L'Interprétation des rêves

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L'interprétation du rêve
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Auteur Sigmund Freud
Genre Psychologie
Pays d'origine Drapeau de l'Autriche Autriche
Lieu de parution Vienne
Éditeur Franz Deuticke
Date de parution 1900

L'Interprétation des rêves (Die Traumdeutung) est un ouvrage de Sigmund Freud publié fin 1899, mais daté de 1900, son auteur voulant l'ancrer dans le nouveau siècle[1]. D'une part il s'agit d'un moment de systématisation de la théorie analytique, qui deviendra la métapsychologie, et d'autre part ce fut un livre qui fit connaitre la psychanalyse, non sans faire émerger moult critiques.

Fonction freudienne du rêve[modifier | modifier le code]

Pour Sigmund Freud et selon le principe du déterminisme psychique, le rêve, loin d'être un phénomène absurde ou magique, possède un sens : il est l'accomplissement d'un désir. Il a pour fonction de satisfaire le rêveur. Cette fonction du rêve constitue des renseignements quant aux désirs du rêveur. Selon Freud, le rêve est l'accomplissement d'un désir inconscient. Son sens doit être interprété. Le rêve se présente alors comme un moyen de connaître la névrose.

Freud écrira en 1921 que si ce livre avait jadis pour rôle d'informer, « il lui faut maintenant remédier, avec tout autant de soins, à l'incompréhension têtue que rencontre cette information ».

Liste indicative des chapitres du livre[modifier | modifier le code]

  1. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve.
  2. La méthode d'interprétation des rêves. analyse d'un exemple de rêve.
  3. Le rêve est un accomplissement de désir.
  4. La déformation dans le rêve.
  5. Le matériel et les sources du rêve.
  6. Le travail du rêve.
  7. Psychologie des processus du rêve.
La résolution du complexe d'Œdipe lors du travail du rêve.

Méthode d'interprétation[modifier | modifier le code]

Freud propose l'une des premières descriptions de la méthode propre à l'interprétation analytique. De fait, il décrit la règle de l'association libre qui restera, encore aujourd'hui, l'un des piliers essentiels de la pratique psychanalytique. Freud prend appui pour indiquer ce qu'est la technique de l'interprétation[2] plusieurs de ses propres rêves : Le rêve de l'injection faite à Irma[3], est le plus essentiel, celui qui lui sert de référence, mais il y en a d'autres encore. Par exemple Le rêve du Conte de Thun[4], qui rend compte de l'érotisme urétral de Freud ainsi d'ailleurs que le rêve dit du W.C de campagne[5]. Si Freud nous indique qu'il a avant tout choisi ses propres rêves, c'est parce que choisir d'autres rêves de névrosés aurait nécessité d'autres détours théoriques pour rendre compte des liens du rêve avec les symptômes. Mais il n'empêche qu'il en rapporte quelques-uns, celui par exemple d'une jeune femme agoraphobique, qui dans son rêve, s'était fabriqué un chapeau avec les organes génitaux de son mari, et pour se protéger de son désir de se laisser séduire par de beaux militaires[6].

Le rêve ne révèle pas l'avenir : il ne s'agit pas d'un présage sur lequel le rêveur pourrait s'appuyer. Au contraire, le rêve révèle, justement, le passé, celui du rêveur. Le désir inconscient correspond à la sexualité infantile, énigme dont le névrosé ne comprend plus les éléments, qu'il refuse de concevoir, ces représentations inconscientes étant inconciliables avec les exigences de la conscience.[réf. nécessaire]

Accomplissement de désir et déformation[modifier | modifier le code]

Le rêve comme le rêveur le raconte est appelé le contenu manifeste. Il accomplit un désir refoulé. L'interprétation a pour but de déceler ce contenu latent.

L'idée du rêve comme un symptôme, à la fois réalisant un désir et s'en défendant, décrit tout à fait la base de la psychopathologie propre à la psychanalyse. Le symptôme y est étudié comme formation de compromis.

Freud décrit le rêve comme une précieuse source d'information quant à la névrose. Cependant, la technique de l'association libre, amènera les psychanalystes à formuler de nombreuses théories qui en retour enrichiront leur compréhension du rêve.

Freud, par exemple, note en 1911 qu'au moment de la parution de Die traumdeutung il n'y avait pas encore de théorie de la sexualité - les essais sur la théorie sexuelle étant parus en 1905.[réf. nécessaire] Si Freud étudie déjà un matériel inconscient donc infantile, il n'a pas encore développé sa théorie de la psychosexualité infantile.

Le symbolisme sera largement retravaillé par la suite, Freud donne des équivalences : par exemple un chapeau peut représenter les organes génitaux mâles, ou un enfant peut symboliser le phallus. Cette dernière équivalence inconsciente sera d'ailleurs largement enrichie par la suite, étant posée l'équation

  • enfant = phallus = fèces

Si le symbolisme sexuel est largement utilisé par la communauté analytique[réf. nécessaire], cependant la particularité de l'interprétation analytique demeure de rester fidèle au discours du patient plutôt que de l'interpréter sans lui. Les symboles répertoriés par Freud correspondent souvent à des fragments d'analyses.

Travail du rêve[modifier | modifier le code]

Le rêve est en fait connu seulement à travers un contenu manifeste. Mais ce contenu est, précisément, ce qui n'intéresse pas la psychanalyse, les données pertinentes étant celles qui sont voilées, cachées[réf. nécessaire], et que l'on nomme contenu latent. Encore faut-il préciser les opérations psychiques qui font passer du contenu latent - désirs inconscients - à ce contenu manifeste devenu si peu intéressant.

Le reste diurne : tout rêve est lié aux événements de la journée qui vont faire appel à des souvenirs inconscients plus ou moins anciens.[réf. nécessaire]

La figurabilité : la transformation d'une idée en image. Le rêve représente le désir inconscient en images.[réf. nécessaire]

Le déplacement est l'opération qui voile ce qui a vraiment de l'intérêt. Ce qui fait l'inconscient est présenté comme un élément peu important, tandis que ce qui fait l'essentiel d'un rêve ne correspond que peu aux désirs inconscients. Le déplacement, plus techniquement, est le fait qu'un affect, associé à une représentation - par exemple l'excitation liée à un corps nu - se déplace et s'associe à une autre représentation moins gênante, comme celle d'un beau paysage.[réf. nécessaire]

La condensation est le fait que plusieurs représentations s'amalgament et n'en font plus qu'une. Ainsi, un seul élément du rêve peut bien correspondre à plusieurs éléments inconscients. Cette théorie fait d'ailleurs l'une des particularités de la métapsychologie, qui envisage un même élément sous plusieurs angles, et qui l'interprète en fait plusieurs fois.[réf. nécessaire]

La figuration, ou prise en considération de la figurabilité, est aussi appelée élaboration secondaire. Elle est la forme narrative du rêve, qui peut présenter un scénario structuré, là où le désir inconscient s'en moque bien. Tout l'effort de romancer le rêve fait oublier ce qui intéresse vraiment le rêveur.[réf. nécessaire]

Freud donnera de plus en plus d'importance à ce mécanisme. Le symbolisme sera de plus en plus étudié : Freud notera quels éléments représentent en fait quelle autre chose. Par exemple, selon Freud, le rêve de fuite à travers des chambres est «un rêve de maison close ou de harem».[réf. nécessaire]

Contenu latent[modifier | modifier le code]

Selon Freud[réf. nécessaire], « Le désir représenté dans le rêve est nécessairement infantile ». Le contenu latent renvoie donc à la sexualité infantile. Freud théorise, au moment de décrire le rêve, l'inconscient comme le lieu des processus primaires. La satisfaction de la pulsion n'y est pas ajournée, mais a lieu sur le mode hallucinatoire. De plus, la pulsion n'y est pas symbolique, au sens où les représentations de choses ne sont pas attachées à des représentations de mots. Le rêve s'avère alors le moyen de théoriser ce qui deviendra une métapsychologie.

Les théories ultérieures de la psychanalyse donneront crédit à l'hypothèse d'une pulsion de mort : le contenu latent pouvant bien alors renvoyer à des souhaits d'anéantissement de soi ou d'autrui.

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon le psychologue, sociologue et essayiste G. William Domhoff[7]l'idée selon laquelle l'association libre permet d'accéder au contenu latent du rêve est infirmée par des travaux de psychologie expérimentale. Le neuropsychiatre Allan Hobson a critiqué l’ouvrage de Domhoff en lui reprochant de méconnaître les mécanismes neurobiologiques qu'il étudie[8]

Pour le psychologue cognitiviste David Foulkes, l'idée selon laquelle l'association libre permet d'accéder au contenu latent du rêve est infirmée par des travaux de psychologie expérimentale qui ont conclu au caractère arbitraire de cette méthode[9] Drew Westen (en) remarque que Foulkes partage des points de vue avec la théorie de Freud, notamment qu'il existe un contenu latent et un contenu manifeste qui en est la transformation, et que cette transformation relève d'un langage à déchiffrer[10].

Selon le neurologue Bernard Lechevalier, il n'y a pas d'impossibilité neuronal de la conception psychanalytique du rêve[11]. Selon le neuroscientifique Winson, l’association libre de Freud est une méthode valide qui permet l'accès au contenu latent[12].

Selon R. Wilcocks, l'analyse du rêve de l'injection faite à Irma, qui doit illustrer la méthode de l'association libre, comporte une allusion à une maladie grave dont souffrit en 1897 la fille aînée de Freud. Or, Freud déclare avoir fait ce rêve en 1895, l'analyse de ce rêve serait est une construction ad hoc, et non une illustration de l'association libre[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eli Zaretsky entretien, Vie et Destin de la Psychanalyse, Hors Série Le Monde, Page 70
  2. Aux sources du rêve de Liliane Fainsilber
  3. L'interprétation des rêves, p.98
  4. L'interprétation des rêves, p. 184
  5. p. 399
  6. rêve d'une agoraphobique, p. 309, 310
  7. Domhoff G.W.,The scientific study of dreams, American Psychological Association, 2003
  8. J. Allan Hobson, « Book Review: The Scientific Study of Dreams, by G. William Domhoff. APA Press, 2002 » in Dreaming, September 2003, Volume 13, Issue 3, pp. 187-191
  9. (en) Foulkes D., A grammar of dreams (1978), Basic Books, 1998.
  10. « Une perspective cognitive qui partage bien des points de vue avec la théorie de Freud, est la perspective cognitive proposée par un chercheur qui étudia le rêve, David Foulkes (...). Foulkes comme de nombreux psychologues psychodynamiques contemporains, ne se contente pas de la conclusion relative à signification latente du rêve, à savoir un désir inconscient. Il propose à la place que les rêves soient simplement l'expression de préoccupations courantes d'un type ou d'un autre, traduites dans un langage ayant sa propre grammaire spécifique. » Drew Westen, Psychologie : pensée, cerveau et culture, De Boeck Supérieur, 2000, p. 496
  11. « Comment l’inconscient psychanalytique peut-il être perçu par un neurologue ? [...] Quant au rêve, état original “ni veille, ni sommeil”, nous ne voyons pas d’obstacle neurologique à le considérer comme une forme de pensée particulière, non aléatoire, utilisant un mode symbolique correspondant à l’activation d’ensembles de réseaux préformés pendant les stades de sommeil paradoxal » in Séverine Lestienne et Françoise Lotstra « Neuroplasticité et inconscient, sujets d'articulation entre psychanalyse et neurosciences », Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2/2009 (n° 43), p. 35-45, DOI:10.3917/ctf.043.0035
  12. J. Winson, Brain and psyche, Double Day, New York, 1985, p. 153
  13. R. Wilcocks, Maelzel's Chess Player. Sigmund Freud and the Rhetoric of Deceit, Lanham, Rowman & Littlefield, 1994, p. 246-257.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sigmund Freud : Die Traumdeutung (1899-1900), trad. : L'interprétation du rêve, dans Œuvres complètes, T. IV, PUF, 2003, 759 p. (ISBN 213052950X) (L'injection faite à Irma).
  • Sigmund Freud : Über den Traum (1901), trad. : Sur le rêve, Folio, (ISBN 2070325547)
  • "Les Rêves, voie royale de l'inconscient", textes réunis sous la dir. de Bela Grunberger, Ed.: Sand & Tchou, 1997,(ISBN 2710705931)
  • Lydia Marinelli et Andreas Mayer : Rêver avec Freud. L'histoire collective de "L'Interprétation du rêve", Aubier, 2009. (ISBN 978-2700703986).
  • Jean-Michel Quinodoz : Les rêves qui tournent une page, PUF, 2003, (ISBN 213051491X)
  • Monique Schneider : Père, ne vois-tu pas--?, Ed.: Denoël, 1985, (ISBN 2207231321)

Voir aussi[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]