École mutuelle

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Bas-relief d'Aimé Millet (1850), sur la façade de L'Asile, École mutuelle, École des parents au 85, rue de Vaugirard (Paris) ; sur la gauche, deux élèves s'enseignent mutuellement.

L'École mutuelle est le nom générique donné à la méthode d'enseignement qui se développa en France dès 1747, puis en Grande-Bretagne vers 1795, aussi connu sous le nom d'enseignement mutuel. Ce modèle se diffusa au début du XIXe en Europe : en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne et en France à partir de 1815.

Explication de la méthode mutuelle[modifier | modifier le code]

C'est grâce à l'écossais Andrew Bell que, vers 1795, le concept d'enseignement mutuel put être expérimenté avant de se répandre plus largement.

Bell déclara l'avoir découvert lors d'un séjour à Madras en Inde. Pourtant, dans l'annuaire du département de la Haute-Vienne de 1823, on pouvait lire :

« Dès l'année 1747, ce mode d'instruction était en vigueur à Paris, dans une école de plus de 300 élèves, établie, par M. Herbault, à l'hospice de la Pitié, en faveur des enfants des pauvres. Des témoins oculaires, dignes de foi, ont cité avec éloge, en différentes occasions, les succès obtenus alors par cette méthode, qui, malheureusement, ne survécut pas à son fondateur. En 1772, la charité ingénieuse du chevalier Paulet, conçut et exécuta le projet d'appliquer une semblable méthode à l'éducation d'un grand nombre d'enfants, que la mort de leurs parents laissait sans appui dans la société. Ses généreux efforts ayant attiré les regards de Louis XVI, bientôt la munificence éclairée de ce vertueux prince, permit au bienfaiteur de l'orphelin, d'asseoir son établissement sur une base à la fois plus solide et plus étendue. Transportée en Angleterre, durant nos troubles politiques, la méthode de l'enseignement mutuel y a été mise à l'épreuve pendant vingt années consécutives, et n'a dû qu'à l'évidence de ses succès d'être enfin adoptée généralement par une nation dont il est difficile d'égarer l'opinion en matière d'intérêt public. De retour en France, elle a subi des modifications importantes à la faveur desquelles peu d'années ont suffi pour lui concilier le suffrage des meilleurs esprits et la protection du gouvernement[1]. »

Dans l’école mutuelle, l'organisation est totalement différente des méthodes d'enseignement simultané qui prévalaient alors : un seul maître est nécessaire pour faire fonctionner une école jusqu'aux limites d'ordre architectural concernant la capacité d'accueil du bâtiment (jusqu'à plus de 800 élèves). Ce système peut fonctionner à plusieurs étages, avec des moniteurs généraux, des moniteurs intermédiaires etc., jusqu'au niveau le plus bas des élèves débutants, tout le monde apprenant à son niveau et enseignant au niveau inférieur. Ainsi «Un enfant y trouve par définition toujours une place qui correspond à son niveau… Les moniteurs ne sont que provisoirement les premiers dans le précédent exercice de la même matière »[2], et non pas les meilleurs élèves ou les plus âgés comme il sera de règle par la suite.

Le maître unique, juché sur son pupitre commande toute cette organisation, les élèves étant installés sur de longs pupitres mobiles, organisés en configuration variables suivant les matières et les groupes de niveau. La méthode introduit une innovation capitale : l'apprentissage concomitant de la lecture et de l'écriture, et fait appel à des outils pédagogiques encore peu usités, comme l'ardoise qui économise le papier ou les tableaux muraux autour desquels les groupes font cercle au moment prescrit.

Cette pédagogie active et coopérative fonctionne assez bien et permet d'apprendre à lire et à écrire en deux ans, au lieu des cinq ou six ans requis dans l'enseignement reposant sur la méthode en usage jusqu'alors.

Histoire[modifier | modifier le code]

Aquarelle de Giovanni Migliara représentant l'application de la méthode Lancaster-Bell à Milan vers 1820.

Diffusion en Europe[modifier | modifier le code]

La méthode d'Andrew Bell fut appliquée en Grande-Bretagne par Joseph Lancaster dans une école qu'il fonda à Southwark. Elle se diffusa en Europe au début du XIXe siècle.

Elle fut introduite en Suisse par Grégoire Girard, père franciscain et pédagogue fribourgeois, qui fonda la première école mutuelle à Fribourg en 1816, son succès fit que bon nombre des écoles mutuelles suisse prirent son nom : girardinen[3].

L'enseignement mutuel fut interdit par le pape Léon XII en 1824 [Pourquoi ?] [3].

Contexte historique en France[modifier | modifier le code]

Dès 1815 et le retour de la paix, un climat favorable se présente en France pour réaliser les exigences naissantes de l'instruction publique populaire, que les idées de la Révolution française avaient promues mais pas réalisées pour des raisons matérielles, et ébauchées pendant le Premier Empire.

Jusque-là, les méthodes d'enseignement étaient restées très traditionnelles, à l'instar des règles dites de la « méthode simultanée », édictées dès 1684 par Jean-Baptiste de la Salle pour les Frères des Écoles chrétiennes : division par niveau, place fixe et individuelle, discipline stricte, travail répétitif et simultané surveillé par un maître inflexible. Pour faire fonctionner ce système organisé, un personnel important et des locaux adaptés sont nécessaires. Concernant la notion de « travail répétitif », on doit cependant signaler que, dès le dernier quart du XVIIIe siècle et avant, l'enseignement « par principes et non par routine » apparaissait dans les différentes disciplines scolaires[4].

Les congrégations religieuses ayant été à nouveau autorisées à organiser l'enseignement, elles prennent un rapide essor, qui déplaît aux milieux libéraux et anti-cléricaux. Afin d'apporter une alternative à l'enseignement d'inspiration religieuse, une volonté d'instruction publique laïque, également d'émancipation sociale, se développe. Cela se concrétise dans la création d'une association, la Société pour l’instruction élémentaire (SIE), qui essaime rapidement dans la plupart des départements. L'un de ses premiers présidents est l'Abbé Gaultier (~1746 - 1818)[5].

Mais le programme de création d'écoles engagé par la SIE se heurte à une grave pénurie de maîtres. Afin de pallier ces difficultés, une nouvelle méthode d'enseignement, l'enseignement mutuel, dont le modèle est importé d'Angleterre, est promue. Les écoles pratiquant cette méthode sont appelées Écoles mutuelles.

Dans les années qui suivent la révolution de 1830, plus de 2 000 écoles mutuelles existent, principalement dans les villes, en concurrence avec les écoles confessionnelles. En 1828, un ministère de l'Instruction publique est créé. En 1833, François Guizot, ministre de Louis-Philippe, promeut une nouvelle loi visant à organiser l'éducation primaire, et à contrôler la formation des maîtres par la création d'écoles normales. Il tranche aussi, sur les méthodes pédagogiques, pour l'enseignement simultané des écoles lasalliennes, au détriment de l'enseignement mutuel, qui, dès lors, entame un recul, qui le mène en quelques années à la marginalisation.

Hommage[modifier | modifier le code]

Dans un écrit de jeunesse, en 1819, Victor Hugo a soumis au concours de l'Académie française une poésie intitulée Discours sur les avantages de l’Enseignement mutuel[6]; deux extraits :

"J’écoute mal un sot qui veut que je le craigne,
Et je sais beaucoup mieux ce qu’un ami m’enseigne"
"Vois-les, près d’un tableau, sans dégoûts, sans ennuis,
Corrigés l’un par l’autre, et l’un par l’autre instruits ;"

Héritage de l'enseignement mutuel[modifier | modifier le code]

Lernen durch Lehren (LdL)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lernen durch Lehren.

Sans que les auteurs se soient appuyés sur la tradition décrite ci-dessus, le principe de l'enseignement mutuel a été « redécouvert » dans les années 1980 en Allemagne dans le cadre du français langue étrangère. La méthode, posée sur des bases psychologiques et pédagogiques modernes, est largement répandue en Allemagne sous le nom de Lernen durch Lehren (LdL) (apprendre en enseignant), et est appliquée dans toutes les matières et à tous les niveaux d'enseignement, de l'école élémentaire à l'université[7].

Réseau d'échanges réciproques de savoirs[modifier | modifier le code]

En Inde et sur le Web[modifier | modifier le code]

Marc Tirel, dans son article "La puissance inquiétante de l’école mutuelle"[8] fait un rapprochement entre l'école mutuelle et l'expérience de Sugata Mitra, professeur anglais d’origine indienne qui a mené une expérience de dix ans en Inde, "The Hole in the Wall", dont le concept "Minimally Invasive Education" réinscrit l’enseignement mutuel comme processus pédagogique redoutablement efficace. Sa méthode est celle de Self Organised Learning Environment (SOLE) utilisant à la fois l’apprentissage par les pairs et l’apprentissage coopératif. Voir la vidéo "Sugata Mitra shows how kids teach themselves"[9].

Marc Tirel, dans le même article fait mention de deux expériences en cours, l'une à Lyon est l’université partagée "Lyon Zéro"[10] dont le slogan est : "Déscolarisons la connaissance pour en faire un bien commun permanent et accessible à tous" ; et l'autre est "P2PU"[11] est sur le web, en formation ouverte et à distance, tout un chacun peut devenir enseignant ou apprenant, utiliser les cours en ligne ou en créer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. annuaire du département de la Haute-Vienne de 1823 éditions L. Barbou et J.B. Bargeas, Limoges
  2. L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?, Anne Querrien, Les Empêcheurs de penser en rond, 2005
  3. a et b « Enseignement mutuel » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  4. Cf. par exemple, Annonces, Affiches et Avis divers de l’Orléanois. 20 septembre 1776, p. 161 : « Le Sr. Clauda donne avis qu'il enseigne à lire, à écrire & l’arithmétique, par principes, ainsi que le Plain-chant » ; Id. 27 février 1789, p. 43 : « Le Sr. Sivestre, Musicien de [la cathédrale] Sainte-Croix, enseigne avec succès la Langue Italienne par principes » ; Médiathèque d'Orléans. Rés. E 18175 : Lycée des arts réunis Pour l’instruction des jeunes gens (Prospectus, Orléans, Darnault-Maurant, s. d. [début du XIXe siècle]), p. 1 : « Quelqu'instrument connu qu’il plaise à l’élève d’adopter, le citoyen Martin Nioche [ancien organiste à Orléans, né vers 1750] se chargera de le diriger. Si cet élève a reçu de la nature une voix sonore ou flexible, sous ce professeur il apprendra le grand art de la régler par principes et non par routine ». Cf. État-civil d'Orléans. 25 pluviôse an II (13 février 1794). no 320. Mariage de François Granger, organiste avant la Révolution.
  5. http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2785
  6. http://fr.wikisource.org/wiki/Discours_sur_l%E2%80%99Enseignement_mutuel#
  7. Jean-Pol Martin (1989) : Quand les élèves font la classe, in Le Français dans le monde, no 224 (1989), 51-55
    Jean-Pol Martin (1991) : Élèves dans un monde complexe. Pour un cursus fondé sur la psychologie de la cognition, in : Albert Barrera-Vidal (1991) : Actes du Colloque international "Enseigner le français langue seconde. 26 et 27 avril 1988. Château de Colonster, 55-68
    Jean-Pol Martin (2004) : Lernen durch Lehren : quand les apprenants font la classe, in : Les Cahiers de l'APLIUT, vol. XXIII, no 1, février 2004, 45-56. PDF
  8. disponible en ligne
  9. "Sugata Mitra montre comment les enfants apprennent les uns des autres". [1]
  10. Le site de l'Université partagée Lyon Zéro
  11. Le site de P2PU

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]