Affaire Mis et Thiennot

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L’affaire Mis et Thiennot, du nom des principaux protagonistes, Raymond Mis et Gabriel Thiennot, est une affaire criminelle française du XXe siècle qui renferme une possible erreur judiciaire.

Faits, enquête et jugements[modifier | modifier le code]

Les faits se déroulent le 29 décembre 1946, jour de la fermeture de la chasse : Louis Boistard, un des deux garde-chasse du château du Blizon[1] de Jean Lebaudy, est assassiné à Mézières-en-Brenne dans le département de l'Indre : son corps est retrouvé criblé de quatre balles dans un étang de la commune. Très vite la police arrête un groupe de 14 chasseurs, et après une série d'interrogatoires durant huit jours, retient la responsabilité de deux membres du groupe, les jeunes Raymond Mis, fermier d'origine polonaise, et Gabriel Thiennot qui est le fils d'un employé à l'époque décédé des Lebaudy, communiste et résistant comme son père[2].

Le châtelain Jean Lebaudy, riche notable ayant une grande influence dans la région, sait en jouer et exercer des pressions constantes sur les policiers du début à la fin de l'enquête, pour faire aboutir les recherches au plus vite[3]. C'est ainsi que Mis et Thiennot avouent leur forfait lors des premiers interrogatoires menés pendant huit jours par le commissaire Daraud pour partie à la mairie de Mézières-en-Brenne, pour partie au commissariat, puis se rétractent quinze jours plus tard en déclarant que leurs aveux avaient été obtenus par des violences inouïes, tortures dignes de la Gestapo, exercées par la police. Des témoignages de ces violences ont été entendus mais non retenus. Les gardiens de la prison ont fait constater par un médecin des traces de sévices : dents cassées, oreilles décollées, poumon perforé[4]. Raymond Mis a notamment perdu la sensibilité au niveau des mains suite à une « prière juive » trop intense, relatant cette torture dans ces termes : « Nous sommes restés une semaine sans boire ni manger. Ils nous ont passé à tabac, nous passions de l’un à l’autre. Mes oreilles saignaient. J’ai reçu des coups de tire bouchons dans les côtes. Ils m’ont tordu les parties, m’ont pressé les phalanges après avoir placé des bouts de bois, entre les doigts. Un supplice horrible. Aujourd’hui, mes doigts ont perdu une partie de leur sensibilité »[5].

Des témoignages à charge sont retenus (notamment celui d'Albert Niceron, le seul témoin visuel, un ouvrier agricole considéré comme simple d'esprit et pris en charge financièrement par Lebaudy et qui sera déclaré irresponsable par un tribunal en 1953 ; celui de Désiré Brunet[6], témoin auditif, a également son importance). D'autres témoignages sont écartés, notamment celui de la fille de Désiré Brunet, qui aurait accusé son père d'avoir tué le garde-chasse pour un différend sentimental et aurait également mis en cause son mari, Marcel Thiennot, le propre frère de Gabriel Thiennot, pour avoir aidé son beau-père et transporté le corps du garde-chasse dans l'étang.

Ils sont jugés par trois fois en cour d'assises à Châteauroux, Poitiers, Bordeaux, à la suite de recours en cassation, et condamnés finalement le 5 juillet 1950 à quinze ans de travaux forcés[7]. Six autres inculpés dans cette même affaire ne seront jugés qu'au tribunal correctionnel et écoperont de dix-huit mois à deux ans ferme sans faire appel[8]. Depuis, Mis et Thiennot ont persisté à clamer leur innocence jusqu'à leur mort, respectivement le 24 septembre 2009 et le 2 juin 2003[9].

Les doutes sur une possible erreur judiciaire sont tels qu'en juillet 1954, le président de la République René Coty leur accorde sa grâce. Mis et Thiennot sont libérés à la moitié de leur peine et sont soutenus par un comité de soutien[10], créé en 1980, qui demande la révision de leur procès[11].

Demandes de révision[modifier | modifier le code]

Les deux condamnés ont introduit par l'intermédiaire de leurs avocats cinq demandes en révision (la première date du 5 décembre 1982), toutes refusées. Une sixième, déposée le 12 février 2013 par Maître Jean-Pierre Mignard qui demande à la Commission de révision l'annulation d'une partie du dossier, à savoir les témoignages recueillis sous la contrainte (au regard de la Convention contre la torture de 1984, signée par la France en 1986), est examinée[12], puis rejetée le [13],[14].

Documentaire fiction[modifier | modifier le code]

L'affaire a fait l'objet en 2008 d'un film documentaire de 52 min, Présumés coupables, l’affaire Mis & Thiennot, réalisé par Dominique Adt.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est une propriété de 2 800 ha occupée par 23 fermes de métayers qui chassent pour améliorer l'ordinaire, voire braconnent malgré la surveillance des garde-chasse.
  2. « Mort de Raymond Mis : Mis et Thiennot seront-ils un jour innocentés? », sur Le Nouvel Obs,
  3. Léandre Boizeau, Ils sont innocents, La Bouinotte, , p. 57.
  4. « Une sixième demande de révision », sur 20 minutes,
  5. Requête Maître Mignard - Mis et Thiennot, p. 21
  6. Métayer au service de Lebaudy dont le passé maréchaliste pouvait être compromettant à cette époque.
  7. Pascale Robert-Diard, Didier Rioux, Le Monde : les grands procès, 1944-2010, Les Arènes, , p. 340.
  8. « L'affaire Mis et Thiennot », sur France Inter,
  9. « Affaire “Mis et Thiennot” : une réhabilitation réclamée d’outre-tombe », sur France-Soir,
  10. Son président, Léandre Boizeau, instituteur à la retraite, a écrit un ouvrage sur cette affaire.
  11. « Affaire Mis et Thiennot : décès de Raymond Mis », sur L'Humanité,
  12. Thibaut Gagnepain, « Affaire Mis et Thiennot : quand la neige s'en mêle », sur La Nouvelle République du Centre-Ouest,
  13. « Mis et Thiennot : pas de révision des condamnations », sur Le Monde,
  14. « 13REV037 - Décision du 16 mars 2015 - Commission d'instruction de la Cour de révision et de reexamen - Cour de cassation - Irrecevabilité », sur Courdecassation.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Moreux, Mis et Thiennot, l'agitation face aux faits , Ed.A/Z, 2015 (ISBN 9782365941631)
  • Emile Lecoq, Mis et Thiennot, innocents dites-vous ? 1998
  • Léandre Boizeau, Ils sont innocents ! L'affaire du crime de St Michel-en-Brenne , Le cercle d'or, 1980 (ISBN 978-2718800738)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]