Mathieu de Montmorency-Laval

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Mathieu de Montmorency-Laval
Mathieu de Montmorency-Laval.
Mathieu de Montmorency-Laval.

Naissance 10 juillet 1766
Paris, Royaume de France et de Navarre Royaume de France et de Navarre
Décès 24 mars 1826 (à 59 ans)
Grade Maréchal de camp
Conflits Guerre d'indépendance des États-Unis
Autres fonctions Ministre
Membre de l'Académie française
Famille Famille de Laval
Famille de Montmorency

Mathieu Jean Félicité, duc de Montmorency-Laval, né le 10 juillet 1766 à Paris où il est mort le 24 mars 1826, est un militaire et homme politique français.

Député aux États généraux de 1789, Mathieu de Montmorency-Laval émigra en Suisse. Sous la Restauration, il devint maréchal de camp, pair de France, ministre des Affaires étrangères, et fit partie de l'Académie française.

Famille[modifier | modifier le code]

Fils de Mathieu Paul Louis de Montmorency-Laval et Catherine Jeanne Tavernier de Boullongne (1749-1838), apparentée à Joseph Bologne de Saint-George avant de devenir la maîtresse de Talleyrand[1], il épouse, le 12 août 1788, Pauline-Hortense d'Albert de Luynes, née le 2 août 1774. De ce mariage est née Elisabeth de Montmorency, mariée à Sosthène de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, colonel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Il fit ses premières armes en Amérique, dans le régiment d'Auvergne, l'un des meilleurs de l'ancienne armée et surtout un des plus remarquables par la sévérité de la discipline, dont le vicomte de Laval, son père, était colonel.

Les débuts de la Révolution française[modifier | modifier le code]

Lors de la convocation des états généraux de 1789, il fut nommé député par l'assemblée bailliagère de Montfort-l'Amaury, où il siégeait comme grand bailli d'épée. Élève de l'abbé Sieyès et bien qu'apparenté au Grand Aumonier de la cour, il était imbu de principes révolutionnaires. Lorsqu'on décréta la vente des biens du clergé, Montmorency fut des plus ardents à appuyer cette mesure, tandis que Sieyès s'écriait :

« Ils veulent être libres et ne savent pas être justes »

Mathieu de Montmorency avait, lui cinquième, prêté le serment du Jeu de paume ; il avait été des quarante-sept gentilshommes qui se réunirent à la chambre du tiers. Lorsque, dans la séance du 4 août 1789, l'assemblée nationale eut décrété que la constitution serait précédée de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, il s'écria :

« En produisant cette déclaration, donnons un grand exemple à l'univers ; présentons-lui un modèle digne d'être admiré »

Cette proposition fit écarter celle de l'abbé Grégoire, qui voulait au moins qu'on joignît la déclaration des devoirs à celle des droits. Dans la fameuse séance de nuit du même jour, Mathieu monta à la tribune et excita un grand enthousiasme en proposant d'abolir, avec les droits féodaux et les justices seigneuriales, tous privilèges, franchises et immunités de pays, d'États, de villes, de communautés, d'individus. Le 10 septembre il appuya le décret qui portait que le corps législatif ne serait composé que d'une chambre.

« Si l'on adopte, dit-il, le projet d'un sénat, il établira l'aristocratie et conduira à l'asservissement du peuple, surtout si les sénateurs sont inamovibles ou qu'ils soient au choix du roi comme on l'a proposé. »

On l'entendit encore, le 19 juin 1790, s'exprimer ainsi :

« Que toutes les armes et armoiries soient donc abolies, que tous les Français portent désormais les mêmes enseignes, celles de la liberté. »

Il résulta du décret auquel donna lieu cette proposition que, toute noblesse étant abolie, les gentilshommes durent quitter leurs noms féodaux pour prendre le nom plus ou moins vulgaire du premier auteur de leur race ; ce qui exposa ceux-ci à de grands inconvénients d'amour-propre. De là vint que le roi fut nommé Louis Capet.

Mathieu de Montmorency lui-même sentit sa conscience se révolter contre son civisme[2]. Le 12 juillet 1791, Mathieu de Montmorency, qui devait plus tard être un des chefs d'une véritable croisade contre les philosophes du XVIIIe siècle, fit partie de la députation chargée d'assister à la translation des restes de Voltaire ; puis, le 27 août, il appuya la proposition de décerner les honneurs du Panthéon à Jean-Jacques Rousseau.

L'émigration[modifier | modifier le code]

Après la session, il fut pendant quelques mois aide de camp du maréchal Luckner ; mais bientôt, malgré les gages qu'il avait donnés à la révolution, il se vit obligé d'émigrer et se retira en Suisse, à Coppet, auprès de madame de Staël. Telle fut l'origine d'une intimité que plus tard la différence la plus prononcée d'opinions ne put même altérer.

Là il apprit que son frère, l'abbé de Laval, avait péri sur l'échafaud. Rivarol connaissait bien Mathieu de Montmorency quand il disait de lui dans son Petit Almanach des grands hommes de la révolution :

« Le plus jeune talent de l'assemblée, il bégaie ce encore son patriotisme, mais il le sait déjà comprendre, et la république voit en lui tout ce qu'elle veut y voir. Il fallait qu'un Montmorency parût populaire pour que la révolution ce fût complète et un enfant seul pouvait donner ce grand exemple. Le petit Montmorency s'est donc dévoué à l'estime du moment et il a cornée battu l'aristocratie sous la férule de l'abbé Sieyès, etc. »

La mort du père[modifier | modifier le code]

Revenu à Paris en 1795, Mathieu de Montmorency vécut entièrement étranger aux affaires politiques ; il était membre de plusieurs associations bienfaisantes et consacrait tous ses moments à des pratiques de piété et à des actes de charité. Dans la ferveur de sa conversion religieuse et monarchique, ce fut pour lui un vif sujet de chagrin lorsque, en 1808, il vit son père, Mathieu Paul Louis de Montmorency-Laval, vicomte de Montmorency-Laval, nommé par Napoléon Ier gouverneur du château de Valençay, consentir à devenir le gardien de Ferdinand VII et de ses frères. II reprochait d'ailleurs amèrement à l'auteur de ses jours son divorce avec la vicomtesse de Laval, sa mère.

Il y avait quatre ans qu'il n'avait vu son père, quand ce dernier mourut. Dès qu'il fut instruit de cet événement, Mathieu de Montmorency sollicita instamment la permission de jeter de l'eau bénite sur le corps du défunt et resta pendant quatre heures à genoux en prière au pied du cercueil. Au reste, le vicomte de Laval était fort innocent de son divorce, qui avait été demandé par sa femme pendant qu'il était en émigration, dans le dessein de conserver une partie des propriétés de la famille. Au retour de son époux, madame de Laval ayant refusé de rentrer avec lui, ce dernier convola à de secondes noces.

La Restauration[modifier | modifier le code]

Quelque étranger qu'il fût alors à toute intrigue politique, Mathieu de Montmorency n'en partagea pas moins en 1811 l'exil de madame de Staël. Les événements de 1814 le trouvèrent à Paris sous la surveillance de la police impériale. Il se rendit bientôt à Nancy, auprès de Monsieur, depuis Charles X, pour lui annoncer les vœux des royalistes et désormais il ne songea plus qu'à faire oublier aux Bourbons ses antécédents révolutionnaires par des actes de dévouement alors faciles et sans péril.

Les récompenses ne se firent pas attendre ; il devint successivement aide de camp de Monsieur, maréchal de camp en 1814 et chevalier d'honneur de madame la duchesse d'Angoulême en 1815. Pendant les Cent-jours il était à Gand et fut, à la seconde restauration, nommé pair de France. Le 21 mars 1817, à l'occasion de la vente proposée des bois de l'État, il prononça un discours pour désapprouver cette mesure.

On peut rappeler encore :

  1. sa proposition faite le 15 mars 1820, sur la contrainte par corps, dont les développements se trouvent dans le Moniteur ;
  2. son rapport au nom d'une commission sur le projet de loi relatif aux journaux et écrits périodiques, le 25 juillet de la même année.

Ministre des affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Le 13 novembre suivant, il présida le collège électoral de la Sarthe, où il avait pour mission d'écarter la candidature de Benjamin Constant. Nommé le 24 décembre 1821 au département des affaires étrangères, il suivit dans l'administration une direction conforme à ses nouvelles doctrines, et, durant la session de 1822, crut devoir encore une fois rétracter ses anciennes opinions :

« Ma carrière politique, dit-il, était assez connue : l'indulgence de mes amis ne pouvait pas désarmer la sévérité des juges impartiaux ; d'anciennes et naturelles impressions pouvaient n'être pas effacées. Eh bien ! messieurs, je trouvai dans mon roi et dans toute son auguste famille une bonté inépuisable qui, je m'honore d'en être la preuve, est toujours offerte à tous et à laquelle ne saurait jamais assez répondre le dévouement de ma vie entière. »

L'Académie[modifier | modifier le code]

Quelques mois après, Mathieu de Montmorency parut au congrès de Vérone, où, de concert avec M. de Chateaubriand, il détermina la Sainte-Alliance à engager la France à porter les armes en Espagne pour rétablir Ferdinand VII. Cette mission accomplie, il revint à Paris et, le 30 novembre, fut créé duc ; mais, par suite d'un revirement ministériel, il fut remplacé dans le ministère des affaires étrangères par son ami M. de Chateaubriand, qui devait bientôt après succomber comme lui sous l'influence de M. de Villèle. Les dignités de ministre d'État, de membre du conseil privé, de gouverneur du duc de Bordeaux, enfin un fauteuil à l'Académie française, furent pour Mathieu de Montmorency d'amples dédommagements ; mais, on se le demande, quels titres pouvait-il avoir à l'honneur d'élever l'héritier du trône ? Pas plus assurément qu'à celui d'académicien. Aussi de combien d'épigrammes fut-il le sujet ! nous citerons celle-ci :.

« Je chante ce héros qui, par droit de naissance,
S'assit dans un fauteuil à l'Institut de France,
Où l'équitable Auger lui livra de sa main
Le brevet de savant sur un vieux parchemin. »

Il est vrai que Mathieu de Montmorency travaillait au Mémorial catholique, journal qui passait pour ultramontain ; mais ce n'était pas là assurément un titre académique. La critique n'épargna pas à cette occasion madame Récamier), dont l'influence n'avait pas peu contribué à gagner des suffrages au pieux duc.

Son discours de réception sur l'alliance des lettres et de la philanthropie n'avait rien qui pût créer à son auteur même un premier titre littéraire. Il est péniblement élaboré et d'un style obscur.

Mort le vendredi saint, 24 mars 1826

Mathieu de Montmorency figurait parmi les fondateurs de la société des bonnes lettres et de la société des bonnes études. Il avait aussi été un des premiers propagateurs de l'enseignement mutuel en France ; mais, dans son discours de réception où il rappelait avec éloge plusieurs fondations et institutions de bienfaisance, depuis saint Vincent de Paul jusqu'à nos jours, il se garda bien de faire mention de cette méthode utile et populaire. Une mort subite l'enleva le vendredi saint, 24 mars 1826, au moment où il faisait ses prières, dans l'église de Saint-Thomas d'Aquin, sa paroisse.

Alors les inconséquences du grand seigneur converti furent oubliées : tous les organes de la presse, quelle que fût leur couleur, se réunirent pour rendre hommage aux vertus réelles, à la franchise, à la bonne foi du défunt et surtout à sa bienfaisance. Il fut inhumé à Picpus, à côté de l'abbé de Laval, son frère. Aucun discours ne fut prononcé sur son cercueil, selon la coutume qui s'observe aux cimetières placés dans l'enceinte des couvents.

L'éloge du duc Mathieu de Montmorency a été fait à l'Académie française par M. Guiraud, son successeur, et par de Gérando devant l'assemblée générale de la société pour l'instruction élémentaire, le 5 avril 1826, (brochure in-8°).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

On a publié vers la même époque : Notes sur M. le duc Mathieu de Montmorency, broché. in-8° de 19 pages. Ce sont quelques anecdotes. Nous citerons encore une Notice sur la vie de M. le duc de Montmorency, par M. Vétillard, vice-président de la société d'agriculture du Mans, le Mans, 1826, in-8° de 19 pages. En il avait paru un recueil de chansons en l'honneur de Mathieu de Montmorency, sous ce titre : Hommage à M. le vicomte de Montmorency, pair de France, inspecteur général des gardes nationales de Loir-et-Cher (Vendôme, 1816, in-8°, de 17 pages).

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

A la télévision[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jeanne Tavernier de Boullongne, sur geneanet.org
  2. L'anecdote suivante eu fait foi. Rivarol, deux mois après cette abolition de la noblesse, entra au café Valois où se trouvaient Barnave, Morris, plénipotentiaire des États-Unis, Mathieu de Montmorency et quelques autres députés. « J'ai l'honneur de saluer monsieur Mathieu Bouchard » lui dit le caustique bel esprit. Mathieu, prenant son nom en mauvaise part, finit par dire : « Vous avez beau faire et insister sur l'égalité, vous n'empêcherez pas que je ne vaille infiniment mieux, par ma naissance, qu'un bourgeois de la rue Saint-Denis ; que mon nom, connu du monde entier, ne soit distingué entre tous les autres ; que les roturiers ne lui portent considération et respect et que ma naissance ne soit un titre positif, car enfin je descends d'Anne de Montmorency, qui fut connétable ; je descends d'Anne de Montmorency, qui fut maréchal de France ; je descends d'Anne de Montmorency, qui épousa la veuve de Louis le Gros ; et je descends - Eh ! mon cher Mathieu, interrompit Rivarol, pourquoi êtes-vous donc tant descendu ? »

Lien externe[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

« Mathieu de Montmorency-Laval », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]