Velleius Paterculus

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Velleius Paterculus (v. 19 av. J.-C. – v. 31 ap. J.-C.) est un historien romain. Son prénom serait Marcus selon Priscien[1], un grammairien du VIe siècle, ou Publius selon une conjecture de Rhenanus, ou Caius selon le début de l'édition princeps[2].

Sa carrière[modifier | modifier le code]

Aucun auteur ancien n'a parlé de Velleius Paterculus, à part Priscien[1] ; tout ce que nous savons sur sa vie a été rapporté par lui-même. Sa famille était d'origine campanienne et assez fortunée. Son grand-père Caius Velleius, fut praefectus fabrum (préfet des ouvriers) au service de Pompée et de Marcus Junius Brutus[3].

Velleius Paterculus fit ses premières armes comme tribun militaire en Thrace et en Macédoine. Il passa ensuite, toujours comme tribun, dans l'armée de Caïus Cesar (fils d'Agrippa et petit-fils d'Auguste) avec laquelle il fit campagne contre les Parthes en Arménie[4]. En 4 ap. J.-C., il succèda à son père comme préfet d'une aile de cavalerie dans l'armée de Tibère[5] et prit part avec lui pendant neuf ans aux guerres de Pannonie, de Dalmatie et de Germanie. Il obtient la questure tout en étant dispensé d'en exercer la fonction, magistrature qui lui permet l'inscription au Sénat et l'obtention du grade de légat commandant des renforts envoyés à Tibère[6]. Rentré glorieusement à Rome avec Tibère, il fait partie des officiers qui l'accompagnent lors de la célébration de son triomphe en 12 ap. J.-C.[7]. Lui et son frère furent nommés préteur à la mort d'Auguste (15 ap. J.-C.)[8]. On ne sait ce que devint Velleius Paterculus entre cette date et celle à laquelle il dédia son ouvrage à son ami Marcus Vinicius (30 ap. J.-C.).

Sa fin est sujette à conjecture. Il trace un portrait flatteur de Séjan[9], Dodwell a supposé donc qu'il était son ami, et comme Tacite affirme que tous les amis de Séjan ont été entraînés dans sa disgrâce, il serait mort en 31 ap. J.-C.[10]. Toutefois, la découverte en 1874 en Algérie d'une borne milliaire amène Léon Renier à contester cette théorie. L'inscription mentionne un Caius Velleius Paterculus, légat d'Auguste de la IIIe légion[11]. Le livre de Velleius Paterculus ne mentionne aucune affectation de sa personne en Afrique, donc pour Léon Renier, s'il s'agit du même personnage, Velleius aurait continué sa carrière militaire après la publication de son histoire[12]. Son fils est peut-être Lucius Velleius Paterculus, un des consuls suffets de 60 ap. J.-C.[13].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

C'est vraisemblablement le désir de reconnaissance envers son ancien général, devenu empereur, qui en fit un historien. Son œuvre, l'Histoire Romaine, en deux livres, embrasse les événements principaux du monde greco-romain depuis la prise de Troie jusqu'au consulat de Marcus Vinicius (30 ap. J.-C.) à qui il dédia son œuvre. Il insiste sur les règnes d'Auguste et particulièrement de Tibère. Il y raconte ses souvenirs de campagne. Son récit n'est pas monotone mais coupé d'anecdotes et de réflexions morales. Ses portraits d'hommes célèbres sont remarquables. Il complète par des notations de géographie politique, comme l'énumération des fondations de colonies romaines et la liste des provinces.

Il est le seul historien latin à ne pas négliger l'histoire littéraire et à nous faire un tableau des littératures grecques et latines. On peut cependant lui reprocher un manque d'impartialité envers Tibère. En effet, sa description de la guerre civile qui mène Octave — le futur Auguste — au pouvoir exonère ce dernier des proscriptions (liste des opposants à éliminer dont Néron, parent de Tibère), qu'il attribue à Lépide et Marc-Antoine. Albert Paul, qui écrivit au XIXe siècle une histoire de la littérature romaine, qualifie Velleius d'« auteur courtisan »[14].

Transmission du texte[modifier | modifier le code]

Le texte de l’Histoire romaine nous a été transmis par un seul manuscrit, le Codex Murbacensis, de l'abbaye de Murbach, en Alsace, aujourd'hui perdu. Le manuscrit fut découvert en 1515 par Beatus Rhenanus, qui en fit faire une copie par un de ses élèves, en une transcription très défectueuse, en partie conservée de nos jours. Beatus Rhenanus reprit le manuscrit et grâce à lui réalisa l’editio princeps (Bâle, 1520), contenant aussi des fautes de lecture. Un disciple de Beatus Rhenanus, J. A. Burer, collationna le texte de l'édition princeps avec le manuscrit et a laissé une liste des divergences constatées[15].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Priscien, Institutionum grammaticalium, livre VI, 63
  2. Renier 1875, p. 437
  3. Velleius Paterculus, livre II, 76
  4. Velleius Paterculus, livre II, 101
  5. Velleius Paterculus, livre II, 104
  6. Velleius Paterculus, livre II, 111
  7. Velleius Paterculus, livre II, 121
  8. Velleius Paterculus, livre II, 124
  9. Velleius Paterculus, II, 127
  10. H. Dodwell, Annales Velleiani, Quintilianei, Statiani (1698)
  11. C(aio) Velleio / Paterculo / leg(ato) Aug(usti) / leg(ionis) III Aug(ustae) / XXIX CIL VIII, 10311
  12. Renier 1875, p. 440
  13. Renier 1875, p. 441
  14. Albert Paul, Histoire de la littérature romaine, Delagrave, 1871, livre quatrième, § IV
  15. Renier 1875, p. 436-437

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages
  • (en) Velleius Paterculus: The Caesarian and Augustan Narrative, Cambridge University Press, Juin 2004, 316 Pages, (ISBN 0521607027)
Articles
  • Eugen Cizek, « Les problèmes du principat et l'élection des magistrats chez Velleius Paterculus », Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes, Paris,‎ 2001, p. 23-36
  • Isabelle Cogitore, « Les portraits chez Velléius Paterculus », Revue d'études latines, Bruxelles, Latomus,‎ 2003, p. 51-72
  • Joseph Hellegouarc'h, « La figure de Tibère chez Tacite et Velleius Paterculus », Mélanges P. WUILLEUMIER, Paris,‎ 1980, p. 167-183
  • Léon Renier, « Notice sur une inscription romaine relative à l'historien Velleius Paterculus », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 19e année, no 4,‎ 1875, p. 431-441 (lire en ligne)