et furent au fond la dernière grande occasion pour le « peuple communiste » niçois, d'affirmer son existence, de manifester son appartenance, de se rassembler dans la célébration de son idéal.

Honneurs topographiques[modifier | modifier le code]

À Nice un boulevard porte son nom ainsi qu'une station du tramway. Une rue lui est également dédiée à Menton. Une place à Nice porte quant à elle le nom de son fils, résistant communiste mort héroïquement au champ d'honneur, Max Barel.

Mandats[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivesi Dominique, Virgile Barel 1889-1979. De Riquier à la Crimée Française, Serre, Nice, 1996.
  • « Virgile Barel », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Précédé par
Léon Baréty
Président du Conseil général
des Alpes-Maritimes

Suivi par
André Botton