Carantanie

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La Carantanie (slovène : Karantanija ; allemand : Karantanien) était une principauté qui est apparue à la seconde moitié du VIIe siècle dans une région qui s’étendait sur une zone aujourd’hui située au sud de l’Autriche et au nord-est de la Slovénie. Elle dura plus de 300 ans et est considérée comme le premier État slave. Elle fut ensuite remplacée par le Duché de Carinthie.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le nom Carantanie tire son origine dans une langue antérieure à la langue slave. On pense que Carant proviendrait de la racine pré-Indo-Européenne karra qui signifie « Roche ». La seconde possibilité serait que le nom provienne d’une origine celtique dérivée du mot karantos et signifiant « ami », « allié ». Le mot français 'charançon' (petit cerf) d'origine gauloise qui se disait karantionos en gaulois et caranteus en bas-latin, pourrait provenir de la même racine celtique[réf. nécessaire]. Son nom Slave korǫtanъ est dérivé du mot latin carantanum. Le toponyme Carinthie (slovène : Koroška ; allemand : Kärnten) serait aussi un dérivé étymologique[1].

Territoire[modifier | modifier le code]

Limites envisages de la Carantanie vers l’an 800.

La capitale de l’état était Maria Saal (Slovène: Krnski grad) dans la vallée de Zollfeld (Gosposvetsko polje) au nord de la ville actuelle de Klagenfurt (slovène : Celovec). La principauté était centrée sur la Carinthie moderne tout en englobant également quelques zones de la Styrie, du Tyrol oriental, de la province de Salzbourg, de la Basse-Autriche et de la Haute-Autriche. La zone débordait également dans ce qui est aujourd’hui la Carinthie slovène.

Au sud de la principauté apparut au VIIIe siècle la Carniole, une autre principauté slave qui fut aussi à l’origine d’un duché par la suite.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 568, les Lombards migrèrent dans le nord de l’Italie. Les Slaves les remplacèrent dans les régions plus à l’Est. En 588, ces derniers atteignent la région de la rivière Save et en 591 la région de la rivière Drave où ils combattirent le duc de Bavière Tassilon Ier. En 592, les Bavarois remportent la victoire mais en 595 ils se font battre par les Slaves/Avars. Cela crée une nouvelle frontière entre le territoire des Francs et des Avars[2]. À cette époque, la région orientale des Alpes est mentionnée en tant que Provincia Sclaborum par l'historien lombard Paulus Diaconus à l'occasion d'un raid Bavarois.

Les historiens pensent que les Slaves sont arrivés dans l’Est des Alpes vers la fin du VIe siècle car ils ont constaté un changement de culture et de la population dans une région qui n’était pas slave linguistiquement jusque là. La zone resta néanmoins toujours habitée par les anciennes cultures romanisées et chrétiennes.
Les Slaves étaient sous les ordres de chefs avars dénommés kagans. À la suite de l'affaiblissement des Avars vers l’an 610, une Marche (marca Vinedorum) relativement indépendante apparut et fut gouvernée par un duc vraisemblablement dénommé Valuk (Wallux dux Winedorum).

En 623, les Slaves de l'Est des Alpes s’allièrent à une tribu gouvernée par le Franc dénommé Samo. En 626, leur alliance permet de mettre un terme à la domination des Slaves par les Avars suite à la défaite de ceux-ci à Constantinople[3]. En 658, Samo décéde et l’union est rompue. Une petite partie de la Marche des Slaves, centrée au nord de la ville actuelle de Klagenfurt reste indépendante et est connue sous le nom de Carantanie. Ce nom apparait pour la première fois dans des sources historiques de l’an 660. En 745, la Carantanie perd son indépendance et est intégrée à l’empire Francs de Charlemagne. En 828, suite à la rébellion de Ljudevit Posavski, la Carantanie est gouvernée par un margrave de l’empire.

Après la révolte, la colonisation allemande progresse dans un pays jusqu’alors peu peuplé. Les carolingiens forment de grandes unités d’exploitation (dvori), confiées à leurs vassaux. L’Église obtient de grands domaines aux mains des évêques de Salzbourg, Passau, Brixen et Freising ou des monastères. Les colons allemands introduisent de nouvelles méthodes d’exploitation des terres (Innichen). Le monde rural se divise en paysans libres et indépendants (grubtar) et serfs (kajžar). Ils forment des communes (srenja) dirigées par un maire (župan) qui fait le lien entre les seigneurs et la commune[4].

En 843, le territoire passe dans les mains de Louis II de Germanie. En 887, Arnulf de Carinthie (850-899) un descendant de Louis, devient le premier duc de Carinthie.

Couronnement du duc[modifier | modifier le code]

Église de Maria Saal (Gospa Sveta).

La Carantanie disposait d’un rituel ancien et particulier lors du couronnement d’un nouveau dirigeant (dénommé fürst et traduit par duc ou prince). Cette pratique resta en application après l’apparition du Duché de Carinthie. Ce rituel ne cessa qu’en 1414 lorsque Ernest Ier d'Autriche (lignée des Habsbourg) fut intronisé duc de Carinthie. Ce rituel avait lieu sur la pierre des Princes (slovène : Knežji kamen, allemand : Fürstenstein). Cette ancienne colonne celtique était située près de Krnski grad (actuellement Maria Saal). Lors du rituel, un paysan choisi par les habitants de Carantanie pour les représenter, questionnait le futur dirigeant sur son intégrité tout en lui rappelant ses devoirs.

Le couronnement se déroulait en trois étapes :

  • La cérémonie de la Pierre du Prince ;
  • Une messe religieuse se tenait dans la cathédrale de Maria Saal (Gospa Sveta) ;
  • Une cérémonie se tenait finalement sur le trône des ducs (slovène : Vojvodski stol; allemand : Herzogsstuhl). Ce trône est localise dans la vallée de Zollfeld au nord de la ville autrichienne de Klagenfurt.

La cérémonie est mentionnée dans le livre de Jean Bodin de 1576 intitulé Six livres de la République.

Mention dans la littérature médiévale[modifier | modifier le code]

La Chronique de Fredegar mentionne la zone en tant que Sclauvinia, Dante Alighieri (1265-1321) mentionne l’état en tant que Chiarentana. Ce dernier nom fut également employé par des Florentins comme le poète Fazio degli Uberti (env.1309–1367), l’écrivain Giovanni Villani (c. 1275–1348), et Giovanni Boccaccio (1313–1375). Ce dernier a écrit que la source de le fleuve Brenta prend sa source dans les montagnes de Carantanie, un pays des Alpes localisé entre l’Italie et la Germanie.

Structures sociale et ethnique[modifier | modifier le code]

En Carantanie, la plus importante ethnie était composée de Slaves s’étant installés dans les Alpes orientales au VIe siècle. Il y avait aussi les ancêtres des Croates, des Dulebes et des descendants de personnes romanisées (province romaine de Norique). Il semble également y avoir eu une population provenant des Avars, des Bulgares et de Germains[2],[3].

Les habitants de la Carantanie sont considérés comme les précurseurs et les ancêtres de la Slovénie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rajko Bratož, ur., Slovenija in sosednje dežele med antiko in karolinško dobo : začetki slovenske etnogeneze - Slowenien und die Nachbarländer zwischen Antike und karolingischer Epoche : Anfänge der slowenischen Ethnogenese, 2 zv. Ljubljana, 2000.
  • Paul Gleirscher, Karantanien - das slawische Kärnten. Klagenfurt, 2000. ISBN 3-85378-511-5.
  • Bogo Grafenauer, Ustoličevanje koroških vojvod in država karantanskih Slovencev : Die Kärntner Herzogseinsetzung und der Staat der Karantanerslawen. Ljubljana, 1952.
  • Hans-Dietrich Kahl, Der Staat der Karantanen: Fakten, Thesen und Fragen zu einer frühen slawischen Machtbildung im Ostalpenraum, Ljubljana, 2002.
  • Peter Štih, »Karantanci - zgodnjesrednjeveško ljudstvo med Vzhodom in Zahodom«, Zgodovinski časopis 61 (2007), p. 47-58.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (sl) France Bezlaj, Etimološki slovar slovenskega jezika (Slovenian Etymological Dictionary). Vol. 2: K-O / edited by Bogomil Gerlanc. - 1982. p. 68. Ljubljana: Mladinska knjiga, 1976-2005.
  2. a et b (sl) Peter Štih, Ozemlje Slovenije v zgodnjem srednjem veku: osnovne poteze zgodovinskega razvoja od začetka 6. stoletja do konca 9. stoletja [The territory of Slovenia during early Middle Ages: a basic outline of historical development from early 6th century to late 9th century], Ljubljana, 2001.
  3. a et b Peter Štih, Slovenska zgodovina: Od prazgodovinskih kultur do konca srednjega veka [Slovenian history: From prehistoric cultures to late Middle Ages]
  4. Antonia Bernard Petite histoire de la Slovénie Institut d'études slaves, 1996 (ISBN 2720403164 et 9782720403163)