Figue

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Une grappe de figues.
Figue. Vue en coupe du sycone percé en bas par l'ostiole et attaché à l'arbre en haut par le pédoncule. La pulpe renferme les akènes encore reliés à leurs pédoncules floraux.

La figue est le fruit du figuier commun (Ficus carica) un arbre de la famille des moracées, emblème du bassin méditerranéen où il est cultivé depuis des millénaires. Son nom français est emprunté à l'occitan figa issu du latin classique ficus, « figue, figuier », devenu fica en latin vulgaire[1]. Aux Antilles et dans l'océan Indien, le terme figue désigne aussi les bananes. Pour être plus précis, la figue n'est pas un fruit au sens botanique du terme. Il s'agit en fait d'un réceptacle charnu, le synconium, qui contient les fleurs et, à maturité, une infrutescence d'akènes éparpillés dans une pulpe comestible.

Botanique[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

58571 Ficus carica L.jpg

Les fleurs et fruits du figuier sont d'un type très particulier. La figue est un faux-fruit. Avant d'être un fruit, la figue est une inflorescence en forme d'urne appelée synconium ou syconium (ou parfois sycone), sorte de petit sac charnu qui enferme des centaines, parfois de plusieurs milliers de minuscules fleurs unisexuées qui en tapissent l'intérieur. Ces fleurs totalement emprisonnées ne peuvent être fécondées sans intervention extérieure.

La fructification du synconium donne un sycone qui possède une petite ouverture, l'ostiole (appelé familièrement œil ou opercule) , près de laquelle on trouve des fleurs mâles, mais il n'y a jamais de pollinisation autogame car la maturité des unes et des autres n'est pas synchrone (dichogamie). En fait, ces fleurs sont pollinisées par des hyménoptères spécifiques du genre Blastophaga, une guêpe liliputienne (Blastophaga psenes dans le cas du figuier sauvage européen), totalement dépendants des figuiers (mâles et femelles se développent à l'intérieur des figues) et qui pondent seulement dans certains types de fleurs femelles.

Ostiole du sycone avant l'anthèse.

Les figuiers dits « mâles », ou figuier de bouc, portent en hiver des figues vertes à l'apparence desséchée. Ce sont ces dernières qui abritent les larves de blastophages qui donnent naissance, vers la mi-mai, à une première génération d'insectes. Les blastophages femelles s'envolent par l'ostiole, alors que les mâles épuisés meurent dans la figue. Elles sortent et vont pondre dans une deuxième génération de figues mâles.

En juillet, une nouvelle génération d'insectes voit le jour. En sortant, les femelles se frottent aux étamines des fleurs mâles disposées au niveau de l'orifice de sortie ce qui permet aux grains de pollen de se déposer sur le dos de l'insecte et ainsi d'être transportés jusqu'au figuier femelle, assurant ainsi la fécondation de leurs fleurs femelles. Elles vont aussi pondre dans les fleurs femelles des figues mâles, ce qui donnera la génération de Blastophages de printemps.

Il existe dans la nature trois types de figues qui sont visitées par les blastophages :

  • Les figues à fleurs femelles brevi-stylées du figuier de bouc dans lesquelles les femelles blastophages peuvent pondre et qui donneront des galles à la place des graines, au printemps (mamme) ou en été (profichi).
  • Les figues à fleurs femelles longi-stylées du figuier domestique qui ne permettent pas aux blastophages femelles de pondre mais qui, visitées par ces dernières et donc pollinisées, donneront des figues comestibles produisant des graines.
  • Les figues à fleurs mâles réduites aux étamines.

La fécondation des fleurs des figuiers femelles donnera au mois d'août et septembre les figues fruits qui peuvent être dégustées. En fait, les vrais fruits sont les innombrables petits grains qui parsèment la chair de la figue, ce que les botanistes appellent les akènes.

Variétés[modifier | modifier le code]

Les variétés de figues sont classées en trois catégories : les figues vertes (ou blanches), les figues grises (ou rouges) et les figues noires (ou violettes). Ces variétés peuvent être plus ou moins productives :

  • Les bifères donnent deux récoltes par an, en juillet sur les rameaux de l'année précédente et, en automne, sur ceux de l'année en cours.
  • Les unifères fructifient une seule fois en fin d'été.

Il existe des milliers de cultivars mais on peut citer entre autres :

  • Brunswick, grosse figue précoce bifère rougeâtre, arbre à faible développement pouvant être cultivé en pot.
  • Bourjassotte noire, figue violette (75 % de la production française) qui a maintenant une AOC et une AOP.
  • Blanche d'Argenteuil (synonymes Blanche, Blanche de Versailles) : supporte bien les climats froids. Fruit moyen et précoce. Peau brillante de couleur jaune orangé à verte se détachant facilement, figue allongée aplatie vers l'œil et tenant bien à l'arbre. Chair blanche, juteuse, très sucrée, parfumée et recherchée pour sa saveur.
  • Dalmatie, grosse figue verte allongée bifère à chair rouge vif très appréciée en accompagnement de charcuterie, mais il ne faut pas l'utiliser en cuisson.
  • Dottato, d'origine italienne, se consomme principalement séchée.
  • Figue d'Algérie
  • Goutte d'or, grosse figue précoce jaune dorée, chair rose, arbre de faible développement
  • Grise de Saint-Jean ou Cotignane ou Grisette ou Coucourelle grise ou Célestine ou Cordelière, figue grise bifère, donne de généreuses récoltes en été comme en automne. Cette figue peut être utilisée de toutes manières ; elle est très bonne séchée.
  • Madeleine des deux saisons ou Angélique, figue verte précoce bifère, est idéale à consommer fraîche ou en confiture, mais pas pour les plats cuisinés.
  • Marseillaise, petite figue unifère à la peau jaune-vert ayant une chair rose très sucrée de bonne qualité gustative souvent utilisé comme figue séchée. Arbre de faible développement, rustique.
  • Ronde de Bordeaux, petite figue noire unifère
  • Sultane ou Bellone ou Noire de juillet, grosse figue noire bifère, abondante en automne, intéressante pour toutes préparations, y compris en fruit sec.
  • la Sonia Wolf, variété Chypriote, est la seule figue à noyau.
  • La Violette de Bavière ou Bayernfeige Violetta est une variété résistante au froid. Elle est cultivée en Suisse, en Allemagne et dans le nord-est de la France[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Des dizaines de variétés représentées dans une nature morte de Bartolomeo Bimbi en 1696.

La figue est considérée à l'heure actuelle comme le plus ancien fruit domestiqué, après la découverte en 2006, dans la vallée du Jourdain en Palestine de neuf figues parthénocarpiques, c’est-à-dire ne produisant pas de graines et dont la culture nécessitait l'intervention de l'homme, en recourant à des boutures. Ces figues seraient vieilles de 9 400 à 9 200 avant JC et donc domestiquées à la même époque que celle du riz en Asie, mais 1 000 ans plus tôt avant celle du blé, de l'orge et des légumineuses[3].

Le fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal dans le récit du Livre de la Genèse est assimilé à la pomme d'Adam dans la tradition chrétienne mais à la figue dans la tradition juive[4].

Vers -100 avant JC, Pline l'Ancien évoquait déjà la culture de vingt-neuf variétés de figues différentes.

En France, Louis XIV était un grand amateur de figues. La Quintinie, son jardinier, planta donc plus de sept cents figuiers de diverses variétés dans le potager du roi au Château de Versailles pour satisfaire la passion du Roi Soleil.

En Italie, les grands-ducs de Toscane appréciaient également de nombreuses variétés comme en témoigne une peinture de Bartolomeo Bimbi.

De nombreuses fêtes de la figue se déroulent dans les communes où la tradition de sa culture s'est perpétuée : fête de Solliès-Pont, au Mas-d'Azil, Journées Méditerranéennes de la Figue de Vézénobres, etc.

Production[modifier | modifier le code]

Cagette de figues

Pour la production, seules les variétés femelles sont cultivées, car elles peuvent être bifères (donner des fruits deux fois par an) ou unifères (donner des fruits une fois par an).

Peu compliqué et peu exigeant, le figuier peut se débrouiller tout seul et produire très longtemps. La taille n'est pas importante.

Arbre méditerranéen, le figuier n'aime pas l'ombre, il requiert un emplacement chaud et ensoleillé nécessaire au mûrissement des figues. Il résiste bien à la chaleur. Sous des climats plus froids, seules des variétés précoces peuvent être acclimatées.

En production professionnelle, le figuier gagne à être palissé à la diable contre un mur exposé plein sud.

Un kilogramme de figues sèches nécessite 5 kg de figues fraîches[5].

Production en tonnes. Chiffres 2011
Données de FAOSTAT (FAO)

Turquie 260 508
Égypte 165 483
Algérie 120 187
Maroc 114 770
Iran 75 927
Syrie 42 944
Espagne 28 993
Brésil 26 233
Tunisie 26 000
Albanie 19 600

Utilisation[modifier | modifier le code]

Consommation[modifier | modifier le code]

Figue sèche dite "Gharbouze" - Tunisie et "chriha" - Maroc

Figue fraîche, figue sèche, en ingrédient de plat cuisiné, en ingrédient de pâtisserie, en confiture.

Elle était recommandée aux athlètes pour sa valeur énergétique. « Nourriture des athlètes par excellence » dit Platon. Ce dernier raffolait des figues à tel point qu'on lui donna le nom de φιλόσυκος / philósukos, c'est-à-dire « amateur de figues »[6].

Les « capons » désignent une recette niçoise de figues séchées entre des couches de feuilles de laurier (propriétés insecticides et aromatiques) qui sont présentées sous cette forme dans leur emballage[7].

Un proverbe dit que « pour qu'une figue soit bonne, elle doit avoir un habit de pauvre (pellicule grisâtre et fripée), un œil d'ivrogne (mouillée, avec une gouttelette perlant à l'ostiole) et un cou de dévote (retombante par rapport au pédoncule) »[8].

Apports nutritionnels[modifier | modifier le code]

Figue crue
(valeur nutritive pour 100g)

Eau : 79,11 g Cendres totales : 0,66 g Fibres : 2,9 g Valeur énergétique : 74 kcal
Protéines: 0,75 g Lipides: 0,30 g Glucides: 19,18 g Sucres simples : 16,26 g
minéraux
Calcium : 35 mg Fer : 0,37 mg Magnésium : 17 mg Phosphore : 14 mg
Potassium : 232 mg Cuivre : 0,070 mg Sodium : 1 mg Zinc : 0,15 mg
Vitamines
Vitamine C : 2,0 mg Vitamine B1 : 0,060 mg Vitamine B2 : 0,050 mg Vitamine B3 : 0,400 mg
Vitamine B5 : 0,300 mg Vitamine B6 : 0,113 mg Vitamine B9 : 0 µg Vitamine B12 : 0,00 µg
Vitamine A : 142 UI Rétinol : 0 µg Vitamine E : 0,11 µg Vitamine K : 4,7 µg
Acides gras
Saturés : 0,060 g Mono-insaturés : 0,066 g Poly-insaturés : 0,144 g Cholestérol : 0 mg

Riche en vitamine B3 et en fibres, la figue favorise le transit intestinal. Elle est aussi riche en calcium, en fer alimentaire et en potassium. En fruit sec, elle est très énergétique (250 kcal/100 g), c'est pourquoi elle fait partie des en-cas des sportifs et des randonneurs.

En médecine chinoise, la figue est utilisée pour éliminer les toxines et traiter les furoncles. En herboristerie, elle est utilisée en préparation pour soigner les rhumes et dégager les voies respiratoires.

Linguistique[modifier | modifier le code]

La figue est aussi l'objet de nombreux jeux de mots et lapsus entre Français, Italiens et Corses : en effet, en italien, les mots fica et figa désignent vulgairement le sexe féminin, alors que le figuier et son fruit sont nommés fico, masculin pour l'arbre et pour le fruit. Le geste dit de la « figue », consistant à placer le pouce entre l’index et le majeur repliés, est particulièrement offensant dans de nombreux pays du monde. Au Brésil, un amulette représentant une figa est en revanche un porte-bonheur.

En latin, le foie (jecur) d'oie engraissé aux figues se nommait ficatum ; ce nom est à l'origine des mots foie en français, fegato en italien, higado en espagnol, et des mots de même sens dans les autres langues romanes.

En corse, a fica est le figuier, le fruit étant u ficu (u fecatu étant le foie)

Un ficu est également un détail anatomique, à savoir la pomme d'Adam.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. figue, Centre national de ressources textuelles et lexicales
  2. Site Brin de paille Alsace, association de permaculture à Strasbourg: Planter des figuiers dans l'est de la france
  3. (en) Mordechai E. Kislev, Anat Hartmann, Ofer Bar-Yosef, « Early Domesticated Fig in the Jordan Valley », Sciences, vol. 312, no 5778,‎ 2 juin 2006, p. 1372-1374 (DOI 10.1126/science.1125910)
  4. Lise Wajeman, La parole d'Adam, le corps d'Eve : le péché originel au XVIe siècle, Librairie Droz,‎ 2007 (lire en ligne), p. 59
  5. P. Pesson, Jean Louveaux, Pollinisation et productions végétales, Éditions Quae,‎ 1984, p. 396
  6. Source : "Des fruits." - Jean-Marie Pelt - Éditions Fayard (1994) - (ISBN 978221359964[à vérifier : isbn invalide])
  7. Comment fabriquer des figues sèches ?
  8. Jean Mascaux, Dictons d'oc et proverbes de Provence, R. Morel,‎ 1965, p. 373

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]