Nepenthes

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Le genre Nepenthes regroupe des espèces de plantes carnivores à pièges passifs de la famille des Népenthacées.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Νεπένθος (du grec ancien Νε-, « non » et πένθος, « tristesse ») désigne chez Homère la boisson que Pâris donna à boire à Hélène après son enlèvement pour lui faire oublier son pays natal. Les femmes de la ville égyptienne de Thèbes passaient pour détenir le secret de sa composition. Dans la pharmacologie "moderne", les pilules de népenthès contenaient de la jusquiame, de la myrrhe et de l'opium.[réf. nécessaire]

Morphologie[modifier | modifier le code]

Ce sont des plantes à tige ligneuse de longueur variable (20 cm à 20 m), grimpantes, prenant appui sur un arbre (épiphytes) ou couchées sur le sol[1]. Les fleurs sont dioïques, petites, groupées en panicules ou en épis terminaux, et sans intérêt par rapport aux feuilles à forme très particulière .

Les feuilles sont alternes, ovales, lancéolées, et leur limbe (prolongement de la nervure de la feuille) vrillé forme à leur extrémité une urne membraneuse ou ascidie surmonté d'un opercule. Les ascidies, qui sont les pièges de la plante, renferment un peu de liquide sucré et acidulé sécrété par leurs parois, sur lequel surnagent quelques cadavres d'insectes. Ce liquide passe encore en Orient pour être efficace contre de nombreuses maladies.

La partie supérieure de l'urne comporte une couche épicuticulaire de cire, organisée autour de stomates modifiés, les lunates cells. Cette cire, organisée en paillettes acérées, possède un fort pouvoir de contamination des systèmes d'adhésion des insectes (les pulvilli). Au contact des pattes d'insectes, cette cire se transforme en une pâte amorphe, qui déstabilise l'insecte et le fait glisser vers la partie digestive.

L'urne est surmontée d'un couvercle (l'opercule) qui fait office de parapluie.

Les fleurs en grappes sont nombreuses et petites et sont généralement de couleur verdâtre ou brune.

Distribution géographique[modifier | modifier le code]

Nepenthes tentaculata, Mont Kinabalu, Sabah, Malaisie

On retrouve le genre Nepenthes dans la zone intertropicale humide de l'« ancien monde ». Il est présent à l'intérieur du triangle formé par Madagascar, le Khasi indien (montagnes de l'État du Meghalaya), et la Nouvelle-Calédonie.

Il existe plus d'une centaine d'espèces décrites[2] et de très nombreux hybrides, naturels et horticoles. Ce sont les îles de Sumatra et de Bornéo qui sont les plus riches en espèces, en particulier endémiques[1].

Type de milieu[modifier | modifier le code]

Les népenthès sont toutes des plantes tropicales poussant à une altitude variant entre le niveau de la mer et 3 250 m (Nepenthes lamii est l'espèce poussant à la plus haute altitude, en Nouvelle-Guinée). La plupart affectionnent les forêts humides et plutôt ouvertes. Certaines espèces comme Nepenthes ampullaria ou Nepenthes bicalcarata aiment les forêts très denses et ombragées, d'autres comme Nepenthes mirabilis ou Nepenthes rafflesiana poussent dans des milieux très ouverts, voire partiellement dégradés. Toutes par contre ont besoin d'une forte hygrométrie. Elles peuvent être terrestres ou épiphytes. Les espèces terrestres poussent dans des sols acides, pauvres en nutriments et souvent gorgés d'eau, comme la plupart des autres plantes carnivores.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dès sa découverte par les Européens au milieu du XVIIe siècle, le genre Nepenthes a toujours suscité l'émerveillement. C'est l'un des genres de plantes carnivores à avoir une histoire botanique très riche. Rappelons que c'est le seul genre reconnu comme pouvant capturer de petits vertébrés, des rats ou des oisillons par exemple, ce qui contribua beaucoup à sa popularité, notamment artistique, à travers le monde.

La première espèce de Nepenthes découverte fut Nepenthes madagascariensis, décrite par le gouverneur français de l'île, Étienne de Flacourt, en 1658, sous le nom d'Amratico[3]. Il évoqua alors une plante portant des fleurs concaves, ou des fruits ressemblant à de petits vases, chacun possédant son propre petit capuchon.

Carl Linnaeus décrit ensuite Nepenthes distillatoria endémique du Sri Lanka, d'abord à partir de spécimens desséchés. Euphorique, il pensa à Homère et à son Odyssée, dans laquelle Hélène se sert d'une drogue, nommée "Nepenthe", pour alléger les peines des soldats. "Si ce n'est pas le Nepenthe d'Hélène, ça le sera pour tous les botanistes" dit-il. Nepenthes mirabilis fut l'espèce suivante, découverte par Georg Everhard Rumphius.

En 1737, le genre reçoit officiellement le nom de Nepenthes. Personne ne se doute encore que la plante était carnivore : on pense alors que les urnes servaient à recueillir l'eau de pluie, de manière à aider la plante à survivre aux périodes de sécheresse.

Au XVIIIe siècle, les Européens colonisent l'Asie du sud-est, et la curiosité botanique mêlée à un effet de mode fait s'élever des orangeraies dans tous les pays, bientôt suivies par les premières serres, de façon à pouvoir cultiver des plantes venues des colonies du monde entier.

C'est au XIXe siècle que l'intérêt pour ces plantes atteint son sommet. Les horticulteurs se multiplient, d'abord pour la production massive, et la vente de plantes rares à tous ceux qui peuvent s'offrir ce luxe. L'un des premiers, Loddiges nursery, en Angleterre, introduit Nepenthes khasiana sur le marché dès 1825. Ces maisons, parmi lesquelles James Veitch & Sons ou encore Low and Co. organisaient fréquemment des expéditions vers les terres lointaines, notamment en direction de l'île de Bornéo, où des plantes tropicales étaient récoltées : palmiers, orchidées, et aussi népenthès. Les revues de botaniques contribuent également au succès du genre, présentant d'alléchantes fiches de cultures et œuvres d'artistes sur le genre Nepenthes.

De nouvelles espèces sont régulièrement découvertes. Le docteur William Jack découvre en 1819 Nepenthes rafflesiana et Nepenthes ampullaria. Neuf espèces étaient connues en 1839, mais beaucoup d'autres allaient suivre: la maison Low décrivit Nepenthes lowii, Nepenthes rajah, Nepenthes villosa, Nepenthes edwardsiana.

L'invention d'un caisson en verre, clos et portatif, par Nathaniel Ward en 1833, qui permet la survie des espèces tropicales pendant leur acheminement par bateau vers les métropoles, permet l'importation plus massives de plantes exotiques. En 1845, la fin des taxes imposées sur le verre fait exploser le nombre de serres à travers toute l'Europe, dans un contexte de prospérité économique, et alors que les classes élevées donnent du prix à un certain goût pour la botanique.

Nepenthes northiana, œuvre de Marianne North

Les népenthès reçoivent alors les noms d'éminents personnages de la botanique: Sir Stamford Raffles, qui s'empara de Singapour pour le compte de l'Angleterre et fonda le jardin botanique de Bogor en actuelle Indonésie (Nepenthes rafflesiana) ; C. G. C. Reinwardt, son assistant (Nepenthes reinwardtiana) ; Marianne North, illustratrice qui découvrit Nepenthes northiana ; Frederick Burbidge, ami de Veitch (Nepenthes burbidgeae).

À la fin du XIXe siècle, les népenthès sont devenus assez communs ; nombreux sont ceux qui maîtrisent leur culture. Posséder un népenthès vigoureux dans sa serre constitue un objet de fierté, et témoigne d'une certaine richesse. Des hybrides fantaisistes furent créés, et le genre gagnait à coup sûr des trophées aux concours horticoles. Les plus célèbres étaient les hybrides et espèces de l'époque victorienne, dominant par leur taille: Nepenthes sanguinae, Nepenthes maxima, N. × mixta, N. × coccinae.

Cinquante-huit espèces étaient connues en 1908. Près d'une centaine le sont au début du XXIe siècle.

Au XXe siècle, l'intérêt pour les plantes en serres devient moins ardent. Il faut attendre la seconde moitié de ce siècle pour que le genre conquière à nouveau l'intérêt des collectionneurs.

La nouvelle découverte en 2007 d'une espèce géante sur le Mont Victoria aux Philippines, Nepenthes attenboroughii, a relancé l'intérêt pour ces plantes carnivores[4].

Culture[modifier | modifier le code]

La culture des népenthès est assez délicate, hors d'une serre ou d'un climat tropical, car elles ont besoin de conditions recréant leur milieu naturel. Le manque d'humidité tout particulièrement est nuisible pour la production des urnes. Au niveau des températures, il y a deux groupes d'espèces :

  • les espèces dites de plaines: entre 18-25°c l'hiver et 25-35°c l'été.
  • les espèces dites de montagnes: Entre 10-18°c l'hiver et 18-30°c l'été.

Les températures données ci-dessus concernent l'Europe ou l'Amérique du Nord, où il existe des changements saisonniers de température, difficilement contrôlables même en serre, alors qu'en milieu tropical la température varie peu. Les népenthès exigent une hygrométrie comprise entre 70 et 95 % sauf pour certains hybrides plus tolérants. C'est un facteur très important pour leur bon développement. Le substrat doit toujours être humide, mais l'eau ne doit jamais y stagner car cela pourrait faire pourrir la plante. Le substrat doit être léger et très poreux, il y a différents mélanges qui peuvent être utilisés selon la plante, les espèces épiphytes préféreront de la fibre de coco ou de la sphaigne vivante. Le premier mélange est assez généraliste, à utiliser pour tous les népenthès :

Ce mélange est constitué de fibre de coco en grande partie, mais les matériaux seront plus difficiles à trouver:

  • 70 % de fibre de coco, 10 % de gravier grossier non calcaire, 10 % d'écorces stabilisées, 10 % de polystyrène.

Ces plantes ont besoin d'une forte luminosité, mais pas de soleil direct.

Espèces[modifier | modifier le code]

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Illustrations[modifier | modifier le code]

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Articles anglophones :[modifier | modifier le code]

Gaume, L., Perret, P., Gorb, E., Gorb, S., Labat, J. J., Rowe, N. How do plant waxes cause flies to slide? Experimental tests of wax-based trapping mechanisms in three pitfall carnivorous plants. Arthropod Structure & Development, 2004 (Vol. 33) (No. 1) 103-111

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Marcel Lecoufle, Plantes Carnivores, 1989
  2. Stewart McPherson, Pitcher Plants of The Old World vol. 1, 2009
  3. de Flacourt, E. 1658. Histoire de la Grande Isle de Madagascar.
  4. Découverte d’une nouvelle espèce de plantes carnivores géantes sur le site vulgariz.com, consulté en janvier 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]

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