Abbaye Saint-Sauveur de Charroux

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Abbaye Saint-Sauveur de Charroux
Image illustrative de l'article Abbaye Saint-Sauveur de Charroux
La Tour Charlemagne vue depuis l'église
Présentation
Type Abbaye
Début de la construction XIe siècle
Style dominant romane
Protection Monument historique
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Poitou-Charentes
Département Vienne
Commune Charroux
Coordonnées 46° 08′ 35″ N 0° 24′ 16″ E / 46.14306, 0.40444 ()46° 08′ 35″ Nord 0° 24′ 16″ Est / 46.14306, 0.40444 ()  [1]

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Abbaye Saint-Sauveur de Charroux

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Abbaye Saint-Sauveur de Charroux

L'abbaye Saint-Sauveur de Charroux, bénédictine, fondée au VIIIe siècle et en ruine de nos jours, est à Charroux, dans le département de la Vienne et la région Poitou-Charentes

Histoire de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

C'est une abbaye bénédictine. Elle a été fondée en 784 ou 785, par le comte Roger de Limoges[2][réf. incomplète]et sa femme Euphrasie d'Auvergne, sous la protection de Charlemagne. Le comte donna à la toute nouvelle abbaye des biens se trouvant dans le Poitou, le Limousin, le Périgord et en Auvergne.

La nouvelle abbaye a, de plus, très vite bénéficié des libéralités des souverains carolingiens à l'instar des abbayes de Saint-Maixent, Nouaillé, Saint-Jean-d'Angély, Saint-Cyprien de Poitiers ou Saint-Cybard d'Angoulême.

Son abbé exerçait, par ailleurs, un réel pouvoir politique.

Dotée de livres, objets rares et luxueux, elle devint aussi et surtout un centre de foi et de culture important. En deux siècles, l'abbaye Saint-Sauveur devint un centre religieux principal de la chrétienté accueillant quatre conciles, dont le premier en 989, le concile de Charroux, réuni sous le patronage du duc d’Aquitaine et comte de Poitiers Guillaume IV instaura la paix de Dieu.

La présence importante de reliques en fit, aussi, un haut lieu de pèlerinage. Les plus illustres étant une relique de la vraie Croix, don attribué à l'empereur Charlemagne, et le Saint Prépuce, évoquant la Circoncision de Jésus, qui aurait été acquis de façon miraculeuse. En Poitou, l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers avait déjà acquis une relique de la vraie Croix remise à sa fondatrice, Sainte Radegonde en 567 par l'empereur de Constantinople.

L'abbaye a accueilli dès 830 plus de 80 moines.

Des premiers bâtiments, il ne reste quasiment rien; deux chapiteaux sont conservés à Charroux et, au musée de Poitiers, un fragment de l'inscription funéraire de Juste, abbé de Charroux vers 817. Ces deux chapiteaux ont un décor sculpté en triangle. Le motif d'entrelacs suggère une comparaison avec l'enluminure carolingienne. Il est l'une des composantes du courant artistique franco-saxon du IXe siècle.

Le Moyen Âge : splendeur et rayonnement[modifier | modifier le code]

À partir de 1017, l'abbé Geoffroy ordonna d'importants travaux. En effet, autour de l'an 1000, les guerres entre les seigneurs poitevins, les pillages et les incendies ont chassé les moines à plusieurs reprises.

Toutefois, une fatalité néfaste s'abattit sur l'abbaye : plusieurs incendies détruisirent les constructions neuves. Une première consécration a lieu en 1028 et une autre en 1047. En 1048, un nouvel incendie ravagea le sanctuaire.

En 1082, l'abbaye est reconstruite. Centre de création artistique, l'édifice adopte de nouveaux modes de construction : piles quadrilobées, nef à collatéraux percés de hautes fenêtres, voûtes en pierre, tout en conservant certains archaïsmes issus de l'architecture carolingienne : clocher-porche, absides à pans coupés. Ce fut l'une des plus grandes églises de la chrétienté (114 mètres de long).

En 1096, Charroux accueillera le pape Urbain II qui consacra un nouvel autel, appelé autel majeur. Cet autel est situé au-dessus de la crypte, au centre de la rotonde. Il est éclairé par la tour-lanterne. Urbain II a garanti aussi les droits de propriété de l'abbaye contre ceux des comtes et des évêques. L'abbaye de Charroux obtint aussi l'immunité, le libre choix de son abbé, l'inviolabilité de ses propriétés, la libre administration de l'abbaye et de ses biens.

C'est à la fin du XIe siècle et au début du XIIe, que l'abbaye Saint-Sauveur connait l'apogée de sa puissance. Elle possède 96 églises dans 16 diocèses en France, en Angleterre et dans les Flandres. Des ducs et des comtes viennent rendre visite ou laissent leurs enfants pour y être élevés. Les rois de France comme Philippe Ier ou d'Angleterre comme Henri Ier viendront y séjourner.

Le XIIIe siècle voit l'abbaye continuer à s'agrandir. En 1269, un portail gothique est construit sur la façade ouest de l'abbatiale. C'est un triple portail qui correspond à la triple nef. Un porche surmonté d'un clocher et de deux clochetons le protège.

Le déclin[modifier | modifier le code]

Dès le début de la guerre de Cent Ans[3], l'abbaye rencontre des difficultés. Les chapes, les calices, les livres et les archives sont mis à l'abri à Poitiers pour échapper aux destructions des Anglo-Gascons. Mais Poitiers est prise en 1345. En 1385, il ne reste plus que 40 moines. La désertification de l'abbaye continue au cours de cette période trouble. Les revenus de l'ensemble des possessions étant au plus bas, les 20 derniers moines sont contraints de se retirer chez leurs parents ou amis. L'abbaye est incendiée en 1422.

En 1444, Jean Chaperon est nommé abbé et va relever l'abbaye pendant son abbatiat qui dura 30 ans. Le château Mauprévoir devient la résidence habituelle de l'abbé. En 1471, 152 églises de 11 diocèses, 60 prieurés et 3 abbayes filles (celles de Ham, d'Issoire, et d'Andres) sont du ressort de Saint-Sauveur.

À la mort de Jean Chaperon en 1474, la situation de l'abbaye apparaît restaurée. À la mémoire de Charlemagne, Louis XI confirma sa protection royale et les privilèges de l'abbaye par ses lettres patentes en 1476[4]. Toutefois, avec l'instauration de la commende au XVIe siècle, l'abbaye va entrer dans une longue agonie.

Malgré des revenus encore importants, l'abbaye sombre dans la déchéance comme tant d'autres abbayes poitevines à la même époque. Des vols dont celui du trésor ont lieu. Les mauvaises gestions des abbés commendataires se succèdent, qui ne vivent plus dans l'abbaye mais à la Cour des rois de France. Les cloches sont fondues, le mobilier liturgique luxueux est vendu, les réparations sont négligées.

À partir de 1561, à cause des guerres de religion, les moines ne se réunissent plus en chapitre. Trois fois (1562, 1569 et 1587)[3], dont une fois par Roger de Carbonnières[2], l'abbaye est pillée et saccagée. Après 1580, les moines ne sont plus qu'une dizaine et ne peuvent plus se loger dans l'abbaye.

Mort et Renaissance[modifier | modifier le code]

Le brevet du roi Louis XV en 1760 annonce la fin de l'abbaye. Le 1er avril 1762, une bulle de pape Clément XIII officialise la fermeture de l'abbaye et le rattachement de ses biens à Saint-Julien de Brioude. Le Parlement du royaume de France enregistre cette fermeture définitive en 1780.

Quand elle est vendue comme bien national en 1790 la nef et l'église sont en ruine. Elle est vendue en cinq lots et utilisée comme carrière[5]. L'un des lots, comprenant la tour octogonal et le cloître, est racheté par l'abbé Charles Loiseau de Grandmaison (1740-1797) alors curé de Surin.

Si, au cours de ce début du XIXe siècle, le reste des bâtiments a été transformé en carrière à pierre, (on retrouve des pierres taillées dans tous les hameaux autour de Charroux), la famille de Loiseau de Grandmaison résista aux menaces des municipalités qui entendaient démolir le monument, soit pour agrandir le champ de foire, soit parce qu'il constituait, disait-on, un danger public.

La Société des antiquaires de l'Ouest créée en 1834, Charles de Cherge son président et Prosper Mérimée intervinrent pour la conservation du monument. La tour-lanterne est classée aux Monuments Historiques en 1846, des fragments du portail gothique (37 statues) sont rapatriés et sont toujours en place dans la salle capitulaire.

Les restes de la chapelle sud du chœur de l'église abbatiale sont classés comme Monument Historique depuis 1945. Les immeubles bâtis et non bâtis situés sur le territoire de l'ancienne abbaye sont inscrits comme Monuments Historiques depuis 1950 et l'ensemble des vestiges est classé depuis 1950.

Liste des abbés[6][réf. incomplète][modifier | modifier le code]

  1. Dominique, ca 783…
  2. David, …799…
  3. Justus, …817…
  4. Gombaud Ier (Guntbaldus), …830-832…
  5. Walefredus, ca 840-861.
  6. Guillaume Ier, 862-869.
  7. Frotaire, 869-874, aussi archevêque de Bordeaux et de Bourges, mort à Plaisance vers 889.
  8. Grimpharius (ou Grinferius), 874-879…
  9. Alboin, …-937, puis évêque de Poitiers jusqu’à sa mort en 962, aussi abbé de Saint-Cyprien de Poitiers et de Nouaillé.
  10. Adalbald, … , puis abbé de Tulle, Uzerche, Saint-Augustin et Saint-Martial de Limoges (998), mort en 1007.
  11. Pierre Ier , …-1013, simoniaque, expulsé par Guillaume d’Aquitaine.
  12. Gombaud II, 1013 – 1017, ancien moine de Saint-Savin, dont il devint ensuite abbé jusqu’à sa mort après 1023.
  13. Hugues Ier, élu et mort en 1017.
  14. Geoffroy Ier , 1017-† 1018.
  15. Rainald (ou Réginald), …
  16. Foucher, …1028-1040…
  17. Hugues II, …1050-1061…
  18. Fulcrade, 1077-1092.
  19. Pierre II, 1092-…
  20. Foulques, 1113-1148.
  21. Jourdain, 1155-…
  22. Guillaume II, …1180-1187…
  23. Geoffroy II, …1195…
  24. Guillaume III, …1203…
  25. Hugues III, …1208-1210…
  26. Jourdain II, …1217.
  27. Emeric, 1217-1220…
  28. Jourdain III, …1234…
  29. Aymeri, …1261-1266…
  30. Guillaume IV, 1269-…
  31. Pierre III, …1279-1282…
  32. Gui de Baussay, …
  33. Raimond de Châteauneuf, …1295-1308…
  34. Pierre IV Bertaud, …1340…
  35. Mathieu, …-1358, puis évêque d’Aire (?).
  36. Pierre V la Plotte, …1372…
  37. Gérald Jauviond, … , ancien abbé de Saint-Martin-lès-Limoges, puis de Saint-Martial de Limoges de 1384 à sa mort en 1393.
  38. Bertrand, …1398…
  39. Adhémar, 1399-24 janvier 1427.
  40. Hugues Blanchard, janvier 1427-…
  41. Guillaume IV Robert, …1436-1444.
  42. Jean Ier Chaperon, 1444-1474.
  43. Louis Ier Fresneau, 1474-1504, neveu du précédent (abbé commendataire)
  44. Geoffroy III de Cluys de Briantes, 1504-1521, ancien prieur.

Abbés commendataires :

  1. Pierre VI Chateigner de la Rocheposay, 1521 – échange en 1543 contre l’abbaye de la Grainetière.
  2. Lazare de Baïf, 1543-1547, cousin du précédent, ancien abbé de la Grainetière.
  3. René de Daillon du Lude, 1547 – résigne en 1567, évêque de Luçon (non sacré) de 1552 à 1562, nommé évêque de Bayeux en 1590, commandeur de l’Ordre du Saint-Esprit (1578) et conseiller d’État sous Henri IV, aussi abbé de Moreilles (1548-60), La Boissière (1550), Les Châtelliers (1562) et Chaloché (1584), mort le 8 mars 1600 à Briançon, près Chinon, à l’âge de 74 ans.
  4. Pantaléon de la Rochejaubert, … – résigne vers 1588.
  5. François de la Rochejaubert, ca 1588 – 1614, ancien aumônier de Saint-Jean-d’Angély.
  6. Jean II de la Rochejaubert, 1614-1635.
  7. Armand Jean du Plessis de Richelieu, cardinal, …-† 4 décembre 1642 à Paris à l’âge de 57 ans, évêque de Luçon de 1606 à sa mort, aussi abbé de l’Île-Chauvet (ca 1606), Saint-Benoît-sur-Loire (1621), Moreilles (1622), Saint-Riquier (1628), Cluny, La Chaise-Dieu, Moutiers-Saint-Jean et Marmoutier (1629), Cormery et Saint-Lucien de Beauvais (1630), Cîteaux et Prémontré (1636).
  8. Richard Smith, … – résigne en 1648, noble anglais, évêque titulaire de Chalcédoine (1624), vicaire apostolique d’Angleterre et d’Écosse, mort le 18 mars 1655 à Paris à l’âge de 88 anSaint-
  9. Jules Mazarin, cardinal, 1648 – résigne en 1650, Premier ministre du Roi, aussi évêque de Metz, abbé de Saint-Arnoult, Saint-Clément et Saint-Vincent de Metz, de Cluny, Saint-Denis, Moissac, Bonnecombe, Saint-Victor de Marseille, Saint-Médard de Soissons, Saint-Seine, Saint-Taurin d’Évreux, Préaux …. , mort le 9 mars 1661 au château de Vincennes à l’âge de 59 ans.
  10. Louis II Maurice de la Trémoille, comte de Laval, 1651 – † 1681, pair de France, aussi abbé de Sainte-Croix de Talmont (1655).
  11. Frédéric-Guillaume de la Trémoille, prince de Talmont, 21 mars 1681-quitta l’état clérical en 1689, aussi abbé de Sainte-Croix de Talmont.
  12. Charles Frotier de La Coste-Messelière, 9 avril 1689-1708… , doyen de Saint-Hilaire de Poitiers
  13. François de Crussol d’Uzès d’Amboise, 30 juillet 1727-† 30 mai 1758 à Paris à l’âge de 56 ans, évêque de Blois (27 juin 1734), puis archevêque de Toulouse (15 août 1753), aussi abbé de Saint-Germain d’Auxerre (1738).
  14. Simon de Montmorillon, 1758-… , chanoine-comte de Lyon.

Architecture de l'abbaye[modifier | modifier le code]

La tour Charlemagne

Le plan de l'édifice[modifier | modifier le code]

Le plan très original de l'abbatiale Saint-Sauveur qui intègre une vaste rotonde entre le chœur et la nef en fait une citation de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem[7].

C'est donc une rotonde avec trois déambulatoires qui entourait la tour. An nord et au sud, deux chapelles tenaient lieu de transept. À l'est, le chœur était réservé aux moines et vers l'ouest une nef flanquée de collatéraux se terminait par une imposante façade. Sous la tour était creusée une crypte que surmontait l'autel principal.

Plusieurs édifices religieux avaient à la même époque choisi cette formule qui assumait une fonction funéraire (bâtie au-dessus d'une crypte) et symbolisait la Résurrection. La présence des reliques de la vraie Croix pourrait avoir motivé ce parti pris architectural.

À Dijon, l'abbatiale, édifiée au XIe siècle par Guillaume de Volpiano, présente aussi une rotonde à trois étages composée de trois déambulatoires à colonnes monolithiques autour d'une partie centrale ouverte sur toute la hauteur.

Dans le département de la Vienne, l'Octogone de la Maison-Dieu de Montmorillon s'inscrit dans cette famille d'édifices dont il traduit clairement la valeur symbolique puisqu'il se situait au centre du cimetière de cette ancienne maison de charité, fondée par un pèlerin au retour de Jérusalem. La salle basse servait d'ossuaire et la salle haute de chapelle.

Le plan centré est hérité de celui des mausolées antiques. Il est d'usage courant en architecture funéraire, notamment pour le martyrium, édifice destiné à conserver les reliques d'un saint martyr. Sa forme globalement circulaire symbolise la vie éternelle et facilite la réunion et le recueillement de l'assemblée des fidèles autour du tombeau.

Tour octogonale[modifier | modifier le code]

Il ne reste que la tour-lanterne du XIe siècle, dite tour Charlemagne, centre de la rotonde de l'église abbatiale.

Elle fait 12 mètres de diamètre et 37 mètres de hauteur. Son plan est octogonal. La partie basse est constituée de huit piles quadrilobées reliées entre elles, à mi-hauteur par une série d'arcs en plein-cintre qui supportent les arcatures supérieures. L'élévation montre deux premiers niveaux d'arcades qui se trouvaient à l'origine à l'intérieur de l'église. Le bandeau de moellons signale l'appui de la voûte. La lumière entrait par les fenêtres hautes et éclairait l'autel, d'où son nom de tour-lanterne.

L'autel majeur était placé au centre, juste au-dessus de la crypte où étaient exposées les reliques. L'accès à celle-ci se faisait par un escalier situé au nord-est. Une très belle dalle sculptée, engagée dans un mur, est ornée de deux oiseaux presque en rond-bosse les montrant en train de boire dans un calice.

Le décor sculpté prend place sur les chapiteaux des colonnes. Au premier niveau, les chapiteaux composés de deux pièces superposées liées au mortier, font partie de la série d'un atelier ou d'une école dit "à feuilles grasses" dont la plus ancienne manifestation se reconnait dans la crypte de l'abbatiale de Saint-Maixent. Son rayonnement s'est exercé pendant les années 1060-1080 sur les édifices tels l' église Saint-Hilaire le Grand de Poitiers et l'abbaye Saint-Sauveur de Charroux. Les caractéristiques de cet atelier se décèlent également en Berry et en Normandie, jusqu'en Italie et en Espagne. Le musée Sainte-Croix de Poitiers conserve des exemplaires provenant de Saint-Hilaire ou de Saint-Nicolas de Poitiers. Sur les 16 chapiteaux des arcades, 14 comportent ce motif créé à partir de tiges entrelacées et de ce "feuillage gras" s'épanouissant dans les angles. En cela, le décor est très différent des feuilles d'acanthe antiques et marque son originalité. À Charroux, deux chapiteaux présentent, sur la pierre supérieur, un décor de lions dont les têtes forment la volute d'angle. Les bêtes sont disposées par couple. Un fauve sur deux présente une crinière ce qui peut être une façon de distinguer un mâle d'une femelle. Le roi des animaux est le gardien du Temple et il est aussi parfois le symbole du Christ (Le Christ est appelé " Lion de la tribu de Juda" Ap 5,5). Il est le premier animal à figurer dans le bestiaire roman poitevin.

Aux étages, les chapiteaux ont des corbeilles lisses, autrefois peintes, à volutes d'angle.

La rotonde[modifier | modifier le code]

Elle a un triple déambulatoire. L'aménagement d'un tel espace permettait d'accueillir les pèlerins et de les laisser circuler devant les reliques et les autels mineurs sans perturber d'éventuelles cérémonies ou recueillement des moines.

50 à 70 chapiteaux décoraient autrefois le déambulatoire. Ils datent du troisième quart du XIIe siècle. Le mur du chœur des moines en a conservé. Deux ont été réemployés dans une maison du bourg de Charroux et deux autres sont déposés dans la salle capitulaire. Ils sont décorés de feuillages simples et souples. Ils sont de la même famille que ceux du déambulatoire de l'abbaye de Saint-Savin sur Gartempe et de l'église Sainte-Radegonde de Poitiers. Ils témoignent, donc, de liens artistiques entre Charroux, Saint-Savin sur Gartempe ou Poitiers.

Le portail[modifier | modifier le code]

Trois portails gothiques avaient été placés en 1269 en avant de la façade romane. Les sculptures de parties des portails qui ont été conservées représentent le sommet de la sculpture gothique poitevine. Une lithographie de 1822 par Thiollet donne un aperçu : vierges folles et vierges sages, saints, prophètes, apôtres, anges. Le portail était sculpté du jugement dernier.

Des éléments du portail sont présentés dans la salle capitulaire.

Le réalisme des visages et des drapés révèle l'habileté des sculpteurs ayant œuvré sur le chantier de la Sainte-Chapelle de Paris.

Le Christ du Jugement Dernier, assis sur un banc ouvragé, ornait le centre du tympan de l'entrée de l'église.

Des religieux portant la mitre et des rois couronnés ainsi que des clés de voute sont les seuls témoignage du décor des deux voussures supérieures du portail.

Les bâtiments monastiques[modifier | modifier le code]

Ils se trouvent au sud, dans le prolongement de bras du transept.

Un élégant portail conduit vers l'ancien cloître dont il subsiste le plan général, souligné par des piliers et des arcs gothiques.

La salle capitulaire, un passage couvert puis une salle à quatre croisées d'ogives qui reposent sur un pilier central, se font suite. Cet ensemble est du XIIIe siècle.

La salle capitulaire[modifier | modifier le code]

La salle capitulaire a été refaite sous l'abbé Jean Chaperon avec huit travées d'ogives et une porte gothique flamboyant donnant dans l'église romane. Elle est du XVe siècle. Elle est voutée de six croisées d'ogives gothiques.

C'est le lieu où les moines organisaient la vie quotidienne de l'abbaye, après avoir lu un chapitre de la règle de saint Benoît.

La plaque au sol indique l'emplacement des 13 tombeaux de religieux découverts lors des fouilles archéologiques de 1949.

La salle dite "du trésor"[modifier | modifier le code]

Cette salle présente des pierres sculptées notamment de beaux éléments de voussures ; apôtres, évangélistes, vierges folles et vierges sages. Le chapiteau tétramorphe proviendrait de l'ancien cloître roman et les chapiteaux du IXe siècle de l'église carolingienne.

Les vierges sages et les vierges folles sont un élément d'une parabole très sculptée au Moyen Age (voir l'église Saint-Nicolas de Civray). Le Christ - l'époux - est représenté entouré, à gauche des cinq vierges sages et à droite des cinq vierges folles. Cette parabole est rapportée dans l'évangile de Saint-Matthieu. Les vierges sages symbolisent les élus. Les vierges folles représentent les damnés. L'époux figure le Christ. Le Jugement Dernier est associé à cette parabole qui se retrouvera souvent, aussi, sur les cathédrales gothiques comme à Strasbourg.

Le cercueil de plomb a été découvert dans le transept sud de l'église en 1989.

Le trésor, qui donne son nom à la salle, est composé de reliquaires. Ils sont exposés dans une vitrine. La plus belle pièce, le reliquaire aux anges, est une boite carrée en argent doré, portée par un pied. Sur le revers des volets, sont représentés le Christ et deux moines en prière. Au dos se trouvent des fleurs de lys et des petits châteaux. Il s'agirait de l'emblème de Blanche de Castille (1188-1252), la mère du roi de France Saint-Louis (1214-1270). Le reliquaire pourrait, donc, être une commande royale.

Les reliquaires sont portés en procession, dans les rues de Charroux, lors des ostensions, tous les sept ans.

Le chauffoir[modifier | modifier le code]

C'est une salle aux belles croisées d'ogives. Elle servit de chapelle au XIXe siècle, d'où la présence d'un autel. Cette pièce, la seule qui soit chauffée, servait de salle pour les travaux d'écriture des moines, en l'absence d'un scriptorium.

Sur un des murs, une petite sculpture représente deux oiseaux posés de chaque coté d'un feuillage.

Activité[modifier | modifier le code]

La prospérité et le renom de l’abbaye tenait en grande partie à son trésor de reliques, constitué dès la fondation de l’abbaye, selon la légende.

Ainsi, c’est Charlemagne qui lui offre ses premières reliques, dont douze morceaux de la Vraie Croix[8] ; il les avait reçus du patriarche de Jérusalem, et les émissaires de celui-ci étaient accompagnés de représentants du roi de Perse. Cette accumulation de dignitaires garantissait l’authenticité des reliques[3].

Avec l’ouverture des Lieux Saints au XIe siècle, les reliques se multiplient, et leur nombre et leur nouveauté ternissent l’éclat des anciennes. En 1082, les moines de Charroux inventent une relique originale, la Sainte Vertu[3],[8]. Mal définie au départ, elle est identifiée avec le Saint Prépuce, le prépuce du Christ, par les papes Clément VII et Alexandre V[8]. Cette relique spectaculaire était accompagnée de sang frais[3]. En 1422, une relique (peut-être la même) est appelée Saint Vœu[8].

La découverte des reliquaires en 1856 déclencha la reprise des ostensions qui ont lieu tous les sept ans, le jour de la Fête Dieu. Elles ont eu lieu en 1988, 1995, 2002 et 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Cabanot, « Le trésor des reliques de Saint-Sauveur de Charroux, centre et reflet de la vie spirituelle de l’abbaye, Centre et reflet de la vie spirituelle de l’abbaye », dans Bulletin de la société des antiquaires de l'Ouest, 1981, p. 103-123.
  • Amis du Pays Charlois, Abbaye de Charroux, Charroux
  • H.-P. Eydoux, « Une ruine grandiose et insolite : l’église de l'abbaye de Charroux », Le Bâtiment, 1977, vol. 3, no 9, p. 85-88

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées prises avec Géoportail
  2. a et b Yves Blomme, Poitou gothique, éditions Picard, 1993, ISBN 978-2-7084-0439-7
  3. a, b, c, d et e Philippe George, « Définition et fonction d’un trésor d’église », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre, 9 | 2005, mis en ligne le 25 octobre 2006, consulté le 3 août 2009,
  4. http://books.google.fr/books?id=j3kUAQAAMAAJ&pg=PA178 Lettres patentes de Louis XI, Plessis-du-Parc-lèz-Tours, février 1476 (1475 avant Pâques)
  5. Poitou gothique, Yves Blomme, éditions Picard, 1993, (ISBN 978-2-7084-0439-7)
  6. Gallia Christiana et R. van Doren
  7. Simon Bryant, « La collégiale Saint-Étienne de Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre) », Revue archéologique du Centre de la France, Tome 43 | 2004, [En ligne], mis en ligne le 1er mai 2006, consulté le 3 août 2009.
  8. a, b, c et d Abbaye de Charroux, op. cit., p. 28