Suppositoire

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Suppositoire de glycérine, laxative
Suppositoire à l'eucalyptol, pour le traitement symptomatique des affections bronchiques.

Un suppositoire est une forme galénique de médicament destinée à être introduite dans le rectum par l'anus. Le suppositoire fond doucement dans le rectum.

On distingue trois types de suppositoires :

  • les plus nombreux, qui administrent une substance active par absorption à travers la muqueuse rectale, sont utilisés notamment chez les enfants, car ils peuvent être plus faciles à leur administrer que des formes orales telles que sirops ou comprimés ;
  • ceux administrant localement une substance, notamment pour le traitement des hémorroïdes ;
  • les laxatifs locaux libèrent une substance ayant un effet laxatif, comme de la glycérine.

Les suppositoires médicamenteux les plus courants comprennent notamment ceux administrant des analgésiques (paracétamol), des anti-inflammatoires, des substances à visée eupnéisantes (eucalyptol). Un suppositoire médicamenteux doit être administré dans un rectum vide, sous peine de risquer d'être expulsé prématurément lors de la défécation. Il est donc recommandé que le patient aille à la selle avant l'administration. Malgré cette précaution, il est plus difficile de prédire la diffusion des substances dans l'organisme que par voie orale. De plus certaines substances peuvent provoquer des rectites.

La composition des suppositoires comprend un excipient gras (naguère du beurre de cacao, actuellement à base de glycérine ou de polyéthylène glycol) qui fond à la température corporelle ; cet excipient est expulsé aux prochaines selles, et parfois lors de gaz plus ou moins glutineux.

Contrairement aux suppositoires à excipient gras, les suppositoires de glycérine ne sont pas naturellement lubrifiés. Il est éventuellement indiqué d'utiliser un lubrifiant intime, voire de la salive, pour faciliter leur administration. Dans la plupart des cas, il suffit de les humidifier.

Histoire[modifier | modifier le code]

La légende raconte que les suppositoires auraient été inventés aux temps de l'Égypte antique, puis utilisés dans la Grèce ou la Rome antiques, chez les Hébreux : des préparations plus ou moins élaborées sont en effet mentionnées sans que leur fonction médicamenteuse soit attestée[1], par contre les lavements y sont fréquents[2]. Il est pour la première fois bien identifié dans La Médecine des pauvres, ouvrage au Xe siècle du savant arabe Ibn Al Jazzar qui parle d'un pénis de loup séché et pulvérisé, mélangé avec du musc, du safran et des clous de girofle pour être utilisé comme suppositoire afin de favoriser la fertilité des femmes stériles[3].

D'abord rudimentaire, il est fabriqué de façon artisanale avec des supports solide et neutre (métal, corne) ou des moules sur lesquels sont déposés le principe actif. Il est parfois équipé de ficelles pour le retirer plus surement[1].

Au XVIIe siècle, l'ouvrage la Pharmacopée universelle du pharmacien Nicolas Lémery lui réserve tout un chapitre qui spécifie qu'il est utilisé comme purgatif en remplacement des clystères et lavements[Lequel ?], par une action surtout mécanique. Cette substitution au lavement est peut-être à l'origine du mot : supponere signifiant en latin « substituer ». Selon Lémery, il est alors constitué de miel solidifié avec divers composants purgatifs.

En 1762 les premiers suppositoires à base de beurre de cacao (fondant à la température du corps humain) apparaissent, qui permettent d'encapsuler les principes actifs et donc de mieux les diffuser. Leur utilisation ne se généralise qu'au XIXe siècle où il est fabriqué industriellement (le moule est d'abord un cornet en papier puis un cône en laiton ou en étain) et utilisé comme remède phare : fortifiant, anti-hémorroïdes[1].

Après la Seconde Guerre mondiale, la pénurie du beurre de cacao fait qu'il est remplacé par d'autres excipients de synthèse[4].

L'utilisation du suppositoire est mieux acceptée dans les pays latins bien que son efficacité ne soit pas démontrée (diffusion du principe actif dans la muqueuse rectale pas forcément meilleure et une partie directement métabolisée dans le foie qui rend inactif le principe actif[5]). Les pédiatres privilégient la prise de médicaments par voie orale d'un point de vue éducationnel, la voie rectale étant recommandée en cas de fièvre ou vomissement, aussi la prescription de suppositoires pédiatriques est en régression, même en France où ils étaient largement utilisés[1].

Erreur de voie[modifier | modifier le code]

Une erreur classique, appelée « erreur de voie » consiste à administrer le suppositoire par une autre voie naturelle, généralement la bouche. C'est la forme d'administration médicamenteuse qui est la plus affectée par ce type d'erreur.

L'erreur de voie est néfaste aux effets thérapeutiques du suppositoire.

Sens d'introduction[modifier | modifier le code]

La façon la plus naturelle d'introduire le suppositoire est par la partie pointue en premier. Cependant, il est plus indiqué d'introduire le suppositoire par son extrémité plate[6]. L'introduction par l'extrémité plate a les avantages suivants : le suppositoire reste et fond juste au-dessus du canal anal (dans la partie supérieure du rectum), et il n'est pas poussé par les contractions de l'intestin qui agissent dans le sens de la descente de l'objet.

Cependant, l'introduction du suppositoire par l'extrémité plate aura pour conséquence un passage dans la vascularisation de la partie supérieure du rectum, c'est-à-dire une branche de la veine mésentérique inférieure, cette dernière rejoignant par la suite la veine porte. Cette technique induit alors un premier passage hépatique (passage par le foie, conduisant éventuellement à la métabolisation du principe actif) pour le principe actif du suppositoire administré.

A contrario, l'introduction du suppositoire par son extrémité pointue a pour inconvénient le fait que le suppositoire a tendance à sortir naturellement, mais a l'avantage de passer dans la vascularisation de la partie moyenne et inférieur du rectum, c’est-à-dire la vascularisation qui se jette dans la branche antérieure de la veine iliaque interne (rejoignant la veine iliaque commune, puis la veine cave inférieure). Il n'y aura donc pas de premier passage hépatique avec cette technique.

Il faut bien voir que la vascularisation du rectum est très variable d'une personne à l'autre. Les effets du sens d'introduction (décrits ci-dessus) sont donc relatifs à la personne et peuvent être tenus comme vrais seulement pour la majorité des cas.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Olivier Lafont, « Le suppositoire : toute une histoire », Le magazine de la santé sur France 5, 7 septembre 2012
  2. (en) D. Doyle, « Per rectum : a history of enemata », The Journal of the Royal College of Physicians of Edinburgh, vol. 35, no 4,‎ 2005, p. 367–370
  3. (en) H. King, The Musk Trade and the Near East in the Early Medieval PeriodAnya, ProQuest,‎ 2007 (lire en ligne), p. 227
  4. Suppositoires et beurre de cacao, Olivier Lafont, 2001
  5. Olivier Allo, Pascale Blanc, Marie-Ange Dalmasso, Pharmacie galénique, Wolters Kluwer France,‎ 2005 (lire en ligne), p. 108
  6. Marie-Hélène Abeille, Marie-Odile Rioufol. Module AS, Module 3 : Les soins, publié par Elsevier Masson, 2007.En ligne