Affaire Seznec

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Seznec (homonymie) et Quéméneur.

Affaire Seznec
Annonce de l'arrestation de Guillaume Seznec dans Le Journal du 1er juillet 1923.
Annonce de l'arrestation de Guillaume Seznec dans Le Journal du .

Nature du crime Homicide volontaire et faux en écriture privée
Type de crime Meurtre et faux
Titre Affaire Guillaume Seznec
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Houdan
Paris
Dreux
Le Havre
Morlaix
Date du crime Nuit du 25 au 26 mai 1923
Nombre de victimes 1 : Pierre Quémeneur
Jugement
Statut Affaire jugée : condamné aux travaux forcés à perpétuité ; peine commuée en vingt ans de réclusion le  ; remise de peine de dix ans le  : libéré le
Tribunal Cour d'assises du Finistère
Formation Cour d'appel de Quimper
Date du jugement
Recours Bénéficie de remises de peine collectives le puis le [1],[2]
Requête en révision transmise à la chambre criminelle de la Cour de cassation, statuant comme Cour de révision, le 11 avril 2005, puis rejetée le [3]

L’affaire Seznec est une affaire criminelle dans laquelle Guillaume Seznec est reconnu coupable, en 1924, du meurtre de Pierre Quéméneur (conseiller général du Finistère) et de faux en écriture privée. Depuis, le jugement a fait l’objet de neuf demandes de révision, qui ont toutes été rejetées.

L'affaire[modifier | modifier le code]

L'homme d'affaires et homme politique Pierre Quéméneur disparaît en 1923, pendant un voyage d'affaires qu'il effectuait avec Guillaume Seznec entre la Bretagne et Paris. Ce voyage était lié, selon Seznec, à la vente à l'Union soviétique de voitures Cadillac rétrocédées à la France par l'armée américaine après le premier conflit mondial. Étant la dernière personne à avoir vu Quéméneur vivant, selon une première enquête, Seznec devient le principal suspect : il est arrêté, inculpé et incarcéré. Or, le corps de Quéméneur n'a jamais été retrouvé. Par ailleurs, plusieurs témoins déclareront, lors du procès, avoir croisé l'intéressé après la date présumée de sa disparition.

Les journaux évoquent les soupçons des policiers sur la possibilité que Seznec ait utilisé le cric de la Cadillac pour tuer Quéméneur, puis qu'il ait ramené le corps à Morlaix, activé la chaudière de la scierie de Traon-ar-Velin pour brûler le cadavre et vider les cendres dans la rivière[4].

Le procès de Seznec, au cours duquel 148 témoins sont entendus, dure huit jours et prend fin le . L'accusé est reconnu coupable « de faux en écriture privée et du meurtre de Pierre Quéméneur ». La préméditation étant écartée, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité, alors que l'avocat général avait requis la peine de mort. Après le rejet d'une première requête en révision déposée par sa femme, Seznec est conduit en Guyane, d'abord au camp de la Transportation de Saint-Laurent-du-Maroni le , puis au bagne de l'Île Royale en 1928, et à nouveau à Saint-Laurent-du-Maroni en 1942. Plusieurs ouvrages attestent des conditions de vie très pénibles qui étaient celles du pénitencier installé par la République française en Guyane[5].

Après la Seconde Guerre mondiale et la fermeture du bagne de Guyane, Seznec bénéficie d'une réduction de peine de dix ans, ce qui permet sa libération le 14 mai 1947 et son retour en métropole[6]. Après avoir été renversé par une camionnette à Paris, il meurt le des suites de ses blessures.

Protagonistes[modifier | modifier le code]

Guillaume Seznec[modifier | modifier le code]

Photographie de Guillaume Seznec, prise le 28 juin 1923.

Joseph Marie Guillaume Seznec[7], né le , à Plomodiern, dans le Finistère, (et mort en 1954), est le fils de Yves Seznec et Marie-Anne Colin, qui possédaient dans le hameau de Kernéol une ferme assez importante[8]. Son père décède alors qu'il n'est âgé que de six ans. Sa mère dirige avec autorité les sept garçons de la ferme et les deux servantes travaillant sur l'exploitation. Après des études médiocres, Guillaume Seznec quitte le collège à seize ans pour rejoindre la ferme familiale. Cependant le travail de la terre ne le passionne pas, il s'intéresse surtout à la mécanique[9].

Le 18 juillet 1906, il épouse Marie-Jeanne Marc, fille de commerçants de Plomodiern. Le couple achète aussitôt un commerce de vente et réparation de vélos situé sur la place de Plomodiern, en face de l’église. Alors qu'il effectue une période militaire à Châteaulin, son épouse donne naissance le 1er novembre 1908 à une fille prénommée Marie. Alerté par télégramme, il est revenu chez lui lorsque la grange voisine de son domicile est en flamme. Il se précipite alors à l'intérieur de son magasin pour sauver ce qu’il peut de sa marchandise, lorsqu'un bidon d’essence explose, le brûlant grièvement au visage et aux mains, ce qui lui laissera des cicatrices[9].

Le 13 mars 1910, naît un deuxième enfant, qui reçoit le prénom de Guillaume, comme son père[9].

Avec les 30 000 francs de dédommagements accordés par l’assurance, le couple Seznec achète un nouveau commerce en juillet 1912 : une blanchisserie située à Saint-Pierre-Quilbignon, un faubourg de Brest. Le 8 novembre de cette même année, Marie-Jeanne donne naissance à un troisième enfant, Jeanne[9].

Puis la Première Guerre mondiale éclate. Guillaume Seznec, réformé en raison de ses brûlures, reste en Bretagne. L'armée lui confie le nettoyage du linge d'une partie de la garnison de Brest. Un quatrième enfant, prénommé Albert, naît peu de temps après, le 31 octobre 1914[9].

Selon son petit-fils Denis et bien qu'aucune pièce tangible ne le confirme, Seznec se serait porté volontaire pour aller à la poudrerie de l'Île d'Ouessant. Il y serait resté un an, période durant laquelle Marie-Jeanne aurait dirigé la blanchisserie[9], [10].

En 1918, le régiment stationné jusqu'alors à Brest est transféré à Morlaix ; la famille Seznec suit. Le couple se porte acquéreur à Traon-ar-Velin d’une scierie désaffectée située à la sortie de la ville. Ils vont y résider pendant une longue période[9].

Maison des Seznec à Morlaix (photographie publiée dans Le Petit Parisien du 2 juillet 1923).

La blanchisserie de Saint-Pierre-Quilbignon reste en activité jusqu'à ce qu'elle soit ravagée par un incendie en 1922, alors que l’un des frères de Marie-Jeanne, Charles Marc, est en train de la racheter à Guillaume, un accord ayant été conclu pour un paiement échelonné. Comme les échéances de paiement ne sont pas arrivées à leur terme au moment de l'incendie, Seznec en est encore le propriétaire et touche 23 000 francs d'indemnités de l’assurance. Cette fois encore, les circonstances paraissent suspectes, si bien que ces deux affaires qui font jaser pèseront lourd lors de son procès, quand seront évoqués des incendies volontaires provoqués pour percevoir frauduleusement des primes à l'assurance[11].

C'est à cette époque que Seznec, qui projette de remettre en activité la scierie de Traon-ar-Velin, fait la connaissance de Pierre Quéméneur, conseiller général du Finistère. Ce dernier, bien que négociant en bois, aurait surtout été intéressé par un stock de couvertures que Guillaume avait acheté à l'armée américaine durant la Première Guerre mondiale et qu'il comptait revendre avec de substantiels bénéfices[9].

En 1923, après d’importants travaux, la scierie de Traon-ar-Velin fonctionne à nouveau, et Seznec devient maître de scierie. Son entreprise emploie une douzaine d’ouvriers. Deux personnes servent fidèlement la famille : Angèle Labigou, l'employée de maison (comptant parmi les 80 créanciers de l'affaire quand elle sera liquidée), et Sanson, le « chauffeur » (qui s’occupe des machines et des véhicules)[9].

Pierre Quéméneur[modifier | modifier le code]

Photographie de Pierre Quéméneur publiée dans Le Matin du 26 juin 1923.

Pierre Quéméneur, de son vrai nom Pierre Quéméner[12], né le 19 août 1877 à Commana (Finistère) près de Landivisiau, est un entrepreneur et homme politique français dont la disparition, en 1923, est à l'origine de l'affaire Seznec.

Ses parents tenaient une petite ferme. En 1903, la propriété a été vendue et le jeune homme a racheté, avec son frère et deux de ses sœurs, une petite maison à Saint-Sauveur, dans le canton de Sizun avec, au rez-de-chaussée, un modeste débit de boissons. Il a alors 26 ans, de l'ambition et le désir de sortir de sa condition et de réussir. Élu conseiller municipal en 1914, il fait du commerce, achetant et revendant un peu tout ce qui se présente (vin, cidre, alcool, bétail, charbon de bois, etc.). Néanmoins sa situation financière est loin d’être florissante.

C’est dans le commerce du bois qu’il se lance (achat aux paysans et aux forestiers, fourniture de poteaux pour les mines). Puis, lorsque la guerre éclate, celle-ci lui permet de passer, comme beaucoup, au stade supérieur. Le génie de l’armée consomme en effet une très grande quantité de poteaux de mine pour consolider les tranchées.

Les hostilités terminées, Pierre Quéméneur est un homme très riche. Son commerce est devenu international et couvre l’Angleterre, la Sarre, la Belgique et les États-Unis. Des bateaux chargés de poteaux de mine vont et viennent entre Le Havre et l’Amérique. Sa fortune s'élève désormais à 2 millions de francs-or.

C’est à cette époque qu’il achète Ker-Abri, une demeure bourgeoise qui domine Landerneau[13]. Avec ses tourelles à clochetons pointus, elle ressemble à un château. Il acquiert également le domaine de Traou-Nez à Plourivo, près de Paimpol. C'est une magnifique propriété comportant 90 hectares de sapins. Il en confie la gestion et l’exploitation à son frère Louis, qui le sert fidèlement[14]. Lui-même s’installe au manoir de Ker-Abri, en compagnie de sa sœur Jenny, qui tient la maison. Son autre sœur, Marie-Anne, s’est mariée en 1920 avec Jean Pouliquen, clerc de notaire à Pont-l'Abbé. Quéméneur lui a prêté 160 000 francs pour lui permettre d'acheter une étude de notaire. Jean Pouliquen traîne pour rembourser le prêt.

Une fois établi, Quéméneur se lance dans la carrière politique. En 1919, l'entrepreneur est élu conseiller général du Finistère, dans son canton natal.

Le portrait de Quéméneur parvenu jusqu'à nous tient moins du souvenir de ses proches que de l'abondante littérature consacrée à l'affaire, laquelle peut-être considérée comme sujette à caution quant à sa neutralité.[non neutre] En compagnie de ses pairs, les notables, il est un client assidu des bons restaurants de la région. À Morlaix, il est également membre d’une sorte de club, le Cercle des arts, où se retrouvent notamment des notaires, des chefs d’entreprises, des pharmaciens et des médecins.

En 1922, Quéméneur lie connaissance avec Guillaume Seznec, qui projette de remettre en activité la scierie, acquise quelques années auparavant, de Traon-ar-Velin, à Morlaix. Il ignore tout des dettes et des poursuites dont fait l'objet celui qui devient son associé. Même si Quéméneur est négociant en bois, les deux hommes discutent du stock de couvertures de l'armée américaine que Seznec a acquis et entreposé durant la Première Guerre mondiale et qu'il compte revendre avec de substantiels bénéfices[9]. Selon Denis Seznec, petit-fils de Guillaume né plus de vingt ans après l'affaire, tous deux sympathisent vite, car bien que l'un soit riche et l'autre très endetté, ils ont un point commun : ils se sont faits eux-mêmes, à partir d'une origine paysanne.

Toujours selon Denis Seznec, au-delà de leurs rapports commerciaux, une certaine amitié serait née entre les deux hommes. Seznec aurait été séduit par la faconde et l’entregent de Quéméneur, qui lui-même aurait apprécié Seznec pour son sérieux et sa réserve. Seznec se serait même engagé à acheter la propriété de Traou-Nez à Quéméneur ; les deux hommes auraient signé une promesse de vente[14]. Ce document, tapé à la machine à écrire Royal-10, sera retrouvé un mois après la disparition de Quéméneur par un employé de la gare du Havre, dans une valise contenant des papiers au nom de ce dernier. Il stipule un prix de vente de 35 000 francs de l'époque, somme modique sans rapport avec le prix du bien estimé à 100 000 francs[15]. L'enquête établira qu'il s'agit d'un faux tapé par Seznec, fait toujours contesté par les partisans de son innocence absolue.

Toujours selon la légende construite par sa postérité, les qualités de Seznec, si elles lui servent à gagner l’estime de Quéméneur, le desserviront plus tard quand le drame surviendra. Il ne parlera que tardivement des affaires un peu particulières qu'il prête au conseiller général. On en déduira qu’il dissimule des faits à la justice. Ce que les faits confirmeront très vite.

Quéméneur, c'est un fait, fréquente les Seznec. Un jour, l'un d'eux propose une nouvelle affaire : la revente de véhicules d’occasion de fabrication américaine, en particulier des camions et des limousines de marque Cadillac (stocks issus de la Première Guerre mondiale que l'administration française expose sur le Champ de Mars à Paris et qu'elle brade à prix cassés) à des représentants de l'Union soviétique, qui manque de moyens de transport. Quéméneur, selon les dires de Seznec, a rendez-vous, le 26 mai à 8 heures, avec un certain « Sherdly » ou « Chardy », un Américain demeurant boulevard Malesherbes, pour traiter une commande de cent voitures[3]. Dans la nuit du 25 au 26 mai 1923, durant le voyage à destination de la capitale effectué par les deux hommes, Quéméneur disparaît sans laisser de traces. C'est le début de l'affaire Seznec : Guillaume Seznec est probablement la dernière personne à avoir vu son associé vivant, et il a alors tenté de mettre la main sur ses biens, dont la propriété de Traou-Nez. Il est vite suspecté de l'avoir assassiné et est inculpé.

Chronologie et résultats de l'instruction de l'époque[modifier | modifier le code]

La chronologie des événements[modifier | modifier le code]

Disparition de Quéméneur[modifier | modifier le code]

Le , à dix heures et demie, Seznec, maître de scierie à Morlaix et passionné de mécanique, part de chez lui à bord d'une voiture de marque Cadillac. Le même jour, Pierre Quéméneur, négociant en bois, domicilié à Landerneau, conseiller général du Finistère, prend le train à h 44. Les deux hommes ont prévu de se retrouver à 14 h 30 à l’hôtel Parisien à Rennes et de reprendre la route pour Paris en Cadillac, cette voiture devant servir de première transaction au contrat de vente à grande échelle des véhicules Cadillac.

Le voyage prend énormément de retard en raison de pannes répétées de la Cadillac. Seznec n'arrive à Rennes qu'à 19 heures trente. Dans l'intervalle, Quéméneur télégraphie à son beau-frère Jean Pouliquen, clerc de notaire à Châteaulin, pour lui réclamer le remboursement de 160 000 francs qu'il lui a prêtés pour ouvrir son étude de notaire à Pont-L'Abbé. L'intéressé lui expédie un chèque de 60 000 francs en poste restante sous forme de recommandé à Paris, dans un bureau du boulevard Malesherbes[16].

Le vendredi , à cinq heures du matin, Quéméneur et Seznec reprennent la route mais pannes et crevaisons se succèdent. Pour ne pas manquer le rendez-vous, Quéméneur aurait décidé de rejoindre la capitale par le train, à la gare de Houdan ou de Dreux, Seznec restant flou sur ce sujet[17],[18].

Quéméneur, qui a informé sa famille qu'il serait de retour le 28 mai, disparaît sans laisser de traces. De son côté, Seznec qui, selon ses dires, a décidé de revenir faire réparer la Cadillac à Morlaix, parvient dans cette ville le 27 mai au soir, sans Pierre Quéméneur.

Premières recherches[modifier | modifier le code]

À partir du 4 juin, plusieurs membres de la famille Quéméneur s'inquiètent et contactent Seznec pour lui demander des nouvelles. Il leur répond que, à la suite d'une panne de voiture, il a laissé Quéméneur à la gare de Dreux, où celui-ci a pris le train pour Paris. Il affirme n'avoir eu depuis aucune nouvelle de lui et ajoute « qu’il doit gagner beaucoup d’argent et que, peut-être, il a dû aller jusqu’en Amérique »[3].

Le 10 juin, Jean Pouliquen et Louis Quéméneur, respectivement beau-frère et frère de la victime, accompagnés de Seznec, signalent la disparition de Quéméneur à la 13e brigade de police mobile de Rennes[3].

Le 13 juin, un télégramme signé Quéméneur est envoyé du Havre, principal port de départ vers l'Amérique avec le texte suivant : « Ne rentrerai Landerneau que dans quelques jours tout va pour le mieux - Quéméneur »[19]. La famille de Quéméneur, rassurée, demande dans un premier temps l'arrêt de l'instruction, mais se ravise le 16 juin, compte tenu de l'authenticité douteuse du télégramme[3].

Découverte de la valise de Quéméneur et ouverture de l'instruction[modifier | modifier le code]

Le 20 juin, un employé de la gare du Havre, découvre une valise à la serrure fracturée (elle semble avoir séjourné dans l'eau de mer et présente des taches de sang) contenant du linge et une serviette en cuir où l'on trouve le portefeuille et des papiers au nom de Quéméneur[20]. La famille de Quéméneur est informée[21].

Le 22 juin, une instruction pour disparition suspecte est ouverte à Brest. Dans le cadre de cette instruction, la valise est saisie. Elle contient notamment une promesse de vente tapée à la machine à écrire Royal-10[22],[23] (ce qui à l'époque est rare) d'une propriété située à Traou-Nez sur la commune de Plourivo près de Paimpol, appartenant à Quéméneur, au bénéfice de Seznec, pour une somme modique de 35 000 francs de l'époque sans rapport avec le prix du bien estimé à 100 000 francs[21]. La valise contient également un carnet où sont notées des dépenses de 11,40 francs et 31,70 francs pour des billets de train Dreux-Paris et Paris-Le Havre[3], tendant à prouver que Quéméneur aurait quitté Seznec bien vivant à Dreux et, de là, pris un train pour Paris. Mais le prix indiqué pour le trajet Dreux-Paris est erroné, ce qui fait douter les enquêteurs du fait que les notes soient effectivement de la main de Quéméneur[24].

Le 26 juin, Seznec est entendu par les gendarmes. Il affirme avoir quitté Quéméneur à Dreux le 25 mai au soir pour qu'il prenne le train, à la suite des pannes rencontrées par leur automobile[3]. Il explique que la promesse de vente trouvée dans la valise a été rédigée par Quéméneur et lui a été consentie contre la remise de 4 040 dollars-or que lui et son épouse possédaient, les 35 000 francs ne représentant que le solde du prix de vente — ce qui porte le montant total de la transaction à 95 000 francs[24]. Cette remise aurait eu lieu sans témoin[3].

Selon Seznec, Quéméneur aurait eu besoin de liquidités pour traiter l'affaire des Cadillac qui l'appelait à Paris ; Seznec dit alors ne pas en savoir plus, et que, dans l'affaire, son rôle s'est limité à recevoir pour Quéméneur des courriers portant le timbre de la chambre de commerce américaine de Paris[3]. Seznec indique que, après avoir laissé Quéméneur à Dreux, il est rentré à Morlaix avec la voiture pour la faire réparer par le chauffeur de son camion, M. Sanson.

Seznec est de nouveau entendu le 28 juin 1923, au siège parisien du contrôle général des services de recherches judiciaires, par le commissaire Achille Vidal. Il confirme ses premières déclarations et fournit davantage de précisions sur les pannes de la voiture qui ont conduit Quéméneur et Seznec à se séparer à la gare de Dreux[3].

Le résultat de l'instruction de l'époque[modifier | modifier le code]

Dès le 29 juin, l'instruction met en doute la version de Seznec selon laquelle les deux hommes se seraient séparés à Dreux[21]. En effet, huit témoins ont vu Seznec et Quéméneur ensemble à Houdan, à 60 km de Paris[3]. Il apparaît que Quéméneur n'a pas davantage pris le train à Houdan ce soir-là, dans la mesure où quatre témoins affirment les avoir vus quitter ensemble les abords de la gare dans leur automobile, après s’être renseignés sur la direction de la route de Paris, à une heure où le dernier train était déjà parti[3].

Par ailleurs, un témoin dit avoir vu Seznec seul au volant de sa voiture, au petit matin du jour suivant, à La Queue-les-Yvelines, à 15 km d'Houdan sur la route de Paris. Ce témoin lui a vendu de l'essence pour sa voiture en panne. Seznec reconnait ce fait[3].

Le 30 juin, des réquisitions sur les chefs d'assassinat et de faux en écriture privée sont prises contre Seznec[25].

Le 4 juillet, l'instruction révèle, par le recueil de cinq témoignages, que Seznec se trouvait au Havre le 13 juin, jour où fut expédié depuis cette ville le télégramme signé Quéméneur. Le témoignage d'un commerçant et de ses deux employées atteste en outre que Seznec, sous le nom d’emprunt de Ferbour[26], a fait l’acquisition d’une machine à écrire Royal-10 d’occasion, dans un commerce voisin du bureau de poste où fut déposé le télégramme[3]. Seznec déclare de son côté ne jamais avoir été au Havre, et l’individu décrit par un témoin aurait les mains velues, or celles de Seznec ont été brûlées dans un incendie[27].

L'épouse de Seznec confirme que son mari a quitté son domicile le 12 juin en voiture[21]. Le soir du 13 juin, deux témoins ont vu Seznec gare Montparnasse, à Paris, muni d'un colis volumineux et pesant[3], qui pourrait être la machine à écrire[21]. Le 14 juin, Seznec est de retour à Plouaret, où une veuve et son fils l'ont vu prendre son camion. Le 14 juin au petit matin, il aurait récupéré sa voiture à Plouaret dans l'heure qui a suivi l'arrivée du train où il aurait été vu la veille[3].

L'une des principales pièces à conviction de l'affaire Seznec, la machine à écrire ayant servi à produire les fausses promesses de vente. Sa découverte lors d'une perquisition chez Seznec est souvent à tort attribuée à Bonny ; dans une autre version également erronée, ce dernier l'y aurait dissimulée[3].

Le 6 juillet, lors de la 3e perquisition, menée cette fois non plus au domicile proprement dit de Seznec, mais dans un proche bâtiment abritant la machinerie de la scierie[3], la police de Rennes découvre la machine à écrire identifiée comme étant celle vendue par le commerçant havrais[3],[22]. Contrairement à une idée reçue, l'inspecteur Pierre Bonny ne participe pas à cette perquisition qui fut, selon le procès-verbal, confiée à une autre équipe. Bonny, qui intervient à plusieurs reprises dans l'enquête[Note 1], est chargé de la transporter à Paris afin qu'elle soit expertisée[Note 2].

Selon les partisans d'une révision, la présence de Pierre Bonny dans ce dossier revêt une importance particulière du fait de ses fonctions – secrétaire-greffier du commissaire Achille Vidal, chargé de l'affaire Seznec. Il était "chargé d’écrire, sous la dictée de son patron, les procès-verbaux dont ce dernier était le rédacteur légal" et de procéder à des vérifications[28] –, de sa réputation d' "exécuteur supposé des basses œuvres du régime", de son exclusion de la police en 1935 pour une affaire de corruption dans l'affaire Stavisky, puis de son rôle dans la Gestapo française en tant qu'adjoint d'Henri Lafont. Importance particulière qu'aucun élément concret ne viendra jamais confirmer.

Deux expertises demandées lors de l'instruction concluent d'une part que la machine a bien servi à rédiger la promesse de vente liant Seznec et Quéméneur et d'autre part que les mentions manuscrites prétendument écrites par Quéméneur ne sont en réalité pas de sa main[3]. La signature de Seznec est authentifiée. Les experts concluent que Seznec est l'auteur des faux.

Enfin deux témoins, Auguste Deknuydt et Jean Lesbats, affirment avoir vu Seznec muni d'une valise, en gare du Havre, le jour où a été trouvée la valise de Quéméneur, et à proximité du hall de gare où elle a été retrouvée[3].

Procès et condamnation[modifier | modifier le code]

Le procès se tient à Quimper[21]. Les débats durent huit jours, du 24 octobre au 4 novembre 1924 ; 148 personnes, témoins, experts et policiers, sont entendus[3].

Le jury, qui à l'époque statue séparément, déclare l'accusé coupable du meurtre de Pierre Quéméneur et de faux en écriture privée. Il ne retient pas en revanche les circonstances aggravantes de préméditation ni de guet-apens[29].

Sur cette déclaration, la cour d’assises du Finistère, par arrêt du 4 novembre 1924, condamne l’accusé aux travaux forcés à perpétuité[30].

Son pourvoi est rejeté par arrêt de la Cour de cassation du 8 janvier 1925[29].

Tentatives de réouverture de l'enquête[modifier | modifier le code]

Les demandes de révision du procès[modifier | modifier le code]

Durant tout son procès et pendant les années qui lui restent à vivre, Seznec ne cessa de clamer son innocence. Sa femme Marie-Jeanne et ses descendants, notamment sa fille Jeanne et son petit-fils Denis Le Her-Seznec, ont régulièrement sollicité la justice pour rouvrir le dossier, afin d'obtenir sa réhabilitation.

Le , son épouse dépose une première requête en révision, en mettant en avant le fait que Boudjema Gherdi, commerçant de pièces détachées de voitures américaines, existait bel et bien, et n'était pas une invention pure et simple émanant de Seznec. La commission reconnaît le caractère de « fait nouveau » de cet élément, mais l'intéressé nie alors avoir traité avec Guillaume Seznec[24] ; le 7 décembre suivant, la requête en révision est rejetée. Le , rejet d'une quatrième requête en révision s'appuyant sur le non-dépôt des actes de vente de la propriété de Plourivo au greffe[31]. Le , un an après le retour de Seznec du bagne, une cinquième requête en révision est déposée par Me Raymond Hubert. Le , le procureur général du Tribunal de Grande Instance de Quimper, rend un rapport négatif. Le ministre de la Justice André Marie demande alors à son directeur des Affaires criminelles et des Grâces, Maurice Patin, de transmettre la requête à la Commission en révision des procès criminels et correctionnels. Le 7 juillet, la Commission rend un avis défavorable sur cette requête, puis le ministre Robert Lecourt la rejette formellement, rejet notifié à Guillaume Seznec le 11[32].

Deux autres requêtes en révision sont déposées en septembre 1951 et septembre 1955,sans plus de succès[31].

Le , Me Denis Langlois dépose pour Jeanne Seznec une huitième demande en révision. Après notamment plusieurs expertises en écriture, elle sera finalement rejetée le .

Afin de soutenir cette action, Denis Seznec, le petit-fils de Guillaume Seznec, ses proches et ses sympathisants fondent à Paris en 1995 France Justice, association sous la loi de 1901. Cette association est membre du Comité français des organisations non gouvernementales (ONG) auprès de l'ONU.

La loi du , votée à l'unanimité au Parlement, modifie la procédure de révision des cas jugés en assises. Elle permet la révision d'un procès à la suite de la découverte d'un fait nouveau non plus « de nature à établir l'innocence d'un condamné », mais seulement « de nature à faire naître un doute sur sa culpabilité »[33]. La procédure de révision n'aboutit que rarement à l'annulation d'un jugement : si chaque année, entre 130 et 150 condamnations font l'objet d'un recours auprès de la Cour de révision, seule une condamnation sur cent, en moyenne, est annulée[34].

Huit demandes de réhabilitation ont été examinées par la justice, toutes rejetées[Note 3],[35], lorsque la ministre de la Justice, Marilyse Lebranchu, demande en 2001 la révision du procès[36].

La commission de révision des condamnations pénales a accepté, le 11 avril 2005, de rouvrir le dossier de la condamnation pour meurtre de Guillaume Seznec[37]. Cette décision pouvait ouvrir la voie à une éventuelle annulation de la condamnation prononcée en 1924 à son encontre. La Chambre criminelle de la Cour de cassation, statuant comme cour de révision, a examiné ce dossier le .

Lors de cette audience, le bénéfice du doute au profit de Guillaume Seznec a été demandé en évoquant plus particulièrement la possibilité d'une machination policière de l'inspecteur stagiaire Pierre Bonny (révoqué en 1935 de la police française pour fautes graves, condamné pour corruption, puis adjoint plus tard de Henri Lafont, le chef de la Gestapo française) dont le supérieur hiérarchique, le commissaire Vidal, fut chargé de l'enquête. De son côté, le conseiller rapporteur Jean-Louis Castagnède a soutenu l'opinion inverse, arguant d'une part que cette manipulation lui semblait improbable en raison du faible nombre d'actes établis par Bonny (5 sur 500) et, d'autre part, que les expertises sollicitées par la Cour de cassation avaient établi que Guillaume Seznec était bien l'auteur de la fausse promesse de vente de la propriété de Quéméneur sise à Plourivo.

Le , la demande en révision de la condamnation de Seznec a été rejetée par la Cour de révision qui a estimé qu'il n'y avait aucun élément nouveau susceptible de faire naître le doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec[30], constatant que l'existence d'une machination policière telle qu'alléguée était matériellement impossible et que la participation de l'inspecteur Bonny à une machination policière n'avait pas été prouvée. Cette affaire semble close, une nouvelle demande de révision étant problématique. La famille Seznec avait dans un premier temps manifesté l'intention de saisir la Cour européenne des droits de l'homme, mais sur les conseils de ses avocats, elle y a renoncé[38].

La thèse de la semi-culpabilité de G. Seznec[modifier | modifier le code]

Une nouvelle loi sur les procédures de révision a été votée le [39]. Elle permet notamment aux petits-enfants et arrière-petits-enfants de condamnés décédés de présenter une demande en révision. Le 19 décembre 2014, sur la radio RTL[40], Denis Seznec a fait savoir qu'en s'appuyant sur cette nouvelle loi, il avait l'intention de déposer le une dixième demande en révision, ce qu'en fin de compte, il n'a pas fait sans s'expliquer à ce sujet.

De son côté, Me Denis Langlois, défenseur de la famille Seznec durant quinze ans et aujourd'hui avocat honoraire, publie en février 2015 son livre Pour en finir avec l'affaire Seznec. Il y fait état du témoignage, non révélé jusque-là, de l'un des fils de Guillaume Seznec, dit « Petit-Guillaume ». Selon celui-ci, Pierre Quéméneur serait mort le dimanche 27 mai 1923 au domicile des Seznec : l'épouse de Guillaume Seznec, Marie-Jeanne, aurait repoussé ses avances, provoquant une chute fatale de Quéméneur, et ce avant le retour de Guillaume[41]. D'après Langlois, après cette mort accidentelle, le corps aurait été dissimulé et Guillaume aurait confectionné des faux afin de récupérer des fonds investis[42]. L'avocat conclut que cette révélation devrait conduire à la « révision « au bénéfice du doute » de la condamnation de Guillaume Seznec pour meurtre[43]. À cette occasion, il souligne les divergences, relevées depuis longtemps, entre deux approches concurrentes de la révision : la sienne, qui admet la culpabilité de l'intéressé quant à la fausse promesse de vente mais rejette celle pour meurtre au bénéfice du doute, et celle d'un Denis Seznec, tenant de l'innocence intégrale de son grand-père, lequel aurait été entièrement victime d'une machination[44].

Les fouilles de février-mars 2018[modifier | modifier le code]

En 1978, Petit Guillaume, l'un des fils des époux Seznec, aurait confié à l'un de ses neveux que le jour du drame (il était alors âgé de 12 ans) il avait entendu Pierre Quéméneur faire des avances à sa mère et l'avoir vu au sol, aux pieds de sa mère, peut-être frappé à la tête avec un chandelier. Se fondant sur ces propos, la justice ayant refusé de faire effectuer des fouilles compte tenu de la décision de la Cour de révision de décembre 2006, un groupe de bénévoles a décidé d'entreprendre des « fouilles privées » le 24 février 2018 avec l'accord du propriétaire de l'ancienne demeure des Seznec à Morlaix, afin de tenter de mettre au jour le corps de Pierre Quéméneur[45]. Au cours des fouilles effectuées le 24 février 2018 dans l'ancienne cave et l'ancien cellier, un os a été retrouvé, ce qui a conduit à l'arrêt des fouilles privées et à l'intervention de la police et de la justice. Sur le fondement des indications d’un médecin légiste, il a été un moment considéré que l’os retrouvé pouvait être une tête de fémur humain[46]. Une enquête confiée à la police judiciaire de Rennes a été ouverte. Après expertise en anthropologie médico-légale effectuée par le CHU de Nantes, le procureur de la République de Brest a indiqué qu’il s’agissait en fait de restes de bovidé, ce qui met un terme à l’enquête de police. Le 3 mars 2018, les scellés ayant été retirés, les bénévoles ont repris les fouilles privées. Au final, celles-ci n’ont rien donné de probant[47].

Révélations de mai 2018[modifier | modifier le code]

Début mai 2018, deux des petits-enfants de Guillaume Seznec, Jean-Yves et Gabriel Seznec, rapportent les confidences que leur a faites leur père « Petit Guillaume » (fils de Guillaume Seznec et de son épouse Marie-Jeanne, âgé de 12 ans en 1923) : c’est Marie-Jeanne qui aurait accidentellement provoqué la mort de Pierre Quéméneur, au domicile des Seznec à Morlaix, en repoussant ses avances déplacées. Selon ses fils, Petit Guillaume a entendu des cris de sa mère ; il a vu Quéméneur allongé sur le sol. Lorsque Marie-Jeanne a repoussé Quéméneur, ce dernier est tombé, sa tête a heurté un fauteuil en bois et il est mort. Guillaume Seznec est arrivé plusieurs heures après. Il a fait jurer le silence aux témoins (Marie-Jeanne, Petit-Guillaume et Angèle Labigou, la bonne). Jean-Yves et Gabriel Seznec pensent que, en raison des convictions religieuses de leur grand-père, Guillaume Seznec n’a pas brûlé le corps de Quéméneur, mais l’a enterré en un lieu qu’ils ne connaissent pas. Le serment de silence aurait été passé devant l’Église qui ensuite a apporté son soutien à Guillaume Seznec et à sa famille[48],[49],[50]. Cependant, Denis Seznec, tout en considérant lui aussi que Guillaume Seznec était innocent de l'assassinat, conteste cette version, qu'il qualifie de roman[51].

Adaptations et mises en scène[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Seznec, faux coupable, téléfilm de Bernard Claeys (1976), avec Christian Marin, Jacques Marin et Alex Métayer (diffusé dans le cadre de la série Faux et usage de faux).
  • L'Affaire Seznec, téléfilm d'Yves Boisset (1993) d'après le livre de Denis Langlois, L'Affaire Seznec, avec Christophe Malavoy dans le rôle de G. Seznec et Jean Yanne dans celui de P. Quéméneur.
  • Guillaume Seznec : une énigme judiciaire, téléfilm documentaire de Patrick Schmitt et Pauline Verdu (2015), avec la voix de Tom Novembre (diffusé en janvier 2016 sur la chaîne Planète + dans le cadre de la série Des crimes presque parfaits).
  • 13h15, le dimanche..., « Seznec : révélations sur le secret de famille », présenté par Laurent Delahousse et diffusé le sur France 2.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Il s'agissait d'une reconstitution du procès de Seznec d'après le dossier d'instruction (fourni par l'un des avocats de sa famille, Me Baudelot) et les journaux de l'époque. À la fin de la représentation, le public était invité à se prononcer sur la culpabilité ou l'innocence de l'accusé. En moyenne neuf spectateurs sur dix l'ont chaque fois acquitté.

Musique[modifier | modifier le code]

  • Une partie de l'album Portraits du groupe Tri Yann reprend l'histoire de l'affaire Seznec.
  • Pleurent les yeux de Seznec du groupe Back Ouest écrite par David Lafaye (interprétée par Clarisse Lavanant en 2016).
  • Bientôt un siècle... Seznec du groupe Kalffa.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de Pierre Bonny n'apparaît que sur quatre procès-verbaux, dont un seul établi par lui-même et sur cinq rapports
  2. Guy Penaud, p. 33-34. Le procès-verbal de perquisition indique en effet que celle-ci est menée par le commissaire Jean-Baptiste Cunat et les inspecteurs Le Gall, Chelin, Thomas et Faggiani, de la brigade mobile de Rennes. Voir Yves Baudelot et 5 colonnes à la une. Jacques Bonny, p. 37 et 39 en donne une tout autre version, affirmant que « l'entrée en scène de [son] père porta un coup terrible au maître de scierie [Seznec] » et lui attribuant la découverte de la machine à écrire. Il existe également un texte en ce sens de la main même de Pierre Bonny, rédigé alors qu'il était détenu à Fresnes en 1944 et rendu public par l'avocat Yves-Frédéric Jaffré, p. 194, où il déclare en particulier :

    « Au cours d'une enquête fertile en incidents entre Brest, Morlaix-Le Havre et Paris, j'acquis la certitude de la culpabilité de Seznec et situai le crime entre Houdan et Paris. Je prouvai que la valise de Quéméneur, trouvée au bord de la plage près du Havre, après la disparition, y avait été apportée de Morlaix après le crime par Seznec et que la donation de sa propriété sur papier timbré trouvée dans la valise était l’œuvre de Seznec, qui pour le taper avait acheté une machine à écrire d'occasion au Havre, dont je retrouvai le marchand qui fut formel. Par la suite, je découvris la machine cachée dans la scierie de Seznec à Morlaix. »

  3. D'après le décompte de l'avocat général dans ses conclusions du , dans le cadre de la requête en révision de 2001.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Décret du 4 février 1946, signé de Félix Gouin (président du Gouvernement provisoire de la République), accordant remise de dix ans de travaux forcés à Joseph, Marie dit Guillaume Seznec, condamné en 1924 pour homicide. (Réf. du dossier de recours en grâce : no 36.102 S 45) »
  2. Denis Langlois, L’Affaire Seznec 2.
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u et v Affaire Guillaume Seznec - Arrêt no 5813 du 14 décembre 2006, Cour de cassation, Chambre criminelle.
  4. Bertrand Vilain, Albert Baker, L'affaire Seznec : nouvelles révélations, Coëtquen Éditions, , p. 47.
  5. Michel Pierre, Bagnards : la terre de la grande punition : Cayenne, 1852-1953, Paris, Autrement, 2000, 262 p.
  6. Sa peine de travaux forcés à perpétuité avait été commuée en peine de vingt ans en 1938. Denis Langlois, Pour en finir avec l'affaire Seznec, Paris, La Différence, 2015, 384 p., p. 132 et 135.
  7. Le nom breton Seznec vient de l'hagionyme Sezni, saint originaire d'Irlande au Ve siècle. Cf. Hervé Abalain, Noms de famille bretons, Éditions Jean-Paul Gisserot, , p. 13.
  8. Christine Mattei, Crimes et criminels, Lulu.com, , p. 248.
  9. a b c d e f g h i et j Portait de Guillaume Seznec sur france-justice.org.
  10. Archives nationales, dossiers de la Sûreté nationale concernant l'affaire Seznec, F/7/14668 et F/7/16006/1
  11. « Seznec fut-il coupable ? », Historia, no 254,‎ , p. 130.
  12. La presse ayant pris d'emblée d'écrire Pierre Quéméneur, cette orthographe est restée.
  13. Denis Langlois, Pour en finir avec l'affaire Seznec, Éditions de La Différence, , p. 127.
  14. a et b L'Affaire Seznec : Traou-Nez sur bretagnenet.com
  15. Maître Eolas, Pourquoi Seznec n'a-t-il pas été réhabilité ?, Journal d'un avocat, .
  16. Jack Le Roux, La Guyane le bagne, Éditions du Valhermeil, , p. 236.
  17. Gérald Massé, Les grandes affaires criminelles d'Eure-et-Loir, Éditions de Borée, , p. 185.
  18. Alain Bauer, Dictionnaire amoureux du crime, Plon, , p. 185.
  19. « Seznec - le voyage Morlaix-Paris », 13e Rue
  20. Michel Keriel, Seznec. L'impossible réhabilitation, Éditions Le Manuscrit, , p. 56
  21. a b c d e et f Maître Eolas, « Pourquoi Seznec n'a-t-il pas été réhabilité ? », Journal d'un Avocat, 20 décembre 2006.
  22. a et b Gérald Massé, op. cit., p. 187.
  23. « Seznec, l'impossible réhabilition », Le Soir, 16 septembre 1996.
  24. a b et c « Et si Seznec était coupable… », Le Point, .
  25. Michel Keriel, Seznec. L'impossible réhabilitation, Éditions Le Manuscrit, , p. 109
  26. Emmanuel Pierrat, Les grandes énigmes de la justice, Éditions First, 2010
  27. « Seznec, des preuves accablantes », 13e Rue
  28. Guy Penaud, L’INSPECTEUR PIERRE BONNY Le policier déchu de la “ gestapo française ” du 93, rue Lauriston. (ISBN 978-2-296-55108-4), Pages 20 et 21
  29. a et b G. Penaud, L'Inspecteur Pierre Bonny : le policier déchu de la Gestapo française du 93, rue Lauriston, L'Harmattan, 2011, p. 31.
  30. a et b Communiqué de la Cour de cassation sur l'arrêt no 5813,
  31. a et b Liliane Langellier, Affaire Seznec : 14 demandes de révision et un planning très familial,
  32. Affaire Seznec : Les demandes de révision du procès de Guillaume (3) sur Affaire Seznec : La piste de Lormaye (consulté le ).
  33. « Seznec, l'impossible réhabilitation », Le Télégramme, .
  34. « L'annulation d'un jugement, une décision exceptionnelle », Le Figaro, .
  35. « Affaire Seznec : la révision requise », Le Nouvel Observateur, .
  36. « Marylise Lebranchu relance l'affaire Seznec », Le Nouvel Observateur, .
  37. Commission de révision des condamnations pénales, 11 avril 2005, no 01-REV-065.
  38. « Affaire Seznec. Pas de recours devant la cour européenne », Le Télégramme, .
  39. Loi du 20 juin 2014 relative à la réforme des procédures de révision d'une condamnation pénale définitive, Légifrance.
  40. Émission L'heure du crime, présentée par Jacques Pradel, 19 décembre 2014.
  41. Gary Assouline, « 92 ans après, l'affaire Seznec rebondit avec un témoignage inédit », sur lci.tf1.fr,
  42. Krystell Veillard, « Un pavé dans l'affaire Seznec », sur francetvinfo.fr,
  43. Denis Langlois, Pour en finir…, p. 210-217 et 360-362.
  44. Denis Langlois, Pour en finir…, p. 355-356.
  45. « Affaire Seznec : des fouilles privées vont être menées dans l'ancienne maison familiale à Morlaix », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
  46. « "Affaire Seznec : la stupéfiante découverte" », sur http://www.letelegramme.fr, (consulté le 25 février 2018)
  47. « "Affaire Seznec : les nouvelles fouilles n'ont “rien donné de probant” », (consulté le 3 mars 2018)
  48. Le Télégramme, « Affaire Seznec. « Voici la vérité » »
  49. Le Télégramme, « Seznec. Un pacte avec l’Eglise le lendemain de la mort de Quémeneur »
  50. Le Télégramme, « Seznec. « Il aurait pu désigner son épouse, il a choisi le bagne ! » »
  51. Le Télégramme, « Affaire Seznec. Une piste « romantique mais pas crédible » »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les ouvrages sont classés dans l'ordre chronologique de parution.

  • Maurice Privat, Seznec est innocent, Neuilly, Éd. Les Documents secrets, 1931 (coll. « Les documents secrets »). — C'est le premier ouvrage publié sur l'affaire.
  • Charles-Victor Hervé, Justice pour Seznec, Tréguier, Éd. Hervé, 1933.
  • Jane Seznec, Notre bagne : souvenirs recueillis par Claude Sylvane, Paris, Éd. La Plaque tournante et Denoël, 1950. — Souvenirs de l'une des deux filles de Guillaume Seznec.
  • Claude Bal, Seznec était innocent, Paris, Éd. de Paris, 1955.
  • Yves-Frédéric Jaffré, L'affaire Seznec, Paris, Éd. SEGEP, 1956.
  • Serge Douay, Le destin tourmenté de Guillaume Seznec, Paris, Presses de la Cité, 1973 (Coll. « N'avouez jamais »).
  • Jacques Bonny, Mon père, l'inspecteur Bonny : récit recueilli par Pierre Demaret et Christian Plume, Paris, R. Laffont, 1975.
  • Jean Rieux, Lice Nédelec, Seznec… : innocent ou prestidigitateur criminel ?, Lorient, Jugant, 1976.
  • Marcel Jullian, L'affaire Seznec, Monte-Carlo, Éd. 1, 1979 (coll. « Les grandes enquêtes d'Europe 1 ») (ISBN 2-86391-001-9).
  • Denis Langlois, L'affaire Seznec, Paris, Plon, 1988 (prix des Droits de l'homme 1989) (ISBN 2-259-01910-2).
  • Denis Le Her-Seznec, Nous, les Seznec, Paris, R. Laffont, 1992 (ISBN 2-221-06850-5). — Dernière réédition avec des compléments en 2007 (ISBN 978-2-266-15716-2). Ce livre a été écrit par l'un des petit-fils de Guillaume Seznec. Ses autres publications sur le sujet portent comme nom d'auteur « Denis Seznec » tout court.
  • Michel Keriel, Autour de Seznec, Brest, Éd. MEB, 1997 (ISBN 2-9510512-1-2).
  • Michel Keriel, Seznec : l'impossible réhabilitation, Brest, Éd. MEB, 1998 (ISBN 2-9510512-3-9).
  • Aurélien Le Blé (préface de Denis Seznec), Moi, Pierre Quéméneur, Quimper, Éd. Alain Bargain, 1999 (ISBN 2-910373-67-3).
  • Denis Seznec, Seznec : le bagne, Paris, R. Laffont, 2001 (ISBN 2-221-07653-2).
  • Michel Pierre, « L'affaire Seznec : une innocence difficile à prouver », in L'Histoire, no 257, septembre 2001, p. 75-81.
  • Daniel Le Petitcorps, Seznec : en quête de vérité, Brest, Éd. Le Télégramme, 2003 (ISBN 978-2-84833-058-7). — Réédition actualisée en 2012 (ISBN 978-2-7466-4782-4).
  • Bernez Rouz, L'affaire Quéméneur-Seznec : enquête sur un mystère, Rennes, Éd. Apogée, 2005 (ISBN 2-84398-177-8).
  • Pascal Bresson (préface de Denis Seznec), Guillaume Seznec : une vie retrouvée, Rennes, Éd. Ouest-France, 2006 (ISBN 2-7373-3895-6).
  • Guy Penaud, L'énigme Seznec, Périgueux, Éd. de la Lauze, 2006 (ISBN 2-35249-009-X).
  • Serge Douay, Guillaume Seznec, Paris, Acropole, 2007 (coll. « Jugés coupables ») (ISBN 978-2-7357-0290-9).
  • Balbino Katz, Georges Cenci, Ranucci, le monstre évangélique ; Seznec, un meurtrier sans aveu, Coulommiers, Éd. Dualpha, 2007 (coll. « L'essentiel ») (ISBN 978-2-35374-048-2).
  • Emmanuel Pierrat, Les grandes énigmes de la justice, Paris, First Éd., 2009 (ISBN 978-2-7540-0705-4). — Concerne notamment l'affaire Seznec.
  • Annick Caraminot, L'homme sans tête : la piste oubliée de l'affaire Seznec, Paris, Éd. du Temps, 2010 (ISBN 978-2-84274-511-0).
  • Dominique Inchauspé (préface de André-Michel Ventre), L'erreur judiciaire, Paris, Presses universitaires de France, 2010 (Coll. « Questions judiciaires » (ISBN 978-2-13-055034-1). — Le premier chapitre concerne l'affaire Seznec.
  • Denis Seznec, L'affaire Seznec en photos : des assises au bagne, Paris, R. Laffont, 2010 (ISBN 978-2-221-11586-2).
  • Albert Baker, Bertrand Vilain, L'affaire Seznec : nouvelles révélations, Cesson-Sévigné, Éd. Coëtquen, 2011 (ISBN 978-2-84993-114-1).
  • Jean Favard (préface de Jean-Pierre Dintilhac), Quelques affaires retentissantes : Seznec, Dominici, Dils, Raddad : les révisions en question, Paris, Riveneuve, 2011 (ISBN 978-2-36013-047-4).
  • Guy Penaud, L'inspecteur Pierre Bonny : le policier déchu de la Gestapo française du 93, rue Lauriston, Paris, L'Harmattan, 2011 (coll. « Mémoires du XXe siècle ») (ISBN 978-2-296-55108-4).
  • Frédéric Valandré (préface de Gilles Antonowicz), Justice criminelle : dossiers brûlants, Blois, Éd. Tatamis, 2014 (ISBN 978-2-917617-89-2). — Concerne notamment l'affaire Seznec.
  • Denis Langlois, Pour en finir avec l'affaire Seznec, Paris, Éd. de la Différence, 2015 (ISBN 978-2-7291-2157-0).
  • Frédéric Valandré (préface de Jean-Michel Lambert), Coulisses judiciaires, Janzé, Éd. Coëtquen, 2017 (ISBN 978-2-84993-289-6). — Évoque brièvement l'affaire Seznec.

Audiographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]