Affaire Seznec

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Affaire Seznec
Nature du crime Meurtre
Type de crime Homicide volontaire et faux en écriture privée
Titre Affaire Guillaume Seznec
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Le Havre ; près d'Houdan ou Dreux
Nombre de victimes 1 : Pierre Quéméneur
Jugement
Statut Affaire jugée : condamné aux travaux forcés à perpétuité
Tribunal Cour d'assises de Quimper
Date du jugement
Recours Pourvoi en cassation rejeté le
Gracié le

L’affaire Seznec est une affaire criminelle dans laquelle Guillaume Seznec est reconnu coupable, en 1924, du meurtre de Pierre Quéméneur (conseiller général du Finistère) et de faux en écriture privée. Depuis, le jugement a fait l’objet de plusieurs demandes de révision qui ont toutes été rejetées.

Guillaume Seznec[modifier | modifier le code]

Joseph Marie Guillaume Seznec, né le , à Plomodiern, dans le Finistère, est le fils de Yves Seznec et Marie-Anne Colin, qui possédaient dans le hameau de Kernéol une ferme assez importante[1]. Son père décède alors qu'il n'est âgé que de six ans. Sa mère qui dirige donc avec autorité les sept garçons de ferme et les deux servantes travaillant sur l'exploitation. Après des études médiocres, Guillaume Seznec quitte le collège à seize ans pour rejoindre la ferme familiale. Cependant le travail de la terre ne le passionne pas, il s'intéresse surtout à la mécanique[2].

Le 18 juillet 1906, il épouse Marie-Jeanne Marc, une jeune fille de bonne famille. Le couple achète aussitôt un commerce de vente et réparations de vélos, situé sur la place de Plomodiern, en face de l’église. Alors qu'il effectue une période militaire à Châteaulin, son épouse donne naissance à une fille prénommée Marie née le 1er novembre 1908. Alerté par télégramme, il est de retour chez lui lorsque la grange voisine de son domicile est en flamme. Il se précipite alors à l'intérieur de la demeure pour sauver sa femme, son bébé, et ce qu’il peut de sa marchandise, lorsqu'un bidon d’essence explose, le brûlant grièvement au visage et aux mains, ce qui lui laissera des cicatrices[2].

Le 13 mars 1910, un deuxième enfant naît prénommé lui aussi Guillaume[2].

Avec les 30 000 francs de dédommagements accordés par l’assurance, le couple Seznec achète un nouveau commerce en juillet 1912 : une blanchisserie située dans un faubourg de Brest à Saint-Pierre-Quilbignon. Le 8 novembre de cette même année, Jeanne donne naissance à un troisième enfant, Denis[2].

Puis la Première Guerre mondiale éclate. Guillaume Seznec, réformé à cause de ses brûlures, reste en Bretagne, mais l'armée réquisitionne la blanchisserie et on lui confie le nettoyage du linge de toute la garnison de Brest. Un quatrième enfant prénommé Albert naît peu de temps après, le 31 octobre 1914[2].

Vivant mal d’être resté sur l’arrière, Guillaume Seznec se porte volontaire pour aller à la poudrerie de l'Île d'Ouessant. Il y restera pendant un an, période durant laquelle Marie-Jeanne dirigera la blanchisserie[2].

En 1918, le régiment stationné jusqu'alors à Brest est transféré à Morlaix, la famille Seznec suit. Le couple se porte acquéreur d’une propriété, « Traon-ar-Velin », une scierie désaffectée à la sortie de la ville, où ils vont s’installer pour une longue période[2].

La blanchisserie de Saint-Pierre-Quilbignon reste en activité jusqu'à ce qu'elle soit ravagée par un incendie en 1922, alors que l’un des frères de Marie-Jeanne, Charles Marc est en train de le racheter à Guillaume, un accord ayant été conclu pour un paiement échelonné. Comme les échéances de paiement ne sont pas arrivées à leur terme au moment de l'incendie, Guillaume Seznec en est encore le propriétaire et touche 23 000 francs d'indemnités de l’assurance. Cette fois encore, les circonstances paraissent suspectes, si bien que ces deux affaires qui font jaser pèseront lourd lors de son procès où sont évoqués des incendies volontaires pour toucher frauduleusement des primes à l'assurance[3].

C'est à cette époque que Seznec, qui projette de remettre en activité la scierie de Traon-ar-Velin, fait la connaissance de Pierre Quéméneur, conseiller général du Finistère. Ce dernier, bien que négociant en bois, était surtout intéressé par un stock de couvertures que Guillaume avait acheté à l'armée américaine durant la grande guerre et qu'il comptait revendre avec de substantiels bénéfices[2].

En 1923, après d’importants travaux, la scierie de Traon-ar-Velin fonctionne de nouveau, et Guillaume Seznec devient maître de scierie. Son entreprise emploie une douzaine d’ouvriers. Deux personnes servent fidèlement la famille : Angèle Labigou, l'employée de maison, et Sanson, le « chauffeur » (qui s’occupe des machines et des véhicules)[2].

L'affaire[modifier | modifier le code]

Guillaume Seznec est en 1924 reconnu « coupable de faux en écriture privée et du meurtre de Pierre Quéméneur ». Ce dernier a disparu durant un voyage d'affaires effectué en 1923 entre la Bretagne et Paris avec Guillaume Seznec, voyage lié, selon ce dernier, à la vente à l'Union soviétique des stocks de voitures Cadillac rétrocédés à la France par l'armée américaine après le premier conflit mondial. Étant la dernière personne à avoir vu Quéméneur vivant, selon une première enquête, Guillaume Seznec devient le principal suspect : il est arrêté, inculpé et incarcéré ; et ce, bien que plusieurs témoins affirment lors du procès avoir croisé Pierre Quéméneur après la date présumée de sa disparition, et bien que le corps de celui-ci n'ait jamais été retrouvé.

Le procès de Seznec, au cours duquel 148 témoins sont entendus, dure huit jours et prend fin le . L'accusé est alors reconnu coupable. La préméditation étant écartée, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité alors que l'avocat général a requis la peine de mort. Il est ensuite conduit en Guyane, d'abord au camp de la Transportation de Saint-Laurent-du-Maroni en 1927, puis transféré au bagne de l'Île Royale en 1928 et à nouveau à Saint-Laurent-du-Maroni en 1942. Plusieurs ouvrages témoignent de la dureté du bagne entretenu par la République française en Guyane[4].

Après la Seconde Guerre mondiale et la fermeture du bagne de Guyane, Guillaume Seznec bénéfice d'une réduction de peine de dix ans, ce qui permet sa libération le 14 mai 1947 et son retour en métropole[5]. Il meurt le des suites de ses blessures, après avoir été renversé par une camionnette à Paris.

Chronologie et résultats de l'instruction de l'époque[modifier | modifier le code]

La chronologie des événements[modifier | modifier le code]

Disparition de Quéméneur[modifier | modifier le code]

Le , à dix heures et demie, Seznec, maître de scierie à Morlaix et passionné de mécanique, part de chez lui à bord d'une voiture de marque Cadillac. Le même jour, Pierre Quéméneur, négociant en bois, domicilié à Landerneau, conseiller général du Finistère, prend le train à h 44. Les deux hommes ont prévu de se retrouver à 14 h 30 à l’hôtel Parisien à Rennes et de reprendre la route en Cadillac pour Paris, cette voiture devant servir de première transaction à un contrat de vente à grande échelle. Seznec et Quéméneur se sont en effet associés dans le but d'acheter des véhicules d’occasion de fabrication américaine, en particulier des camions et des limousines de marque Cadillac (stocks issus de la Première Guerre mondiale et que l'administration française expose sur le Champ-de-Mars à Paris et qu'elle brade à prix cassés) et de les revendre à des représentants de l'Union soviétique qui manquent de moyens de transport. Quéméneur, selon les dires de Seznec, a rendez-vous, le 26 mai à 8 heures, avec un certain « Sherdly » ou « Chardy », un Américain demeurant boulevard Malesherbes, pour traiter une commande de cent voitures[6].

Le voyage prend énormément de retard, en raison de pannes répétées de la Cadillac fourguée par un intermédiaire américain. Seznec n'arrive à Rennes qu'à 19 heures trente. Pendant son attente, Quéméneur télégraphie à son beau-frère clerc de notaire à Châteaulin, Jean Pouliquen, pour lui réclamer le remboursement de 160 000 francs qu'il lui a prêté pour ouvrir son étude de notaire à Pont-L'Abbé. Ce dernier lui expédie un chèque de 60 000 francs en poste restante sous forme de recommandé à Paris, dans un bureau du boulevard Malesherbes[7].

Le vendredi , à cinq heures du matin, les deux hommes repartent mais pannes et crevaisons se succèdent. Pour ne pas manquer le rendez-vous, Quéméneur décide de rejoindre la capitale par le train, à la gare de Houdan ou de Dreux, Seznec restant flou sur ce sujet[8],[9].

Quéméneur, qui a indiqué à sa famille qu'il serait de retour le 28 mai, disparaît sans laisser de traces. De son côté, Seznec qui a décidé de revenir faire réparer la Cadillac à Morlaix, y parvient le 27 mai au soir, sans Pierre Quemeneur.

Premières recherches[modifier | modifier le code]

À partir du 4 juin, plusieurs membres de la famille Quéméneur s'inquiètent et contactent Seznec pour lui demander des nouvelles. Il leur répond que, à la suite d'une panne de voiture, il a laissé Quéméneur à la gare de Dreux, où celui-ci a pris le train pour Paris. Il affirme n'avoir eu depuis aucune nouvelle de lui et ajoute « qu’il devait gagner beaucoup d’argent et que, peut-être, il avait dû aller jusqu’en Amérique »[6].

Le 10 juin, Jean Pouliquen et Louis Quéméneur, respectivement beau-frère et frère de la victime, accompagnés de Seznec, signalent la disparition de Quéméneur à la 13e brigade de police mobile de Rennes[6].

Le 13 juin, un télégramme signé Quéméneur est envoyé du Havre, principal port de départ vers l'Amérique avec le texte suivant : « Ne rentrerai Landerneau que dans quelques jours tout va pour le mieux - Quéméneur »[10]. La famille de Quéméneur, rassurée, demande dans un premier temps l'arrêt de l'instruction, mais se ravise le 16 juin, compte tenu de l'authenticité douteuse du télégramme[6].

Découverte de la valise de Quéméneur et ouverture de l'instruction[modifier | modifier le code]

Le 20 juin, un employé de la gare du Havre, découvre une valise à la serrure fracturée (elle semble avoir séjourné dans l'eau de mer et la serrure est tachée de sang) contenant du linge et une serviette en cuir contenant le portefeuille et des papiers au nom de Quéméneur[11] . La famille de Quéméneur est informée[12].

Le 22 juin, une instruction pour disparition suspecte est ouverte à Brest. Dans le cadre de cette instruction, la valise est saisie. Elle contient notamment une promesse de vente tapée à la machine à écrire Royal-10[13],[14] (ce qui à l'époque est rare) d'une propriété située à Traou-Nez sur la commune de Plourivo près de Paimpol, appartenant à Quéméneur, au bénéfice de Seznec, pour une somme modique de 35 000 francs de l'époque sans rapport avec le prix du bien estimé à 100 000 francs[12]. La valise contient également un carnet où sont notées des dépenses de 11,40 francs et 31,70 francs pour des billets de train Dreux-Paris et Paris-Le Havre[6], tendant à prouver que Quéméneur aurait quitté Seznec bien vivant à Dreux et, de là, pris un train pour Paris. Mais le prix indiqué pour le trajet Dreux-Paris est erroné, ce qui fait douter les enquêteurs du fait que les notes soient effectivement de la main de Quéméneur[15].

Le 26 juin, Seznec est entendu par les gendarmes. Il affirme avoir quitté Quéméneur à Dreux le 25 mai au soir pour qu'il prenne le train, suite aux pannes rencontrées par leur automobile[6]. Il explique que la promesse de vente trouvée dans la valise a été rédigée par Quéméneur et lui a été consentie contre la remise de 4 040 dollars-or qu'il venait de changer à Brest, les 35 000 francs ne représentant que le solde du prix de vente — ce qui porte le montant total de la transaction à 95 000 francs[15]. Cette remise aurait eu lieu sans témoin[6].

Selon Seznec, Quéméneur aurait eu besoin de liquidités pour traiter l'affaire des Cadillac qui l'appelait à Paris ; Seznec dit alors ne pas en savoir plus, et que, dans l'affaire, son rôle s'est limité à recevoir pour Quéméneur des courriers portant le timbre de la chambre de commerce américaine de Paris[6]. Seznec indique que, après avoir laissé Quéméneur à Dreux, il est rentré à Morlaix avec la voiture pour la faire réparer par le chauffeur de son camion, M. Sanson.

Seznec est de nouveau entendu le 28 juin 1923, au siège parisien du contrôle général des services de recherches judiciaires, par le commissaire Vidal. Il confirme ses premières déclarations et fournit davantage de précisions sur les pannes de la voiture qui ont conduit Quéméneur et Seznec à se séparer à la gare de Dreux[6].

Le résultat de l'instruction de l'époque[modifier | modifier le code]

Dès le 29 juin, l'instruction met en doute la version de Seznec selon laquelle les deux hommes se seraient séparés à Dreux[12]. En effet, huit témoins ont vu Seznec et Quéméneur ensemble à Houdan, à 60 km de Paris[6]. Il apparaît que Quéméneur n'a pas davantage pris le train à Houdan ce soir-là, dans la mesure où quatre témoins affirment les avoir vus quitter ensemble les abords de la gare dans leur automobile, après s’être renseignés sur la direction de la route de Paris, à une heure où le dernier train était déjà parti[6].

Par ailleurs, un témoin dit avoir vu Seznec seul au volant de sa voiture, au petit matin du jour suivant, à La Queue-les-Yvelines, à 15 km d'Houdan sur la route de Paris. Ce témoin l'a aidé avec sa voiture en panne. Seznec reconnait ce fait[6].

Le 30 juin, des réquisitions sur les chefs d'assassinat et de faux en écriture privée sont prises contre Seznec[16].

Le 4 juillet, l'instruction révèle, par le recueil de cinq témoignages, que Seznec se trouvait au Havre le 13 juin, jour où fut expédié depuis cette ville le télégramme signé Quéméneur. Le témoignage d'un commerçant et de ses deux employés atteste en outre que Seznec, sous le nom d’emprunt de Ferbour[17], a fait l’acquisition d’une machine à écrire Royal-10 d’occasion, dans un commerce voisin du bureau de poste où fut déposé le télégramme[6]. Seznec déclare de son côté ne jamais avoir été au Havre, et l’individu décrit par les témoins a les mains velues, or celles de Seznec ont été brûlées dans un incendie[18].

L'épouse de Seznec confirme que son mari a quitté son domicile le 12 juin en voiture[12]. Le soir du 13 juin, deux témoins ont vu Seznec gare Montparnasse, à Paris, munis d'un colis volumineux et pesant[6], qui pourrait être la machine à écrire[12]. Le 14 juin, Seznec est de retour à Plouaret, où une veuve et son fils l'ont vu prendre son camion. Le 14 juin au petit matin, il aurait récupéré sa voiture à Plouaret dans l'heure qui a suivi l'arrivée du train où il aurait été vu la veille[6].

Le 6 juillet, lors de la 3e perquisition, menée cette fois non plus au domicile proprement dit de Seznec, mais dans un proche bâtiment abritant la machinerie de la scierie[6], la police de Rennes découvre la machine à écrire identifiée comme étant celle vendue par le commerçant havrais[6],[13]. Contrairement à une idée reçue, l'inspecteur Pierre Bonny ne participa pas à cette perquisition qui fut, selon le procès-verbal, confiée à autre équipe. Bonny, qui ne joua qu'un rôle mineur dans l'enquête[Note 1], sera seulement chargé de la transporter à Paris afin qu'elle soit expertisée[Note 2].

Deux expertises demandées lors de l'instruction concluent d'une part que la machine a bien servi à rédiger la promesses de vente liant Seznec et Quéméneur et d'autre part; que les mentions manuscrites prétendument écrites par Quéméneur ne sont en réalité pas de sa main[6].

Enfin deux témoins, Auguste Deknuydt et Jean Lesbats, affirment avoir vu Seznec muni d'une valise, en gare du Havre, le jour où a été trouvée la valise de Quéméneur et à proximité du hall de gare où elle a été retrouvée[6].

Procès et condamnation[modifier | modifier le code]

Le procès se tient à Quimper[12]. Les débats durent huit jours, du 24 octobre au 4 novembre 1924. 124 personnes, témoins, experts et juge d’instruction, sont entendus[6].

Le jury, qui à l'époque statue séparément, déclare l'accusé coupable du meurtre de Pierre Quéméneur et de faux en écriture privée. Il ne retient pas en revanche les circonstances aggravantes de préméditation ni de guet-apens[19].

Sur cette déclaration, la cour d’assises du Finistère, par arrêt du 4 novembre 1924, condamne l’accusé aux travaux forcés à perpétuité[20].

Son pourvoi est rejeté par arrêt de la Cour de cassation du 8 janvier 1925[19].

Tentative de révision du procès[modifier | modifier le code]

Durant tout son procès et pendant les années qui lui restent à vivre, Seznec ne cessa de clamer son innocence. Sa femme Marie-Jeanne et ses descendants, notamment sa fille Jeanne et son petit-fils Denis Le Her-Seznec, ont régulièrement sollicité la justice pour rouvrir le dossier, afin d'obtenir sa réhabilitation.

Le , son épouse dépose une première requête en révision, en mettant en avant le fait que Boudjema Gherdi, commerçant de pièces détachées de voitures américaines, existait bel et bien, et n'était pas une invention pure et simple émanant de Seznec. La commission reconnaît le caractère de « fait nouveau » de cet élément, mais l'intéressé nie alors avoir traité avec Guillaume Seznec[15] ; le 7 décembre suivant, la requête en révision est rejetée. Le , une autre requête en révision est rejetée faute de dépôt des actes de vente de la propriété de Plourivo au greffe[21]. Le 22 juin 1948, un an après le retour de Seznec du bagne, une requête en révision est déposée par Me Raymond Hubert. Le , le procureur général du Tribunal de Grande Instance de Quimper, rend un rapport négatif. Le ministre de la Justice André Marie transmet la requête à la Commission en révision des procès criminels et correctionnels. Le 7 juillet, la Commission rejette la requête, rejet notifié à Guillaume Seznec le 11[22].

Trois autres requêtes en révision sont déposées entre 1951 et 1956, toutes rejetées[21].

Le , Me Denis Langlois dépose pour Jeanne Seznec une treizième demande en révision. Après notamment plusieurs expertises en écriture, elle sera finalement rejetée le .

Afin de soutenir cette action, Denis Seznec, le petit-fils de Guillaume Seznec, ses proches et ses sympathisants ont fondé à Paris en 1995 France Justice, association sous la loi de 1901. Cette association est membre du Comité français des organisations non gouvernementales (ONG) auprès de l'ONU.

La loi du , votée à l'unanimité au Parlement, modifie la procédure de révision des cas jugés en assises. Elle permet la révision d'un procès suite à la découverte d'un fait nouveau non plus « de nature à établir l'innocence d'un condamné », mais seulement « de nature à faire naître un doute »[23]. La procédure de révision n'aboutit que rarement à l'annulation d'un jugement : si chaque année, entre 130 et 150 condamnations font l'objet d'un recours auprès de la Cour de révision, seule une condamnation sur cent, en moyenne, est annulée[24].

Treize demandes de réhabilitation ont été examinées par la justice, toutes rejetées[25], lorsque la ministre de la Justice, Marilyse Lebranchu, demande en 2001 la révision du procès[26].

La commission de révision des condamnations pénales a accepté, le 11 avril 2005, de rouvrir le dossier de la condamnation pour meurtre de Guillaume Seznec[27]. Cette décision pouvait ouvrir la voie à une éventuelle annulation de la condamnation prononcée en 1924 à son encontre. La Chambre criminelle de la Cour de cassation, statuant comme cour de révision, a examiné ce dossier le .

Lors de cette audience, le bénéfice du doute au profit de Guillaume Seznec a été demandé en évoquant plus particulièrement la possibilité d'une machination policière de l'inspecteur stagiaire Pierre Bonny (révoqué en 1935 de la police française pour fautes graves, condamné pour corruption, puis adjoint plus tard de Henri Lafont, le chef de la Gestapo française) dont le supérieur hiérarchique, le commissaire Vidal, fut chargé de l'enquête. De son côté, le conseiller rapporteur Jean-Louis Castagnède a soutenu l'opinion inverse, arguant d'une part que cette manipulation lui semblait improbable en raison du faible nombre d'actes établis par Bonny (5 sur 500) et, d'autre part, que les expertises sollicitées par la Cour de cassation avaient établi que Guillaume Seznec était bien l'auteur de la fausse promesse de vente de la propriété de Quéméneur sise à Plourivo.

Le , la demande en révision de la condamnation de Seznec a été rejetée par la Cour de révision qui a estimé qu'il n'y avait aucun élément nouveau susceptible de faire naître le doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec[20], constatant que l'existence d'une machination policière telle qu'alléguée était matériellement impossible et que la participation de l'inspecteur Bonny à une machination policière n'avait pas été prouvée. Cette affaire semble close, une nouvelle demande de révision étant improbable. La famille Seznec avait dans un premier temps manifesté l'intention de saisir la Cour européenne des droits de l'homme, mais sur les conseils de ses avocats, elle y a renoncé[28].

Une nouvelle loi sur les procédures de révision a été votée le [29]. Elle permet notamment aux petits-enfants et arrière-petits-enfants de condamnés décédés de présenter une demande en révision. Le 19 décembre 2014, sur la radio RTL[30], Denis Seznec a fait savoir qu'en s'appuyant sur cette nouvelle loi, il comptait déposer, le , une quinzième demande en révision, ce qu'il n'a pas fait, sans donner de raison.

De son côté, Me Denis Langlois, ancien défenseur de la famille Seznec, à présent avocat honoraire, publie le un livre, Pour en finir avec l'affaire Seznec. Il y fait état du témoignage non révélé jusque-là de l'un des fils de Guillaume Seznec, dit « Petit-Guillaume », selon lequel Pierre Quéméneur serait mort le dimanche 27 mai 1923 au domicile des Seznec : l'épouse de Guillaume Seznec, Marie-Jeanne, aurait repoussé ses avances, provoquant une chute fatale de Quéméneur, et ce avant le retour de Guillaume[31]. Selon Langlois, après cette mort accidentelle, le corps aurait été dissimulé et Guillaume aurait inventé des faux pour récupérer des fonds investis[32]. Il conclut que cette révélation devrait conduire à la « révision « au bénéfice du doute » de la condamnation de Guillaume Seznec pour meurtre[33]. Il souligne enfin à cet égard l'opposition de longue date entre deux approches concurrentes de la révision : la sienne, qui admet la culpabilité de Guillaume Seznec quant à la fausse promesse de vente mais rejette celle pour meurtre au bénéfice du doute, et celle de Denis Seznec, tenant de l'innocence intégrale de son grand-père, qui aurait été entièrement victime d'une machination[34].

Adaptations et mises en scène[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

La pièce est une adaptation du procès en cour d'assises, réalisée d'après le dossier d'instruction, fourni par l'un des avocats de la famille Seznec, Me Baudelot, et les journaux de l'époque. Invité à se prononcer, à l'issue de la pièce, sur la culpabilité ou l'innocence de Seznec, le public a systématiquement « acquitté » le prévenu à plus de 90 % en moyenne.

Musique[modifier | modifier le code]

  • Une partie de l'album Portraits du groupe Tri Yann reprend l'histoire de l'affaire Seznec.
  • Pleurent les yeux de Seznec est une chanson du groupe Back Ouest écrite par David Lafaye.
  • Bientôt un siècle... Seznec du groupe Kalffa.

Littérature[modifier | modifier le code]

Le roman de science-fiction 49302, de Nathalie Le Gendre (édition La Flèche, janvier 2006), se déroule dans les années 2100 et raconte l'histoire d'un descendant de Guillaume Seznec, qui est emprisonné à tort dans un bagne sur la planète Syringa. La postface est rédigée par Denis Seznec, petit-fils de Guillaume Seznec.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de Pierre Bonny n'apparaît que sur quatre procès-verbaux, dont un seul établi par lui-même et sur cinq rapports
  2. Guy Penaud, p. 33-34. Le procès-verbal de perquisition indique en effet que celle-ci est menée par le commissaire Jean-Baptiste Cunat et les inspecteurs Le Gall, Chelin, Thomas et Faggiani, de la brigade mobile de Rennes. Voir Yves Baudelot et 5 colonnes à la une. Jacques Bonny, p. 37 et 39 en donne une toute autre version, affirmant que « l'entrée en scène de [son] père porta un coup terrible au maître de scierie [Seznec] » et lui attribuant la découverte de la machine à écrire. Il existe également un texte en ce sens de la main même de Pierre Bonny, rédigé alors qu'il était détenu à Fresnes en 1944 et rendu public par l'avocat Yves-Frédéric Jaffré, p. 194, où il déclare en particulier :

    « Au cours d'une enquête fertile en incidents entre Brest, Morlaix-Le Havre et Paris, j'acquis la certitude de la culpabilité de Seznec et situai le crime entre Houdan et Paris. Je prouvai que la valise de Quéméneur, trouvée au bord de la plage près du Havre, après la disparition, y avait été apportée de Morlaix après le crime par Seznec et que la donation de sa propriété sur papier timbré trouvée dans la valise était l’œuvre de Seznec, qui pour le taper avait acheté une machine à écrire d'occasion au Havre, dont je retrouvai le marchand qui fut formel. Par la suite, je découvrai la machine cachée dans la scierie de Seznec à Morlaix. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Christine Mattei, Crimes et criminels, Lulu.com,‎ 2014, p. 248
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Portait de Guillaume Seznec sur france-justice.org
  3. « Seznec fut-il coupable ? », Historia, no 254,‎ , p. 130.
  4. Michel Pierre, Bagnards : la terre de la grande* punition, Cayenne 1852-1953, Paris, Autrement, 2000, 262 p.
  5. Sa peine de travaux forcés à perpétuité avait été commuée en peine de vingt ans en 1938. Denis Langlois, Pour en finir avec l'affaire Seznec, Paris, La Différence, 2015, 384 p., p. 132 et 135.
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t Affaire Guillaume Seznec - Arrêt no 5813 du 14 décembre 2006, Cour de cassation, Chambre criminelle.
  7. Jack Le Roux, La Guyane le bagne, Éditions du Valhermeil,‎ 2006, p. 236.
  8. Gérald Massé, Les Grandes Affaires Criminelles d'Eure-et-Loir, Éditions de Borée,‎ 2007, p. 185.
  9. Alain Bauer, Dictionnaire amoureux du Crime, Plon,‎ 2013, p. 185.
  10. « Seznec - le voyage Morlaix-Paris », 13e Rue
  11. Michel Keriel, Seznec. L'impossible réhabilitation, Éditions Le Manuscrit,‎ 2006, p. 56
  12. a, b, c, d, e et f Maître Eolas, « Pourquoi Seznec n'a-t-il pas été réhabilité ? », Journal d'un Avocat, 20 décembre 2006.
  13. a et b Gérald Massé, op. cit., p. 187.
  14. « Seznec, l'impossible réhabilition », Le Soir, 16 septembre 1996.
  15. a, b et c « Et si Seznec était coupable… », Le Point, .
  16. Michel Keriel, Seznec. L'impossible réhabilitation, Éditions Le Manuscrit,‎ 2006, p. 109
  17. Emmanuel Pierrat, Les grandes énigmes de la justice, Éditions First, 2010
  18. « Seznec, des preuves accablantes », 13e Rue
  19. a et b G. Penaud, L'Inspecteur Pierre Bonny : le policier déchu de la Gestapo française du 93, rue Lauriston, L'Harmattan, 2011, p. 31.
  20. a et b Communiqué de la Cour de cassation sur l'arrêt no 5813,
  21. a et b Liliane Langellier, Affaire Seznec : 14 demandes de révision et un planning très familial,
  22. Affaire Seznec : Les demandes de révision du procès de Guillaume (3) sur Affaire Seznec : La piste de Lormaye (consulté le 1er octobre 2014).
  23. « Seznec, l'impossible réhabilitation », Le Télégramme, .
  24. « L'annulation d'un jugement, une décision exceptionnelle », Le Figaro, .
  25. « Affaire Seznec : la révision requise », Le Nouvel Observateur, .
  26. « Marylise Lebranchu relance l'affaire Seznec », Le Nouvel Observateur, .
  27. Commission de révision des condamnations pénales, 11 avril 2005, no 01-REV-065.
  28. « Affaire Seznec. Pas de recours devant la cour européenne », Le Télégramme, .
  29. Loi du 20 juin 2014 relative à la réforme des procédures de révision d'une condamnation pénale définitive, Légifrance.
  30. Émission L'heure du crime, présentée par Jacques Pradel, 19 décembre 2014.
  31. Gary Assouline, « 92 ans après, l'affaire Seznec rebondit avec un témoignage inédit », sur lci.tf1.fr,‎
  32. Krystell Veillard, « Un pavé dans l'affaire Seznec », sur francetvinfo.fr,‎
  33. Denis Langlois, Pour en finir…, p. 210-217 et 360-362.
  34. Denis Langlois, Pour en finir…, p. 355-356.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Privat, Seznec est innocent, Éditions Les Documents Secrets, 1931 (premier ouvrage publié sur l'affaire).
  • Victor Hervé, Justice pour Seznec, Éditions Hervé, 1933.
  • Jane Seznec, Notre bagne, La Plaque tournante, 1950
  • Claude Bal, Seznec était innocent, Éditions de Paris, 1955.
  • Yves Frédéric Jaffré, L'Affaire Seznec, SEGEP, 1956.
  • Jean Rieux, Lice Nedelec, Seznec… innocent ou prestidigitateur criminel ?, Jugant, Lorient, 1976.
  • Marcel Julian, L'Affaire Seznec, Les grandes enquêtes d'Europe, 1979.
  • Aurélien Le Blé (préface de Denis Seznec), Moi, Pierre Quemeneur, Éditions Alain Bargain, Quimper, 1999.
  • Denis Seznec, Seznec, le bagne, Éditions Robert Laffont, 2001.
  • Denis Seznec, Nous les Seznec, Éditions Robert Laffont, Paris, 1992 : nouvelle édition enrichie en 2010 (même éditeur).
  • Denis Seznec, L'Affaire Seznec, des Assises au bagne, en photos, Éditions Robert Laffont, 2010.
  • Denis Langlois, L'Affaire Seznec, Paris, Plon, 1988 (prix des droits de l'homme 1989); dernière réédition 2005.
  • Denis Langlois, Pour en finir avec l'affaire Seznec, Paris, La Différence,‎ 2015, 384 p. (ISBN 978-2729121570)
  • Balbino Katz et Georges Cenci, Ranucci – Seznec : la vérité enfin, Éditions Dualpha, Coulommiers, 2007 (coll. « L'Essentiel »).
  • Daniel Le Petitcorps, Seznec – En quête de vérité, Éditions Le Télégramme, 2003, (ISBN 978-2-84833-058-7). Réédition actualisée : juin 2012, (ISBN 978-2-7466-4782-4).
  • Bernez Rouz, L'Affaire Quéméneur Seznec - Enquête sur un mystère, Éditions Apogée, Rennes, 2005.
  • Pascal Bresson (préface de Denis Seznec), Guillaume Seznec, une vie retrouvée, Éditions Ouest-France.
  • Nathalie Le Gendre, 49 302, Mango (Autres Mondes), 2006.
  • Annick Caraminot, L'Homme sans tête. La piste oubliée de l'affaire Seznec, Éditions du Temps, 2010, (ISBN 978-2-84274-511-0).
  • Guy Penaud, L'Énigme Seznec, Éditions de La Lauze, Périgueux, 2006.
  • Albert Baker et Bertrand Vilain, L'affaire Seznec, nouvelles révélations, Éditions Coëtquen, 2011.
  • Michel Keriel Seznec, L'Impossible Réhabilitation, Le Manuscrit, 2006.
  • Michel Pierre, « L'Affaire Seznec. Une innocence difficile à prouver », in L'Histoire, no 257, septembre 2001, p. 75-81.
  • Guy Penaud, L'inspecteur Pierre Bonny. Le policier déchu de la « Gestapo française » du 93, rue Lauriston, Paris, L'Harmattan,‎ 2011, 260 p. (ISBN 978-2296551084).
  • « Plaidoirie de Maître Yves Baudelot, Cour de cassation, audience du 5 octobre 2006 » [doc], sur france-justice.org (consulté le 3 décembre 2014), p. 109.
  • Jacques Bonny, Mon père l'inspecteur Bonny, Paris, Robert Laffont,‎ 1975, 277 p.
  • Yves-Frédéric Jaffré, L'affaire Seznec, SEGEP,‎ 1956, 217 p.
  • Frédéric Pottecher et Jean-Pierre Marchand, « L'affaire Seznec », 5 colonnes à la une, sur Institut national de l'audiovisuel,‎ 1967. Y est notamment interviewé le commissaire Buchet, de la brigade mobile de Rennes à l'époque de l'affaire Seznec, qui déclare à propos du rôle de Bonny : « Bonny n'a pas joué un rôle essentiel dans l'enquête Seznec. Il a joué le rôle d'un inspecteur, de l'inspecteur normal, qui écrit sous la dictée du commissaire de police, qui porte la serviette – à ce moment-là, l'inspecteur portait la serviette du commissaire […]. L'inspecteur participait rarement aux interrogatoires. Il pouvait, avec le commissaire, quand il voyait un point faible, poser une petite question, mais c'était insignifiant. Toute l'enquête était menée par le commissaire de police, qui était Vidal. »

Liens externes[modifier | modifier le code]