Saint

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Les saints sont des hommes ou des femmes – et dans certaines traditions des anges – distingués par différentes religions pour leur élévation spirituelle et proposés aux croyants comme modèles de vie en raison d'un trait de personnalité ou d'un comportement réputé exemplaire. Certains de ces saints peuvent être qualifiés de « martyrs » (« témoins »), lorsqu'ils ont payé de leur vie leur attachement à leur foi.

L'influence d'un saint dépasse souvent l'espace de sa religion propre, quand son rayonnement moral apparaît comme universel. C'est le cas, par exemple, de :

La vénération d'un saint est un témoignage de respect.

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Saint catholique.

De manière concise, la « sainteté » s'exprime comme le désir et la vocation de tout homme à rejoindre le Christ dans un état que l'on nomme « communion ». C'est, selon l'Évangile, une action impossible à l'être humain mais pas à Dieu et qui se fait par la collaboration de l'être humain à l'action divine dans le monde. Le « saint » est donc toute personne qui parvient à cette proximité.

Congrégation de Saints et d'Archanges aux Cieux, par Albrecht Dürer

Tout au long de l’Ancien Testament, on retrouve, comme dans le judaïsme, l’affirmation que seul Dieu est Saint. Cependant, par le baptême et l'adoption filiale qui s'ensuit, les chrétiens sont associés et appelés à cette sainteté, qui est une vocation universelle. L'apôtre Paul parle des saints pour désigner les chrétiens vivant dans telle ou telle ville [1]. En ce sens, la sainteté exprime l'état de communion avec Dieu, dans l'Église, par le baptême.

Évolution et transformation de cette notion[modifier | modifier le code]

Les saints au sens strict sont ceux qui, comme le « Bon Larron » à qui le Christ dit : « Aujourd'hui, tu seras avec moi au Paradis », sont parvenus à la béatitude éternelle, contemplent Dieu au Ciel et intercèdent pour les êtres humains ici-bas.
Parmi les défunts, étaient réputés saints et vénérés comme tels les martyrs (mot grec signifiant « témoin ») (leur « baptême sanglant » effaçait tout péché) et les apôtres (choisis par le Christ). D'autres saints, comme certains ascètes, seront vénérés plus tard. Ainsi, dès les premiers temps du christianisme, tous les fidèles sont appelés à la sainteté et peuvent être dignes de vénération posthume, aussi bien hommes que femmes, les philosophes comme les simples d’esprit, quelle que soit leur condition sociale, esclave ou aristocrate (voir saint Druon, saint Gerlac ou encore Benoît Joseph Labre au XVIIIe), ce qui est une nouveauté radicale[2]. De plus, ce n’est pas, jusqu'à l’invention de la procédure de canonisation au XIIIe siècle, la hiérarchie qui décide de la sainteté, mais la vox populi. Celle-ci se fonde sur la pureté du saint, et la recherche d’un absolu à travers la foi. Cette recherche d’absolu peut conduire jusqu’au martyre, jusqu'à mourir ou endurer des tortures pour ne pas abandonner sa foi ; le martyre est, jusqu'à notre époque, un moyen privilégié d’accéder à la sainteté.
Petit à petit, la notion de sainteté s'élargit, et de nombreuses personnalités locales dans l'Église primitive et parmi les populations nouvellement christianisées ont acquis la réputation de sainteté. Aujourd'hui, la reconnaissance officielle du statut de saint passe par l'inscription dans le calendrier de l'Église appelé « martyrologe ».

Rôle des saints dans la foi catholique[modifier | modifier le code]

Pour les catholiques, les saints forment « l'Église triomphante » et intercèdent auprès de Dieu pour les hommes d'ici-bas (l'Église militante) et pour les défunts au Purgatoire (l'Église souffrante) : c'est la communion des saints. Tous ces saints, qui n'ont pas forcément été officiellement reconnus ici-bas comme tels, sont fêtés ensemble le jour de la Toussaint.
La fête de la Toussaint, célébrée le 1er novembre, signifie, chez les catholiques que, au-delà du nombre restreint de personnes canonisées, c'est-à-dire dont on affirme sans ambiguïté la sainteté et auxquels un culte peut être adressé, de nombreux chrétiens, voire stricto sensu non chrétiens (par exemple Abraham, Moïse, David, Job), ont atteint l'idéal chrétien : la communion avec Dieu.
Les saints inscrits au martyrologe romain sont ceux pour lesquels l'Église catholique romaine - par le biais de la canonisation- déclare être sûre qu'ils sont au Paradis. Ils font donc l'objet d'un culte public (à l'instar de l'Église orthodoxe) dit culte de dulie (du grec δοῦλος, le serviteur) lequel s'oppose au culte de lâtrie (du grec λατρεία, service dû à Dieu) qui n'est dû qu'à Dieu. Dans le cas de Marie, mère de Jésus, une exception est admise, qui se nomme hyperdulie et qui se manifeste dans les sites d'apparition.
Le culte de dulie revête deux formes, la vénération et l'invocation. Cette dernière est matérialisée par l'intercession.

La Sainteté dans la tradition spirituelle catholique[modifier | modifier le code]

Pour bien comprendre et mesurer l'importance de la question de la sainteté dans la culture spirituelle catholique, il convient de citer le succès historique de l'ouvrage L'imitation à Jésus Christ, peut être le livre le plus imprimé au monde après la Bible.

De même, il est important d'évoquer les nombreuses pratiques spirituelles catholiques qui visent à accompagner et structurer cette démarche de Foi en Jésus Christ. Ici, on pourra se référer à trois exemples célèbre : la règle de Saint Benoit, les exercices de discernement spirituel d'Ignace de Loyola ou encore le livre des heures comme support à la prière.

Toutes ces pratiques visent à rejoindre la communion des Saints, dont la manifestation la plus évidente est l'Eucharistie.

Église Orthodoxe[modifier | modifier le code]

Lors de chaque liturgie eucharistique, aussitôt après la consécration, le prêtre élève les saints dons consacrés vers l'assistance des fidèles et proclame ; « les saints dons sont pour les saints ! », et les fidèles ou les chantres protestent ; « Un seul est saint, un seul est Seigneur, Jésus-Christ, à la gloire de Dieu le Père ». La sainteté, selon les orthodoxes, est une participation à la vie du Christ et les saints sont appelés ainsi dans la seule mesure où ils sont christophores, c’est-à-dire suffisamment humbles et obéissants en la personne du Christ pour représenter fidèlement son image et en être une icône.

L'Église orthodoxe ignore la notion de « bienheureux », le mot est équivalent de saint. Elle ignore aussi les procès en canonisation ou le nombre minimum de miracles requis pour être proclamé saint. Lorsque la vénération de la mémoire d'un défunt se répand parmi les fidèles, le synode de l'Église concernée se réunit autour du primat (patriarche ou archevêque) et étudie la question de la sainteté de cette personne. Il arrive souvent que quelques icônes aient déjà été peintes à sa mémoire. La sainteté de la personne en question est ensuite proclamée en même temps qu'est déterminé un (ou plusieurs) jour(s) de fête liturgique, et qu'est composé un tropaire (hymne en l'honneur du nouveau saint) et un office complet. Le canon iconographique du saint s'élabore ensuite petit à petit.
Dans le calendrier orthodoxe, le jour consacré à la mémoire de tous les saints est le premier dimanche après la Pentecôte.

  • Catégorie : saint orthodoxe, canonisation par la vox populi confirmée par le synode de l'Église locale.
  • Catégorie : saint non chalcédonien, canonisation par la vox populi et par les autorités de l'Église locale.

Protestantisme[modifier | modifier le code]

Le protestantisme se distingue du reste du christianisme notamment par son refus du culte des saints (et de leurs reliques). La Bible déclare sainte toute personne ayant accepté le sang de Jésus versé à la Croix comme nécessaire et suffisant pour effacer ses péchés, car tous sont pécheurs devant Dieu (cf. Hébreux 10.29 et Romains 3.10-18). Ce sens du mot saint comme synonyme de chrétien est le plus courant dans le protestantisme. Cette confession insiste sur l'affirmation du salut à l'initiative de Dieu seul (sola gratia, sola fide, « seule la grâce, seule la foi... »), ce qui implique que « Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent ». De ce fait, les protestants s'abstiennent de déclarer quiconque particulièrement saint, d'autant que la conception de l'après-vie est très variable non seulement selon les dénominations mais aussi selon les personnes. Dans le protestantisme classique (luthérien ou réformée), on appelle couramment saints les personnages du Nouveau Testament, sans que cela donne lieu au moindre culte, car pour l'ensemble des protestants, le culte n'est dû qu'à Dieu seul (Soli Deo gloria, « à Dieu seul la gloire »). Par tradition, plusieurs pays protestants ont conservé comme patron le saint qui est réputé avoir joué le plus grand rôle dans leur évangélisation : sainte Brigitte en Suède, saint Olav en Norvège, etc.

Mormonisme[modifier | modifier le code]

Selon la doctrine de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, être saint, dans l'Église primitive, signifiait avoir accepté de vivre l'Évangile enseigné par Jésus-Christ, de suivre son exemple et, par le baptême, être devenu membre de l'Église qu'il avait établie.
Ses membres, surnommés mormons, sont appelés saints pour cette même raison. Pour les distinguer des membres de l'Église originelle, ils sont appelés saints des derniers jours.
Aucun culte de saints, de reliques et de prophètes n'est pratiqué. Être saint n'est pas synonyme de perfection ou ayant valeur de jugement venant de Dieu.

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Judaïsme antique[modifier | modifier le code]

L'Ancien Testament utilise le terme hébreu « qodesh » qui signifie initialement « séparé » et par extension « pur » (exempt de fautes, de taches). Le mot grec hagios reprend ce sens dans les écrits du Nouveau Testament[3].
« La sainteté appartient à Dieu », tel était le message inscrit sur la plaque d'or que portait le grand prêtre qui officiait dans le temple de Jerusalem. Toutes notions primaires de sainteté se rattache à Dieu, qui par son action peut rendre saint (en séparant, purifiant) l'homme, le peuple ou le lieu.

Judaïsme talmudique[modifier | modifier le code]

Domaine de définition du judaisme talmudique

Islam[modifier | modifier le code]

Sunnisme[modifier | modifier le code]

Le sunnisme réprouve tout culte autre que celui adressé à Dieu. On parle d'associateurs pour désigner ceux qui lui associent des idoles, matérielles ou humaines, pour un péché nommé shirk. Ainsi, le culte des « saints » est interdit dans le sunnisme. Pourtant, cela ne signifie pas ne pas reconnaître la sainteté de certaines personnes, on emploie dans certains cas le titre honorifique d'hazrat, notamment pour désigner les prophètes. Le sunnisme ne connaît pas de hiérarchie. Il n'y a donc pas de titre de sainteté, à proprement parler, déclaré par une autorité du culte, mais plutôt une reconnaissance par les croyants de la sainteté d'un homme[4],[5].

Soufisme[modifier | modifier le code]

Cependant, certains pays d'Afrique, notamment au Maghreb, pratiquent parfois un « certain » culte des saints, nommé localement marabouts. Des formes de soufisme assez hétérodoxe, dont les tariqa sont répandues dans l'ensemble des communautés musulmanes, connaît aussi des « wali », terme toujours traduit par « saint » dans la littérature d'expression française, bien que le sens de « wali » soit souvent synonyme de « guide vers Dieu » ou de « maître ».

Chiisme[modifier | modifier le code]

Le chiisme reconnaît également les saints et leur tombeau donne lieu à des pèlerinages.

Hindouisme[modifier | modifier le code]

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

Le terme de « saint » n'existe pas dans le bouddhisme. Ainsi, la désignation (relativement récente) dans le bouddhisme tibétain du Dalaï-lama comme « Sa Sainteté », n'est qu'une accommodation au vocabulaire occidental (ce terme apparaissant sans doute plus sérieux pour un chef temporel que celui de « moine », « bhikshu du Bouddha », qu'adopte généralement Tenzin Gyatso dans ses écrits).
Le terme adéquat est « ārya » (sanskrit) que l'on traduit souvent par « noble », qui désigne tout bouddhiste entré dans la voie. Ceux qui ont obtenu par leurs efforts une « réalisation » métaphysique appartiennent à un des quatre types d'êtres nobles, selon le niveau qu'ils ont atteint et le nombre de liens qu'ils ont brisé : sotapanna, sakadagamin, anagamin et arhat, ce dernier étant le seul qui ait « atteint » le nirvāna, l'Absolu. Dans ce cadre de référence, le bodhisattva n'est pas à proprement parler un « être noble », car il n'a pas brisé (volontairement) les liens, mais la qualité de son éveil peut cependant le faire ranger parmi les āryas, selon le Mahāyāna.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul de Tarse. Première et secondes épître aux Corinthiens
  2. Régine Pernoud, Les Saints au Moyen Âge - La sainteté d’hier est-elle pour aujourd’hui ?, Paris, Plon,‎ 1984, 367 p. (ISBN 2-259-01186-1), p 23-30
  3. Vigouroux, Dictionnaire de la Bible[réf. incomplète]
  4. Sur les saints en islam : Femmes et religions en Islam, un couple maudit ? par Sossie ANDEZIAN, dans CLIO, revue francophone d'histoire des femmes. Au cours d'une étude du mysticisme féminin, elle présente la notion de saint et son fonctionnement dans la spiritualité musulmane féminine.
  5. Se reporter aussi à l'ouvrage d'Émile Dermenghem (1892-1971), Vies des saints musulmans. 2e édition. Arles : Sinbad-Actes Sud, coll. « La bibliothèque de l'Islam », 2005. 329 p., 23 cm (ISBN 2-7427-5717-1)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Graham Anderson, Sage, Saint and Sophist. Holy Men and their Associates in the early Roman Empire, Londres, Routledge, 1994.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]