Déconstruction

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Pour l'approche architecturale, voir Déconstructivisme

La déconstruction est une méthode, voire une école, de la philosophie contemporaine. Cette pratique d'analyse textuelle s'exerce sur de nombreux types d'écrits (philosophie, littérature, journaux), pour révéler les décalages et confusions de sens qu'ils font apparaître par une lecture centrée sur les postulats sous-entendus et les omissions dévoilés par le texte lui-même.

Ce concept, participant à la fois de la philosophie et de la littérature, a eu un grand écho aux États-Unis, où il est assimilé à la philosophie postmoderne, et plus globalement à l'approche divergente de la philosophie continentale d'Europe. Si le terme « déconstruction » a d'abord été utilisé par Heidegger, c'est l'œuvre de Derrida qui en a systématisé l'usage et théorisé la pratique.

Historique de la notion de déconstruction[modifier | modifier le code]

La déconstruction chez Heidegger[modifier | modifier le code]

Le terme de déconstruction apparaît chez Jacques Derrida pour la première fois dans De la grammatologie sans traduire explicitement des termes heideggeriens. Derrida expliqua qu'il souhaitait « entre autres choses » proposer une traduction pour les termes allemands de Destruktion et Abbau, que Heidegger emploie dans Être et Temps ; Derrida estime cette traduction plus pertinente que la traduction classique par destruction, dans la mesure où il ne s'agit pas tant, dans la déconstruction de la métaphysique, de la réduire au néant, que de montrer comment elle s'est bâtie[1].

« Tous les deux signifiaient dans ce contexte une opération portant sur la structure ou l’architecture traditionnelle des concepts fondateurs de l’ontologie ou de la métaphysique occidentale. Mais en français le terme « destruction » impliquait trop visiblement une annihilation, une réduction négative plus proche de la « démolition » nietzschéenne, peut-être, que de l’interprétation heideggerienne ou du type de lecture que je proposais. Je l’ai donc écarté. Je me rappelle avoir cherché si ce mot « déconstruction » (venu à moi de façon apparemment très spontanée) était bien français. » — Derrida, Psyché, p.338

En réalité, le mot déconstruction est apparu dès 1955 dans le contexte de la philosophie française à l'occasion de la traduction du texte de Heidegger "Contributions à la question de l'être" (Zur Seinsfrage). Gérard Granel a choisi ce terme pour traduire le mot allemand Abbau qu'il voulait distinguer du mot "destruction" (traduction de Zerstörung)[2].

Chez Heidegger, dans Être et temps (Sein und Zeit), la Destruktion porte sur le concept de temps ; elle doit révéler par quelles étapes successives l'expérience originaire du temps a été recouverte par la métaphysique, faisant oublier le sens originaire de l'être comme être temporel. Les trois étapes de cette déconstruction se suivent à rebours de l'histoire :

  1. « la doctrine kantienne du schématisme et le temps comme étape préalable d'une problématique de la temporalité » ;
  2. « le fondement ontologique du cogito ergo sum de Descartes et la reprise de l'ontologie médiévale dans la problématique de la res cogitans » ;
  3. « le traité d'Aristote sur le temps comme discrimen de la base phénoménale et des limites de l'ontologie antique ».

Toutefois, si Heidegger annonce cette déconstruction à la fin de l'Introduction de Sein und Zeit (§ 8, p. 40 de l'édition de référence), cette partie, qui devait constituer, d'après le plan de 1927, la seconde de l'ouvrage, n'a jamais été rédigée en tant que telle. Tout au plus peut-on considérer que d'autres ouvrages ou conférences la recoupent partiellement, à commencer par l'ouvrage Kant et le problème de la métaphysique, publié en 1929.

« Cette tâche, nous la comprenons comme la destruction, s’accomplissant au fil conducteur de la question de l’être, du fonds traditionnel de l’ontologie antique, [qui reconduit celle-ci] aux expériences originelles où les premières déterminations de l’être, par la suite régissantes, furent conquises. » — Heidegger, Être et Temps [3]

La déconstruction chez Derrida[modifier | modifier le code]

En traduisant et récupérant à son compte la notion de déconstruction, Derrida entendait que la signification d'un texte donné (essai, roman, article de journal) est le résultat de la différence entre les mots employés, plutôt que de la référence aux choses qu'ils représentent ; il s'agit d'une différence active, qui travaille en creux le sens de chacun des mots qu'elle oppose, d'une façon analogue à la signification différentielle saussurienne en linguistique. Pour marquer le caractère actif de cette différence (au lieu du caractère passif de la différence relative à un jugement contingent du sujet), Derrida suggère le terme de différance, sorte de mot-valise combinant « différence » et le participe présent du verbe « différer » : « différant ». En d'autres termes, les différentes significations d'un texte peuvent être découvertes en décomposant la structure du langage dans lequel il est rédigé.

La déconstruction ne se veut ni une méthode, ni un système philosophique, mais plutôt une pratique. Ses détracteurs lui reprochent souvent son obscurité ou ses formules alambiquées. Le jour de la mort de Derrida, le New York Times, sous la plume de Jonathan Kandell, titrait ainsi : « un théoricien abscons est mort »[4]. Paradoxalement peu connue en France, où elle reste attachée à la figure de Derrida, elle a été l'objet de violentes attaques, principalement aux États-Unis où elle fleurit dans les départements de littérature. Derrida a répondu, de façon particulièrement agressive, aux critiques du philosophe américain John Searle dans son livre Limited Inc (le titre du livre est un jeu de mot sur le nom du philosophe : « Inc. » étant la traduction approximative de la SARL française[réf. souhaitée]).

Penseurs influencés par la déconstruction[modifier | modifier le code]

Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe, Laurent Jiménez-Balaguer, Gerhard Anna Concic-Kaucic, Bernard Stiegler, Julia Kristeva, Hélène Cixous, Avital Ronell, Richard Rorty, Luis de Miranda, Edward Said, Paul de Man, François Nault, George Steiner, Yves Citton, Jacques Ehrmann, Gayatri Chakravorty Spivak, Alexis Virginie Jimenez.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Laurent Carraz, Wittgenstein et la déconstruction, Antipodes, coll. Écrits philosophiques, 2000
  2. Marc Goldschmidt, Jacques Derrida : une introduction, Pocket, 2003, p. 20. Martin Heidegger, Questions I, 1968, p. 240
  3. Heidegger, Être et Temps, Paris : Authentica, 1985, p.39
  4. Jacques Derrida, Abstruse Theorist, Dies at 74, article de Jonathan Kandell paru dans The New York Times édition du 10 octobre 2004

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]