Parc national de Muddus

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Parc national de Muddus
Image illustrative de l'article Parc national de Muddus
Cascade de Muddusfallet, dans le parc national.
Catégorie UICN II (parc national)
Identifiant 907
Pays Drapeau de la Suède Suède
Province Laponie
Ville proche Gällivare
Coordonnées 66° 53′ 40″ N 20° 09′ 40″ E / 66.8944, 20.161166° 53′ 40″ Nord 20° 09′ 40″ Est / 66.8944, 20.1611  
Superficie 511,4 km2
Création 1942
Classement  Patrimoine mondial (1996, Inclus dans Région de Laponie)
Visiteurs/an 2 500
Administration Naturvårdsverket, comté de Norrbotten

Géolocalisation sur la carte : Norrbotten

(Voir situation sur carte : Norrbotten)
Parc national de Muddus

Géolocalisation sur la carte : Suède

(Voir situation sur carte : Suède)
Parc national de Muddus

Le parc national de Muddus est un parc national situé dans les communes de Jokkmokk et Gällivare, dans le comté de Norrbotten, à l'extrême nord de la Suède. Le parc a été fondé en 1942, mais fut par la suite agrandi en 1984 pour couvrir 49 340 ha[1]. Près de la moitié du parc est constituée d'un réseau de tourbières, et la forêt du parc est en grande partie vierge[1]. Au sud du parc, près du Store Luleälven, le parc est parcouru de plusieurs canyons, l'un d'entre eux abritant la cascade Muddusfallet[2]. La faune et flore sont riches compte tenu de la latitude, avec en particulier de nombreux oiseaux au niveau des tourbières, dont l'accès est d'ailleurs interdit du 15 mars au 31 juillet, correspondant à la période de nidification[1]. Le parc fut inclus en 1996 dans le bien région de Laponie, classé sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO[3]. Il fait aussi partie du réseau Natura 2000[4].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation et frontières[modifier | modifier le code]

Le parc national de Muddus est située sur les communes de Jokkmokk et Gällivare, dans le comté de Norrbotten, en Laponie suédoise[S 1]. Il est situé légèrement au nord du cercle Arctique[M 1]. Il s'étend sur 51 137 ha (un peu plus de 511 km2) dont 49 327 ha terrestre[5], ce qui en fait le quatrième plus vaste parc national du pays[6]. Il est délimité au sud par le lac de barrage Messaure sur le fleuve Luleälven et au nord par la route européenne 45. Au nord-est, le parc est bordé par la réserve naturelle de Stubba.

Carte topographique du parc national de Muddus.

Relief[modifier | modifier le code]

Le relief de la moitié nord suédoise est souvent divisé en trois bandes parallèles : à l'ouest, les Alpes scandinaves, à l'est, les plaines de la côte de Botnie, et au centre une zone de plaine vallonnée (Bergkullslätt)[7],[8]. Muddus se trouve dans cette bande intermédiaire, à laquelle il a d'ailleurs donné son nom (plaine de Muddus)[7],[8]. Ces Bergkullslätt sont des vastes zones plates avec quelques reliefs isolés, dont le sommet est souvent plat[8]. Le relief de Muddus est ainsi principalement constitué d'une vaste section centrale plate, autour du lac Muddusjaure (altitude 385 m)[S 2]. Les sommets isolés sont surtout situés en périphérie ouest et est du parc[S 2]. Les plus hauts sont le long de la frontière ouest, avec en particulier Sör-Stubba (661 m) et Storvuosmo (650 m), tandis que les sommets est sont plus doux, culminant à Tjuorrevare (556 m) et Linavare (553 m)[S 2]. Alors que la plupart des rivières et fleuves de la plaine de Muddus ne forment pas de véritables vallées, le Luleälven forme en aval de Porjus une vallée très encaissée[8]. Ainsi, au sud du parc, l'altitude chute brutalement pour rejoindre la vallée du fleuve, à une altitude d'environ 160 m[S 2]. Plusieurs profonds canyons, aux parois presque verticales, sillonnent cette section, dont celui de la vallée de la rivière Muddusjokk, mais aussi le canyon sec de Måskoskårså, d'une profondeur de 100 m[S 2].

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat de Muddus est relativement continental[M 2]. Les hivers sont froids, avec une température moyenne de -12°C en janvier, et les étés sont comparativement chauds, avec une température moyenne de 14°C en juillet[M 2]. Le climat est assez peu humide, avec une moyenne de 500 mm de précipitations annuelle[M 2]. L'été est en général la saison la plus humide, mais parfois les étés peuvent être secs ce qui peut engendrer une sécheresse, aggravée par l'excellent ensoleillement estival de la région[M 2]. En hiver, la neige se maintient environ 200 jours, typiquement de mi-octobre à mi-mai[M 2].

Relevé météorologique de Muddus
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) −20,7 −20,1 −15 −7,3 −1,6 4,5 7,4 5,6 1,1 −5,1 −13,3 −18,3 −7
Température moyenne (°C) −14,8 −13,8 −8,5 −2 4,1 10,3 13,2 11,1 5,8 −1,1 −8,7 −12,7 −1
Température maximale moyenne (°C) −8,9 −7,7 −2 3,3 9,8 16,1 19 16,6 10,5 3 −4,3 −7,1 4
Précipitations (mm) 28,8 21,8 22,4 23,2 30,7 49,6 69,5 69,9 51 41,2 37,8 29,4 475,3
Source : Global species[9]
Diagramme climatique
J F M A M J J A S O N D
 
 
 
−8,9
−20,7
28,8
 
 
 
−7,7
−20,1
21,8
 
 
 
−2
−15
22,4
 
 
 
3,3
−7,3
23,2
 
 
 
9,8
−1,6
30,7
 
 
 
16,1
4,5
49,6
 
 
 
19
7,4
69,5
 
 
 
16,6
5,6
69,9
 
 
 
10,5
1,1
51
 
 
 
3
−5,1
41,2
 
 
 
−4,3
−13,3
37,8
 
 
 
−7,1
−18,3
29,4
Moyennes : • Temp. maxi et mini °CPrécipitation mm

Hydrographie[modifier | modifier le code]

Le parc national de Muddus correspond approximativement au bassin versant de la rivière Muddusjokk (453 km2), affluent du fleuve Stora Luleälven, à l'exception d'une petite partie à l'est faisant partie du bassin versant du fleuve Råneälven[M 1],[M 3]. Au cours de leur parcours, les rivières du parc traversent de vastes superficies de tourbières (au total 21 000 ha soit 42 % du parc) et plusieurs lacs[S 1],[M 3]. Le plus grand lac est Muddusjaure, d'une longueur de 6,5 km pour une largeur maximale d'un kilomètre[M 3]. Dans la partie sud du parc, la rivière Muddusjokk forme Muddusfallet : une double cascade d'une hauteur de 42 m, marquant le début du canyon[M 4].

Géologie[modifier | modifier le code]

En 1908, le géologue W. Wråk remarque que le relief du nord suédois peut être décrit comme une structure en escalier composé de 6 surfaces[10]. Il donna à la plus vaste de ces surfaces le nom de plaine de Muddus[10]. Cette plaine couvre la majeure partie du nord suédois et est essentiellement constituée de deux niveaux quasi-horizontaux, l'un à 300-400 m et l'autre à 400-600 m d'altitude[10]. Il s'agit d'une pénéplaine parsemées de collines résiduelles, témoignant d'une surface de plus haute altitude en grande partie disparue du fait de l'érosion[7]. La plaine de Muddus s'est probablement formée au début du Tertiaire (à partir d'il y a 65 Ma) après une phase de soulèvement tectonique de la péninsule Scandinave, aussi responsable de la formation des Alpes scandinaves[7].

À l'instar de la plupart de la plaine de Muddus, le parc national repose sur du granite et des gneiss précambriens[M 4],[10]. La partie orientale est surtout constituée du granite de Lina, formée entre il y a entre 1800 et 1 750 Ma lors de l'orogenèse svécofennienne[11]. Les collines occidentales, tout comme une zone au nord-est, sont aussi constituées de granite et gneiss, mais comprennent également des porphyres et granulites[M 4]. Enfin, une petite zone du nord du lac Muddusjaure contient de la diorite[M 4]. Si le socle affleure en plusieurs points, il est le plus souvent constitué d'une fine couche de sédiments morainiques ou de tourbe[M 4].

La morphologie du parc est fortement marquée par les dernières glaciations. Toute la partie centrale est dominée par des drumlins, des longues arêtes basses, orientés principalement selon un axe nord-ouest sud-est, indiquant le mouvement des glaciers durant la dernière glaciation[M 4]. On trouve aussi quelques petits eskers ainsi que des amas de sable et de graviers déposés par les glaciers[M 4]. Enfin, dans la partie sud du parc se trouvent plusieurs gorges parfois très profondes, dont en particulier le canyon de la rivière Muddusjokk et le Måskoskårså[M 4]. Ils ont été probablement formés à la fin de la dernière glaciation lors de brusques libérations d'eau, quoique celui de Muddusjokk existait peut-être déjà en partie avant[M 4].

Milieux naturels[modifier | modifier le code]

Le parc national de Muddus est d'après la classification du WWF, situé dans l'écorégion terrestre de la Taïga scandinave et russe[12]. Il est constitué d'une mosaïque de forêts et de tourbières, formant souvent des bandes alternées, la forêt couvrant les drumlins ou autres éléments de relief[M 4],[M 2]. La forêt couvre 20 882 ha, soit 42 % de la superficie totale du parc[13]. Il s'agit d'une forêt de conifères typique de la taïga[13]. L'autre élément dominant est le vaste réseau de tourbières, en majeure partie des tourbières d'Aapa aussi appelées tourbières cordées, couvrant 18 396 ha soit 37 % de la superficie du parc[13]. Le reste de la superficie est constitué de tourbières boisées (8 %), de lacs, et une petite section de landes et roches nues au-dessus de la limite des arbres[13].

Si la faune n'est pas particulièrement abondante, elle est variée[M 5]. C'est surtout l'avifaune qui fait la richesse du parc, en particulier autour des zones humides, avec environ 100 espèces[M 5].

Taïga[modifier | modifier le code]

Flore[modifier | modifier le code]

Forêt de conifères avec du saule marsault, dans la commune de Jokkmokk

L'écosystème dominant du parc national est une forêt de conifères, dominée par l'épicéa commun (Picea abies) et le pin sylvestre (Pinus sylvestris), mais avec souvent de nombreux bouleaux pubescents (Betula pubescens)[M 6]. La forêt est une forêt primaire, à l'exception de quelques petites zones au sud, le long du fleuve, qui ont été coupées dans le passé[13].

À l'ouest et au centre du parc, l'épicéa est l'espèce dominante[M 6]. Aux plus basses altitudes, la forêt est dense, avec des arbres atteignant les 20 m[M 6]. Ceci créée une lutte importante pour les nutriments et la lumière pour la végétation basse[M 6]. On trouve alors surtout des myrtilles (Vaccinium myrtillus), de la camarine noire (Empetrum nigrum), de l'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea) et de la linnée boréale (Linnaea borealis), du maïanthème à deux feuilles (Maianthemum bifolium), du mélampyre des prés (Melampyrum pratense), de la trientale d'Europe (Trientalis europaea), de la pirole unilatérale (Orthilia secunda), du géranium des bois (Geranium sylvaticum) et du solidage verge d'or (Solidago virgaurea)[M 6]. Ces plantes reposent sur un tapis de mousses typiquement Hylocomium splendens, Pleurozium schreberi et des hépatiques ainsi que sur des lichens tels que Nephroma arcticum et les lichens des rennes[M 6]. Lorsque le terrain prend de l'altitude, la densité d'arbre diminue, et le bouleau se fait plus présent, ainsi que le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), le saule marsault (Salix caprea) et le tremble (Populus tremula)[M 6]. De plus, les arbres sont plus petits et plus tortueux, les épicéas n'atteignant en moyenne qu'une dizaine de mètre de hauteur[M 6]. Sur les pentes humides, le cornouiller de Suède (Cornus suecica) et le polypode du chêne (Gymnocarpium dryopteris)[M 6].

Au contraire, à l'est et au sud, le pin est la principale essence[M 6]. Ces pins atteignent souvent des âges très importants[M 7]. Un des arbres du parc était même considéré comme le plus vieux pin de Suède, datant de 1274, mais en 2004, un pin de 757 ans (soit 27 ans plus ancien) fut découvert sur la côte du Hälsingland[14]. Le sol des forêts de pins est recouvert de bruyère callune (Calluna vulgaris) et de divers lichens des rennes, ainsi que du raisin d'ours (Arctostaphylos uva-ursi), de l'airelle rouge et de la camarines[M 7].

Une martre en Suède

L'équilibre entre pins et épicéas est dicté par plusieurs facteurs. Premièrement, contrairement à l'épicéa, le pin est capable de se développer même sur des sols très pauvres et très secs et il est donc majoritaire sur les terrains difficiles[M 7]. Deuxièmement, en l'absence d'incendie, les épicéas se développent et dominent progressivement la forêt, remplaçant les pins, dont il finit par ne rester que quelques individus isolés[M 7]. Mais les incendies éliminent plutôt les épicéas que les pins, et ces derniers sont aussi les premiers à recoloniser les terrains brûlés[M 7]. Les terrains ayant récemment brûlé sont donc dominés par les pins, tandis que ceux brûlant rarement sont dominés par les épicéas[M 7]. Les incendies sont un évènement relativement fréquent. Il y aurait eu au moins 47 incendies dans le parc entre 1413 et 1984, et en moyenne, une zone de forêt brûle tous les 110 ans, avec cependant des variations locales[15]. Les traces d'incendie sont visibles, telles que des cicatrices sur les arbres ayant résisté[M 7]. Le dernier incendie dans le parc eut lieu en été 2006, dans la partie sud du parc[16].

Faune[modifier | modifier le code]

Parmi les grands prédateurs, le glouton (Gulo gulo) est présent principalement dans les collines et ravins du sud du parc, tandis que l'ours brun (Ursus arctos) est surtout présent dans les sections occidentales[M 5]. Le parc accueille aussi le lynx boréal (Lynx lynx)[13]. Parmi les petits prédateurs, on peut noter la présence de martres (Martes martes) ou d'hermines (Mustela erminea)[M 5]. Les élans (Alces alces) sont en revanche particulièrement nombreux dans le parc, plutôt à proximité des zones humides du centre du parc en été tandis qu'ils montent vers les collines en hiver pour se nourrir de l'écorce des sorbiers des oiseleurs ou des trembles[M 5]. Les rennes sont aussi nombreux[M 5]. Il ne s'agit comme dans toute la Suède que d'animaux domestiques[M 5]. Les rennes du village samis de Sörkaitum, par exemple, ne font que traverser le parc entre leurs aires d'hivernage et d'estive, tandis que d'autres restent toute l'année dans le parc, surtout dans la partie est[M 5]. Le parc accueille aussi un grand nombre de rongeurs, tel que le campagnol terrestre (Arvicola amphibius), le campagnol nordique (Microtus oeconomus), le campagnol agreste Microtus agrestis), le campagnol roussâtre (Clethrionomys glareolus) ou le plus rare lemming des toundras (Lemmus lemmus), qui n'apparaît dans le parc que certaines années[M 5].

Mésange lapone dans une forêt de conifères

Dans les forêts d'épicéas, on peut entendre le chant de nombreux passereaux, tels que la grive draine (Turdus viscivorus), la grive mauvis (Turdus iliacus), la grive musicienne (Turdus philomelos), le bruant rustique (Emberiza rustica), le pinson des arbres (Fringilla coelebs), le pinson du Nord (Fringilla montifringilla), le pouillot fitis (Phylloscopus trochilus), le pouillot véloce scandinave (Phylloscopus collybita abietinus), la fauvette des jardins (Sylvia borin), le durbec des sapins (Pinicola enucleator) et le mésangeai imitateur (Perisoreus infaustus)[M 8]. Le lagopède des saules (Lagopus lagopus) est aussi présent, surtout dans les zones où les bouleaux sont nombreux[M 8]. À l'opposé, les forêts de pins sont plus pauvres, avec cependant plusieurs espèces de strigiformes, telles que la nyctale de Tengmalm (Aegolius funereus), la chouette épervière (Surnia ulula), la chouette de l'Oural (Strix uralensis) et le hibou grand-duc (Bubo bubo), ou des pics tels que le pic noir (Dryocopus martius) et le pic tridactyle (Picoides tridactylus)[M 8]. Ces forêts abritent aussi entre autres la mésange lapone (Poecile cinctus), le gobemouche gris (Muscicapa striata), le jaseur boréal (Bombycilla garrulus) et le grand Tétras (Tetrao urogallus)[M 8]. Le grand Corbeau (Corvus corax) et plusieurs oiseaux de proies tels que l'aigle royal (Aquila chrysaetos), le balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), le faucon pèlerin (Falco peregrinus) et la buse pattue (Buteo lagopus) nichent dans le parc, en particulier dans les ravins au sud[M 8].

Peu de reptiles apprécient les conditions climatiques du nord scandinave. Parmi ceux-ci, le lézard vivipare (Zootoca vivipara) et la vipère péliade (Vipera berus) sont les seuls observés dans le parc[M 5].

Zones humides[modifier | modifier le code]

Flore[modifier | modifier le code]

Buisson de saule des Lapons du nord suédois

La partie centrale et nord du parc sont particulièrement riches en zones humides[M 9]. On trouve quelques tourbières ombotrophes (alimentées uniquement par les précipitations directes), mais en faible quantité, l'environnement de Muddus n'étant pas très favorable à ce genre de formations[M 9]. Le parc comprend donc surtout des tourbières minérotrophes, principalement des tourbières d'Aapa, formant des motifs distincts, avec des basses crêtes herbeuses parallèles (appelées lanières) séparant des mares allongées (parfois appelées par leur nom anglais flark), justifiant leur nom de tourbière cordée[M 9]. Ces tourbières arrivent à se développer même sur des terrains relativement pentus, tels que par exemple sur les pentes de Storvuosmo[M 9].

Dans les zones périphériques du parc, le terrain est souvent pentu, mais les lanières, situées perpendiculairement à la pente, permettent à l'eau de stagner[M 9]. Ils sont riches en laiches et en herbes telles que la laiche filiforme (Carex lasiocarpa) et la molinie bleue (Molinia caerulea)[M 9]. Sur les bords se développent le bouleau nain (Betula nana), la plaquebière (Rubus chamaemorus) et la prêle des bois (Equisetum sylvaticum), ainsi que parfois des hummocks avec de la sphaigne brune (Sphagnum fuscum)[M 9]. Dans certains cas, des buissons de saules se forment, typiquement le saule des Lapons (Salix lapponum) ou le saule glauque (Salix glauca)[M 9]. Au sud-est, les tourbières sont de petites dimension et n'ont souvent pas de lanières[M 9].

Dans la zone centrale du parc, les tourbières forment la majorité de la superficie[M 9]. Le terrain est plat, à l'exception de quelques drumlins orientés nord-ouest sud-est, et donc le courant y est très faible[M 9]. Les lanières sont plus espacées mais aussi plus imposantes qu'en périphérie, pouvant atteindre plus de 50 cm de hauteur[M 9]. Elles sont toujours perpendiculaires à la pente, mais du fait des pentes plus faibles, elles sont souvent arquées ou ramifiées[M 9]. Elles sont typiquement recouvertes de lichens, de mousses, de bouleaux nains, de plaquebières, de camarines, de lédon des marais (Rhododendron tomentosum) et parfois même d'arbres (bouleaux pubescents ou pins)[M 9]. Dans les zones les plus basses, typiquement au sud des lacs Muddusjaure et Muddusluobbal, les lanières sont parfois absentes, laissant la place à de vastes zones humides ininterrompues riches en carex et linaigrettes[M 9]. Le long des cours d'eau et dans la zone d'inondation des lacs, des buissons de saules se développent[M 9].

Le cœur des tourbières a souvent un meilleur accès aux minéraux, ce qui permet le développement d'une végétation plus riche[M 9]. On y trouve par exemple des plantes plus exigeantes telles que la sélaginelle fausse-sélagine (Selaginella selaginoides), la tofieldie naine (Tofieldia pusilla) ou la saussurée des Alpes (Saussurea alpina)[M 9]. Dans les zones les plus riches en minéraux, au centre du parc, on trouve même quelques raretés, telles que la bartsie alpine ou le saxifrage œil de bouc (Saxifraga hirculus)[M 9].

Certaines zones humides sont aussi boisées, souvent en transition avec des zones plus sèches[M 10]. Ces forêts sont constituées typiquement d'arbres de petite dimension, le plus souvent du bouleau et de l'épicéa, mais parfois aussi de l'aulne blanc (Alnus incana), du saule marsault ou du sorbier des oiseleurs[M 10]. Ces forêts sont souvent riches en plaquebière, en airelle rouge, en myrtille, en canneberge (Vaccinium oxycoccos, en linaigrette vaginée (Eriophorum vaginatum) et en sphaignes[M 10]. Certaines de ces forêts sont riches, avec en particulier des framboises arctiques (Rubus arcticus), des ronces des rochers (Rubus saxatilis), de la parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia), de la parnassie des marais (Parnassia palustris) ou encore de la reine-des-près (Filipendula ulmaria)[M 10].

Faune[modifier | modifier le code]

Des cygnes chanteurs

On trouve dans le parc un grand nombre d'espèce spécifiquement liées aux zones humides. Ainsi, la loutre d'Europe (Lutra lutra) ou le crossope aquatique (Neomys fodiens) vivent à proximité de plusieurs cours d'eau du parc[M 5]. De même, la grenouille rousse (Rana temporaria) dépend de l'eau pour sa survie et se trouve donc surtout à proximité des zones humides[M 5].

Dans les eaux du lac Muddusjaure, on trouve le grand brochet (Esox lucius), la perche commune (Perca fluviatilis), le gardon (Rutilus rutilus), la lotte (Lota lota) et l'épinochette (Pungitius pungitius)[M 5]. Les eaux de la Muddusjokk accueillent quant à elles la truite fario (Salmo trutta fario) et le vairon (Phoxinus phoxinus)[M 5].

Enfin, les zones humides sont la principale raison de la relativement riche avifaune du parc. La présence du cygne chanteur (Cygnus cygnus) est même l'une des principales raisons de la création du parc : il était alors devenu rare dans le pays[4]. Aujourd'hui il est de nouveau assez commun[4]. Parmi les autres anatidés, les plus fréquents sont la sarcelle d'hiver (Anas crecca), le garrot à œil d'or (Bucephala clangula) et le canard colvert (Anas platyrhynchos)[M 8]. Le canard pilet (Anas acuta), le canard siffleur (Anas penelope), la macreuse noire (Melanitta nigra), le harle huppé (Mergus serrator), le harle bièvre (Mergus merganser), le fuligule milouinan (Aythya marila), le fuligule morillon (Aythya fuligula) et la harelde kakawi (Clangula hyemalis) sont aussi présents, bien que moins fréquents[M 8]. Parmi les oiseaux limicoles, on peut nommer le chevalier guignette (Actitis hypoleucos) et chevalier sylvain (Tringa glareola), très présents à travers le parc, le chevalier arlequin (Tringa erythropus), le bécasseau falcinelle (Limicola falcinellus), la bécassine des marais (Gallinago gallinago), la bécasse des bois (Scolopax rusticola), la bécassine sourde (Lymnocryptes minimus)[M 8]. Moins nombreux, les barges rousses (Limosa lapponica), les phalaropes à bec étroit (Phalaropus lobatus), les combattants variés (Philomachus pugnax), les chevaliers culs-blancs (Tringa ochropus), les chevaliers gambettes (Tringa totanus) et les chevaliers aboyeurs (Tringa nebularia) sont néanmoins dignes d'intérêt[M 8]. Le parc compte aussi de nombreux spécimens de plongeon arctique (Gavia arctica), de grue cendrée (Grus grus), de pipit farlouse (Anthus pratensis), de bergeronnette nordique (Motacilla flava thunbergi) et de bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus)[M 8].

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire et histoire samie[modifier | modifier le code]

Colonisation suédoise[modifier | modifier le code]

Protection de la zone[modifier | modifier le code]

Gestion et règlementation[modifier | modifier le code]

Comme pour la plupart des parcs nationaux de Suède, la gestion et l'administration sont divisées entre l'agence suédoise de protection de l'environnement (Naturvårdsverket) et le conseil d'administration des comtés (Länsstyrelse)[17]. Le Naturvårdsverket est chargé de la proposition des nouveaux parcs nationaux, sur consultation des conseils d'administration des comtés et des communes, et la création est entérinée par un vote du parlement[17]. Le terrain est alors acheté par l'État, par l'intermédiaire du Naturvårdsverket[17]. La gestion du parc est ensuite confiée principalement au comté, c'est-à-dire du conseil d'administration du comté de Norrbotten pour le parc de Muddus[S 1].

Les règles du parc sont relativement strictes, afin de préserver le parc dans l'état quasi-vierge qui le caractérise. Ainsi, la pêche, la chasse, la cueillette ou toute autre activité pouvant nuire à la nature sont interdites, sauf la cueillette de baies et de champignons comestibles[18]. De même, tout véhicule motorisé est interdit dans le parc[18].

Les Samis bénéficient de plusieurs dérogations aux règles sus-citées. En effet, depuis 1977, le peuple sami est reconnu par la Suède comme peuple autochtone et minorité nationale, ce qui implique que le peuple et son mode de vie sont protégés par la loi[19]. Ainsi, le parc étant situé sur le territoire des villages samis de Gällivare, Sörkaitum och Sirkas, les Samis rattachés administrativement à ces villages ont le droit de faire pâturer leurs rennes dans le parc[18]. Dans le cadre de ces activités, les Samis peuvent utiliser des véhicules motorisés (tels que la motoneige ou l'hélicoptère)[18]. Ils ont aussi le droit de pêcher dans le parc, même si ce droit est très peu utilisé, ainsi que de chasser les petits animaux[S 3]. Enfin, ils ont le droit de prendre du bois[S 3]. Cependant, l'ampleur et l'impact de ces activités sont surveillés par le comté qui peut restreindre ces droits en cas de problème[S 4].

En cas d'incendie, tel que cela fut le cas en 2006, la règle est de laisser le feu se propager naturellement[S 4]. En effet, le feu est une composante naturelle et essentielle de l'équilibre biologique de la taïga[20]. Le feu n'est éteint ou contrôlé que s'il se propage en dehors du parc ou s'il menace des lichens importants[S 4].

Tourisme[modifier | modifier le code]

Rallarmarschen en 2009, dans le parc national

En 1993, le nombre de touristes était estimé à 2 500 par an[S 3]. Ce faible nombre s'explique en majeure partie par l'accessibilité limitée. L'essentiel des infrastructures touristiques est concentrée dans la partie sud du parc[S 3]. Le principal moyen de joindre ces infrastructures est depuis le barrage de Ligga[S 3], située le long de la route européenne 45. Une route en provenance du barrage mène à Skaite, dans le parc, où se trouve un parc de stationnement et qui est raccordé au réseau de sentier du parc[S 3]. On peut aussi accéder aux sentiers depuis les villages de Solaure et Sarkavare à l'est du parc[S 3]. Le réseau de sentier compte plus de 50 km, le long desquels se trouvent quatre chalets pour passer la nuit[21]. Plusieurs sites sont aménagés pour camper ou faire des pauses[S 3]. Le sentier passe devant la cascade Muddusfallet, qui est de loin la principale attraction du parc, mais aussi au niveau de la gorge de Måskoskårså, ainsi que du lac Muddusluobbal où se trouve une tour d'observation des oiseaux[S 3]. En plus des sentiers du sud du parc, le parc est traversé au nord-ouest par le Rallarstigen : l'ancien chemin utilisé lors de la construction de la centrale hydroélectrique de Porjus, reliant le barrage à Gällivare, pour une distance totale de 44 km[21]. Ce chemin fut réinauguré comme sentier touristique en 1994[21]. Tous les étés depuis 1999, une randonnée est organisée sur ce chemin, appelée Rallarmarschen, réunissant environ 60 personnes[22]. Depuis le Rallarstigen, il est possible de monter sur Sör-Stubba, qui offre une vue sur tout le parc et par temps clair permet de voir jusqu'aux sommets de parc national de Sarek et du Kebnekaise[M 11]. Le Rallarstigen tout comme les sentiers du sud du parc disposent de ponts pour traverser les principales rivières et de planches pour traverser les zones humides[S 3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b p. 5
  2. a, b, c, d, e et f p. 7
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  • Autres
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]