Jean de Gerson

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Jean de Gerson.
Statue de Jean Gerson par Joseph Félon (1818-1896) dans une niche de la façade de la Chapelle de la Sorbonne à Paris

Jean Charlier dit Jean de Gerson[N 1] ou Jean Charlier de Gerson, né le à Gerson, hameau situé sur l'actuelle commune de Barby, dans les Ardennes, mort le à Lyon, est un prédicateur, philosophe, homme politique, enseignant et théologien français du Moyen Âge. Il fut chancelier de l'Université de Paris de 1395 jusqu'en 1415 et, à ce titre, il se retrouve au cœur de l'affrontement entre Armagnacs et Bourguignons et du grand schisme d'Occident.

Avocat de la cause conciliaire, il fut l'un des principaux théologiens du Concile de Constance (procès de Jan Hus) de 1415 et un acteur important de la fin du schisme.

Théologien reconnu, surnommé Doctor Christianissimus — le docteur très chrétien —, il est notamment connu pour son projet de « retour à la foi pure » et sa lecture de la Théologie mystique du Pseudo-Denys l'Aréopagite fondée sur les principes de saint Bonaventure. Son travail intellectuel sera marqué notamment par le combat contre le néo-platonisme et la logique de Duns Scot.

Origine et formation[modifier | modifier le code]

Ses parents, Arnulphe Charlier et Élisabeth de la Chardenière, « une seconde Monique », étaient d'une pieuse famille d'un bourg rural et sept de leurs douze enfants entrèrent en religion.

Étudiant en théologie[modifier | modifier le code]

Jean Gerson fut envoyé à Paris au fameux collège de Navarre à l'âge de quatorze ans. Après cinq années de cours, il obtint une licence ès arts. Il entreprit ensuite ses études théologiques avec deux célèbres professeurs, Gilles des Champs (Aegidius Campensis) et Pierre d'Ailly (Petrus de Alliaco), recteur du collège de Navarre, chancelier de l'Université, et ensuite évêque du Puy, archevêque de Cambrai et cardinal. Pierre d'Ailly resta son ami sa vie durant.

Remarqué pour ses talents par l'Université, il fut élu procurateur de la nation de France[N 2] en 1383, et à nouveau en 1384, année où il devint bachelier en théologie.

Voyage à Avignon[modifier | modifier le code]

Trois années plus tard, il fut impliqué avec le chancelier d'Ailly et d'autres représentants de l'Université dans le cas d'un appel auprès du Pape. Jean de Montson (Monzón, de Montesono), un dominicain aragonais qui avait récemment été reçu docteur de théologie à Paris, avait été en 1387 condamné par la faculté de théologie en raison de son enseignement établissant que la Vierge Marie, comme tous les descendants d'Adam, était née avec le péché originel[1]. Les Dominicains, qui étaient des opposants farouches de la doctrine de l'immaculée conception, furent exclus de l'Université.

Jean de Montson fit appel au Pape Clément VII à Avignon, et Pierre d'Ailly, Gerson et les autres délégués, bien que personnellement acquis à la doctrine de l'Immaculée conception, étaient contents d'introduire leur cas pour s'assurer des droits légaux de l'université à évaluer ses professeurs de théologie.

Les biographes de Gerson comparèrent son voyage à Avignon à celui de Luther à Rome. Il est certain qu'à partir de ce moment il mit un zèle majeur à spiritualiser les universités, à reformer la morale du clergé, et à mettre fin au schisme qui divisait l'Eglise.

Chancelier de l'Université de Paris[modifier | modifier le code]

En 1392, Gerson fut reçu licencié-ès-théologie, et en 1394, Gerson se fit recevoir docteur en théologie. Lorsque Pierre d'Ailly fut nommé évêque du Puy en 1395, il devint à l'âge de trente-deux ans son successeur dans la charge de chancelier de l'Université de Paris. Il fut aussi nommé chanoine de Notre Dame de Paris. Afin de lui assurer un train de vie suffisant, Philippe le Hardi, le duc de Bourgogne, le fit également élire doyen de Bruges.

La réforme de l'Université et du Clergé[modifier | modifier le code]

À cette époque, l'Université de Paris était au sommet de sa renommée, et son chancelier était évidemment un homme éminent en France mais aussi dans toute l'Europe, ayant juré de maintenir ses droits contre les rois et même les papes, et dédié à conduire les études et l'éducation d'une foule d'élèves provenant de toute la chrétienté.

Sa fermeté fut la même dans ses rapports avec l’Église : en même temps qu'il se montrait l'adversaire de toute hérésie, principalement aux conciles de Pise et de Constance, il soutenait avec force les libertés de l'église gallicane, et combattait le relâchement de la discipline.

La fin du Grand Schisme d'Occident[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grand schisme d'Occident.

Sa charge de grand chancelier coïncidera avec la période de règlement du Grand schisme d'Occident. Gerson déploya dans l'exercice de ses fonctions un courage et une sagesse admirables.

Après l'assassinat du duc d'Orléans, le , il s'éleva énergiquement contre le duc de Bourgogne, auteur de l'attentat, et fit condamner Jean Petit, son apologiste. Il était partisan d'un pouvoir du pape inférieur à celui de l'Église représentée par le Concile général.

Le concile de Constance[modifier | modifier le code]

Durant le concile de Constance (1414-1418), avec son ancien professeur Pierre d'Ailly, Jean de Gerson était l'un des ambassadeurs les plus importants du roi de France. Il était également le député de la provence de Sens. Si ce concile voulait finir définitivement le Grand schisme en réunissant entièrement l'Église romaine, il restait aussi des problèmes de l'hérésie. Ainsi ces deux théologiens français furent-ils chargés de condamner les erreurs de Jan Hus et de Jérôme de Prague[2]. Notamment, pour ce concile, Jean de Gerson écrivit un traité afin d'établir les autorité et supériorité du Concile général[3].

Retiré du monde[modifier | modifier le code]

Après le concile de Constance (1418), il ne put revenir dans sa patrie, à cause de la lutte entre Armagnacs et Bourguignons, et se retira en Bavière. Durant son exil, il composa ses Consolations de la Théologie, ouvrage divisé en quatre livres.

Au bout de deux années il put rentrer en France, mais il ne prit plus aucune part aux affaires publiques, et alla s'enfermer à Lyon au couvent des Célestins, où il s'occupa à composer des livres ascétiques et à enseigner de pauvres enfants. Il mourut en 1429.

Avant son décès, pour un jeune disciple et précepteur du dauphin Louis, Jean Majoris, il écrivit son dernier ouvrage sur l'institution du prince, grâce auquel le futur roi Louis XI était parfaitement capable d'exécuter ses documents administratifs, avec une immense précision[4].

L'œuvre théologique[modifier | modifier le code]

Statue de Gerson à Lyon

Comme théologien, il tente d'élaborer une théologie mystique conceptualisant la mystique chrétienne, principalement celle de pseudo-Denys. Personnage de transition entre le Moyen Âge et la Renaissance, il en réfute certains aspects tout en se plaçant sur leur terrain : recherchant « un accord entre les formalisants et les terministes », il reproche à Jean Duns Scot ou à Giovanni da Ripa de multiplier les essences, d'introduire en Dieu des « formes métaphysiques et des raisons idéales ». Le Dieu qui en résulte est une construction intellectuelle arbitraire à laquelle on tente de soumettre une idée de Dieu confondue à tort avec Dieu lui-même.

Il proteste également contre l'identification platonicienne de Dieu au Bien ou à une nature nécessaire (néo-platonisme) au nom du primat de la volonté et de la liberté divine qui lui apparaît essentielle au christianisme. Sur ce point, il reste fidèle à Guillaume d'Ockham : « Les choses [sont] bonnes parce que Dieu veut qu'elles soient telles, il ne le voudrait plus ou le voudrait autrement que cela même deviendrait le bien ». Autrement dit, le primat de la volonté en Dieu annule toute certitude démonstrative à son sujet. Il ouvre ainsi la voie à une théologie à la fois négative et mystique. S'appuyant sur saint Augustin, Pseudo-Denys l'Aréopagite, saint Bernard ou Richard de Saint-Victor, cette théologie est une étude systématique des expériences contemplatives qu'il nomme « Scientia experimentalis ».

Écrivant en latin pour les savants et en français pour le peuple (les femmes incluses), La Montagne de la Contemplation est une description de l'âme qui s'élève à la vie contemplative en rompant avec l'amour du monde pour ne s'attacher qu'à Dieu seul. Cette élévation a trois degrés :

  1. Pénitence et acceptation des souffrances de la vie active.
  2. Retraite de l'âme qui recherche la solitude et s'humilie volontairement pour s'ouvrir à la grâce.
  3. La contemplation de l'âme ouverte et justifiée par la grâce, rendue agréable à Dieu et la joie spirituelle qui en résulte.

Intéressé par la mystique de Jean de Ruysbroeck qui l'influence, il recule néanmoins devant la fusion de l'âme dans l'essence divine, se sentant lui-même indigne d'union mystique : « Je la laisse aux plus grands ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Ioannis Gersonii, Opera omnia, éd. L. E. du Pin, Anvers, 4 vol., 1706
  • Œuvres complètes, éd. Mgr Palémon Glorieux, Paris et Tournai, Desclée, 1960-1973, 10 vol. en 11 t. T. I : introduction générale. T. II : L'Œuvre épistolaire. T. III : L'Œuvre magistrale. T. IV : L'Œuvre poétique. T. V : L'Œuvre oratoire. T. VI : L'Œuvre ecclésiologique. T. VII : L'Œuvre française, Sermons et discours.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Cinquante-Cinq Sermons et Discours en français (conservés et prononcés de 1389 à 1413) ;
  • Seize Sermons prêchés devant la cour (1389-1397) ;
  • La Montagne de contemplation (1397) ;
  • De restitutione obedientiae (1400) ;
  • De duplici logica (Les deux logiques, 1401) ;
  • Trente Sermons prêchés en paroisse (1401-1404) ;
  • Contra vanam curiositatem in negotio fidei (Deux leçons contre la vaine curiosité en matière de foi, 1402) ;
  • De mystica theologia tractatus primus speculativus. Sur la théologie mystique (rédigé en 1408 à partir de cours datant 1402-1403, publié en 1422/23) ; trad. Marc Vial, Vrin, 2005, 235 p.
  • Neuf Discours ou Sermons de doctrine (1404-1413) ;
  • Vivax Rex, Veniat Pax (avant 1413) ;
  • Consolatio theologiae (1414-1419) ;
  • De auferibilitate papae ab Ecclesia (1417) ;
  • Traités : la Mendicité spirituelle, le Triparti, le Dialogue spirituel, la médecine de l'âme, l'Examen de conscience et la confession, l'Art de bien vivre et de bien mourir, l'A.B.C. des gens simples, parlement secret de l'homme contemplatif à son âme, Vision (posthumes, 1492). Opus tripertitum ("Le livre des Dix commandemens de Nostre Seigneur ou Le mirouer de l'ame", la "Briefve maniere de confession pour jones gens" ou "L'examen de conscience", et "La science de bien morir" ou "Sermon de la consideracion de nostre fin"), texte latin et version fr., édi. Gilbert Ouy, Champion, 1998, LXXXVI-202 p.

Attribution de l' Imitation de Jésus-Christ[modifier | modifier le code]

Des critiques comme Robert Bellarmin, Jean Mabillon ou Jean-Baptiste-Modeste Gence lui ont attribué l'Imitation de Jésus-Christ[N 3]. Sa Consolation, écrite en français, offre en effet une certaine analogie avec le célèbre écrit, selon le Dictionnaire Bouillet. Néanmoins, au fil du XXe siècle, les spécialistes se sont accordés pour infirmer cette hypothèse et attribuer plutôt ce texte à Thomas a Kempis.

Études sur Gerson[modifier | modifier le code]

  • Antoine Thomas, Jean de Gerson et l'éducation des dauphins, 1930.
  • André Combes :
    • Essai sur la critique de Ruysbroeck par Gerson, 3 vol., 1945, 1948, 1959; Paris.
    • Gerson et l'humanisme, Revue du Moyen Âge latin, I, 1945, p. 259 à 284.
    • Jean de Montreuil et le chancelier Gerson. Contribution à l'histoire des rapports de l'humanisme et de la théologie en France au début du XVe siècle, 1942.
  • André Combes, Jean de Montreuil et le chancelier Gerson, Vrin, 1996.
  • Danièle Calvot et Gilbert Ouy, L'Œuvre de Gerson à Saint-Victor de Paris, catalogue des manuscrits, CNRS, 1999.
  • Gilbert Ouy, Gerson bilingue, les deux rédactions, latine et française, de quelques œuvres du chancelier parisien, Honoré Champion, 1998.
  • Isabelle Fabre, La doctrine du chant du cœur de Jean Gerson : Édition critique, traduction et commentaire du « Tractatus de canticis » et du « Canticordum au pélerin », Droz, Genève 2005 (ISBN 978-2-600-01006-1) 661 p[5].
  • Marc Vial, Jean Gerson, théoricien de la théologie mystique, Paris, Vrin, 2006 (ISBN 2-71161842-0).

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • [1] Commentaire de Jean Gerson "De l'imitation de Nostre-Seigneur Jésus-Christ"

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'usage de l'époque était que les étudiants pauvres qui avaient mérité les Palmes Académiques substituassent le nom de leur ville natale à leur nom patronymique.
  2. Au Moyen Âge, les étudiants étaient regroupés par nation en fonction de leurs origines linguistiques.
  3. Au XIXe siècle encore, J. Spencer Smith donne le titre de Collectanea gersoniana à sa recherche bibliographique autour des diverses et nombreuses éditions de l'Imitatio Christi ; voir Collectanea gersoniana ou recueil d’études de recherches et de correspondances littéraires ayant trait au problème bibliographique de l’origine de « L’Imitation de Jésus-Christ », publiées par Jehan Spencer Smith, Caen, Hardel-Mancel, 1842, 334 p.
  1. http://books.google.fr/books,id=pDE-AAAAcAAJ&pg=PA305 p. 305
  2. http://books.google.fr/books?id=pDE-AAAAcAAJ&pg=PA340 Louis Archon, Histoire de la Chapelle des rois de France, tome II, p. 340, Paris 1711
  3. http://books.google.fr/books?id=zUpOAAAAcAAJ&pg=PA459 Jacques Lenfant, Histoire du concile de Constance, tome II, p. 459, Pierre Humbert, Amsterdam 1727
  4. http://books.google.fr/books?id=pDE-AAAAcAAJ&pg=PA389 Louis Archon, Histoire de la Chapelle des rois de France, tome II, p. 389, Paris 1711
  5. http://books.google.fr/books?id=7PE1ZwLgSusC&pg=PAc