Hermann Cohen (pianiste)

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Hermann Cohen

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Hermann Cohen alors jeune pianiste, Paris, 1835

Surnom Puzzi, et bien plus tard Père Hermann
Naissance 10 novembre 1820
Hambourg, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Décès 20 janvier 1871 (à 50 ans)
Spandau, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Activité principale Compositeur, pianiste
Maîtres Franz Liszt
Augustin-Marie du Très Saint Sacrement
Image illustrative de l'article Hermann Cohen (pianiste)
Le Père Hermann en habit de Carmes
Serviteur de Dieu
Naissance 10 novembre 1820
Hambourg, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Décès 20 janvier 1871 (à 50 ans) 
Spandau, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Nom de naissance Hermann Cohen
Autres noms Père Hermann
Nationalité Allemande
Vénéré à Église du couvent du Broussey (Rions)
Béatification (en cours)
Vénéré par Ordre du Carmel
Fête 20 janvier

Hermann Cohen, né à Hambourg le 10 novembre 1820 et décédé à Spandau (Berlin) le 20 janvier 1871, est un prêtre allemand, pianiste et compositeur de musique profane et religieuse. Issu d'une famille juive, il se convertit au catholicisme en 1847 et entre dans l'ordre des Carmes déchaux sous le nom d'Augustin-Marie du Très Saint Sacrement. Il est généralement connu sous le nom de « Père Hermann ».

Enfant prodige, à l'âge de 12 ans il part suivre une formation musicale à Paris avec Franz Liszt qui sera son maître durant de nombreuses années. Ensemble, ils parcourent l'Europe produisant de nombreux concerts. Jeune homme aux mœurs dissolues, et perdant beaucoup d'argent aux jeux, il finit par se brouiller avec son maître ; ils finissent par se séparer en 1841. Un jour, lors d'une messe en 1846, il est touché par l'Amour de Dieu et décide de se convertir au catholicisme. Très vite il décide de devenir prêtre. Il cherche à entrer dans un ordre monastique et finalement entre dans l'ordre des Carmes déchaux en 1848, et il est ordonné prêtre en 1851.

Orateur enflammé, grand promoteur de l'adoration du Saint-Sacrement, il devient célèbre en Europe et fait une tournée de prédication, avant d'aller restaurer l'Ordre du Carmel en Angleterre. Il fonde également plusieurs couvents en France. En 1867 il se retire dans un ermitage à Tarasteix mais la guerre franco-allemande de 1870 le pousse à émigrer en Suisse. De là, il part rapidement pour Spandau afin de s'occuper des prisonniers français. Il décède de la variole le 20 janvier 1871.

Son procès en béatification a été ouvert.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Hermann Cohen est né à Hambourg le 10 novembre 1820. Il est le fils de David Abraham Cohen, un financier juif, et de son épouse Rosalie (née Rosalie Benjamin). La famille compte 4 enfants. Bien que ses parents ne soient pas très pieux, il font néanmoins partis du Judaïsme réformé et ils enseignent à leur fils les bases de la foi juive[1]. Hermann étudie le piano dès l'âge de 4 ans et donne ses premiers concerts à l'âge de 7 ans à Altona et Francfort. Élève doué, il est loué par son professeur et devient le centre de l'attention familiale.

À l'age de 12 ans, sa mère décide de l'amener à Paris pour faire avancer sa formation musicale. Son père, qui éprouve des difficultés financières est contre cette idée. Sa mère Rosalie se rapproche des grands-ducs Georges de Mecklembourg-Strelitz et Frédéric-François Ier de Mecklembourg-Schwerin, afin d'obtenir leur soutien financier pour son fils. Sa requête étant couronnée de succès, elle prend ses enfants et s'installe à Paris. La famille arrive à Paris en juillet 1834, mais elle apprend qu'étant un étranger, le jeune Hermann ne peu être admis au célèbre Conservatoire de Paris[2].

L'élève de Franz Liszt[modifier | modifier le code]

Ce rejet conduit à un changement important dans la vie du jeune Hermann. Sa mère Rosalie Cohen réussit à convaincre le célèbre pianiste Franz Liszt de le prendre comme élève. Malgré ses premières réticences, après l'avoir entendu jouer, et séduit par son bon visage, Liszt l'accepte comme élève. Cohen devient vite son élève préféré[3]. Comme Liszt avait lui-même été surnommé Putzig (terme allemand pour signifier "mignon petit garçon") par son propre maître Carl Czerny, Franz appelle son élève du nom de Puzzi (un diminutif de Putizg). Liszt intègre Cohen dans son cercle social, en le présentant à ses amis, l'auteur George Sand et le prêtre radical, l'abbé de Lamennais, qui tout deux sont charmés par le jeune garçon. Sand commence à parler du garçon et l'appelle Le Mélancolique Puzzi. L'abbé de Lamennais donne au jeune garçon un exemplaire dédicacé de son travail, Paroles d'un croyant (pour lesquels le prêtre venait d'être excommunié par le pape Grégoire XVI) avec l'inscription : Souvenirs offerts à mon cher petit Puzzi[2].

En juin 1834, sans avertissement, Liszt quitte Paris avec sa nouvelle amante, la comtesse Marie d'Agoult, pour s'installer à Genève, où il commence à enseigner au tout nouveau Conservatoire de musique de Genève. Dévastée par la perte soudaine de son mentor, Hermann supplie Liszt de l'autoriser à le rejoindre. Finalement Liszt cède à ses demandes[1]. L'arrivée d'Hermann dans l'entourage de Liszt à Genève lui vaudra une longue inimitié de la part la comtesse. Hermann continue de développer ses talents musicaux sous l'œil attentif de Liszt. Le 1er octobre 1835 Hermann joue dans un concert parrainé par la princesse Cristina Trivulzio Belgiojoso. Avec Liszt et deux autres pianistes, il joue dans un Brillant Potpourri à quatre pianos sur des airs folkloriques de Carl Czerny. Durant ce mois d'octobre, Liszt intègre le jeune garçon à 10 élèves de son école. À seulement 13 ans, la carrière de du jeune Hermann semble promise à de grands succès[2].

Ainsi, le jeune Hermann devient le compagnon constant de Liszt, l'accompagnant lui et la comtesse durant leurs voyages de vacances dans la campagne suisse. Il est également avec eux et George Sand lors d'un célèbre voyage à Chamonix. Il écrivit plus tard « les circonstances m'ont amené à l'intérieur d'une famille non sanctifiée par les liens du mariage ». Liszt était considéré (par le monde) comme ayant des mœurs dissolues (à l'image de son groupe d'amis). Mais Liszt se sentait responsable d'apporter une éducation morale à son jeune élève, tout autant qu'un perfectionnement technique. Un jour Liszt offrit une Bible au jeune Hermann, ce qui le toucha profondément. Plus tard, au cours d'un voyage, Hermann ressentit une profonde expérience spirituelle quand Liszt joua une improvisation des Dies Irae du Requiem de Mozart sur le grand orgue de la cathédrale Saint-Nicolas à Fribourg[2].

Tournées européennes[modifier | modifier le code]

Portrait de Franz Liszt par Miklós Barabás (1847).

Liszt et son cercle d'amis rentrent à Paris en 1837. La princesse a organisé un concours célèbre entre Liszt et son plus grand rival de l'époque : Sigismund Thalberg. Elle profite de l'occasion pour rencontrer Hermann avec qui elle se liera d'amitié et deviendra son mécène. Alors que ses dettes croissantes menacent de noyer le jeune garçon, la princesse organise un concert pour le renflouer, mais celui-ci s'avèrera infructueux. Apparemment, cet échec serait dû au manque d'entrainement d'Hermann causé par le mode de vie paresseux et dissolu qu'il avait adopté. Le choc de cet échec conduit Hermann à retourner à Hambourg, où il demande l'aide de son père. Seul et lui-même dans une situation financière difficile, l'aîné de la famille Cohen ne voit aucun intérêt à aider son fils. Hermann se tourne alors vers un ancien mécène, le grand-duc Georges de Mecklembourg-Strelitz, qui parraine plusieurs concerts pour lui afin de lever des fonds. Le succès de ces concerts permet au jeune garçon de revenir à Paris. Il y rencontre un chanteur populaire italien nommé Mario, avec qui il s'associe. Le duo se rend à Londres, où Hermann améliore ses compétences musicales et connait un certain nombre de succès lors de ses concerts[2].

À nouveau aux prises avec des dettes (le jeune homme a pris le gout pour les jeux d'argent, et il perd de grosses sommes à la roulette), en 1839 Hermann commence à s'éloigner de ses mentors, tant Liszt que la comtesse, du fait de son mode de vie. La comtesse d'Agoult utilise une affaire qu'il a eue avec une femme mariée durant sa campagne afin de le discréditer aux yeux de Liszt, qui néanmoins conserve Hermann comme compagnon pour ses tournées de concerts à travers l'Europe jusqu'à la fin 1840. Pour Hermann, ses liens avec Liszt n'étaient cependant pas sans conséquences. Friedrich Wieck, le père de la future Clara Schumann, commence à critiquer publiquement tant Liszt qu'Hermann Cohen dans des journaux à Leipzig. Il était furieux que Liszt soutienne Robert Schumann dans sa propre plainte en justice contre Wieck : « Pour démontrer pourquoi sa fille de vingt ans Clara Schumann ne devrait pas se marier avec Schumann ». Si Liszt a laissé passé les accusations, Hermann Cohen choisit de porter l'affaire en justice et dépose plainte contre Friedrich Wieck pour avoir gain de cause[2].

L'année 1841 voit la rupture définitive entre Hermann et Liszt : l'adolescent est accusé d'avoir détourné des fonds de certains concerts que Liszt avait donnés à Dresde. Hermann essaie de démontrer son innocence et demande, sans succès, à sa mère d'intercéder en sa faveur auprès de son ancien ami. Il sent alors sa vie détruite. Plus tard il dira que cette expérience fut le résultat d'un « complot ourdi en enfer »[4]. Il passe alors les cinq années suivantes à voyager à travers l'Europe (Venise, Paris, Londres, différentes villes d'Allemagne) avec sa mère et sa sœur Henriette, jouant des concerts et composant des œuvres pour piano[2].

Sa conversion[modifier | modifier le code]

Élévation durant l'Eucharistie (messe du pape Benoît XVI)

Cohen s'installe à Paris en octobre 1846, où il partage un appartement avec un ami artiste. Le printemps suivant, il rencontre et tombe amoureux d'une écuyère populaire, Céleste Mogadar, avec qui il partage un amour profond de la musique. La relation est de courte durée, mais la rupture est brutale : il indique à Céleste qu'il se sent appelé à placer sa vie dans les mains de Dieu. Dégoûté par sa vie mondaine, il a commence à visiter les églises de la ville (où il reste des heures en prière), et recherche des conseils spirituels[2].

En mai 1847, tout en jouant de l'orgue pour un service de bénédiction dans l'ancienne église de Saint-Valère, au moment de l'élévation du Saint-Sacrement[3], il est submergé par une expérience spirituelle, douce et puissante. Le vendredi suivant, il ressent cette même sensation, et il est « frappé de l'idée subite de se faire catholique »[5]. Il commence alors à se rendre de temps en temps à la messe. Le 8 août, alors qu'il assiste à la messe à Ems, au moment de l'élévation de l'hostie, il ne peut contenir un flot de larmes : « Spontanément, comme par intuition, je me mis à faire à Dieu une confession générale de toutes les énormes fautes commises depuis mon enfance: je les voyais là, étalées devant moi par milliers, hideuses, repoussantes... Et cependant, je sentis aussi, un calme inconnu qui vint répandre son baume sur mon âme, que le Dieu de miséricorde me les pardonnerait, qu'il aurait pitié de ma sincère contrition, de ma douleur amère... Oui, je sentis qu'il me faisait grâce, et qu'il acceptait en expiation ma ferme résolution de l'aimer par-dessus tout et de me convertir à Lui désormais. En sortant de cette église d'Ems, j'étais déjà chrétien par le cœur... »[6].

Mais Hermann ne connait aucun prêtre, sauf l'abbé Lamennais, et redoute d'en approcher un. Il est introduit auprès du père Théodore Ratisbonne, lui-même juif converti, qui à son tour, le présent à l'abbé Legrande. Ce dernier le forme dans la foi catholique[2].

Baptême[modifier | modifier le code]

L'adoration du Saint-Sacrement, une pratique popularisée par le père Hermann.

Avec pour marraine la duchesse de Rauzan, Hermann Cohen est baptisé le 28 août 1847, sous le nom de Marie-Augustin-Henri[7]. Le baptême a lieu dans la chapelle de Notre-Dame de Sion, en présence d'Alphonse Ratisbonne (fondateur de la Congrégation de Notre-Dame de Sion), et de nombreux catholiques d'origine juive. Hermann raconte que lors de son baptême, il a eu une "apparition" du Christ, de Marie, et les saints dans une « lumière brillante » ainsi qu'une « expérience bouleversante d'amour ».

Hermann est confirmé le 3 décembre 1847 par Mgr Denys Affre, archevêque de Paris. Suite à sa propre expérience, et avec le soutien de Jean-Baptiste de Bouillé, l'archevêque de Poitiers, il commence immédiatement à populariser la pratique de l'adoration nocturne, par les fidèles, du Saint-Sacrement[3].

En novembre (quelques semaines avant sa confirmation), il décide de devenir prêtre. Cependant, avant de se lancer dans cette formation, il doit régler des dettes de jeu considérables qu'il a accumulées lors de sa vie publique. Il lui faut deux années passées en tant qu'enseignant au Collège Stanislas et en donnant des leçons privées à de jeunes dames pour réussir à solder ses dettes. Durant ces deux ans, il vit dans des quartiers modestes et passe des heures en prière avec un groupe de jeunes hommes qui partagent son enthousiasme spirituel. Il va également rencontrer par hasard George Sand qui, autrefois, lui avait prodigué beaucoup d'affection. Elle se détournera de lui avec dégoût en disant « Être perdu ! Tu n'es rien de moins qu'un vil moine »[2].

Attiré par la vie monastique, le jeune Marie-Augustin-Henri se rapproche des moines bénédictins de l'abbaye de Solesmes, qui étaient connus pour leurs études en vu du renouveau du chant grégorien. Mais ces derniers déclinent sa demande. Il se tourne alors vers Jean-Baptiste Henri Lacordaire, qui était en train de rétablir l'Ordre dominicain en France, après sa destruction lors de la Révolution française. Le père Lacordaire lui conseille de trouver un ordre religieux plus monastique que les Dominicains. Hermann explore alors la branche la plus austère de l'Ordre du Carmel : les carmes déchaux (qui suivent les réformes des mystiques espagnols, Jean de la Croix et Thérèse d'Avila, Thérèse était elle aussi d'origine juive)[2]. Il se sent appelé dans cet ordre, fondé à l'origine sur le mont Carmel en Israël, dans la filiation du prophète Élie. Mais le fait d'être un converti récent présentait un obstacle à son admission dans les ordre, d'après le droit canonique de l'Église : il devait faire une visite personnelle à Rome pour obtenir une dispense papale, ce qu'il obtient[1].

Entrée au Carmel[modifier | modifier le code]

Hermann donne un concert d'adieu qui solde ses dettes dans les jours précédant la Révolution de 1848 (action nécessaire avant qu'il puisse être admis dans l'Ordre). Au lieu de rejoindre la lutte dans les rues, il passe la nuit en adoration devant le Saint-Sacrement, ce qui était sa dévotion préférée[2]. Il entre au noviciat des Carmes Déchaux au Broussey (Rions) le 19 juillet 1948. Il reçoit l'habit religieux le 6 octobre 1849, sous le nom d'Augustin-Marie du Très Saint-Sacrement. Il fait sa profession religieuse le 7 octobre 1850[1]. Il part ensuite étudier la théologie, ce qui constituera pour lui un défi majeur, compte tenu que son éducation scolaire s'est arrêtée à l'âge de dix ans[2]. Après avoir obtenu une exemption pour certains des cours obligatoires, il est ordonné prêtre le 19 avril 1851[3].

Le prédicateur et fondateur[modifier | modifier le code]

Une fois ordonné, le père Augustin-Marie se lance dans un ministère de la prédication, qui le conduira dans toutes les capitales de l'Europe. Il prêche à des milliers de personnes à Genève, Bordeaux, Lyon et à Paris devant des foules massées dans des églises de premier plan, telles que Saint-Sulpice et de Sainte-Clotilde. Le poète, Charles Baudelaire, a écrit qu'il trouvait les sermons du père Augustin-Marie fascinants[2]. Son humilité, son éloquence fougueuse[8], et l'intérêt suscité par sa conversion font de lui un prédicateur populaire, malgré ses études limitées. Il devient une figure principale dans la restauration des Carmes en France, en prenant un rôle actif dans la création de plusieurs prieurés de frères dans le sud de la France: Bagnères-de-Bigorre (1853), Lyon (1857) et un ermitage à Tarasteix, près de Lourdes (1857)[3].

Réconciliation avec Liszt[modifier | modifier le code]

Marie d'Agoult en 1843, par Henri Lehmann, la compagne de Liszt, qui se réconciliera avec Hermann.

En 1852, Hermann et Liszt (qui était connu pour sa générosité d'esprit), renouvellent leur lien d'amitié par correspondance. Le père Augustin-Marie invite son ancien mentor à lui rendre visite en France, mais Liszt, qui vit alors à Weimar, est alors incapable de faire ce voyage. En 1855, la fille de Liszt, Blandine, rapportera dans une longue lettre à son père, que sa tentative de médiation avec sa mère[9] auprès de sa grand-mère, Maria Anna Liszt, est restée un échec : elle continue de détester Hermann. En 1857 Liszt invite à son tour son ami Hermann à venir le visiter, plaidant que la maladie ne lui permet pas de faire le voyage[2].

En juin 1862, Hermann et Liszt se trouvent à Rome. À cette époque, Liszt se trouve être lui-même un clerc, après être entré dans les ordres mineurs comme tertiaire franciscain. Ils se rencontrent alors pour la première fois depuis des années. Ils passent alors trois semaines ensemble, jouant de la musique et marchant dans le Colisée. C'est à ce moment-là, que la mère de Liszt, Maria Anna Liszt, cesse de voir Hermann avec l'antisémitisme, qu'elle avait affiché durant toute sa vie[2].

Mission en Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

La renommée du père Augustin-Marie comme prédicateur conduit à une invitation du cardinal Wiseman à venir en Angleterre pour y rétablir l'Ordre du Carmel, après sa suppression lors de la dissolution des monastères au XVIe siècle. Pour cette mission il reçoit une bénédiction spéciale du Pape Pie IX. Il arrive à Londres en 1862, ayant 7£ (soit environ 570 ₤ en 2014, ou 720 €[10]) pour financer son œuvre. Il ouvre un nouveau prieuré avec une procession religieuse publique, la première tenue par les catholiques anglais depuis l'époque des Tudors[1]. En 1864, il attire l'attention d'un plus ample public lorsqu'il fait face à une foule immense et goguenarde : il monte sur l’échafaud de la prison de Newgate pour administrer les derniers sacrements à six marins catholiques sur le point d'être pendus, sous les railleries du public. Il est salué pour sa bravoure par le Times de Londres. Son action était une première depuis la réforme anglicane[2].

Derniers jours[modifier | modifier le code]

En 1867, le père Augustin-Marie prend sa retraite à l'ermitage qu'il a fondé à Tarasteix. Durant cette période, sa vue commence à baisser, un glaucome est diagnostiqué. Dédaignant l'opération prescrite par ses médecins, il choisi de faire un pèlerinage au Sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes. Baignant ses yeux dans la "source miraculeuse" du sanctuaire, sa vue est immédiatement rétablie[11]. Il retourne alors, complètement guéri, à sa vie de solitude à Tarasteix. Il quitte son ermitage en 1869 pour répondre à l'appel de son ordre et devenir le maitre des novices au couvent du Broussey[1].

Cependant la guerre franco-allemande de 1870 le déracine à nouveau. Tous les ressortissants allemands sont expulsés de France. Même s'il est exempté de cette mesure par le gouvernement français, et que le reste sa famille proche vit également en France, il choisi de s'exiler à Genève, en Suisse à partir d'octobre. Il entend rapidement parler du grand nombre de prisonniers français détenus dans la prison de Spandau[12], située juste à l'extérieur de Berlin (à cette époque). Malgré sa santé défaillante, il se porte volontaire pour s'occuper d'eux, et s'installe à Berlin en novembre. Il y trouve un établissement surchargé de plus de 5 000 prisonniers vivant dans des conditions sordides, dont près de 10% souffrent de maladies infectieuses graves, y compris la variole[1].

Le père Augustin-Marie intervient comme aumônier de la prison. Il travaille sans relâche pour atténuer les souffrances des prisonniers français, distribuer des fournitures de secours en plus des services spirituels qu'il procure. Il dit la messe chaque jour, devant plus de 500 participants, et confesse fréquemment les soldats. Il commet cependant une imprudence en délivrant les derniers sacrements à deux prisonniers (malades de la variole) de ses propres mains, au lieu d'utiliser la spatule prescrite. Deux mois plus tard, il présente les symptômes de la variole. Il décède le 20 janvier 1871[1].

Sépulture et reliques[modifier | modifier le code]

Pierre tombale de Hermann Cohen dans le cimetière de la cathédrale (Sep. 2011)

Son corps est enterré dans la crypte de la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin. Après la destruction de l'église (durant la Seconde Guerre mondiale) lors du bombardement du 2 mars 1943, sa tombe reste intacte, mais l'église étant détruite, ses restes sont transférés dans le cimetière de la cathédrale jouxtant l'édifice. Sa tombe est alors entretenue par les amis du Carmel de Berlin[13].

En 2004 les carmes déchaux de la province d'Avignon-Aquitaine demandent à faire transférer les reliques du père Augustin-Marie dans leur couvent du Broussey. Après des démarches canonique et légales, le 2 décembre 2008, la sépulture est exhumée, et le cercueil ouvert. La commission procédant à l'exhumation notera sa surprise de retrouver des ossements complets et en très bon état, malgré deux translations de reliques, et un décès vieux de plus de 130 ans. Les reliques ont été transférées au prieuré du Broussey (Rions), couvent où il était entré dans l'Ordre du Carmel[13].

Le 15 avril 2010, les restes du père Augustin-Marie sont installés solennellement dans un tombeau situé à l'entrée de l'église du couvent du Broussey[14].

Béatification[modifier | modifier le code]

Le procès en demande de béatification du Père Augustin-Marie du Très Saint Sacrement a été ouvert. Le Père Louis-Marie de Jésus est le vice-postulateur de la cause[14].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Musique pour piano[modifier | modifier le code]

  • Fantaisies et thèmes d'opéra
  • Fleurs d’hiver, danses pour piano
  • Douze Pièces pour virtuose
  • Nuit vénitienne, nocturne
  • Schlummerlied (1841), berceuse
  • Les Bords de l'Elbe

Musique religieuse[modifier | modifier le code]

  • Cinq recueils de chants sacrés avec accompagnement :
    • Gloire à Marie (1849), 32 cantiques
    • Amour à Jésus-Christ (1851), 32 cantiques et 8 motets
    • Fleurs du Carmel (1869), 19 cantiques et 6 motets
    • Couronnement de la Madone
    • Thabor (1870), 20 cantiques et un motet
  • Messa a Tre Voci (1852), transcrite pour chœur et solistes en 1856

Textes[modifier | modifier le code]

  • T. R. P. Hermann, Le Catholicisme en Angleterre : discours prononcé au Congrès de Malines, Paris, C. Douniol,‎ 1864, 29 p.. Discours prononcé en anglais par le Père Hermann.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Il y a au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas. J'ai connu, j'ai aimé le monde, nul n'y goûte le bonheur. Pour le trouver, j'ai parcouru les villes et les royaumes, j'ai traversé les mers, je l'ai cherché dans les spectacles grandioses de la nature, je l'ai cherché dans les bals, dans les salons, dans les festins somptueux, dans les jouissances que procurent l'or, dans une ambition démesurée, dans la foi d'un ami. Enfin, où ne l'ai-je pas cherché ? Je ne l'ai trouvé nulle part. Et vous, l'avez-vous trouvé ce bonheur ? Ne vous manque-t-il pas ? Où es-tu donc, bonheur ? Dis-moi où tu es, je te sacrifierai tout : santé, fortune, jours de ma vie, tout pour toi ! »[15]
  • « Comment se fait-il que tous étant nés pour le bonheur, si peu le possèdent ? C'est que nous sommes trompés dans nos recherches, par de fausses lueurs... Enfin, je l'ai trouvé, moi; et depuis cette découverte, je surabonde de joie; je vous supplie de partager avec moi ce trop-plein qui m'inonde, mais laissez-moi vous dire où je l'ai trouvé. Le bonheur de l'âme (...) c'est l'infini, c'est Dieu. Oui, il faut l'infini à un cœur insatiable, l'infini qui lui fait goûter des joies plus délicieuses que tous les plaisirs, qui l'élève à des grandeurs surmontant toutes les élévations. »[15]
  • « J'ai un certain pouvoir d'initiative, une certaine vigueur à surmonter les obstacles, bref, les conditions requises, aidés par la grâce divine, pour l'organisation des travaux ; ensuite, à peine sont-elles mises sur pied, que Notre Seigneur m'éloigne d'elles . "Laisse-les à d'autres", semble-t-il me dire "laisse à d'autre le soin de leur développement, le plaisir de cueillir leurs fruits; toi, quitte Lyon, Bagnères, Londres et assigne-toi à une nouvelle tâche". Et c'est ainsi que vous voyez comment, en dépit de ma conversion, je suis toujours le Juif errant. »[1]
  • « Je suis détaché de tout, même de mes propres œuvres et je dis quotidiennement à Notre Seigneur que je suis complètement indifférent à leur succès comme à leur ruine. J'ai mis tout dans ses mains et je ne souhaite que son bon plaisir. »[1]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages à visée biographique :

  • Le Père Hermann, Venasque, Éditions du Carmel (no 54),‎ 1989. Numéro consacré au Père Hermann.
  • Abbé Charles Sylvain, Flamme Ardente au Carmel : Vie du Père Hermann Cohen, Venasque, Editions Traditions Monastiques (no Traditions monastiques),‎ juillet 2009, 331 p. (ISBN 978-2878100730).
  • Vive Flamme, Éditions du Carmel (no 142),‎ 1978. Numéro consacré au Père Hermann.
  • Jean-Marie Beaurin, o.s.b., Flèche de feu : Le Père Augustin-Marie du Très saint sacrement Hermann Cohen 1821-1871, France-empire,‎ 1981, 397 p. (ISBN 978-2704800261). Biographie d'Hermann Cohen.
  • Charles Sylvain, La Vie du Révérend Père Hermann,‎ 1880.
  • J. B. , Bernard BAUER GERGÈRES et Bernard BAUER, Conversion du pianiste Hermann : (Père Augustin-Marie du Très-Saint-Sacrement), Paris, Ambroise Bray,‎ 1856, 258 p. (lire en ligne).
  • (en) Tadgh Tierney, o.c.d., Story of Hermann Cohen: From Franz Liszt to John of the Cross, Teresian Press,‎ janvier 1992, 119 p. (ISBN 978-0947916053).

Ouvrages et articles liés :

  • Frédéric Gugelot, Archives Juives : De Ratisbonne à Lustiger., vol. 35, Les Belles lettres,‎ 2002-1, 144 p. (ISBN 2251694110, lire en ligne), p. 8-26.
  • J.-M. GONIN, Carmel : venez, adorons-le. Regards du carmel sur l'eucharistie, Venasque, Éditions du Carmel (no 25),‎ 1982, p. 36-49. Article : "Il s'est incarné dans mes mains" (Le Père Hermann Cohen).
  • (en) Charles Suttoni, An Artist's Journey : Franz Liszt, University of Chicago Press,‎ juillet 1989, 288 p. (ISBN 978-0226485102).
  • Collectif, Et le saint désert refleurira. : Tarasteix : notre espérance., Revue Notre espérance,‎ janvier 1982. Nombreuses illustrations en couleurs - Préface de Paul Guth.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Elias Friedman, OCD, « Hermann Cohen OCD », sur hebrewcatholic.net, Association of Hebrew Catholics (consulté le 17 décembre 2014).
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q (en) Richard Cross, « The Spiritual Journey of Hermann Cohen », sur users.cloud9.net (consulté le 17 décembre 2014). Ce site étant accessible de façon intermittente, vous pouvez vous reporter sur (en) Michael Blackburn, « LIFE OF HERMANN COHEN », sur religiouswriting.com, Religious Writing (consulté le 19 décembre 2014) qui reprend une partie de ses données.
  3. a, b, c, d et e (en) « Hermann Cohen », sur newadvent.org, Catholic Encyclopedia (consulté le 16 décembre 2014).
  4. En se basant sur des correspondance d'Hermann après son entrée au Carmel, certains auteurs expriment l'hypothèse que ces accusations auraient pu être le fait d'un coup monté par Marie d'Agoult (qui souhaitait le voir s'éloigner de son foyer depuis longtemps).
  5. Canoniquement, un juif ne se "convertit pas au christianisme", mais "entre dans la plénitude de la lumière". Car, pour les chrétiens, le peuple juif détient déjà une part de la révélation divine (d'où l'expression de l'entrer dans la plénitude de la révélation).
  6. Dom Antoine Marie osb, abbé, « Lettre aux amis de l'Abbaye Saint Joseph de Clairval sur le Père Hermann », sur perehermann.org, CAUSE DE BEATIFICATION DU PERE HERMANN COHEN,‎ 14 juin 2001 (consulté le 18 décembre 2014).
  7. Le 28 août est le jour de la fête de saint Augustin, lui aussi un converti célèbre.
  8. « Résumé de sa vie », sur perehermann.org, CAUSE DE BEATIFICATION DU PERE HERMANN COHEN (consulté le 18 décembre 2014).
  9. Marie d'Agoult, compagne de Liszt, a eu un changement de cœur et en est venue à admirer Hermann.
  10. (en) « Purchasing Power of British Pounds from 1270 to Present », sur measuringworth.com, MeasuringWorth (consulté le 18 décembre 2014).
  11. Sa guérison fait partie de l'un des miracles reconnus et attribués à Notre-Dame-de-Lourdes.
  12. La célèbre prison de Spandau ne sera construite que quelques années plus tard. En 1870 les prisonniers français furent entassés dans un casernement militaire transformé pour l'occasion en prison géante.
  13. a et b (de) aktuell, « Gebeine von Hermann Cohen OCD nach Frankreich überführt », sur orden-online.de, ORDEN online,‎ 16 décembre 2008 (consulté le 18 décembre 2014).
  14. a et b « Père Hermann au Broussey », sur perehermann.org, CAUSE DE BEATIFICATION DU PERE HERMANN COHEN (consulté le 18 décembre 2014).
  15. a et b « Les leçons d'une conversion », sur perehermann.org, CAUSE DE BÉATIFICATION DU PÈRE HERMANN COHEN (consulté le 18 décembre 2014).