Papyrus Ebers

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une page du papyrus Ebers

Le papyrus Ebers est l'un des plus anciens traités médicaux qui nous soit parvenu : il aurait été rédigé au XVIe siècle avant notre ère, pendant le règne d'Amenhotep Ier[1],[2],[3]. D'autres égyptologues donnent des dates plus récentes et citent plutôt le règne d'Amenhotep III au XIVe siècle ou XVe siècle avant notre ère (date variable selon les égyptologues)[4],[5].

Découvert par Edwin Smith à Louxor en 1862, il fut acheté ensuite par l'égyptologue allemand Georg Moritz Ebers, à qui il doit son nom et sa traduction. Il est aujourd'hui conservé à la bibliothèque universitaire de Leipzig[6]. C'est aussi un des plus longs documents écrits retrouvés de l'Égypte antique : il mesure plus de vingt mètres de long sur trente centimètres de large et contient 877 paragraphes, qui décrivent de nombreuses maladies dans plusieurs branches de la médecine (ophtalmologie, gastro-entérologie, gynécologie...) et les prescriptions correspondantes.

Ce papyrus représente un des premiers documents humains faisant référence au cancer[réf. nécessaire].

La pharmacopée égyptienne de l'époque faisait appel à plus de 700 substances, tirées pour la plupart du règne végétal : safran, myrrhe, aloès, feuilles de ricin, lotus bleu, extrait de lys, suc du pavot somnifère, huile de baumier, résine, encens, jusquiame, chanvre, etc. Parmi les autres substances citées, on trouve aussi : de la poussière de statue, des carapaces de scarabée, des queues de souris, du poil de chat, des yeux de porc, des orteils de chien, du lait mammaire, de la semence humaine, des yeux d’anguille et des entrailles d’oie[7], etc.

Connaissance médicale[modifier | modifier le code]

Le papyrus Ebers est écrit en égyptien hiératique et représente la plus volumineuse compilation de connaissances médicales de cette époque connues à ce jour. Le parchemin de 110 pages, qui est long de 20 mètres, contient plus de 700 formules magiques et remèdes. Il contient d'innombrables incantations ayant pour but de détourner les démons qui causent les maladies, mais il démontre aussi une longue tradition de connaissances empiriques et d'observations.

Le papyrus contient un « traité sur le cœur ». Il y est noté que le cœur est le centre d'irrigation du sang, avec des vaisseaux attachés à tous les membres du corps. Les Égyptiens semblaient avoir quelques connaissances sur les reins et faisaient du cœur le point de rendez-vous d'un certain nombre de vaisseaux, transportant tous les fluides du corps - sang, pleurs, urine et sperme.

Les désordres mentaux sont détaillés dans un chapitre du papyrus appelé le « livre des cœurs ». Des pathologies telles que la dépression et la démence y sont décrites. Ces descriptions suggèrent que les égyptiens ne faisaient pas de distinction de principe entre les maladies mentales et les maladies physiques.

Le papyrus contient aussi des chapitres sur la contraception, le diagnostic de grossesse, et d'autres sujets de gynécologie, de troubles intestinaux, de parasites, de problèmes oculaires, de peau et de dentition, ainsi que des traitements chirurgicaux pour les abcès et les tumeurs, les fractures osseuses et les brûlures.

Exemples de remèdes[modifier | modifier le code]

Exemples de remèdes issus du papyrus Ebers :

  • Asthme : une mixture d'herbes chauffée sur une brique de sorte que le patient puisse en respirer les vapeurs.
  • Ventre : pour les troubles gastriques : du lait de vache, des grains et du miel, réduit en purée, tamisé et cuit, puis pris en quatre portions.
  • Intestins : pour l'évacuation des intestins : mélilot, dattes, l'ensemble réduit en huile, puis oins sur les parties malades. 
  • Cancer : face à une « tumeur contre le dieu Xenus », il recommande « tu ne feras rien contre ça »[8].
  • La vision : une préparation à base de foie d'animal pour remédier aux difficultés de la vision nocturne. En effet, le foie contient de la vitamine A dont la carence peut provoquer la cécité.
  • Les habits : les habits peuvent être protégés des souris et des rats en y appliquant des matières grasses des chats.
  • Les échardes : appliqué sur les échardes, un baume fait de sang de vers et de fumier d’âne. Le fumier étant chargé des spores du bacille Clostridium tetani, une simple écharde avait souvent pour résultat une mort horrible des suites du tétanos[7].
  • La mort : la moitié d'un oignon et la mousse d'une bière était considéré comme un remède délicieux contre la mort.
  • La dracunculose (ver de Guinée) : enrouler l'extrémité émergente du ver autour d'un bâton et l'extraire lentement (3500 ans plus tard, cela reste le traitement standard)[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir page 19 in The Egyptians, Barbara Watterson, Blackwell Publishers, 1997
  2. Voir page 690 in Encyclopaedia of the history of science, technology, and medicine in non-Western Cultures, Helaine Selin, Kluwer Academic Publishers, 1997
  3. Voir page 41 in The experience of ancient Egypt, Dr Ann Rosalie David, Routlegde, 2000
  4. -1408 selon Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d'un empire, Champs Flammarion, 1995 (ISBN 2-08-081328-5), p. 419.
  5. -1390 selon Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, Le Livre de poche Références-Arthème Fayard, 1988 (ISBN 2-253-06547-1), p. 265.
  6. Consultation en ligne du papyrus sur le site de du Papyrus-Projekt, projet papyrologique des universités de Halle - Iéna - Leipzig, qui datent également ce papyrus du XVIe siècle.
  7. a et b (S. I. McMillen, M.D., et David Stern, M.D., None of These Diseases, 2000, p. 10).
  8. U. S. National Medical Library at the National Institutes of Health.
  9. Uniformed Services University of the Health Sciences, Dracunculiasis, Tropical Medicine Central, voir en ligne

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