Dracunculose

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Dracunculose
Classification et ressources externes
Dracunculus medinensis.jpg
Extraction d'un ver de Guinée
CIM-10 B72
CIM-9 125.7
DiseasesDB 3945
eMedicine ped/616 
MeSH D004320
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La dracunculose, également appelée filariose de Médine, est une maladie parasitaire causée par un nématode.

Le ver parasite responsable de cette maladie est appelé Dracunculus medinensis. Le nom de Dracunculus vient du latin « petit dragon ».

Il est présent dans des crustacés microscopiques, les cyclopes, vivant dans l’eau stagnante. La femelle est le plus gros parasite qui puisse se loger dans les tissus humains, elle peut mesurer jusqu'à un mètre de long et 2 mm de diamètre. Lorsqu'elle est enceinte, son corps n'est plus qu'un long sac s'ouvrant seulement par la bouche et occupé presque entièrement par l'utérus clos bourré d'embryons.

Cycle de vie du parasite[modifier | modifier le code]

Le cycle parasitaire de Dracunculus medinensis. Cliquez sur l'image pour l'agrandir

L’ingestion d’eau non filtrée peut entraîner l’ingestion de ce parasite hébergé par les cyclops (minuscules crustacés). L’acide gastrique digère le crustacé, mais pas les larves du ver de Guinée abritées à l'intérieur. Ces larves gagnent ensuite l’intestin grêle puis sont disséminées à l’intérieur du corps.

Pendant les 10 à 14 mois suivants, les femelles s’accouplent avec un ver de Guinée mâle. Le mâle de petite taille (1,2 à 2,9 cm de long) disparaît à l’intérieur de la femelle beaucoup plus grande. La femelle, à sa croissance maximale, atteint une taille de 60 à 100 centimètres et une faible largeur équivalente à celle d'un spaghetti. Après avoir copulé, la femelle donne naissance à des milliers de larves minuscules.

Environ un an après l’ingestion, le parasite se déplace à l’intérieur du corps avant de sortir, dans plus de 80 % des cas au niveau du pied ou par le bas des jambes, parfois au niveau des bras. Il provoque alors la formation d'un œdème extrêmement douloureux, puis d'une cloque et d'une ulcération. La perforation de la peau s'accompagne de fièvre, de nausées et de vomissements. La maladie peut souvent durer des mois. La surinfection qui peut se former après la sortie du parasite peut immobiliser le malade jusqu'à un an. Des complications peuvent survenir comme le tétanos.

Pour se soulager, le malade rejoindra un point d’eau pour y immerger son pied douloureux. L’eau fraîche en même temps qu’elle apaise la douleur provoque la contraction du ver femelle qui entraîne l’expulsion de centaine de milliers d’embryons qui vont être ingérés par un minuscule crustacé, le cyclops. C’est ce crustacé infecté à son tour qui perpétue le cycle de contamination du point d’eau qui est souvent le seul dont dispose toute la communauté. La dracunculose réapparaît chaque année dans les villages touchés au cours de la saison des cultures.

Traitement[modifier | modifier le code]

La méthode traditionnelle qui est encore celle qui est la plus couramment utilisée pour traiter la draconculose consiste à enrouler le ver autour d'un bâton. Le ver adulte est extrait du patient à l'aide d'un bâton à la surface de la peau et enroulé autour de la tige de quelques centimètres par jour. Ce processus lent peut prendre plusieurs jours et, dans certains cas, jusqu'à quelques semaines, mais il exige pour éviter la rupture du parasite, de tirer le ver seulement par petite partie.

Il existe des médicaments qui peuvent traiter le malade comme le thiabendazole (Mintezol®), le métronidazole (Flagyl®), le mébendazole (Vermox®).

Le métronidazole ou le thiabendazole (chez les adultes) est habituellement utilisé en complément de la méthode du bâton et facilite légèrement le processus d'extraction. Cependant, une étude a constaté que le traitement anthelminthique était associé à une migration anormale des vers, ayant pour résultat l'infection dans d’autres zones que les membres inférieurs. Par conséquent, de tels médicaments devraient être utilisés avec prudence.

Le ver peut également être excisé chirurgicalement quand les équipements nécessaires sont disponibles.

Une prévention est facile à mettre en place : il suffit de filtrer l’eau (à travers un linge), ou de la faire bouillir, avant de la boire. Il est également possible de construire des puits profonds.

Problèmes pratiques[modifier | modifier le code]

La signification d'une infection rapportée dans un pays considéré comme exempt de dracunculose dépend de l’espèce du parasite. De temps en temps, des espèces qui infectent normalement les animaux tels que D. insignis peuvent infecter un humain. Ces cas de transmission animale sont considérés comme atypiques, et ne sont pas un sujet d'inquiétude. L'infection par D. medinensis dans un endroit considéré comme exempt de draconculose fait l’objet d’importantes mesures d’éradication. Par conséquent, la capacité de distinguer le parasite humain, D. medinensis, et d'autres espèces de Dracunculus est importante. Ceci peut être fait par la reconstitution de l’historique des voyages de la victime et par l’empreinte ADN du ver lui-même.

Actions d’éradication[modifier | modifier le code]

Dans le monde entier, il y avait environ 3,5 millions de cas rapportés en 1986, contre seulement 25 000 en 2006 et 1 800 cas en 2010, l'essentiel des cas se situant dans quatre pays[1]. En 2004, L'Organisation mondiale de la santé s'est fixé comme but l'éradication de la maladie en 2009[2], ce qui en ferait la première maladie parasitaire dans ce cas mais en 2011, on pense que cet objectif sera atteint en 2012[3]. L'OMS a recensé 541 cas d'infection en 2012 dont plus de 95 % au Soudan du Sud. Début 2013, l'objectif d'éradication est reporté à 2015[4].

Les campagnes d’éradication qui ont fait la preuve de leur efficacité, cherchent d’abord à dépister rapidement les personnes atteintes pour leur faire comprendre les dangers qu’elles font courir à leur communauté si elles plongent les jambes dans les marigots ou rivières. Dans certains pays comme l’Éthiopie ou l’Ouganda, on a instauré une prime pour les malades qui se rendent dans les « maisons du ver de Guinée » afin de se faire soigner rapidement. Le traitement consistant pour l’essentiel à éviter une surinfection au point de sortie et à extraire le ver. Le soulagement de la douleur apporté par les agents de santé, empêche les malades de tremper leurs lésions dans les marigots et interrompt ainsi le cycle de la transmission. Les autres actions efficaces sont le filtrage de l'eau à travers un tissu fin, le traitement chimique de l'eau (ou son ébullition avant consommation), la création de puits profonds. Les campagnes d'éradication ont débuté dans les années 1980 et se poursuivent jusqu'à nos jours.

En janvier 2005, le président malien Amadou Toumani Touré a exprimé sa déception des résultats de son pays dans la lutte pour l’éradication du ver de Guinée. Le Mali a connu un taux de réduction de 58 % des cas, le Togo de 63 %, le Nigeria de 66 % et le Burkina Faso de 73 %. Le Sénégal est le premier pays africain à avoir éradiqué cette maladie selon l'Organisation mondiale de la santé.

Malheureusement le manque d'engagement financier et politique (multiples conflits dans les zones endémiques) contre cette maladie risque de la faire ressurgir.

Grâce aux efforts internationaux menés par la Fondation Carter, seuls 1 058 cas (chiffres 2011) ont été recensés l'an dernier dans le monde - la plupart dans le Sud-Soudan. En 2012, les responsables de la santé publique veulent faire descendre ce chiffre à zéro. Cet exploit ne sera pas facile : le ver de Guinée ne craint ni les vaccins, ni les traitements médicaux. L'arme principale de la campagne d'éradication est l'éducation. Des volontaires locaux apprennent aux villageois africains à passer l'eau potentiellement contaminée à travers du tissu ou des pailles équipées de filtres. Ils leur expliquent le cycle de vie du parasite, pour que ceux ayant déjà un ver en train d'émerger de la peau évitent d'entrer dans des points d'eau stagnante, comme les étangs où les larves se déposent ensuite. À cause de la violente douleur provoquée quand le ver sort du corps, les victimes se retrouvent souvent dans l'incapacité de travailler pendant des périodes cruciales pour l'agriculture. Désormais, bien informées et équipées, les communautés locales sont sur le point de venir à bout de cette maladie.

Épidémiologie, localisation de la maladie[modifier | modifier le code]

Un suivi mondial est coordonné par l'OMS qui vise l'éradication de la dracunculose[5]

La dracunculose n'est plus endémique que dans 4 pays[6] seulement en Afrique sub-saharienne. La transmission de la maladie est plus répandue dans les villages des zones rurales très isolées et dans les zones où se déplacent des groupes nomades. Au IIe siècle av. J.-C., en Grèce antique l'écrivain Agatharchidès décrit cette affection comme endémique parmi certains nomades dans ce qui est maintenant le Soudan et le long de la mer Rouge.

La dracunculose est une maladie présente en Afrique intertropicale. Plus de la moitié des cas sont enregistrés au Soudan mais l’Éthiopie, le Ghana, le Mali et le Tchad sont également touchés.

En 2004 les trois régions de plus forte endémie étaient le Ghana, le Soudan, et le Nigéria avec respectivement 7 275, 7 266 et 495 cas rapportés de dracunculose. Les autres pays endémiques signalant des cas de GWD en 2004 étaient : le Bénin (3 cas), le Burkina Faso (60 cas), la Côte d'Ivoire (21 cas), l’Éthiopie (17 cas), le Mali (357 cas), la Mauritanie (13 cas), le Niger (293 cas), et le Togo (278 cas). Le Kenya (7 cas) et l’Ouganda (4 cas) ont rapporté des cas importés du Soudan.

La transmission de la dracunculose a été interrompue dans plusieurs pays africains, comprenant le Kenya, le Sénégal, le Cameroun, et la République centrafricaine. Aucun cas acquis localement de la maladie n'a été rapporté dans ces pays au cours de la dernière année ou davantage. L'Organisation mondiale de la santé a déclaré 168 pays exempts de transmission de dracunculose, y compris cinq pays autrefois endémiques : le Pakistan (en 1996), l’Inde (1996), le Sénégal et le Yémen (en 2004) et la République centrafricaine (en 2007).

Les conflits armés au Soudan rendent très difficiles les interventions contre le parasite.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF]Dracunculiasis eradication: global surveillance summary, 2006, Wkly Epidemiol Rec, 2007;82:133-140
  2. [PDF]Dracunculiasis eradication: Geneva declaration on guinea-worm eradication, Wkly Epidemiol Rec, 2004;79:234-235
  3. Charlene Porter, « Les experts de la santé publique notent dix signes d'amélioration au XXIe siècle », Bureau des programmes d'information internationale du département d’État,‎ 27 juin 2011 (consulté le 28 juin 2011)
  4. Charlotte Chabas, « En Afrique, la guerre du ver en passe d'être gagnée », Le Monde.fr,‎ 16 janvier 2013 (consulté le 16 janvier 2013)
  5. OMS - 13 mai 2011, vol. 86, 20 (p. 189-204) Éradication de la dracunculose - Bilan de la surveillance mondiale, 2010
  6. REH du 11 mai 2012 : Éthiopie, Mali, Soudan du Sud et Tchad

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]