Strophes pour se souvenir

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Strophes pour se souvenir est un poème de Louis Aragon, écrit en 1955 en hommage aux vingt-trois résistants du groupe Manouchian, appartenant aux FTP-MOI (Francs Tireurs Partisans-Main d'Œuvre Immigrée), exécutés[1] pendant la Seconde Guerre mondiale dans l'affaire dite de « l'affiche rouge ». Ce poème a été d'abord publié sous le titre Groupe Manouchian dans le journal communiste L'Humanité, à l'occasion de l'inauguration de la « rue du Groupe-Manouchian », située dans le 20e arrondissement de Paris. Pour écrire ce poème, Louis Aragon s'est inspiré de la dernière lettre écrite par Missak Manouchian, le chef du groupe, à sa femme avant d'être fusillé d'une balle entre les deux yeux, ainsi que de l'affiche rouge placardée par les nazis afin d'annoncer l'exécution des membres du groupe Manouchian.

Constitué de sept quintils en alexandrins, le poème est publié sous le titre Strophes pour se souvenir en 1956, dans le recueil Le Roman inachevé. Ce nouveau titre annonce plus clairement la nature du projet d'Aragon ici : utiliser la forme poétique (« Strophes ») pour lutter contre l’oubli de tous les étrangers morts pour la France et contre la banalisation du mal (« pour se souvenir »). Ce poème s’inscrit en effet dans la grande tradition littéraire des oraisons funèbres[2].

Sa très grande popularité vient de la mise en musique qu'en a fait Léo Ferré en 1959 sous le titre L'Affiche rouge. Cette chanson est officialisée sur l'album Les Chansons d'Aragon en 1961. C'est sous ce titre que le poème est désormais le plus célèbre.

Strophes pour se souvenir[modifier | modifier le code]

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Vingt-deux d'entre eux furent fusillés au mont-Valérien le 21 février 1944, et Olga Bancic fut décapitée le 10 mai 1944 à Stuttgart.
  2. Voir les pistes pédagogiques de Julien Musso in Poètes en résistance (CNDP.fr).