Mont Valérien

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48° 52′ 24″ N 2° 12′ 48″ E / 48.87333, 2.21333 ()

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Le mont Valérien vu du pont de Suresnes

Le mont Valérien[1] est une colline culminant à 162 mètres, située dans le département des Hauts-de-Seine sur les territoires des communes de Suresnes, Nanterre et Rueil-Malmaison, quelques kilomètres à l'ouest de Paris. Sa partie supérieure est occupée par la forteresse du Mont-Valérien[1], construite à partir de 1841, où plus d'un millier d'otages et de résistants furent exécutés de 1941 à 1944, dont 22 de l'Affiche rouge. Adossé au rempart sud de la forteresse, le Mémorial de la France combattante, inauguré le 18 juin 1960 par le général de Gaulle, fut érigé en l'honneur de tous les morts de la Seconde Guerre mondiale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Peinture représentant une vue ancienne du mont Valérien.
Le mont Valérien sur une ancienne carte d'État-Major
L'entrée de la forteresse du Mont-Valérien

Depuis les origines du christianisme en Gaule, le mont Valérien était un lieu de culte et de pèlerinage.

Au XVe siècle un certain Antoine y occupait une cellule, puis un calvaire y fut fondé et se développa sous Louis XIII : on y accédait par un chemin bordé de chapelles matérialisant les stations du chemin de croix. Les Parisiens pieux avaient coutume de s'y rendre en procession. Une congrégation, les Prêtres du Calvaire, s'y établit en 1634, mais, à la suite de désordres graves, le pèlerinage fut interdit en 1697 et la congrégation fut dispersée[réf. nécessaire].

Sous Henri II, une Parisienne, nommée Guillemette Faussart, construisit, près du sommet, une maisonnette où elle mourut en 1561. Jean Hausset la remplaça.

En 1633, avec la protection du cardinal de Richelieu, Hubert Charpentier obtint la permission d'y établir trois croix, de bâtir une église dédiée à la Sainte Croix, et d'y loger une congrégation de prêtres ; ce qui fut approuvé en 1640, par lettres patentes données par Louis XIII.

En 1647, un fait divers fait beaucoup de bruit : l'enlèvement de Madame de Miramion par Roger de Bussy-Rabutin.

En 1663 les jacobins achetèrent le calvaire et ses dépendances, mais le chapitre de Notre Dame de Paris refusa de sanctionner le contrat et fit occuper le Mont Valérien par des ecclésiastiques. Les jacobins les chassèrent, et, en 1664, le roi ordonna aux anciens possesseurs d'y retourner.

Le pèlerinage du Mont Calvaire était à la mode sous Louis XV, surtout dans la semaine sainte. Les prêtres établis sur le mont se livraient à la dévotion, et les ermites cultivaient le terrain.

Depuis la fin du XVIe siècle[2], le mont Valérien était habité par les « ermites du mont Valérien », des laïcs prononçant des vœux temporaires placés sous la responsabilité de l'archevêque de Paris qui leur envoyait des prêtres. Pendant l'hiver 1703-1704, c'est Louis-Marie Grignion de Montfort qui exerce cette charge pastorale[3]. Le musée de Suresnes conserve un manuscrit contenant la règle des ermites. Les ermites vivaient de leur travail, en particulier celui de la vigne dans un vignoble nommé le « clos des ermites »[4]

En 1791 l'Assemblée constituante supprima les deux communautés. En 1800, soupçonneux de réunions secrètes contre lui, Napoléon fit raser l’église et le couvent[5].

Des religieux trappistes vinrent s'y installer dès 1806.

En 1811, Napoléon Ier ayant convoqué un concile à Paris, les évêques, pour délibérer en toute liberté, se réunirent sur le mont Valérien. Alors l'empereur ordonna aux grenadiers de la garde de gravir la montagne, d'arrêter ceux qui s'y trouvaient et de raser l'édifice.

En 1812, Napoléon Ier fit construire au mont Valérien, par l'architecte Nicolas Jacques Antoine Vestier, des bâtiments qui existent encore et qui devaient servir de maison d'éducation de jeunes filles de la Légion d'honneur.

Sous la Restauration, le calvaire fut rétabli et une congrégation religieuse vouée à la rechristianisation du pays, la société des Missions de France, fondée par Jean-Baptiste Rauzan et Charles-Auguste-Marie-Joseph de Forbin-Janson, s'installa dans les bâtiments en vertu d'une ordonnance de Louis XVIII de 1816 qui l'autorisa en France.

Le 22 septembre 1822, une ordonnance royale lui concéda les terrains et bâtiments du mont Valérien pour 60 ans[6].

En 1824, les prêtres des missions ouvrirent au mont Valérien un cimetière, rapidement devenu un lieu de sépulture privilégié pour l'aristocratie parisienne.

Symbole du légitimisme, le lieu fut vivement attaqué par les vainqueurs des Trois Glorieuses, le calvaire fut détruit, les missionnaires chassés et les bâtiments conservés. Le 25 décembre 1830, une ordonnance de Louis-Philippe prise sous le rapport du ministre des Cultes Joseph Mérilhou, dissout la société des Missions de France et réunit au domaine de l'État le mont Valérien, disposant en son article 3 qu'« à compter de ce jour, il ne sera point fait d'inhumations nouvelles dans les terrains concédés »[6].

Mais il revint sur cette prohibition dans une ordonnance du 13 janvier 1831 en invoquant des « principes de convenance et d'humanité »[7].

En 1841, Louis-Philippe intégra le mont Valérien dans le réseau des fortifications de Paris et y fit construire une citadelle qui fut terminée en peu d'années, et coûta 4 500 000 francs[8] Ce fort toujours debout, joua un rôle important dans le Siège de Paris et la lutte contre la Commune de Paris en 1870-71.

En 1849 le physicien français Hippolyte Fizeau utilise le mont Valérien dans une expérience destinée à mesurer la vitesse de la lumière.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le fort fut le lieu de plus d'un millier d'exécutions d'otages et de résistants.

Article détaillé : Histoire de la Forteresse.

Le 18 juin 1960, le général de Gaulle a inauguré au Mont-Valérien le Mémorial de la France combattante, où reposent 16 corps de combattants, originaires de France et des colonies, symbolisant les différentes formes des combats pour la Libération.

Le mont Valérien vu de la tour Eiffel
Article détaillé : Mémorial de la France combattante.

Au début des années 1960, sur la partie Rueil-Malmaison, et notamment la rue Cuvier, des bidonvilles y étaient encore installés.

Espace mémoriel[modifier | modifier le code]

Le Mémorial de la France Combattante au Mont Valérien
Bosquet de la Liberté

Le mont Valérien contient de nombreux sites mémoriels

  • Le Mémorial de la France combattante sous les remparts du fort, au sud :
  • Le Circuit mémoriel du Mont-Valérien, retraçant le parcours des condamnés de 1941-1944, dans le fort ;
  • Le « bosquet de la liberté », inauguré lors du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, est dédié aux « 165 résistants et otages juifs fusillés par les nazis au mont Valérien ».
  • La place devant le Mémorial de la France combattante, qui rappelle le souvenir de la résistance des Français à l’armée allemande d’occupation, porte le nom de l’abbé Franz Stock, depuis le 15 septembre 1990[9].
  • Plusieurs lieux funéraires :

En mars 2009, dans le cadre de la consultation architecturale internationale sur le « Grand Paris », l'architecte Roland Castro propose l'édification au mont Valérien d'un « mémorial de l'ensemble des mémoires douloureuses de notre pays », traitant notamment de la shoah, de l'esclavage, de la colonisation et des harkis[14],[15].

Espace administratif et militaire[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, le Mont-Valérien est le siège du 8e régiment de transmissions, du Musée colombophile militaire[16], du Centre national d'études et de formation pour l'enfance inadaptée.

Point haut du système d'adduction d'eau[modifier | modifier le code]

Plusieurs réservoirs d'eau sont situés sur les pentes du Mont Valérien. Ils alimentent en eau les communes environnantes et dépendent du Syndicat des eaux d'Île-de-France.

Agriculture[modifier | modifier le code]

  • La « ferme du Mont-Valérien », située sur la commune de Rueil-Malmaison, est un établissement pédagogique présentant l'agriculture aux enfants.
  • Le « Clos du pas Saint-Maurice » est un vignoble situé à Suresnes, planté en chardonnay, qui produit 5 000 bouteilles par an[17].

Loisirs[modifier | modifier le code]

La Défense vue du mont Valérien
Article détaillé : Parc du Mont-Valérien.

Les abords du fort, sous les remparts, ont été aménagés en espace paysager, avec un sentier périphérique qui relie des aménagements sportifs : terrain de patin à roulettes et de skateboard, tennis municipal de Suresnes, poney club du Mont Valérien, le mémorial de la France combattante et le cimetière américain[18].

Cet espace vert départemental a été inauguré sous le nom de « promenade Jacques Baumel » le 17 février 2008[19]. Il contient plusieurs « arbres majeurs » plantés par le conseil général et destinés à devenir de futurs arbres remarquables[20]. L'altitude permet de découvrir un vaste panorama sur l'Île-de-France. Une table d'orientation située au nord de la promenade détaille la géographie de la vallée de la Seine en aval de Paris.

Cyclisme :

Le mont Valérien dans les arts et la littérature[modifier | modifier le code]

Le Calvaire prophané ou le Mont-Valérien usurpé par les Jacobins réformés du fauxbourg S. Honoré, adressé à eux-mêmes, de Jean Duval (bachelier en théologie de la faculté de Paris, chapelain du collège de Sées, mort en 1680) est un poème d'environ 2000 vers libres de 8 syllabes, paru en 1664, et plusieurs fois réédité[22].

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Le 4 avril 1774[23], Jean-Jacques Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre font une promenade au mont Valérien, dont Bernadin de Saint-Pierre fera la narration dans son « Essai sur J.-J. Rousseau ».

L’Itinéraire de Pantin au Mont-Calvaire, en passant par la rue Mouffetard, (...) ou Lettres inédites de Chactas à Itala, Paris, Dentu, 1811, « par M. de Chateauterne » est « une parodie piquante de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem, de M. de Chateaubriand[24] »

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Sur le mont Valérien, paru le 3 mai 1819, est un article érudit et polémique de François-René de Chateaubriand, qui retrace l'histoire du mont Valérien jusqu'à la cérémonie religieuse célébrée la veille, attaquant le « philosophisme » et se réjouissant que le lieu ait été rendu au culte après la Révolution et l'Empire.

Strophes pour se souvenir est un poème de Louis Aragon chanté par Léo Ferré ayant pour thème les fusillés de l'affiche rouge.

Le mont Valérien est également mentionné dans la chanson Vesoul de Jacques Brel, datant de 1968.

Dimanche au mont Valérien est un roman d'Alain Defossé publié en 2000.

Arts graphiques : Calvaire de Robert Lefèvre ; Vue du bois de Boulogne avec la grande cascade, le Mont Valérien et Longchamp de François-Edmée Ricois.

Un timbre-poste représentant le Mémorial de la France Combattante a été émis par la poste française le 7 avril 1962 dans la série « Hauts lieux de la Résistance ».

Toponymie[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs théories quant à l'étymologie du Mont Valérien :

  • Les mots « mont Valérien » apparaissent dans les textes à partir du début du XVIIe siècle (1634), sous Louis XIII. Avant cette période, le site était désigné par les mots « tertre », ou « montagne aux 3 croix ». Les cartes de l'époque semblent confirmer les faits. Après l'assassinat d'Henri IV en 1610, la régence et les débuts difficiles du règne de Louis XIII font que de nombreux pamphlets sont édités dont l'un est intitulé Méditations de l'hermite Valérian, Traduit du Bon Normand en vieux Gaulois, par Fanfan contre Luynes. Dans ce texte de 1621 d'une quarantaine de pages, on y décrit la cours et le Louvre « vus de l'ermitage » situé sur un mont qui semble être le mont dont on cherche la toponymie. La notoriété du texte fit que le tertre a pris le nom de « mont Valerian » que l'on trouve sur certaines cartes. Par déformation le mot est devenu « Valérien » lors la construction d'un grand calvaire par l'abbé Charpentier.
  • Il est parfois affirmé que Gallien, fils de l'empereur Valérien, fit construire sur le mont un édifice en l'honneur de son père ou que Valérien lui-même se fit construire une demeure sur le mont. Mais il n'y a aucune trace de voie romaine dans ce secteur ni du passage de Valérien dans la région, aucune preuve de la présence d'une construction romaine.

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Typographie selon le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, 2007 (ISBN 978-2-7433-0482-9), p. 89 et 93
  2. « Le Mont Valérien », sur le site de la ville de Suresnes, ville-suresnes.fr, consulté le 30 décembre 2008.
  3. Battista Cortinovis, San Luigi Maria di Montfort. La vita, gli scritti, la venerazione, Editrice Shalom, p. 28-29, cité par it:Louis-Marie Grignion de Montfort
  4. Michel Guillot, « Un vignoble monastique du XVIIIe siècle. Le clos des ermites du Mont-Valérien » in « La vigne et le vin en Ile-de-France ». Actes du IVe Colloque de la Fédération des Sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Île-de-France, Suresnes, 15-16 octobre 1983, « Paris et l'Île-de-France, Mémoires », 1984, vol. 35, p. 133-155.
  5. Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Jules de Gaulle, 1841
  6. a et b Bulletin des lois du royaume de France, IXe série, tome second, IIe partie, Imprimerie nationale, Paris, août 1831 p. 39
  7. En effet, Louis-Philippe avait dû autoriser presque aussitôt une exception à sa première ordonnance au profit de son ancienne gouvernante, la comtesse de Genlis, décédée dans la nuit du 31 décembre 1830 au 1er janvier 1831, et qui avait souvent exprimé le vœu d'être enterrée au mont Valérien. Sur les instances du général Gérard, qui avait épousé la petite-fille de Mme de Genlis, le roi autorisa cette inhumation qui eut lieu le 4 janvier 1831. Le fait fut relevé par Le Constitutionnel du 8 janvier qui s'interrogea : « comment, sous un régime aussi parfaitement constitutionnel, il peut encore exister des ordonnances dont l'application ne soit pas générale ».
  8. Ermete Pierotti, Dictionnaire historique des environs de Paris.
  9. « Biographie de l’abbé Franz Stock (1904 - 1948) », sur le site france-allemagne.fr, consulté le 30 décembre 2008.
  10. « Le cimetière américain », sur le site de la ville de Suresnes, ville-suresnes.fr, consulté le 31 décembre 2008.
  11. Cimetières de France et d'ailleurs, « Suresnes (92) : cimetière américain du Mont-Valerien », sur le site landrucimetieres.fr, consulté le 30 décembre 2008.
  12. « Cimetière-Parc du Mont-Valérien », sur le site de la ville de Nanterre, nanterre.fr, consulté le 30 décembre 2008.
  13. « Le crématorium du Mont-Valérien », sur le site sifurep.com, consulté le 30 décembre 2008.
  14. Michèle Leloup, « Le Grand Paris de 2030 – Atelier Roland Castro-Denissof-Casi : le temps de la banlieue », L'Express, 5 mars 2009, mis à jour le 6 mars 2009, sur le site lexpress.fr
  15. Atelier Castro-Denissof-Casi, « Paris, capitale pour l'homme, capitale pour le monde », février 2009, p. 49, [PDF] [texte intégral en ligne sur le site du ministère de la Culture]
  16. « Le colombier militaire du Mont Valérien », sur le site colombophiliefr.com.
  17. « Association du clos du pas Saint-Maurice, visite d'entreprises – Dans le 92, les entreprises s'exposent ! », sur le site viafrance.com, consulté le 22 janvier 2009.
  18. [PDF] « Promenade Jacques Baumel », sur le site environnement-transport.hauts-de-seine.net, consulté le 29 décembre 2008.
  19. Conseil général des Hauts-de- Seine, L’Agenda des Hauts-de-Seine, no 82, 1er février 2008, sur le site hauts-de-seine.net, consulté le 29 décembre 2008.
  20. « Les arbres remarquables de chaque commune », sur le site environnement-transport.hauts-de-seine.net, consulté le 29 décembre 2008.
  21. Photographie de l'agence Rol : Christophe champion de France de cross cyclo-pédestre, portrait du coureur à côté de son vélo, Mont Valérien : (photographie de presse) / (Agence Rol), sur le site bnf.fr, consulté le 22 janvier 2009.
  22. Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque françoise, ou histoire de la littérature françoise, tome 18, Guérin & Delatour, Paris, 1756, p. 69-70
  23. Correspondance complète de Jean-Jacques Rousseau, édition critique établie et annotée par R.A. Leigh, Genève, Institut et Musée Voltaire ; et puis Oxford, The Voltaire Foundation, 1965-1998, no 7032, cité par « Chronologie de Jean-Jacques Rousseau », sur le site rousseau-chronologie.com, consulté le 31 décembre 2008.
  24. Joseph-Marie Quérard, Les supercheries littéraires dévoilées, tome I, l'Éditeur, rue Mazarine, Paris, 1847, p. 233