Cancer du col utérin

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Cancer du col de l'utérus
Cancer du col utérin
Classification et ressources externes
Ca in situ, cervix 2.jpg
Coupe histopathologique, carcinome in situ, stade 0.
CIM-10 C53
CIM-9 180
OMIM 603956
DiseasesDB 2278
MedlinePlus 000893
eMedicine med/324  radio/140
MeSH D002583
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Cet article ne traite que des formes invasives des cancers du col de l'utérus. Pour la forme dite in situ voir l'article Dysplasie cervicale

Le cancer du col utérin est un cancer qui se développe à partir de l'épithélium du col de l'utérus. Le cancer du col de l'utérus est la deuxième forme la plus fréquente de cancer chez les femmes à l’échelle mondiale après le cancer du sein. Ce cancer est directement en rapport avec l'activité sexuelle.

Le dépistage des lésions précancéreuses est possible grâce à la pratique du frottis de dépistage. La découverte des lésions précancéreuses et notamment des dysplasies sévères ou carcinome in situ permet un traitement assurant une guérison de la patiente avec un très faible taux de récidive.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Le cancer du col est la 1re cause de mortalité par cancer chez la femme dans de nombreux pays du tiers monde et représente 20 à 30 % des cancers de la femme dans ces pays contre 4 à 6 % des cancers féminins en Amérique du Nord et Europe.

Grâce à une amélioration des traitements anticancéreux, la mortalité associée tend à diminuer, notamment dans les pays riches, mais il représente la seconde cause des cancers féminins dans le monde avec près de 400 000 nouveaux cas annuels et son incidence est en faible augmentation[1]. Il est responsable de près de 200 000 décès annuels[2], dont plus des trois quarts dans les pays du tiers monde.

Il a la particularité de toucher la femme relativement jeune, ce qui en fait le cancer responsable de la perte de plus d'années de vie dans le tiers monde[3].

Son aspect MST semble avoir été sous-estimé en raison d'une sous estimation de l'importance des infections à papillomavirus[4]. De même ses liens avec le tabagisme ont pu être mésestimés ou avoir fait durant quelque temps l'objet de biais d'observation[5].

En France, l'incidence standardisée du cancer du col est de 9,5/100 000 en 1990 avec une mortalité de 3,5/100 000 et en 2011, le nombre de nouveaux cas estimés est de 2 810[6].

L'étude de l'évolution de la survie nette à 5 ans donne les chiffres suivants :

  • 1990 : 68 % ;
  • 2002 : 64 % ;
  • 2011 : 66 %[6].

Le dépistage de masse par frottis cervico-vaginaux permet le diagnostic, et le traitement, des lésions tumorales peu avancées. Il contribue à une diminution de la mortalité de l'ordre de 50 %. Le dépistage basé sur la recherche du papillomavirus humain pourrait donner des résultats meilleurs que ceux du frottis pour le dépistage des cancers invasifs[7].

Causes ou facteurs de risque[modifier | modifier le code]

Part des cancers à PVH sur le total annuel déclaré pour 6 types de cancers

Plusieurs facteurs de risques sont identifiés :

  • Les papillomavirus humains (notamment HPV16 et HPV18) jouent un rôle épidémiologique [8],[9],[10]. majeur (et peut-être croissant) dans la maladie : ils sont présents dans 80 % des cancers du col de l’utérus et des lésions in situ de haut grade. La découverte du rôle de ces virus dans ce cancer valut à Harald zur Hausen le Prix Nobel de médecine 2008.
    En novembre 2010, la revue Lancet Oncology a publié les résultats d'une étude montrant que huit types de papillomavirus sont responsables de 90 % des cas de cancer du col de l'utérus[11].
  • La pilule (contraception par oestro-progestatifs) : Elle induit une majoration modérée du risque de développer un cancer du col utérin[12] (augmentation du risque de moins de 1 %).
  • Le VIH/SIDA : Le cancer du col chez une patiente séropositive VIH pourrait être plus agressif et moins sensible au traitement.
  • le stérilet : L'utilisation d'un dispositif intra-utérin (DIU) durant la vie diminuerait de moitié le risque de développer un cancer du col de l'utérus (carcinome épidermoïde, adénosquameux ou adénocarcinome). En revanche, le risque de cancer ne semble pas lié à la durée d'utilisation du DIU. De plus, son port ne modifie pas la prévalence de l'infection par le HPV. Plusieurs hypothèses explicatives ont été avancées, non exclusives : des lésions induites par la mise en place le port et/ou le retrait d'un DIU pourraient induire une réaction inflammatoire à bas bruit et/ou une réaction immunitaire cellulaire qui enrayerait le processus de cancérisation[13] ;
  • le tabagisme ; Plusieurs études ont montré que fumer augmente très significativement le risque de plusieurs cancers[14], dont certains types de cancers du col[15],[16] ; 18% des adenocarcinomes du col et 43% des carcinome squameux se déclarent chez des fumeurs (pour 22% des cas-contrôles étant fumeurs). Mais fumer n'a pas le même effet selon le type de cancer considéré : le tabac augmente le risque de carcinome squameux tout en diminuant légèrement celui de développer un adénocarcinome du col (de même si l'on se limite aux cancers associés au HPV), ce qui confirme que les co-facteurs étiologiques varient selon le type de cancer[17] ; les composés toxiques libérés par le tabac pourraient diminuer l'immunité des parois utérines et favoriser l'infection par les papillomavirus humains puis la néoplasie[18].

Prévention[modifier | modifier le code]

La prévention du cancer invasif repose sur le dépistage des lésions précancéreuses par la pratique régulière de frottis. Le rythme de ces derniers dépendent des recommandations de chaque pays. Aux États-Unis, il est conseillé de faire un frottis tous les deux ans à partir de l'âge de 21 ans, l'intervalle étant allongé à trois ans en cas de trois tests successifs négatifs[19].

Les études cliniques ont démontré l'efficacité du vaccin contre les papillomavirus, pour la prévention du cancer du col[20]. La commercialisation du premier vaccin anti HPV en 2006 est une étape importante dans la lutte contre le carcinome épidermoïde du col de l'utérus.

Le carraghénane extrait d'algues rouges est cent fois plus efficace in vitro sur le papillomavirus que le meilleur inhibiteur de ce virus actuellement sur le marché. Son efficacité chez la femme reste cependant à être démontrée[21].

Types histologiques[modifier | modifier le code]

Il existe deux types principaux de cancer du col utérin[22] :

  • dans deux tiers des cas il s'agit d'un carcinome épidermoïde qui se développe à partir du revêtement épithélial du col ;
  • dans moins d'un quart des cas, il s'agit d'un adénocarcinome qui se développe à partir du revêtement glandulaire du col.

Clinique[modifier | modifier le code]

Signes fonctionnels[modifier | modifier le code]

Le principal signe est un saignement par les voies génitales, provoqué le plus souvent lors d'un rapport sexuel, et ce, en dehors de la période des règles. Mais tout saignement anormal, quelles que soient ses caractéristiques, peut révéler un cancer.

Des écoulements vaginaux sont aussi une manifestation surtout en cas d'infection surajoutée.

La douleur est très tardive.

Examen clinique[modifier | modifier le code]

Aux stades avancés, à l'examen au spéculum, on voit une lésion soit bourgeonnante soit ulcérante du col de l'utérus ou même parfois ulcéro-bourgeonnante. Le toucher vaginal permettra d'évaluer l'extension du cancer au-delà du col de l'utérus : vagin, paroi latérale du col de l'utérus, cul-de-sac latéral du vagin à travers lequel on palpe les paramètres qui peuvent aussi être envahis, vessie et rectum (au toucher rectal).

En cas de lésion non visible, la colposcopie permet de retrouver la lésion et dirigera la biopsie.

La biopsie de la lésion est l'examen clé du diagnostic et confirme le caractère invasif du cancer, son type histologique et son grade de différenciation.

Extension[modifier | modifier le code]

Avant tout traitement, il est nécessaire de déterminer le volume du cancer. En effet, le pronostic est directement en rapport avec le volume. En fonction du volume, certains traitements s'avèrent inutiles car ils ne permettent pas une survie plus prolongée.
L'imagerie à résonance magnétique, lors de l'étude des voies urinaires, permet de bien voir les adénopathies ; mais si ces dernières sont de petite taille, elle ne permet pas bien de discriminer les ganglions normaux des ganglions envahis. La tomographie à émission de positrons, couplée à la tomodensitométrie (scanner), semble être une technique prometteuse dans ces cas[23].

Classification[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs classifications permettant de proposer un traitement :

  • classification de la Fédération internationale des gynécologues et obstétriciens[24], appelé « classification FIGO » ;
  • classification TNM ;
  • classification du MD Anderson Cancer Center ;
  • classification de l’Institut Gustave-Roussy.

Ces classifications sont essentiellement cliniques et ne prennent pas en compte les résultats des examens d'imagerie.

Classification de la Fédération internationale des gynécologues et obstétriciens[modifier | modifier le code]

CLASSIFICATION F.I.G.O. DES CANCERS DU COL
Stade Description
0 Carcinome in situ
I Carcinome limité au col
IA Carcinome invasif préclinique
Toute lésion macroscopique est un stade IB
IA1 Invasion du stroma inférieur à 3 mm en profondeur et inférieur à 7 mm horizontalement
IA2 Invasion du stroma entre 3 et 5 mm en profondeur et inférieur à 7 mm horizontalement
IB Tumeur limitée au col mais supérieur à un IA2
IB1 Tumeur limitée au col de moins de 4 cm
IB2 Tumeur limitée au col de plus de 4 cm
II Tumeur dépassant le col mais n'atteignant pas la paroi pelvienne ni le tiers inférieur du vagin
IIA Sans envahissement du paramètre
IIB Avec envahissement du paramètre
III Lésion atteignant la paroi pelvienne

et/ou le tiers inférieur du vagin
et/ou présence d'une hydronéphrose

IIIA Lésion atteignant le tiers inférieur du vagin
sans atteindre la paroi pelvienne
IIIB Lésion atteignant la paroi pelvienne

et/ou présence d'une hydronéphrose

IV Tumeur dépassant le pelvis ou atteignant la vessie ou le rectum
IVA Lésion atteignant la vessie ou le rectum
IVB Métastase à distance

Traitements[modifier | modifier le code]

Le traitement d'un cancer relève, le plus souvent, d'établissements spécialisés et expérimentés. Il n'existe pas un traitement unique mais de multiples possibilités de traitement. Enfin, la rapidité de l'évolution des connaissances médicales impose le recours à des médecins bénéficiant d'une formation médicale adaptée.

Moyens[modifier | modifier le code]

Chirurgie[modifier | modifier le code]

Deux gestes sont possibles :

Radiothérapie[modifier | modifier le code]

Plusieurs types de radiothérapies sont disponibles :

  • radiothérapie par le vagin ou curiethérapie endocavitaire. Ce traitement est un standard avec l'utilisation de curiethérapie à bas débit de dose ;
  • la radiothérapie externe utilise des photons d’énergie égale ou supérieure à 10 MV après réalisation d'une simulation.

Chimiothérapie[modifier | modifier le code]

Selon le stade du cancer, la chimiothérapie pourra être utilisée en association avec la radiothérapie. Elle est aussi le seul moyen thérapeutique en cas de survenue de métastases.

Laser[modifier | modifier le code]

En cas de lésion même de haut grade mais à condition qu'elle ne touche pas l'endocol et soit totalement visible à la colposcopie, un traitement par laser peut être proposé, qui permettra de détruire la lésion[25].

Indications[modifier | modifier le code]

Il est impossible de résumer les différentes modalités de traitement d'un cancer du col de l'utérus.

Globalement seuls les cancers de petite taille peuvent bénéficier d'un traitement uniquement chirurgical. Pour les cancers plus volumineux, certains pays utilisent un traitement uniquement par radiothérapie, d'autres une combinaison de la chirurgie et de la radiothérapie

La récidive d'un cancer, malgré un traitement chirurgical bien conduit, est une éventualité grave avec un pronostic mauvais[22].

Surveillance[modifier | modifier le code]

En fin du traitement, l'efficacité de ce dernier est évalué par un examen clinique accompagné d'une urographie intra-veineuse. La surveillance consiste en la réalisation tous les 6 mois d'un examen gynécologique et clinique complet, avec, tous les ans, la réalisation d'une échographie rénale et d'un frottis cervical.

La recherche[modifier | modifier le code]

Une étude américaine récente mis en évidence une action bénéfique d'un type particulier de champignon appelé le Shiitake Japonais comme protecteur contre le papillomavirus humain et réduit la prolifération tumorale du cancer du col l'utérus [26]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kjaer SK, Brinton LA (1993) Adenocarcinomas of the uterine cervix: the epidemiology of an increasing problem. Epidemiol Rev 15: 486-498
  2. Forouzanfar MH, Foreman KJ, Delossantos AM et al. Breast and cervical cancer in 187 countries between 1980 and 2010: a systematic analysis, Lancet, 2011
  3. Agosti JM, Goldie SJ, Introducing HPV vaccine in developing countries — Key challenges and issues, New Eng J Med, 2007; 356: 1908-1910.
  4. Franco EL (1991) The sexually transmitted disease model for cervical cancer: incoherent epidemiologic findings and the role of misclassification of human papillomavirus infection. Epidemiology 2: 98-106
  5. Phillips AN, Smith GD (1994) Cigarette smoking as a potential cause of cervical cancer: has confounding been controlled? Int J Epidemiol 23: 42-49.
  6. a et b Communiqué de presse InVS (7 février 2013)
  7. Ronco G, Dillner J, Elfström KM et al. Efficacy of HPV-based screening for prevention of invasive cervical cancer: follow-up of four European randomised controlled trials, Lancet, 2014;383:524-532
  8. Schiffman MH, Brinton LA (1995) The epidemiology of cervical carcinogenesis. Cancer 76: 1888-1901.
  9. Walboomers JM, Jacobs MV, Manos MM, et al. (1999) Human papillomavirus is a necessary cause of invasive cervical cancer worldwide. J Pathol 189: 12-19
  10. Rohan T, Mann V, McLaughlin J, et al. (1991) PCR-detected genital papillomavirus infection: prevalence and association with risk factors for cervical cancer. Int J Cancer 49: 856-860.
  11. de Sanjose S. Human papillomavirus genotype attribution in invasive cervical cancer: a retrospective cross-sectional worldwide studyLancet Oncol. 2010 Nov;11(11):1048-56. Epub 2010 Oct 15
  12. International Collaboration of Epidemiological Studies of Cervical Cancer, Cervical cancer and hormonal contraceptives: collaborative reanalysis of individual data for 16573 women with cervical cancer and 35509 women without cervical cancer from 24 epidemiological studies, Lancet, 2007;370:1609-1621
  13. Castellsagué X. et al. (2011) Intrauterine device use, cervical infection with human papillomavirus, and risk of cervical cancer: a pooled analysis of 26 epidemiological studies. Lancet Oncol. doi:10.1016/S1470-2045(11)70223-6
  14. Baron JA, Rohan TE (1996) Tobacco. In: Schottenfeld D, Fraumeni JF Jr, eds. Cancer Epidemiology and Prevention. New York: Oxford University Press, pp. 269-289.
  15. Winkelstein W Jr (1990) Smoking and cervical cancer-current status: a review. Am J Epidemiol 131: 945-957.
  16. Ho GYF, Kadish AS, Burk RD, et al. (1998) HPV 16 and cigarette smoking as risk factors for high-grade cervical intra-epithelial neoplasia. Int J Cancer 78
  17. James V. Lacey, Morten Frisch, Louise A. Brinton, Fouad M. Abbas, Rodrigue Mortel, Peter E. Schwartz, Richard J. Zaino & Allan Hildesheim (2011) Associations between smoking and adenocarcinomas and squamous cell carcinomas of the uterine cervix (United States), Cancer Causes & Control (2001) in Cancer Causes & Control (2001) (résumé/extrait)
  18. Barton SE, Maddox PH, Jenkins D, et al. (1988) Effect of cigarette smoking on cervical epithelial immunity: a mechanism for neoplastic change? Lancet 2: 652-654.
  19. (en) American College of Obstetricians and Gynecologists. ACOG Practice Bulletin number 109, December 2009: « cervical cytology screening » Obstet Gynecol. 2009;114:1409-20.
  20. (en) The FUTURE II Study Group, « Quadrivalent vaccine against human papillomavirus to prevent high-grade cervical lesions » New Eng J Med. 2007;356:1915-27.
  21. (en) Buck CB, Thompson CD, Roberts JN, Müller M, Lowy DR. et al. (2006) « Carrageenan Is a Potent Inhibitor of Papillomavirus Infection » PLoS Pathog. 2(7):e69.
  22. a et b (en) Petignat P, Roy M. « Diagnosis and management of cervical cancer » BMJ 2007;335:765-768
  23. (en) Sironi, S, Buda A, Picchio M. et al. « Lymph node metastasis in patients with clinical early-stage cervical cancer: detection with integrated FDG PET/CT » Radiology 2005;238:272-9.
  24. (en) Creasman WT. « New gynecologic cancer staging » Gynecol Oncol. 1995;58:157-8.
  25. Infections à papillomavirus Etat des connaissances, pratiques et prévention vaccinale, Joseph Monsonego,  éd. Springer (2006)
  26. FARHI. A, Cancer du col utérin : vertus du champignon Shiitake. CommentGuerir. Mars 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Source[modifier | modifier le code]

  • Les Standards, Options et Recommandations de la Fédération Nationale des Centres de Lutte contre le Cancer sur le cancer du col de l'utérus.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • FNCLCC : fédération nationale (française) des centres de lutte contre le cancer. Standards, options et recommandations sur le cancer du col utérin.