Marquis de Morès

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Le marquis de Morès, en tenue de lieutenant de dragons

Antoine-Amédée-Marie-Vincent Manca-Amat de Vallombrosa, connu sous son titre de marquis de Morès, est un aventurier et activiste politique français, né le 14 juin 1858 et mort le 9 juin 1896 à El Ouatia, en Tunisie.

Les Manca-Amat de Vallombrosa[modifier | modifier le code]

La famille Manca-Amat est une très vieille famille originaire de Sassari dans le royaume de Sardaigne qui vécut sous domination espagnole jusqu’en 1713, devint alors autrichienne puis, à partir de 1720, savoyarde.

À cette dernière occasion, le duc de Savoie obtint le titre royal; Don Antonio Manca-Amat, marquis de Morès et de Montemaggiore, reçut en 1775 du roi Victor-Amédée III, contre le paiement de 70 000 livres savoyardes, le titre de duc d’Asinara, nom d'une île de Sardaigne.

Un sien neveu obtint de Victor-Emmanuel Ier de le changer en "Vallombrosa", nom d'une localité voisine de l’île.

Le grand-père du marquis de Morès, Vincenzo Manca-Amat, n’ayant pas réussi à faire échouer un complot contre le roi Charles-Félix, voit ses biens confisqués par la Couronne et s’exile en France dans les années 1820. Il épouse à Paris, le , Claire de Galard de Brassac de Béarn (1809-1840) avant de rentrer en 1832 en possession de ses biens; il meurt le .

Son fils Richard (Riccardo) Manca-Amat (Paris, 1834 – Pouilly-sur-Loire, 1903), duc de Vallombrosa et d'Asinara, épouse en 1857 Geneviève de Pérusse des Cars (Paris, 1836 – Abondant, 1886), fille d'Amédée François Régis Pérusse des cars , 2e duc des Cars général qui en juin 1830 avait commandé la 3e division lors de la conquête de l'Algérie.

À vingt-deux ans, Richard a mené une expédition à travers l’Inde; en 1858 il acquiert d'un riche anglais un palais à Cannes, qu'il vendit en 1893.

Le couple aura quatre enfants, trois fils dont deux, Antoine et Amédée de Vallombrosa, vécurent, et une fille Claire, comtesse Lafond.

Les premières années[modifier | modifier le code]

Antoine fait ses études à Cannes au collège Stanislas puis se présente à Saint-Cyr dont il sort breveté, en 1878, comme lieutenant de cavalerie, promotion Plewna. Il a eu pour condisciple Philippe Pétain, et Charles de Foucauld comme compagnon de chambrée[1].

Il étudie à l'école de cavalerie de Saumur et est envoyé en Algérie où il participe à une expédition contre une rébellion. Il y livre son premier duel. À sa majorité, il reçoit le titre de marquis de Morès et de Montemaggiore.

En 1882 il quitte l’armée et il est versé dans le cadre de réserve du 22e dragons.

Le 15 février 1882 au château de La Bocca, propriété de sa belle-famille à Cannes, il épouse Medora von Hofmann (1856-1921), fille du baron Louis, riche banquier new-yorkais; le Prince de Galles, futur Édouard VII, hôte assidu de la Baronne Athénaïs von Hoffman et de nombreux membres de l’aristocratie internationale assistent, en l’église Sainte-Marguerite, au mariage qui donne lieu à une somptueuse cérémonie.

L’aventure américaine[modifier | modifier le code]

Medora von Hoffman

Il part en 1883 pour les États-Unis et après avoir travaillé dans la banque new-yorkaise de son beau-père, s’établit dans les badlands au Dakota du Nord où il fonde une ville qu’il baptise du nom de sa femme, Medora. Il crée un ranch et une compagnie de diligences. Il eut plusieurs duels au pistolet, fut arrêté à plusieurs reprises pour meurtres et toujours acquitté. Il faillit même se battre avec son voisin Theodore Roosevelt. Il organisa des poursuites contre des voleurs de bétail.

Il se livre à l’élevage intensif du bétail. Au lieu d’envoyer les bœufs à Chicago, il imagine de créer son propre abattoir à Medora et alimenter directement les boucheries du pays. Difficulté de trouver du bétail de qualité, lutte avec les barons de la viande de Chicago, ainsi que la coalition des éleveurs et des banques juives[2], son affaire décline et il rentre en France en 1886 ruiné.

La maison qu’il construisit alors comme pavillon d’été et de chasse est aujourd’hui un musée Le Château de Mores et fait partie d’un domaine qui inclut également le de Mores Memorial Park.

Au Tonkin[modifier | modifier le code]

Sur les conseils de son père, il s’embarque, en novembre 1887, avec sa femme à Marseille pour Bombay; ils se rendent ensuite à Calcutta, puis au Népal et rentrent en France au printemps 1888. C'est sur le bateau du retour où se trouvent de nombreux officiers rentrant du Tonkin qu'il imagine alors divers projets dont celui de la construction d'un chemin de fer de la frontière chinoise au golfe du Tonkin.

Il obtient des autorités de pouvoir étudier son projet et quitte Marseille le 21 octobre 1888. En escale à Hong Kong il aurait eu un duel avec un autre aventurier français, Marie-Charles David de Mayrena, l’auto-proclamé "roi des Sedangs".

En 1889 il est rappelé en France, Ernest Constans, premier Gouverneur général de l'Indochine, qui s’oppose à cette réalisation, ayant été nommé Ministre de l’intérieur pour lutter contre le général Boulanger.

En France[modifier | modifier le code]

Morès se lance alors dans la politique et fonde la Ligue antisémitique de France avec Édouard Drumont et à sa disparition, il fondera en mars 1891 sa propre organisation, Morès et ses amis.

De par son activité en Amérique, il s’intéresse au sort des bouchers de l’abattoir de La Villette qui vont constituer sa "troupe de choc" pour les combats de rue, portant un sombrero et une chemise rouge de cow-boy; il mène les actions et tient des meetings avec Jules Guérin.

Il rejoint Drumont comme rédacteur à La Libre Parole et lance en mars 1892 une campagne antisémite accusant un groupe de bouchers juifs d'avoir fourni de la viande avariée à l’Armée[3]. En juin 1890, il est condamné à trois mois de prison pour ses écrits.

Duel du marquis de Morès contre le capitaine Mayer

Il multiplie les duels, d’abord avec le journaliste et député de gauche Ferdinand-Camille Dreyfus, et tue le capitaine Armand Mayer[4] qui s'était insurgé contre une série d'articles dans La Libre Parole critiquant la présence de Juifs dans l'armée française. L'avocat Edgar Demange, qui défendra plus tard le capitaine Dreyfus, obtint son acquittement.

Ennemi de Georges Clemenceau, Morès participe en 1893 à la campagne haineuse menée contre le député sortant du Var, en contribuant notamment à l'exploitation du « faux Norton » destiné à présenter le grand orateur radical comme un agent stipendié de l'Angleterre.

Sa mort[modifier | modifier le code]

Devant l'émotion soulevée par la mort de Mayer, mais surtout parce que Clemenceau révèle que Morès a emprunté de l’argent au banquier juif Cornelius Herz, associé au scandale de Panama, il part pour l’Algérie où il fonde en 1894 le « Parti antisémite algérien », pensant se rallier les musulmans.

Pour combattre l’hégémonie anglaise en Afrique, à la suite de la crise de Fachoda, il imagine de réunir des tribus nomades, en particulier à travers les confréries des Senoussis et des Tidjane. Il décide de se rendre en Tunisie en mars 1896. Malgré l’opposition du résident général Millet, il organise une caravane pour se diriger vers la frontière libyenne. Il reçoit l'assistance du Cheikh Mohammed ben Otsmane El Hachaichi, un érudit tunisien francophile, qui propose de l’accompagner pour le présenter au chef de la confrérie Senoussis.

En route il recrute des Touaregs et renvoie les Tunisiens, mais trompé par ces derniers, il est tué le 9 juin au lieu-dit "El Ouatia", à la frontière de la Tunisie et de la Libye. Sa dépouille est ramenée le 2 juillet à Kebili. L’affaire fait grand bruit, Medora von Hoffman fait déclencher une enquête avec l'aide du député Jules Delahaye, les assassins sont arrêtés et l’un d’eux condamné à mort mais gracié sur demande de Medora.

Ses obsèques sont célébrées à la Cathédrale Notre-Dame de Paris le dimanche en présence de Georges Louis Humbert, représentant du Président de la République Félix Faure ; Le duc d'Orléans était présent, ainsi que de nombreux militaires et députés. Maurice Barrès, Edouard Drumont et Jules Guérin firent son éloge funèbre[5].

D'abord inhumée au cimetière Montmartre, sa dépouille fut transférée au cimetière du Grand Jas à Cannes, où sa tombe est ornée de son portrait et de celui de sa femme par Prosper d'Épinay.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-François Six, Charles de Foucauld autrement, France, Desclée de Brouwer, coll. « Biographie »,‎ octobre 2008, 447 p. (ISBN 978-2-220-06011-8), p. 20
  2. Georges Bernanos, La Grande peur des bien-pensants, Grasset, 1931, in Enquête sur l'histoire, N°6, printemps 1993, Le marquis de Morès et la ligue antisémitique, p.17
  3. Eric Fournier, La Cité du sang, Paris, Libertalia, 2008
  4. Ile de la Jatte, 23 juin 1892
  5. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k283713s/f2.image.langFR

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Félicien Pascal, L'assassinat de Morès ; un crime d'État (Imprimerie Hardy & Bernard, Paris, 1902);
  • Jules Delahaye, Les assassins et les vengeurs de Morès, 3 volumes (éditions Victor Retaux. Paris, 1905);
  • Arthur Bernède, L'assassinat du Marquis de Morès (Paris, 1931).
  • Charles Droulers, Le Marquis de Morès 1858-1896 (Plon, Paris, 1932);
  • René Fraudet (pseud. Pierre Frondaie), L'Assassinat du marquis de Morès (Éditions Émile-Paul frères, 1934);
  • R. Bauchard, Le père de Foucauld et le marquis de Morès à l'École de cavalerie de Saumur (Imprimerie Girouard et Richou, Saumur, 1947);
  • Alain Sanders, Le Marquis de Morès, un aventurier tricolore 1858-1896 (éd. Godefroy de Bouillon, 1999;
  • Antonio Areddu, Il Marchesato di Mores : Le origini, il duca dell'Asinara, le lotte antifeudali, l'abolizione del feudo e le vicende del marquis de Morès (Cagliari, Condaghes, 2011).

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