Christianisme en Chine

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Cet article traite du christianisme en république populaire de Chine.

En 2008, le nombre de chrétiens en Chine s'élèverait à environ 60 millions[1] sur 1,3 milliard d'habitants. Depuis les années 1950, on assiste à une spectaculaire augmentation de la population chrétienne chinoise, alors que les autres populations religieuses restent plutôt stables. Elle s'élève d'environ 8 000% de 1949 à 2007, passant de 700 000 à plus de 56 millions de chrétiens[2], certaines estimations faisant même état de 130 millions de chrétiens, aux quatre cinquièmes protestants [3]. Ces derniers se divisent entre l'Église officiellement reconnue par l'État et des « églises de maison ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

haut : Matteo Ricci, Adam Schaal, Ferdinand Verbiest ; bas : les deux premiers convertis : un ministre et sa petite-fille

[non neutre] Dans le livre Thomas fonde l'Église de Chine (Editions du Jubilé), Pierre Perrier et Xavier Walter montrent, avec de multiples arguments et exemples, que l'apôtre Thomas a évangélisé une petite partie du territoire chinois entre l'an 65 et l'an 68. Ce qui placerait la Chine comme l'un des tout premiers pays christianisés du monde. Arrivé par la mer à Lianyungang (en français : port touche nuage), Thomas remonte avec son collaborateur-interprète Shofarlan (notre annonceur en araméen) en partie le fleuve Houang Ho après être passé à Xuzhou, où le prince Ying gouverneur de la province maritime et beau-frère de l'empereur Mingdi accueille favorablement la prédication de l'apôtre, puis à Kaifeng, la base hébraïque du commerce de la soie par la mer, pour arriver à Luoyang la capitale après la ruine de Chang-Hang. L'empereur les reçoit et leur affecte un terrain à l'est de la ville où ils construisent une église de mission en 67. Sur le mur nord de celle-ci sera peinte vers 148 une fresque représentant un Roi avec une couronne dorée occidentale, tenant un glaive à la main et monté sur un Cheval Blanc, ce qui donnera désormais au bâtiment le nom de Temple du Cheval Blanc (Baïma Si). Après le départ en 68 de Thomas et le succès rapide de l'évangélisation, le prince Ying est destitué en 70 ce qui, pour les archéologues chinois, fixe la datation de 69 après J-C des grands bas-reliefs sculptés découverts à Lianyungang. Il s'agit d'une frise de 25 mètres de long comportant deux familles distinctes et bien discernables de gravures : encadrant la cinquantaine de personnages datables de 69, un groupe moins marqué mais de même importance numérique de style bouddhique chinois a été gravé postérieurement à 311, qu'il faut donc exclure de l'étude.

Les bas-reliefs du premier siècle se composent de deux groupes de grands personnages de facture parthe caractéristique du Khouzistan, et qui n'ont pas eu de descendance connue en Chine. L'un représente une Nativité et l'autre une liturgie judéo-chrétienne tous deux très reconnaissables à des signes bien connus par l'archéologie et les textes relatifs à la première Église en Terre sainte et en Syrie ; ceci conforte la recherche actuelle dans l'art parthe du premier siècle des sources iconographiques paléo-chrétiennes avant l'influence gréco-romaine à la fin du second siècle. L'ensemble de la frise représente de droite à gauche la visite du prince Ying à son frère l'empereur, puis l'accueil fait par celui-ci à la prédication de Thomas et Shofarlan, pour aboutir à la réunion d'une communauté importante et à son accès à la célébration liturgique conclusive. Cette frise forme une sorte de bande dessinée dont nous commençons avec l'aide des instituts de recherche historiques chinois à identifier les personnages principaux en particulier dans les chroniques historiques chinoises en commençant par le Houhanshu. En effet ces instituts soupçonnaient depuis longtemps une mauvaise interprétation des textes et la présence d'une forte communauté chrétienne dès le second siècle, particulièrement au Sechouan, dont ils ont maintenant retrouvé la trace sous les Han, les Wei et les Jin (deux empereurs chrétiens) ; cette ré-attribution a conforté les études historiques religieuses après le premier siècle en attribuant à la présence chrétienne bien des textes anciens qui faisaient partie des manuels d'histoire chinoise jusqu'aux T'ang. À Luoyang la destruction en 190 de la ville et du premier Baïma-Si sera suivie d'une renaissance au troisième siècle ; sous les Wei et plusieurs fois ensuite, le temple sera alors reconstruit à côté des ruines de l'ancien, jusqu'à l'état actuel, mais il sera réaffecté au bouddhisme qui le considère comme son temple le plus ancien. La frise de Lianyungang a été remise en état récemment et on en recommande la visite impressionnante ainsi que la lecture des stèles du Baïma-Si à condition de tenir compte de la réattribution récente. Celle-ci n'est pas encore officiellement reconnue : après la religion ancienne (avec sacrifices) disparue comme à Rome, un ensemble de rites issus d'un syncrétisme chamanisme-christianisme-bouddhisme-taoïsme est resté le rituel impérial officiel jusqu'à la fin, mais le judaïsme et le christianisme inculturés en Chine se révèlent désormais comme les plus anciennes religions chinoises constituées. Ceci n'est pas du goût de tout le monde, on peut le comprendre.

Les travaux scientifiques continuent à partir d'une base de données français-chinois et des parties les plus anciennes en araméen des Actes de Thomas et d'autres sources indiennes ou irakiennes (déjà plus de 700 pages). D'autre part, de nouvelles investigations sur Kong Wang Shan sont en cours. Présentement, les chercheurs n'ont pas employé au début leurs propres photographies, et n'ont utilisé, comme dans le livre, que les photos communiquées par le département des religions populaires de l'université de Nankin, dont dépend le site, et celles du musée Guimet. Les conclusions du livre sont donc basées sur des documents iconographiques apportés par d'autres chercheurs et qui, pour certains, sont même accessibles sur le web (sites touristiques chinois, notamment Lo-tour) ; beaucoup d'autres sont arrivés depuis lors. Les objections sur une supposée insuffisance de documents montre l'ignorance de leur auteur et surtout sa difficulté à appréhender un raisonnement et à apprécier la valeur des documents déjà publiés. Les études complémentaires se portent sur les nombreux textes chinois encore peu connus, qui ouvrent des pistes très éclairantes. Leur parution et interprétation vont, à coup sûr, placer les recherches sur le christianisme chinois comme un contributeur majeur à la connaissance de l'Église des origines[4].

Par la suite, le nestorianisme fut introduit en 635, par le biais du prêtre Alopen, qui fait construire une église à Chang'an en 638, événement transmis par la Stèle nestorienne de 781[5]. Les nestoriens chinois furent persécutés sous le règne de Tang Wuzong, au IXe siècle.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au XIIIe siècle, les franciscains, à la suite de Jean de Montecorvino, entamèrent parallèlement aux nestoriens une activité missionnaire à laquelle le gouvernement Ming mit fin au début du XIVe siècle.

Temps modernes[modifier | modifier le code]

Saint François Xavier fut à l'origine de la première mission jésuite vers la Chine en 1552. Il mourut cependant cette année-là sur l'île de Sancian, sans avoir atteint le continent. En 1582, la Compagnie de Jésus tenta de nouveau de gagner la Chine, avec succès cette fois. Elle introduisit la science occidentale, les mathématiques et l'astronomie. En 1601, l'un des jésuites installés en Asie, Matteo Ricci, se rendit à Pékin. Les jésuites entreprirent une évangélisation par le haut en s’intégrant au groupe des lettrés. Ils y obtinrent des conversions, mais donnèrent l’impression d’avoir des objectifs cachés, et le christianisme fut bientôt déclaré « secte dangereuse ». La Querelle des Rites leur porta le coup de grâce ; en 1773, le Pape ordonna la clôture de leurs missions.

XIXe siècle à nos jours[modifier | modifier le code]

Dès les années 1830, les missionnaires lazaristes, à partir de leur base de Macao, implantèrent des communautés chrétiennes dans une semi-clandestinité. En 1844, dans un acte additionnel au traité de Whampoa, la France obtint du gouvernement impérial un semblant de légalisation[6].

Au milieu du XIXe siècle, après la Première guerre de l'opium (1842), les missions catholiques reprirent et les protestants se joignirent en force, particulièrement les méthodistes, dans les zones côtières. Le chef de la révolte des Taiping s’inspira partiellement des enseignements des missionnaires pour construire l'idéologie de son mouvement. Jusqu'à l'avènement de la République populaire de Chine, de nombreux échanges culturels sino-occidentaux se firent par l'intermédiaire des missions chrétiennes, qui fondèrent des institutions éducatives.

Le christianisme est de nouveau légal depuis 1978, mais uniquement dans le cadre d’« associations patriotiques » sous contrôle de l’État. Le Vatican reconnaissant toujours la République de Chine (Taïwan), l’Association patriotique catholique chinoise a dû désavouer officiellement le Pape. Les éléments les plus actifs du christianisme seraient les « églises à domicile » (très majoritairement protestantes évangéliques) qui, bien qu'elles ne fonctionnent plus dans la clandestinité et l'illégalité, sont objet de méfiance. Dans ces conditions, l’estimation du nombre de pratiquants est une entreprise hasardeuse.

« Catholicisme » a été traduit par « École du Seigneur du Ciel » (tianzhujiao 天主教) et « protestantisme » (présent essentiellement sous ses versions anglo-saxonnes) par « École du Christ » (jidujiao 基督教). Il est fréquent que les Chinois, en majorité peu familiers du christianisme, considèrent que ces deux confessions adorent des dieux différents.

Au Tibet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Christianisme au Tibet.
L'église catholique de Cizhong près de la rivière de Lancang (Mekong) à Cizhong, dans la Province du Yunnan, Chine. Elle a été construite par un missionnaire français au milieu du dix-neuvième siècle, mais a été brûlé pendant le mouvement anti-étranger en 1905, et reconstruite dans les années 1920.[réf. nécessaire] Les membres de l'église sont principalement des Tibétains. La région étant ethniquement diverse, il y a aussi six autres groupes ethniques, les Han, Naxi, Lisu, Yi, Bai et Hui.

En 2011, 11 chrétiens ont été arrêtés par la police chinoise à Lhassa, constituant peut-être la première persécution de chrétiens dans la région autonome du Tibet selon ChinaAid. Selon Song Xinkuan, un chrétien de la province de Henan arrêté le 7 octobre à Lhassa, la police a répété que « la religion chrétienne était non seulement illégale au Tibet mais constituait un prétendu culte qui sapait l'unité ethnique et la stabilité sociale »[7].

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catholicisme en Chine.

Actuellement, deux Églises catholiques coexistent en Chine, qui tendent à se rapprocher de plus en plus : l'Église patriotique, officielle, dont le clergé est directement nommé par le Parti Communiste ; et l'autre, Église souterraine dont les évêques sont secrètement nommés par le Vatican.

La Chine populaire et le Saint Siège n'ont, jusqu'à maintenant, pas encore établis de relations diplomatiques, malgré les tentatives réitérées des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI. La nonciature reste donc encore à Taïwan.

Église orthodoxe[modifier | modifier le code]

Les Eluosi, transcription phonétique de « Russe », sont une minorité ethnique russe de religion orthodoxe. Au nombre de 13 000[réf. nécessaire], ils habitent dans le Heilongjiang, le Xinjiang et la Mongolie-Intérieure.

Autres confessions[modifier | modifier le code]

Literature[modifier | modifier le code]

  • Handbook of Christianity in China. Volume One: 635-1800, (Handbook of Oriental Studies: Section 4 China), Edited by Nicolas Standaert, Brill: Leiden - Boston 2000, 964 pp., ISBN 978-9004114319
  • Handbook of Christianity in China. Volume Two: 1800 - present. (Handbook of Oriental Studies: Section 4 China), Edited by R. G. Tiedemann, Brill: Leiden - Boston 2010, 1050 pp., ISBN 978-90-04-11430-2

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. article de Frédéric Bobin dans Le Monde du 20 août 2008
  2. http://www.assistnews.net/STORIES/2007/s07100011.htm
  3. http://gauthier.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/06/01/chine-de-mao-a-jesus-la-vague-protestante.html
  4. Pierre Perrier, Xavier Walter, « Thomas fonde l'Église en Chine : 65-68 ap. J.-C. », Editions du Jubilé, Paris, 2008 - 318 pages.
  5. René Grousset, Histoire de la Chine, Club des Libraires de France,‎ 1942, (.pdf) 344 p. (lire en ligne, présentation en ligne)
  6. Evariste Huc, L'empire chinois, chapitre 2, 1854, réédition Omnibus 2001
  7. Arrestations de chrétiens au Tibet par les autorités chinoises, Le Monde et Reuters, 13 décembre 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]